‹ Description des maladies de la peauChapitre 86 sur 94 · DES DARTRES · texte numérisé non relu

DES DARTRES

GCXXXV. Combien d'auteurs se sont égarés en voulant rechercher les causes organiques qui influent sur le développement des dartres ! L'imagination s'est épuisée en vaines et futiles conjectures. Certains ont allégué l'acrimonie de la bile et de la pituite, un vice particulier de la sérosité du sang , ou des autres humeurs de l'économie animale. Plusieurs ont accusé des diathèses acides, alcalescentes, etc. D'autres, enfin, avec plus de vraisemblance, ont rapporté ces éruptions opiniâtres à la manière vicieuse dont s'effectue la transpiration insensible. La peau est une sorte d'émonctoire universel , destiné à purger le corps d'une multitude de particules

salines, glutineuses, huileuses , etc. Lorsque ces matières excrémentielles se rassemblent sous l'épiderme, elles y forment des points d'irritation qui interrompent plus ou moins dans son exercice la fonction nécessaire des exlialans cutanés.

GGXXXVL Parmi les causes organiques des dartres , il faut compter en second lieu la disposition héréditaire. Que d'exemples ne pourroit-on pas citer ! J'en ai rassemblé un très-grand nombre dans les recherches que j'ai faites durant plusieurs années, à l'hôpital Saint-Louis. Pai vu des enfans qui manifestoient absolument la même affection herpétique dont leurs parens avoient été infectés. J'ai donné des soins à une famille dans laquelle tous les mâles, au nombre de trois , étoient tourmentés de la dartre pustuleuse mentagre. Il y avoit deux fdles , toutes les deux atteintes de la pustuleuse disséminée ; le même accident s'étoit montré chez leur père et chez leur aïeul. Les dartres furfuracées, les squammeuses, les crustacées, les rongeantes, les vésiculeuses ou phlycténoïdes , etc. , peuvent également se transmettre par la voie de la reproduction. C'est surtout alors qu'elles se montrent rebelles aux méthodes de traitement que les praticiens leur opposent. Dorothée Argan fut en proie aux accidens de la dartre squammeuse humide quinze jours après sa naissance ; elle conserva cette affection toute sa vie. Cette dartre s'étoit d'abord répandue sur toute la surface du corps ; mais à l'époque de la puberté, elle parut se concentrer sur la joue gauche, et diminuer d'intensité. La peau de cette fdle étoit habituellement sèche et rude au toucher , jamais couverte de sueur , malgré les travaux pénibles auxquels elle se trouvoit assujétie.

CCXXXVII. L'influence du tempérament physique sur la production des différentes espèces de dartres est d'une évidence frappante. On observe , par exemple , que les individus qui ont les cheveux blonds et la peau blanche , sont principalement sujets à la dartre furfuracée ou à la dartre squammeuse. En effet, chez tous ces individus , la fibre est d'une excessive mollesse, et le mouvement des fluides très-ralenti. Le tempérament sanguin est par-

ticulièi ement sujet à la dartre crustacée flavescente. Le tempérament bilieux ou mélaucolique dispose à la dartre pustuleuse, et particulièrement à la variété que nous avons désignée sous le nom de raentagre. Cette affection cutanée est communément liée à un embarras du foie et de la rate. Ces viscères se débarrassent péniblement de leurs excrétions, etc. Toutefois, on peut généralement assurer que les constitutions lympliatiques sont celles qui sont le plus accessibles aux affections dartreuses.

