CCXII. A mesure que le vice herpétique fait des progrès, il
survient un état de maigreur considérable. Le foie et la rate se tuméfient , et lorsqu'on touche le ventre , les malades se plaignent d'une vive douleur. Chez certains individus, les extrémités inférieures s'enflent, tandis que chez d'autres elles sont extraordinairement émaciées. Nous en avons vu qui étoient fatigués par une toux opiniâtre , à la suite de laquelle survenoit une légère expectoration de matière muqueuse. D'autres éprouvoient une telle anxiété dans la poitrine, qu'ils redoutoient la suffocation. Toute leur peau se résolvoit en matière farineuse, et bientôt ils étoient en proie à une véritable consomption herpétique.
CGXIIL Insensiblement les dartres arrivent à leur troisième période; les viscères du bas- ventre contractent des obstructions inguérissables. Il peut quelquefois survenir une infiltration générale, dont les effets sont constamment funestes. C'est dans ce triste état que j'ai vu succomber plusieurs malades à l'hôpital Saint- Louis. Il n'y a alors dans l'économie animale aucun viscère , aucune glande , qui ne participe à l'infection. Lorsque nous avons procédé à l'ouverture des cadavres, nous avons fréquemment rencontré dans la cavité abdominale des indurations qui avoient presque acquis une consistance stéatomateuse. D'autres observateurs ont eu l'occasion de faire des remarques analogues.
CCXIV. Il est assez ordinaire de voir disparoître tous les caractères extérieurs de l'affection herpétique, sans que cette affection diminue d'intensité et d'énergie. Il arrive même dans ces sortes de cas des altérations particulières du système nerveux , dont les nosographes ne font aucune mention. Ce désastre a heu principalement, lorsque les dartres ont été répercutées par une médication imprudente. Nous avons observé successivement trois sujets devenus maniaques, à la suite de ces éruptions trop promptement supprimées. Ce trouble des facultés intellectuelles s'est spécialement manifesté chez un charretier envoyé de son département a l'hôpital Saint-Louis comme lépreux , lequel étoit atteint d'une dartre squammeuse humide (^Herpès squanimosus jnadidans).
Cette dartre, qui avoit commencé d'abord par n'occuper qu'une très-petite surface , avoit gagné peu à peu l'universalité des tégumens. Le dévoiement se déclara , ainsi que la fièvre hectique. La respiration étoit embarrassée , et le danger du malade étoit à son comble. Tout-à-coup la nature des symptômes changea : les dartres se séchèrent ; mais cet infortuné perdit absolument l'exercice de sa raison. Son délire étoit triste ; il versoit continuellement des larmes. Il languit encore dans le même état au moment où j'écris ces lignes. L'irritation dartreuse paroît s'être entièrement concentrée sur le cerveau.
CGXV. C'est particulièrement dans l'âge avancé, que les dartres éclatent avec une violence extrême. En effet , l'exhalation est presque anéantie chez les vieillards. Les vaisseaux n'ont ni la même flexibilité , ni la même vigueur que dans la jeunesse. Il est d'ailleurs des individus chez lesquels la diathèse dartreuse est devenue en quelque sorte une habitude de leur économie. Toutes les humeurs sont, pour ainsi dire, imprégnées de ce funeste virus. Ces desquammations furfuracées sont alors une excrétion nécessaire. Beaucoup de personnes les regardent comme le résultat d'un acte dépuratoire de la nature animée ; mais une déperdition si abondante finit par épuiser les forces et par déterminer la mort. Les malades succombent dans une agonie déchirante.
