L'ORANG BICOLORE, Puühecus bicolor
Caractéristique. — Pélage roux supérieurement et au milieu du ventre, fauve-blanchätre sur le bas-ventre, les flancs, les aisselles, la portion interne des cuisses et le tour de la bouche.
Habilai. — Sumatra.
Synonymie. — O. roux, Temminck, Monographies de mammalogie , t. Il, p. 136, 1838.—0. Ouran, Temm., ti. , 1. Il, p. 368, 1841. — P. g1COLOR, Is. Geoffroy, 414 della terza riunione degli scienziati italiant, p. 333, 1841 (simple indication d’après une communication faite par le prince de Canino), et Comptes-rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. XV, pag. 720, 1842.
Le nom d'Orang roux, que M. Temmuinck n'avait d'ailleurs proposé que comme provisoire, n’a pu être adopté comme appartenant déjà à la synonymie de l'Orang Outan.
Cette espèce est établie sur un jeune individu mâle, venu de Su-
1 Voyez à la fin de ce Mémoire, la Note VII. ÿ Je n'ai point fait représenter ici l’'Orang bicolore; mais on peut consulter les belles figures, de grandeur naturelle, faites et publiées en 1836 par M. Werner.
SINGES. 927 matra' par la voie du commerce, et qui a vécu à la ménagerie du Muséum en 1856 et 1837. On n’a pas oublié à quel degré ce Singe excita, lors de son arrivée, l’intérêt des zoologistes? et la curiosité du public paristen.
On voit par la synonymie qui vient d’être donnée, que M. Temminck avait considéré d’abord lOrang de la ménagerie comme le type d’une espèce distincte, mais que plus tard, il n’a plus vu en lui qu’un jeune Orang Outan. Je crois utile de faire remarquer que le travail dans lequel M. Temminck à supprimé l’espèce qu'il admettait d’abord, est postérieur de trois ans au premier travail de ce célèbre zoologiste, et de cinq à l'examen qu’il avait fait à la ménagerie de notre jeune Orang. Il est permis de supposer qu'à cette époque les caractères différentiels qui avaient d’abord vivement frappé M. Temminck, n'étaient plus aussi présents à sa mémoire *; et de là sans doute l’abandon qu’il a fait d’une opinion dont la rectitude me semble hors de doute.
Ce n’est d’ailleurs pas par la nuance plus rousse de son pelage, comme le dit M. Temminck , que l’Orang bicolore diffère surtout de lOrang Outan. Celui-ci est d’un roux-foncé dont la nuance est trop variable selon les âges, pour qu’on puisse lériger en caractère
M. Temminck(Voe. ci. p.117), doutait d'abord de cette origine, et pensait que cette espèce pourrait bien appartenir au continent. Cette coujecture ne reposait sur aticun fondement réel; M. Temminck l'a lui-même reconnu avec la bonne foi d’un véritable ami de la science. C’est au contraire avec toute raison que M. Temminck a révoqué en doute l’origine d’une peau mutilée, arrivée en France avec le jeune Orang bicolore.
: Les Comptes-rendus de l Académie des Sciences pour l'année 1836, renferment plusieurs communications faites, soit sur ce Singe lui-même, soit à son occasion, sur le genre Orang, par M. Marion de Procé (t. II, p.425), et par mon père (Ibid., p. 581, 601; t. IT, p. 1, 27).
3 M. Temminck nous apprend lui-même (Loc. cit.) que son examen n'avait été que tréssuperficiel, vu l'affluence prodigieuse des spectateurs, et il qualifie ses observations de hasardées. En lisant son article sur l’Orang roux, il semble d'ailleurs manifeste que M. Temminck
écrivait de souvenir, ct non d’après des notes prises au moment même, et rédigées ayec soin.
spécifique : les adultes sont d’un roux-brun très-foncé, et qui peut même passer au brun-noir sur le milieu du dos et de la poitrine; les jeunes, au contraire, d’un roux médiocrement foncé et peu différent de la couleur de notre individu. Les caractères de pelage de celui-ci se trouvent donc ailleurs : ils consistent dans la coloration en fauve-blanchätre, et non en roux, d’une partie de la face antérieure du corps, des membres et de la face. Cest ce qu’exprime la caractéristique que jai donnée de l'espèce, et ce que rappelle aussi le nom de P. dicolor sous lequel je la désigne.