CCXXXVIIL II n'est pas rare de voir les dartres succéder à la suppression des règles ou des liémorroïdes. Une servante âgée d'environ vingt-quatre ans, fut saisie d'une grande frayeur, à l'aspect d'un chien qui la poursuivoit. L'acte de la menstruation fut soudainement arrêté , et une dartre furfuracée se manifesta sur toute la périphérie de la peau. Cette maladie disparut huit mois après l'accident , époque à laquelle l'utérus reprit ses fonctions. Le même phénomène a lieupour le fluxhémorroïdal, si nécessaire au dégorgement dufoie et de la veine des portes. Quand l'issue naturelle de ce flux est interceptée , le derme se couvre d'éruptions ou de points isolés de démangeaison, qui se manifestent comme des dartres. Lorsqu'on les touche , on rencontre des indurations très-prononcées sous l'épiderme. Ce phénomène s'éclipse bientôt , quand l'excrétion habituelle se rétablit. Ce que nous venons de dire par rapport au flux menstruel et hémorroïdal, peut s'appliquer aux ulcères que la nature semble avoir fait naître pour débarrasser les tégumens ou l'intérieur du corps de quelque humeur étrangère. Un homme avoit sous le gros orteil du pied gauche un suintement fétide qui duroit depuis son enfance. Il se confia aux soins d'un empyrique qui tarit la source de cet écoulement incommode , à l'aide d'un topique très-astringent. Mais bientôt on vit se manifester au nez de cet individu une dartre rongeante scrophuleuse. Les glandes du col furent engorgées , et les progrès de cette affection furent très-rapides. Le visage du malade fut affreusement défiguré.

CGXXXIX. Tous les âges de l'iiomme infltieiit à leur manière sur la naissance et l'accroissement des dartres ; on diroit même que le \irus herpétique suit en quelque sorte la direction des forces vitales. Dans l'enfance et la jeunesse, il se manifeste à la tête ; dans l'adolescence , à la poitrine ; chez les adultes , à la région hypocondriaque et abdominale ; chez les vieillards , aux extrémités inférieures. L'époque critique de l'âge de retour chez les femmes , est surtout une cause productrice des dartres. Mais ces affections ne surviennent guère que chez celles dont la menstruation a subi de grandes irrégularités pendant son cours. Jeanne Guillaume avoit été réglée fort tard. A quarante-huit ans , ses règles éprouvèrent une diminution extraordinaire , présage de leur prochaine cessation. Aussitôt, apparition d'une dartre crustacée flavescente sur la joue droite , qui produisoit des démangeaisons très-vives. Cette dartre augmenta et s'étendit vers les fosses nasales. Enfin , les règles disparurent entièrement, et c^est alors surtout que l'affection de la peau redoubla d'intensité. Ajoutons à cet exemple celui de la nommée Béatrix Pérou, qui, à quarante-neuf ans , vit ses règles disparoître. Depuis cette époque , elle fut constamment tourmentée par des érysipèles à la face 5 on lui donna des soins qui furent sans fruit. Enfin, il se déclara une dartre squammeuse à la partie latérale droite de la tète et sur le pavillon de l'oreille. Elle éprouva aussi un genre d'éruption analogue , entre les épaules et sur la partie antérieure de la poitrine. Long— temps elle fut victime d'une démangeaison dévorante.

CGXL. Les causes organiques des dartres doivent encore être cherchées dans les maladies antérieures. Les exanthèmes aigus , tels, par exemple, que la petite- vérole, peuvent, par une irritation insolite et continuée, donner lieu à ce mode particulier de phlegmasie cutanée, qui constitue le vice herpétique. Le vulgaire dit alors que le maître-grain est resté dans la peau , et qu'il provoque tout le désordre. Tel étoit aussi le langage d'une pauvre ouvrière en linge, âgée de dix-huit ans, qui, pendant près de

yingt mois , a éprouvé tous les accidens de la dartre crustacée flavescente , laquelle étoit située à la partie externe des bras et à la surface articulaire des deux genoux. Les démangeaisons étoient extrêmes. C'est en vain qu'on appliqua sur les parties afFectées des topiques émoUiens de tous les genres. La dartre dont il s'agit , ne céda qu'à l'emploi réitéré des douches sulfureuses.

CCXLL Lorsque la gale a vieilli sur le système dermoïde , et qu'on a négligé de la combattre par les moyens le plus communément employés, elle produit souvent des dartres squammeuses très-rebelles. La diatlièse herpétique se développe particulièrement , lorsqu'on a eu recours à des frictions trop irritantes et trop prolongées; les pommades où l'on fait entrer l'acide arsénieux, l'acide nitrique, le muriate sur-oxigéné de mercure , la chauxvive, la poudre d'Euphorbe, de tabac, etc., sont fréquemment suivies d'un résultat funeste.