CCXVI. La complication des dartres offre un champ vaste au médecin observateur ; mais aussi de quelle patience ne faut-il pas qu'il soit doué pour étudier séparément chacun des symptômes, et analyser ceux qui sont propres à la maladie simple ou à celles qui la compliquent! La maladie vénérienne, par exemple , est une de celles qui coexistent le plus souvent avec les affections herpétiques. Elle communique à celles-ci des caractères particuliers , et quelquefois difficiles à démêler. Les observations que j'ai recueilHes à l'hôpital Saint-Louis, sur cette complication, sont en très-grand nombre : je me contente de citer le fait suivant. Victoire Boucher, lingère, âgée de dix-huit ans, devint enceinte, et contracta en
même temps la maladie vénérienne, pour laquelle on lui fit subir un traitement. Il s'étoit développé aussi une dartre squammeuse, qui ne céda point à l'administration du mercure , et qui excitoit des violentes démangeaisons. L'éruption herpétique existoit sous les aisselles, à la partie interne des cuisses, au pli des jarrets ; l'éruption syphilitique s'étendoit en pustules plates , d'un rouge cuivreux, également élevées sur tous les points, exhalant une humeur séro-jaunâtre, qui se transformoit en croûtes verdâtres. Ces croûtes occupoient le Lord des grandes lèvres, les sourcils, le front et les ailes du nez. Ces deux affections ont été successivement guéries par les procédés qui leur conviennent.
CCXVII. Les dartres s'allient très-souvent à la diathèse scrophuleuse. Dans ce cas, elles ont un masque particulier que reconnoissent facilement les praticiens exercés et instruits. Les dartres entretenues par une semblable cause , forment des zones relevées dans leurs bords par des végétations charnues et qui se recouvrent d'une croûte verdâtre. Elles occupent le plus souvent le visage. Cependant , on les trouve aussi sur les autres parties du corps ; car j'en ai rencontré jusque sur la plante des pieds. Ces dartres ont presque toujours le caractère rongeant. La peau est enflammée et d'un rouge amaranthe. Cette complication du vice scrophuleux avec le vice herpétique , résiste presque toujours aux moyens cura tifs que l'on emploie.
CGXVIII. Les dartres peuvent aussi s'unir au scorbut. Cette complication est une de celles que l'on rencontre le plus ordinairement à l'hôpital Saint-Louis , qui est l'asile des indigens atteints de ce genre de maladie. La mauvaise nourriture, l'habitation des lieux humides et malsains, la rendent extraordinairement fréquente. J'ai observé que la dartre pustuleuse couperose [Herpès pustidosus gutta-rosed) étoit presque toujours compliquée du. gonflement des gencives. Les dartres compliquées de la présence du scorbut, se manifestent aux extrémités inférieures, rarement dans d'autres parties du corps. La peau est d'un rouge foncé, et semée I 36.
de teintes bleuâtres. Les écailles sont fines , luisantes et comme vernissées. Il s'y forme des croûtes, qui sont tuberculeuses , d'une couleur noirâtre ou cendrée , et restent long-temps adhérentes à la surface du derme , etc. Je vais rapporter un fait où cette complication étoit très-bien caractérisée. Le nommé Bustel, âgé de vingt-six ans , qui, dans son enfance , avoit été sujet aux engorgemens lymphatiques, éprouva, sur le bras gauche, une éruption de petites pustules très-nombreuses. Ces pustules augmentèrent un peu de volume , et se changèrent en écailles furfuracées. L'épiderme étoit ridé dans les intervalles qui séparoient les boutons ; ces boutons couvrirent bientôt la poitrine , l'abdomen , les cuisses , les jambes, etc. Le malade tomba en outre dans un abattement extrême. Visage pâle et bouffi, gencives fongueuses et saignantes, lassitude , morosité , tristesse. Après un mois , l'éruption fut générale -, mais elle étoit beaucoup plus marquée à la partie antérieure du corps qu'à la partie postérieure. Les jambes étoient tuméfiées et couvertes de taches larges et violacées. Lorsque le prurit avoit lieu sur un point des tégumens, il se répandoit bientôt par tout le corps , comme par une espèce d'irradiation. Mais les souffrances de cet infortuné étoient intolérables , lorsqu'il s'étoit gratté avec violence.
