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TABLEAU DE LA DARTRE PHLYCTÉNOIDE

CXCIL La dartre dont je vais tracer la description , avoit été improprement désignée par quelques auteurs sous le nom de dartre miliaire ^ car les phlyctènes ou vésicules qui la forment, ne ressemblent guère à des grains de millet que dans les premiers jours de son développement. J'ai préféré en conséquence la qualifier, d'après la nature de l'éruption qui domine sur la peau. Je pense aussi qu'on a fort mal à propos séparé de cette espèce plusieurs variétés qui s'y rapportent. C'est ainsi, par exemple, que le zoster des pathologistes appartient manifestement à la dartre plilycténoïde , et ne doit plus être classé dans le genre des érysipèles, dont il diffère essentiellement par ses phénomènes.

Cette affection herpétique offre ce caractère particulier , qu'elle est presque toujours accompagnée d'une fièvre plus ou moins violente. Mais cette fièvre, qui suit l'éruption, ne se manifeste que par intervalles ; c'est en quelque sorte un accident symptomatique : aussi la dartre plilycténoïde dure-t-elle quelquefois plusieurs années.

Lorsque cette éruption se déclare, on voit naître çà et là sur la peau des boutons rouges et douloureux , qui se convertissent en petites ampoules pleines d'une sérosité limpide et transparente , laquelle a souvent la couleur d'un jaune paille. Ces vésicules affectent tantôt une figure sphérique, tantôt une figure parfaitement ronde. Il en est qui présentent la forme d'une amande divisée dans sa longueur. J 'en ai vu à l'hôpital Saint-Louis quiétoient circulaires et ombiliquées comme des grains de vaccine. Quand elles sont très-considérables par leur volume , elles ressemblent à des bulles de savon, ou à ces vésicules que produit l'application de l'eau bouillante sur les tégumens. Les épispastiques produisent des effets analogues.

La disposition des phlyctènes sur la peau est aussi variable que leur situation. Tantôt elles sont séparées et très-distantes les unes des autres ; tantôt elles se touchent par leurs bords. Lorsqu'elles se confondent et occupent de cette manière l'universalité de la peau, elles constituent une variété que je désigne sous le titre de dartre plilycténoïde coji^xienie {Herpès pJiljctenoïdes conjluens). Combien de fois ne voit-on pas cet exanthème se propager dans l'intérieur de la bouche , de l'œsophage , de l'estomac et du conduit intestinal!

La dartre plilycténoïde ne produit pas toujours des ravages aussi étendus : on peut même dire que le plus souvent elle n'attaque qu'une seule partie du corps. Elle forme ordinairement une sorte de bande ou ceinture autour de l'un des reins , en serpentant depuis la colonne épinière jusqu'à la ligne blanche ; c'est alors que le nom de Zona ou de Zoster lui est généralement donné par les praticiens. Je l'ai indiquée dans cet ouvrage sous celui de dartre plilycténoïde zoniforme ( Herpès phljctenoïdes zonœformis ). Des auteurs prétendent qu'elle fait quelquefois le tour du corps, d'où résulte alors un cercle complet. Je n'ai jamais été témoin de ce cas, qui doit être excessivement rare, et qu'on assure être constamment mortel ; mais j'ai vu des éruptions phlycténoïdes entourer le col comme une cravatte , s'étaler en larges plaques sur le cuir chevelu, sur le front, sur le visage, sur la poitrine, s'étendre comme un ruban le long des bras et des cuisses , etc.

Si l'on suit la marche des boutons vésiculeux , on voit que la sérosité qu'ils. contiennent, devient trouble , opaque et qu'elle acquiert plus de consistance : bientôt ils se rompent spontanément, ou s'affaissent en formant des plis et des rides sur la peau. J'ai souvent essayé d'ouvrir avec des ciseaux ces phlyctènes qui n'ont point d'aréole inflammatoire , comme la plupart des autres exanthèmes : la matière ichoreuse s'échappoit , sans que les malades éprouvassent la moindre douleur ; quand je me servois d'une aiguille assez fine , les ampoules se vidoient très-difficilement , et

bientôt une quantité nouvelle de fluide s'y accumuloit , en sorte que nous les trouvions de nouveau remplies.

Les vésicules ne se montrent point simultanément sur toute la surface de la peau; elles se succèdent, pour ainsi dire, les unes aux autres", et leur exsiccation s'opère également d'une manière progressive. ^Lorsque le travail de la suppuration est terminé, elles changent de couleur ; elles deviennent d'un rouge noirâtre , et se changent en écailles ou croûtes légères , qui sont plus ou moins adliérentes aux tégumens : elles offrent quelquefois l'aspect de plusieurs brûlures, qu'on auroit opérées avec un charbon ardent.