CGXLIL Non-seulement les dartres peuvent succéder à d'autres exanthèmes, mais encore à des maladies étrangères à la peau. Nous en vîmes survenir plusieurs espèces à l'hôpital Saint-Louis , immédiatement après cette affection catarrhale qui régna épidémiquement dans l'intérieur de Paris, il y a peu d'années, et à laquelle on avoit donné le nom de grippe. Un auteur a dit avec raison : Colluvies catarrJiosa qiiœ coclionem eluditj in cutem quandoque corrivatur , etlierpeteminiliareindiscretumve proritat. Il y avoit une femme dans un village voisin de Paris, qui étoit tourmentée delà fièvre tierce. Nulle complication, du moins apparente. Cette fièvre fut combattue par les moyens usités , mais principalement par une forte infusion de petite centaurée et par le vin de quinquina. On la vit se terminer par le développement d'une dartre furfuracée , qui se manifestoit en plaques arrondies. Depuis ce temps, la dame a tenté vainement plusieurs remèdes pour se délivrer de cette éruption , qui s'est successivement propagée sur les braSj les cuisses, les jambes, la poitrine et le bas-

ventre. Les bains tièdes , néanmoins , lui apportèrent un soulacenient durable.

CGXLIII. On voit fréquemment les affections goutteuses et rhumatismales se déployer à l'extérieur du corps , par tous les caractères de la dartre squamraeuse, A l'époque de la révolution française , M. D"^^^ étoit fort sujet à l'une et à l'autre de ces maladies. Il perdit sa fortune, et éprouva les plus vifs chagrins. Tout changea dès-lors dans son économie : la goutte et le rhumatisme disparurent 5 mais , par une affreuse métastase, sa peau fut soudainement recouverte de larges exfoliations herpétiques , qui le faisoient cruellement souffrir. Il étoit dévoré par des démangeaisons brûlantes , qui avoient lieu principalement la nuit. Je commençai à lui faire subir un traitement, et j'observai que toutes les fois que les dartres diminuoient d'intensité, il survenoit des douleurs intérieures dans les entrailles , qui ne lui permettoient aucun repos. Nous nous décidâmes à respecter désormais cette éruption.

CCXLIV. Une longue irritation , produite par le virus vénérien sur le système dermoïde , peut très-bien développer des dispositions cachées, et souvent mettre en action un vice herpétique héréditaire. Un homme, né de parens dartreux, contracta la vérole, qui d'abord se manifesta chez lui avec tous les phénomènes qui sont propres à cette maladie. Les accidens syphilitiques s'évanouirent, à mesure qu'on administra les mercuriaux 5 mais il se déclara une dartre squammeuse , qu'il fallut combattre par d'autres moyens. Des pathologistes peu attentifs commettent beaucoup d'erreurs à ce sujet, et toutes les fois que des dartres succèdent à la maladie vénérienne , ils les traitent souvent comme la maladie vénérienne elle-même. De là , tant de remèdes infructueux ou nuisibles.

CGXLV. Pourquoi multiplier les faits ? Concluons que le vice dartreux s'échappe d'une multitude de sources dans Péconomie animale, et qu'il s'y propage par mille racines; que la peau, sympathisant par la plus intime correspondance avec l'universa-

lité des organes, tout ce qui peut altérer leur libre exercice, et troubler l'action des exlialans, peut aussi déterminer l'apparition des dartres. On ne sauroit assez le répéter: très-souvent ces sortes d'éruptions ne sont cpie la crise des maladies intérieures. La nature se dépure par cesplilegmasies cutanées. On a pu se convaincre de cette vérité, lorsque j'ai fait mention des rapports d'analogie qui rattacbent les dartres aux autres affections raorbifiques dont le corps vivant est susceptible.

ARTICLE V

DES CAUSES EXTÉRIEURES Qu'ON CROIT PROPRES A FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DES DARTRES.