CCXIX. Indépendamment des complications dont nous venons de parler, d'autres circonstances peuvent influer singulièrement sur la nature des dartres. Telle est la susceptibilité morbifique qu'acquiert souvent le tissu cellulaire , après des couches laborieuses, ou une lactation brusquement interrompue. J'ai porté mon attention particulière sur les dartres communément appelées laiteuses. Il en est d'un très-mauvais caractère , qui surviennent quelquefois après la suppression des lochies. Les femmes qui en sont affectées ressentent des douleurs poignantes dans l'intérieur de la tête ; des tintemens d'oreille insupportables. J'ai observé que ces douleurs, qui se calment par intervalles , augmentent par l'usage des bains , et deviennent alors beaucoup plus aiguës. Quant
à l'exsudation croûteuse qui a lieu en pareil cas , elle constitue la variété que j'ai décrite sous le nom de dartre crustacée flavescente {Herpès crusiaceus jlavescens). J'ai vu cette dartre à la suite d'une couche très-laborieuse , chez la nommée Anne Ferry , qui ne se crut pas capable de nourrir son enfant ; aussitôt après , elle ressentit un violent mal de tête et un catarrhe nasal , lequel fut suivi d'une excrétion abondante de mucus pituiteux. Bientôt il se forma sur toute la périphérie de la peau une éruption croûteuse , de couleur jaune. Ces croûtes tomboient après quelques jours, et ne tardoient pas à reparoître.
CGXX. J'ai noté dans cet article les traits les plus saillans qui distinguent le genre des affections herpétiques. Je n'ajouterai plus rien au tableau que je viens de tracer. J'ai exposé le résultat de mes observations avec la concision la plus sévère. Les sciences brillent par la nouveauté des faits , plutôt que par le choix des expressions.
ARTICLE II
DES RAPPORTS d' ANALOGIE OBSERVÉS ENTRE LES DARTRES ET LES AUTRES
CGXXL Une sorte d'affinité paroît lier les dartres avec divers ulcères et pustules de la peau. En effet , les mêmes causes produisent souvent ces affections différentes. Les symptômes qui les constituent sont fréquemment les mêmes. Dans beaucoup de cas, on leur oppose le même traitement avec succès. Enfin , cette analogie se montre jusque dans les accidens qui sont quelquefois la suite de ces maladies; telles sont leurs métastases sur quelques organes principaux , etc. Cependant , comme il existe des carac tères à l'aide desquels il est facile de distinguer les espèces et les
variétés des dartres , il y en a aussi qui servent à différencier ce genre d'éruption des autres altérations cutanées. Il suffit d'établir une comparaison rapide entre les dartres et ceux des exanthèmes avec lesquels on pourroit les confondre.
GGXXII. Quelques praticiens , séduits par les apparences extérieures , ont paru méconnoître les vrais caractères qui distinguent la dartre furfuracée de la teigne porrigineuse ; mais l'habitude d'une saine observation fait toujours éviter l'erreur. En effet , lorsque la première de ces affections attaque le cuir chevelu ( circonstance assez rare ), elle s'y manifeste d'ordinaire par des plaques arrondies, circonscrites, sèches , et très-relevées sur la peau, qu'un œil exercé aperçoit sans peine ; et presque toujours les individus qui en sont atteints ont dépassé l'âge de la puberté. Au contraire, la teigne dont il s'agit ( Tinea furjuracea) consiste le plus souvent dans des couches continues et irrégulières d'écaillés humides , lesquelles forment des croûtes molles , en se coUant les unes aux autres. D'ailleurs cette teigne se manifeste rarement chez les adultes.
CCXXIII. On a cru remarquer une certaine analogie entre la dartre squammeuse et les gourmes muqueuses de l'enfance-, mais je n'ai jamais vu cette dartre occuper le cuir chevelu dans un âge aussi tendre. D'ailleurs, le sentiment qu'elle occasionne n'est pas de la même nature. La teigne muqueuse {Tinea mucijlua^ se compose d'un amas de croûtes d'un jaune flavescent, qui ressemblent à du miel par leur consistance, et qui ont l'odeur fétide du lait aigri. On ne peut pas non plus confondre une éruption d'un caractère aussi opiniâtre avec l'intertrigo des nouveau-nés, affection légère et fugitive qui est de très-peu d'importance.