La dartre phlycténoïde se manifeste avec des démangeaisons aiguës et brûlantes. Ces démangeaisons surviennent comme des crises, et durent plusieurs heures. Quelquefois, ce sont des élancemens difficiles à décrire. J'interrogeois un malade sur le genre de prurit dont il étoit affecté. Il croyoit, disoit-il, être couché sur un porc-épic , dont les pointes traversoient ses chairs. Ce même^ individu ne pouvoit approcher ses mains du siège du mal , à" cause de la trop vive sensibilité des papilles cutanées. Alors il lui étoit impossible d'apaiser ses démangeaisons autrement qu'avec un linge, dont il se frottoit superficiellement et légèrement la peau. Ceux qui sont atteints de la zone, se croient entourés d'une ceinture de feu. Il y avoit à l'hôpital Saint-Louis un ouvrier qui, non moins malheureux que Prométhée, croyoit sentir des vautours affamés qui lui rongeoient les entrailles. Ce phénomène n'étoit point inconnu. Herpès prœcordia exedens : telle est l'expression énergique de Tulpius.

Ce qu'il y a de déplorable c'est que les démangeaisons ne disparoissent pas toujours , lorsque Péruption s'évanouit. J'ai administré des soins à un homme qui étoit radicalement guéri d'une dartre phlycténoïde, au point qu'on apercevoit à peine sur la peau quelques légères cicatrices. Cependant il a ressenti, pendant près de huit mois, des cuissons intolérables dans les

mêmes parties où existoient auparavant les boutons vésiculeux. Une jeune dame qui avoit été atteinte de la dartre phlycténoïde zoniforme , long-temps après sa guérison , éprouvoit encore des douleurs analogues à celles qui s'étoient manifestées dès les premiers temps de l'invasion herpétique sur l'hypocondre droit.

Cette affection est sujette à de très-fréquentes récidives. On la voit reparoître , comme les autres dartres , à des époques plus ou moins éloignées. Souvent les malades quittent l'hôpital Saint-Louis parfaitement rétabhs en apparence ; et quelques mois après, ils reviennent avec les mêmes symptômes et les mêmes souffrances. J'ai vu dans quelques cas, lorsque la dartre phlycténoïde étoit desséchée, les vésicules se rouvrir, et devenir saignantes, causer de nouveau des élancemens insupportables , comme s'il y avoit dans la peau une multitude d'épingles. Il semble impossible , dans certaines circonstances, d'assigner un terme à cette maladie cruelle ; elle renaît en quelque sorte de ses propres cendres.

La dartre phlycténoïde ou vésicnleuse conduit fréquemment à la mort, lorsqu'elle devient confluente, et qu'elle envahit tout le système des tégumens ; principalement, si elle n'épargne point la membrane muqueuse qui revêt l'intérieur du tube alimentaire. Mais lorsqu'elle n'est que partielle , et qu'elle se borne à une partie du corps, il est rare qu'elle soit dangereuse.

L'éruption herpétique est quelquefois si universellement répandue , que les individus qui en sont frappés perdent la faculté de se mouvoir. Toutes leurs fonctions sont embarrassées : aux douleurs locales , viennent se joindre des souffrances intérieures qui sont d'une violence excessive, des anxiétés, des mouvemens spasmodiques , de fréquentes défaillances. Du reste , les symptômes qui se manifestent , sont absolument analogues à la direction que prend le virus herpétique. S'il se porte vers la tête , il y a céphalalgie, délire, et un affreux tintement d'oreilles; s'il gagne la poitrine, il y a des palpitations, et une gêne continuelle dans la respiration ; enfin, s'il s'étend jusqu'aux intestins, il survient un

sentiment de tension et de brûlure dans l'abdomen et dans les aines ; les malades sont épuisés par une diarrbée colliquative , etc. C'est alors que les urines sont rouges et très-enflamméeS.

Parlerai-je des ulcérations produites par la dartre plilycténoïde ? Elles rendent une sérosité noire et sanieuse : presque toujours elles sont superficielles. Cependant la dartre rampe dans l'intérieur du corps. J'ai observé qu'elle suscitoit une toux opiniâtre , et l'expectoration de quelques crachats purulens. Pourquoi faut-il que , dans cette déplorable circonstance, la déglutition devienne parfois laborieuse et presqu'impossible ? Ce phénomène s'est présenté à moi dans l'hôpital Saint-Louis. D'autres praticiens ont vu la gangrène suivre l'éruption de cet horrible exanthème , provoquer la chute des phalanges , et causer d'affreux ravages sur tous les membres.

C'est à cause de ces funestes effets , que certains auteurs représentent la dartre plilycténoïde avec des couleurs si redoutables , qu'ils ont comparé les éruptions de la dartre plilycténoïde aux éruptions pestilentielles. Ce qu'il y a de très-remarquable , c'est que les symptômes fébriles , qui lui servent de cortège , ne sont pas ce qui constitue le danger de la maladie. On a vu des malades succomber par la seule violence des phlyctènes , qui se multipliant à l'infini , déchiroient universellement l'épiderme , et le couvroient de plaies livides et noirâtres.

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