CCXLVL II est une foule de causes extérieures qui contribuent à la production et au développement des dartres. La première de toutes est sans contredit le pays qu'on babite. Qui pourroit méconnoître une telle influence ! Il est des climats où les dartres sont, pour ainsi dire , endémiques. Tant d'individus étrangers viennent solliciter des soins à l'bôpital Saint-Louis , qu'il nous a été facile de nous convaincre de cette vérité. Dans certaines contrées, le système dermoïde contracte une irritabilité morbifique par le seul effet d'une température excessive; car une transpiration trop abondante est aussi favorable à la diatbèse berpétique , qu'une transpiration babituellement interceptée. Les voyageurs s'accordent sur cette observation. M. Labillardière remarque , par exemple , que le ciel brûlant de l'île d'Amboyne est très-propre à déterminer les exfoliations de l'épiderme. ce Cinq de nos botes , dit-il , avoient le corps couvert de dartres farineuses. Les écailles se détachoient, et ne tardoientpas à être remplacées par d'autres. Leur

couleur blanchâtre formoit un contraste frappant avec le reste de la peau, qui est d'une teinte naturellement cuivreuse. »

CGXLVIL Les dartres paroissent aussi se manifester ou s'accroître par le renouvellement des saisons. C'est au commencement du printemps et au milieu des intempéries de l'automne, que ces maladies sont plus abondantes. Car si ces deux saisons se montrent salutaires pour les personnes saines , elles se montrent funestes pour les cacochymes, et réveillent, en quelque sorte, des venins assoupis. La nommée Angélique Dénon, âgée de treize ans , avoit une dartre furfuracée qui revenoit régulièrement dans les premiers jours de mars et de septembre. Je ne dirai point, comme beaucoup d'auteurs , que durant les chaleurs de l'été, les humeurs excrémentitielles de l'économie animale s'assemblent , s'épaississent sous l'épiderme , deviennent acrimonieuses , parce que la partie la plus subtile s'en évapore , etc. Toutes ces idées hypothétiques tiennent au verbiage des écoles; mais il est certain qu'à l'époque de la canicule, on voit arriver à l'hôpital Saint- Louis un grand nombre de personnes qui se sont exposées à l'ardeur du soleil , en vendant des bouquets , des subsistances ou des rafraîclîissemens sur les boulevards. Un homme travailloit à planter des pieux au moyen de la sonnette ; ses mains , constamment exposées à l'air et au vent, se couvrirent d'ampoules ou vésicules qui se remplirent d'une sérosité purulente. Ces vésicules furent remplacées par des croûtes et des gerçures profondes. La peau augmenta d'épaisseur , devint coriace et s'enlevoit par petites plaques. Le malade ayant discontinué son genre de vie, ne tarda pas à se rétablir. Les ouvriers qui se livroient aux mêmes occupations que lui, étoient sujets à la même indisposition.

CCXLYIIL On trouve journellement dans les alimens et les boissons une cause bien active de la propagation des dartres dans l'espèce humaine. C'est une observation commune de voir des dartreux éprouver des démangeaisons plus vives, lorsqu'ils ont mangé quelque nourriture échauffante ou indigeste. Du temps de

26o MALADIES DE LA PEAU.

la disette révolutionnaire, lorsque le peuple mangeoit à Paris des viandes gâtées, et qui souvent appartenoient à des animaux morts de quelque maladie , les dartres sévirent avec intensité. Dans les pays où l'industrie n'apporte aucune perfection dans la préparation des substances alibiles, les nourritures salées, poivrées ou fumées , provoquent la dégénérescence des humeurs , et donnent naissance aux affections herpétiques. Qui ne sait également que l'abus des liqueurs spiritueuses et fermentées altère les sucs nourriciers, trouble les fonctions des vaisseaux exlialans, et livre le système dermoïde aux démangeaisons les plus déchirantes !