GGXXIV. Je m'étonne que certains médecins aient confondu la dartre pustuleuse avec la gale; car indépendamment de leur caractère non contagieux , les boutons qui constituent le premier de ces exanthèmes, n'ont ni la même marche, ni le même siège. Les boutons de la dartre pustuleuse sont durs , profonds. , pyra-
midaux, arrivent lentement à la suppuration, impriment à la peau une teinte rosacée , se montrent rarement aux mains ou au pli des articulations , viennent le plus souvent au visage, que la gale ne souille jamais , etc.
CGXXV. La méprise n'est pas moins extraordinaire, si l'on veut assimiler la dartre rongeante au cancer. Car si ces deux maladies se ressemblent par le phénomène de l'érosion des parties , elles diffèrent essentiellement par une foule d'autres caractères. La dartre rongeante ( Herpès exedens ) débute par un simple bouton pustuleux ; le cancer, par un tubercule plus ou moins dense , dont le volume et la profondeur s'accroissent lentement ; quand la tumeur vient à abcéder, ses bords gonflés et renversés, ses excavations, ainsi que le pus sanieux, verdâtre et fétide qui en découle , et surtout les douleurs déchirantes qu'il occasionne , les veines variqueuses qui rendent son aspect fongueux , livide et noirâtre , etc. , n'ont rien qui soit propre à l'ulcération de la dartre rongeante. J'ai fréquemment interrogé les malades atteints de cette affection sur le genre de souffrance qu'ils éprouvoient; la plupart m'ont dit n'être tourmentés d'aucune sensation douloureuse. Quelques-uns seulement se plaignoient d'une tension incommode dans les parties ulcérées. Mais il n'y a ni brûlenient, ni lancination. L'odeur de la suppuration n'a rien de repoussant.
CCXXVI. On a comparé la dartre crustacée , la phlycténoïde et l'érythémoïde , avec l'érysipèle. Tous les auteurs ont fait mention de cette analogie , et ont cherché leurs différences. Herpès pruritu , dit Fernel, erjsipelas dolore ac arclore torquet. Ces éruptions, à la vérité , se déploient quelquefois avec une sorte de fièvre. 11 y a rougeur, chaleur, tension et tuméfaction des tégumens. îtlais malgré cet appareil inflammatoire , elles persistent beaucoup plus long-temp&<ju€ l'érysipèle dans les parties qu'elles occupent. J'ai vu la crustacée, la vésiculeuse , l'érythémoïde se manifester pendant des années entières. Lorsqu'elles s^éteignoient dans un endroit
du corps , elles se réveilloient dans d'autres. En est-il de même de l'érysipèle, qui n'attaque le plus ordinairement que le visage, et se termine par une desquammation farineuse ?
CCXXVIL Soit que les dartres se manifestent par des écailles, soit qu'elles se manifestent par des croûtes , elles ont des caractères tranchés qui les distinguent des différentes espèces de lèpres. Car ces squammes herpétiques sont lisses, plates, transparentes, et souvent presqu' aussi fines que les pelures d'oignon , tandis que les écailles de la lèpre sont larges, rugueuses, opaques, et souvent presque aussi épaisses que la peau de certains animaux. La même différence s'observe entre les croûtes qui appartiennent à l'un ou à l'autre de ces deux genres d'affection. Les croûtes des dartres sont plates, jaunâtres, et n'occupent qu'un très-petit espace. Celles de la lèpre sont larges, tuberculeuses, inégales dans leur surface, profondément sillonnées, d'une couleur verdâtre ou noirâtre, et laissent après leur chute des cicatrices profondes et considérables. Il est des auteurs qui ont confondu le leuce ou l'alphos avec la dartre squammeuse humide. Mais l'alphos pénètre plus profondément la substance des tégumens, et la frappe d'une insensibilité marquée. Il y a d'ailleurs une dépression très-remarquablè dans le centre de la tache qui sert de base à cette éruption funeste , et une sorte de racornissement dans le derme , qu'on n'observe jamais dans la marche de la dartre dont il s'agit. Je reviendrai sur ces différences, lorsque je traiterai des affections lépreuses.