CCXLIX, Les fatigues violentes du corps, les voyages pénibles, les travaux continuels , les veilles prolongées , portent une irritation extraordinaire dans les tégumens, et suscitent le développement des dartres. Un soldat de la garde de Paris étoit sujet à la pustuleuse mentagre. Des bains et quelques jours de repos sufTisoient pour la faire disparoître ; mais elle ne tardoit pas à se remontrer aussitôt qu'il reprenoit son service militaire. Un homme , qui exerçoit l'état de courrier , fut contraint de l'abandonner à cause d'une dartre squammeuse humide qui occupoit tout le flanc gauche , et que la moindre marche ranimoit.

GGL. Toutefois, le mouvement et un exercice modéré, sont d'une nécessité indispensable pour le maintien de l'exhalation cutanée. Au sein de l'oisiveté , le cours des liquides languit , et la matière de l'exhalation stagne sous l'épiderme. De là vient que les personnes livrées par leur profession à une vie tranquille et solitaire, les hommes de cabinet, les gens de lettres , etc., sont tourmentés par les dartres. Les peuples chez lesquels il y a le plus d'arts sédentaires , sont aussi ceux chez lesquels il y a le plus de maladies cutanées.

GGLL Les individus qui négligent les ressources de l'hygiène , qui vivent dans la crapule et la malpropreté, qui portent toujours le même linge et les mêmes vêtemens , sont très-exposés aux éruptions de nature herpétique. Les mendians, les matelots, les pri-

sonniers, les galériens, etc., ressentent une douleur piquante à la peau , avec une démangeaison extraordinaire qui a son principal siège derrière les épaules. Ils sont couverts de petits boutons aplatis, d'où s'écoule un pus séreux, lequel se convertit en croûtes ou en écailles. Souvent même l'épiderme se dessèche, se ride et se soulève par plaques. Ces sortes de dartres se compliquent communément de la présence du scorbut.

CCLII. Le genre d'occupation, les arts, les métiers, etc., sont des causes extérieures non moins agissantes. Nous avons observé à l'hôpital Saint-Louis que les cuisiniers sont particulièrement enclins à la dartre crustacée flavescente. La plupart éprouvent un prurit brûlant dans tous les membres. Les pâtissiers , qui approchent toujours leurs mains du feu, ont à la surface du métacarpe des dartres squammeuses insurmontables. Les boulangers sont principalement attaqués par la dartre furfuracée arrondie. Ceux qui travaillent journellement dans les mines, qui s'exposent aux émanations des oxides métalliques , de la chaux , etc. , ont souvent le corps dévoré par des éruptions prurigineuses. Il en est de même de ceux dont la condition journalière est de manier des substances irritantes qui s'attachent à la peau , comme les meuniers , les amidonniers , les tanneurs, etc.

GGLIII. De simples causes mécaniques suffisent quelquefois pour développer un vice dartreux. Nous avons vu la crustacée flavescente se déclarer chez la nommée Anne Jolicœur , à la suite d'une forte égratignure qui lui avoit été faite à la joue gauche. Elle éprouva des démangeaisons si vives, qu'elle ne put s'empêcher d'y porter les mains. Bientôt son visage se couvrit d'une rougeur érysipélateuse \ il survint ensuite un suintement qui donna heu à la formation d'une croûte jaune et comme cristallisée. Hilarion Thomas avoit une dartre squammeuse qui occupoit la même place que la dartre précédente , et qui fut long- temps rebelle aux moyens qu'on lui opposa -, elle céda enfin à un traitement long et méthodique , et cet homme jouit plusieurs années d'une bonne santé :

mais l'aiFection dartreiise reparut à l'occasion d'une chute suivie d'une blessure assez grave, et s'accrut en peu de jours avec une extrême violence. Ces sortes de faits sont très-ordinaires.

CCLIV. Il faut certainement classer le cliagrin, la colère, et toutes les passions tristes de l'ame , parmi les causes qui peuvent favoriser la naissance des dartres : c'est ce qui arriva à Marie-Vincent Ruo, qui fut affectée d'un exanthème herpétique sur tout le corps, même au cuir chevelu, aussitôt que la mort l'eut privée d'un enfant qu'elle nourrissoit. Dès lors, sa peau fut parsemée de petits boutons qui suppurèrent, et auxquels succédèrent des croûtes d'un gris verdâtre 5 quand ces croûtes tomboient , elles laissoient l'épiderme ridé et épaissi. Déjà nous avons cité, dans la première partie de cette dissertation, l'exemple d'un malheureux domestique qui , à l'époque des vengeances révolutionnaires , voyant traîner son maître vers le supplice affreux de la guillotine, fut soudainement frappé d'une éruption furfuracée, qu'il a conservée pendant plusieurs années. Elisa Barbet , jeune femme qui reçoit encore nos soins à l'hôpital Saint-Louis, n'a été atteinte de dartres qu'à la suite des longs tourmens qu'elle a endurés par la perte totale de sa fortune.

CGLY. J'ai rassemblé plusieurs faits qui prouvent que des désirs long-temps comprimés, particulièrement ceux qui portent naturellement les deux sexes vers les plaisirs vénériens, ne sont pas moins nuisibles. Cet état de contrainte et de privation introduit un dérangement manifeste dans les fonctions de la peau ; et il est assez ordinaire de voir le front des jeunes gens et des jeunes fdles couvert de dartres pustuleuses. D'ailleurs, la continence forcée conduit souvent à des habitudes solitaires dont les résultats funestes s'expriment en quelque sorte sur les tégumens. Nous avons observé long-temps un jeune homme qui avoit une dartre pustuleuse disséminée sur toute la surface des tégumens ; ses yeux en étoient si violemment irrités, qu'ils ne pouvoient supporter aucune lumière un peu éclatante. Les cryptes muqueux des paupières

étoient tellement enflammés, qu'ils laissoient couler une grande quantité d'humeur puriforme. Cette dartre n'é toit jamais plus intense, que lorsqu'il se livroitàla masturbation. C'est alors surtout qu'il étoit dévoré par un prurit brûlant.

CCLVL On se trompe souvent, lorsqu'on attribue un caractère contagieux aux dartres , parce que toutes les personnes qui en sont atteintes prétendent les avoir contractées. Par un amour-propre qui est inné, aucun individu ne veut qu'une maladie regardée comme honteuse soit inhérente à sa propre économie. Les malades recherchent alors avec un soin scrupuleux les différentes circonstances dans lesquelles ils ont pu se trouver avec des personnes atteintes de semblables éruptions ; et ils leur attribuent presque toujours ce qui ne vient que d'eux-mêmes. Qui sait si les auteurs n'ont point été entraînés par le torrent de l'opinion commune? Pour ce qui me concerne, j'ai vu à la vérité une foule d'individus qui disoient avoir pris des dartres pustuleuses et des dartres furfuracées avec des rasoirs mal nettoyés. J'ai vu en outre un jeune homme atteint d'une dartre squammeuse humide à la partie antérieure de l'abdomen, laquelle paroissoit avoir été communiquée à son épouse. Mais combien d'autres faits militent en faveur d'une opinion contraire ! Un malheureux artiste étoit à la fois tourmenté et par une dartre squammeuse qui recouvroit tout son corps, et par la véhémence des désirs vénériens. Il cohabitoit avec une très-jeune femme qui n'a jamais éprouvé de symptômes dartreux. Une fille étoit sujette à une dartre furfuracée et à une leucorrhée abondante, qui alternoit avec l'apparition de l'exanthème. Elle entretenoit un commerce continuel avec plusieurs individus, dont aucun n'a été affecté du virus herpétique. Tous les jours je fais des observations qui paroissent démontrer le caractère non contagieux des dartres. J'ai exécuté plusieurs expériences sur moimême, en présence de mes élèves. J'ai tenu long-temps mes mains en contact avec des dartres qui suintoient -, j'ai appliqué deux fois du pus herpétique sur mon corps, dans des endroits où l'aborption

est très-active. Je ne regarde pas néanmoins ces difFérens essais comme décisifs et concluans : je me propose de donner plus d'étendue à ces recherches intéressantes.

ARTICLE VI

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