CCXX.VIII. Toutes les fois qu'une maladie quelconque, particuhèrement une maladie lymphatique , porte son impression sur le système dermoïde , elle y produit une desquammation qui a le plus grand rapport avec les dartres. On observe fréquemment ce phénomène chez les goutteux et chez les femmes qui ont eu des fleurs-blanches supprimées. Quel est le praticien qui n'a pas vu le vice herpétique succéder au défaut des hémorroïdes ou à une aménorrhée rebelle ? On voit souvent des maladies graves des
viscères se terminer par une éruption dartreuse, au moment 011 le danger étoit le plus imminent. C'est ce qui arrive à certains plitliysiques , qui s'en trouvent extraordinairement soulagés. Mon élève , M. Biett , oLservoit depuis plusieurs mois une dame atteinte d'une lièvre quarte , compliquée d'un engorgement de foie. Cette fièvre a disparu au printemps dernier , aussitôt après l'éruption d'une dartre furfuracée qui couvroit les deux avant-bras et les mains. Tous les soins de l'art se bornoient à maintenir la dartre dans un état stationnaire , et à combattre l'engorgement du foie par des moyens généraux. Cependant , au bout de deux mois l'affection dartreuse se dissipa, et la fièvre revint avec intensité. Dès-lors on employa tout ce qui pouvoit rappeler au dehors l'affection cutanée , les frictions sèches , les douches légèrement excitantes , les boissons sudorifiques , etc. Enfin , la dartre commença à reparoître aux deux jambes ; les accès fébriles diminuèrent , et cessèrent entièrement aussitôt que cette éruption se fut étendue comme auparavant.
ARTICLE III
DES METASTASES DARTREUSES.
CCXXIX. Les métastases dartreuses sont un phénomène pathologique dont les praticiens recueillent journellement des exemples funestes. Elles s'opèrent ordinairement dans les organes qui sympathisent le plus intimement avec la peau. Frank cite l'observation suivante : un homme hypocondriaque et d'un caractère trèsirascible, étoit sujet à des vertiges et à des autres incommodités dont il avoit été délivré par l'éruption d'une dartre squammeuse à la plante des pieds. Cependant, ce malade voulut être traité par des
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remèdes acres et spiritueux. Il survint une liydrocèle qui fut guérie par la section du testicule, et la plaie étant déjà fermée, sa superficie fournit une exsudation séreuse de plusieurs onces par jour, pendant deux semaines, à son grand soulagement. Mais cet homme, rebelle aux ayis, ferma cet exutoire ; et d'abord il se déclara une liépatite qui, après saguérison, fut suivie d'un délire maniaque, lequel dura plusieurs mois. La cicatrice du scrotum s'étant rouverte, il s'en écoula uue quantité nouvelle de sérosité, qui bientôt se dessécha. Dès-lors , apparition d'une dartre miliaire et puis rongeante, accompagnée de douleurs atroces. Cette éruption étant de nouveau répercutée par des remèdes externes , le malade fut tourmenté d'une douleur d'oreilles très-vive. Celle-ci étant heureusement dissipée , la dartre revint aux jambes , et avec elle la santé se rétablit. Enfin , par l'effet d'une dernière répercussion de cet exanthème, causée par une maladie vénérienne, douleur pungidve dans la poitrine , crachats sanguinolens et ensuite purulens , avec maigreur extrême , et autres symptômes de plithysie pulmonaire.
CCXXX. J'ai été témoin à l'hôpital Saint-Louis du transport d'une irritation herpétique sur l'organe de la vue. Anne Jourdet, ouvrière en linge, fut atteinte d'une dartre pustuleuse au visage {Herpès pustulosus gutta-rosea) , qui lui survint à la première apparition des règles , c'est-à-dire vers l'âge de quinze ans. Cette dartre se déclara par de très-petits boutons qui suppuroient lentement et se convertissoient en petites croûtes. Elle disparut par l'effet de plusieurs topiques réfrigérans ; il se déclara une ophthalraie qui prit un caractère chronique , avec perte de la vue. Un an après , retour de l'affection dartreuse , par l'application d'un séton à la nuque. On employa vainement et tour-à- tour les sang-sues , les vésicatoires , les scarifications légères ; on ne retira de ces moyens qu'un mieux peu sensible, qui se soutient toujours au même degré. Mais la malade ne supporte qu'avec difficulté les rayons lumineux.
GCXXXI. L'exemple que je vais rapporter n'est pas moins dé-
MALADIES DE LA PEAU. 25i
plorable. Une dame, âgée d'environ soixante-cinq ans-, avoit une dartre sqiiammeuse humide {Herpès squaminosus madidans) qui lui couvroit toute la partie antérieure de l'abdomen. On s'avisa d'arrêter ce suintement considérable avec de la farine très-chaude. Qu'arriva-t-il ? L'éruption s'évanouit vers le huitième jour de cette application funeste. Mais depuis cette époque , la malade éprouve un sentiment de cuisson insupportable , dans l'intérieur de l'estomac et des intestins. Elle est dévorée d'une soif ardente, qui la contraint à boire dans tous les instans du jour ; et cette soif n'est jamais étanchée, quoique la malade porte toujours avec elle des bouteilles remplies de liqueurs mucilagineuses et rafraîchissantes. Sa salive est devenue épaisse, fétide et comme plâtreuse. Pour comble d'infortune , ses yeux sont totalement perdus. La malade est continuellement dans les larmes et le désespoir.
CGXXXIL Les dartres se répercutent fréquemment sur la poitrine , et paroissent séjourner plus ou moins long-temps sur la surface sécrétoire dont les poumons sont revêtus. Quand cet accident survient, la respiration devient pénible et même douloureuse. La sortie de l'air est souvent accompagnée d'un bruit sourd, assez semblable à celui que l'on observe dans l'inflammation de la trachée , désignée sous le nom de croup , ou dans quelques cas de dypsnée , etc. J'ai particulièrement observé ces symptômes chez la nommée Julie Picard , qui avoit pris inconsidérément un bain froid. Je ne parvins à les faire cesser qu'en rappelant l'affection herpétique à la surface du corps , par l'application d'un large vésicatoire sur la poitrine , et par l'administration des plus puissans diaphorétiques.
CCXXXIIL Les auteurs allèguent une multitude de faits qui constatent le transport des dartres vers le foie, vers l'utérus, vers la vessie et vers d'autres viscères , ou de ceux-ci vers la périphérie cutanée, sans accidens fâcheux ; ce qui prouve avec évidence que ce genre d'éruption peut atteindre les membranes muqueuses , aussi bien que les tégumens extérieurs. Divers symptômes se ma-
nifestent dans cette circonstance , selon le siège qui est spécialement affecté.
CCXXXIV. Y a-t-il des signes pathognomoniques qui indiquent des maladies produites par la rétropulsion des dartres? Ce phénomène est presque toujours apprécié avec justesse dans l'intérieur de l'hôpital Saint-Louis , et il est rare que l'on se trompe. Lorsqu'on voit que la fièvre est violente , sans avoir été précédée d'aucune cause grave et manifeste ; lorsque , sans aucun accident prévu, le malade est livré à des symptômes et à des douleurs d'une violence extraordinaire , alors on soupçonne avec fondement la répercussion du virus herpétique sur l'organe vers lequel se porte l'impétuosité de la maladie. Mais surtout il n'y a plus de doute, si le malade ou les assistans avouent qu'une dartre s'est dissipée d'une manière subite.
ARTICLE IV