D’autres caractères sont fournis par la forme des cavités orbitaires. Chez le P. satyrus, dans tous les âges, les orbites, trèsrapprochées Pune de l’autre, sont ovalaires, le diamètre transversal étant le plus petit. Les os du nez, ou plutôt à cause de leur soudure précoce, l’unique os nasal n’est qu’une languette fort étroite. Chez le P. bicolor, les orbites, au lieu d’être ovalaires, sont remarquablement quadrangulaires, et à peine plus longues que larges. Le nasal est médiocrement large.
Notre individu a des ongles à tous les doigts. Il était d’ailleurs fort jeune encore; car sa taille, ainsi que le montre sa dépouille montée avec beaucoup de soin, et aujourd’hui placée dans les galeries de zoologie, était de moins de neuf décimètres.
Malgré le développement imparfait de notre individu, je tiens pour certain qu'il diffère spécifiquement de l’Orang Outan, dont tous les âges me sont aujourd’hui bien connus. Mais diffère-t-il de méme des autres espèces successivement décrites ou indiquées par divers auteurs, et qui sont les suivantes :
A. L’Orang de Wurmb, espèce ainsi nommée par mon père, admise aussi par M. J.-B. Fischer, dans son Synopsis mammaliun,
Ÿ Cours de l'histoire naturelle des mammifères, lecon VI, p. 27-34, 1829.
sous le nom de Szria FFurmbu, et par M. de Blainville dans un mémoire spécial’, sous celui de Pongo de Bornéo. Cette espèce a pour type le Singe, devenu si célèbre, que Wurmb a décrit, en 1780, comme un Orang adulte”; que mon père” a considéré, en 1798, comme une espèce nouvelle, fort différente de lOrang Outan ; dont presque tous les auteurs, à l'exemple de Lacépède #, ont longtemps formé un genre distinct”, et qu’enfin M. Cuvier', éclairé par l’arrivée de nouveau matériaux, a définitivement rétabli, en 1818, dans le genre Orang.
La détermination générique de ce Singe n'offre plus aujourd’hui de difficultés; mais il n’en est pas de même de sa détermination spécifique. Les uns voient dans le Simia A urmbü un véritable P. satyrus; selon les autres, particulièrement selon mon père, dansson Cours sur les Mamnufères, et selon M. de Blainville, dans le Mémoire plus haut cité, on doit le considérer comme voisin, mais distinct, de celui-ci; en d’autres termes, comme une espèce congénère. Les caractères sur lesquels ces deux zoologistes fondent cette distinction, et auxquels on peut en ajouter quelques autres déjà indiqués par Harwood”, sont principalement tirés du crâne*. Les fosses orbi-
! Voyez les Comptes-rendus hebdomadaires de l Académie des Sciences, t. I, p. 76, 1836.
? Voyez Beschrijving van de groote Borneoosche Orang Outang, dans les V’erhandelingen van het bataviasch Genooschap, t. I, p. 137.
Le mémoire de Wurmb esttraduit dans la Décade philosophique, n° 79, p. 1.
5 Journal de Physique, t. XLVI, p. 342.
# Voyez ses tableaux de classification, publiés à part en l’an vrr, et réimprimés, en l’an 1x, dans les Mémoires de l'Institut (classe des Sciences), t. WA, p. 489.
5 M. Latreille, au contraire, dans son Histotre des Singes, la associé au Mandrill sous le nom de Papio ÆVurmbir.
5 Voyez le Règne animal, 2e édit., t. I, p. 88.
T Voyez Transact. linn. society, t. XV, p. 471.
8 Voyez aussi Muller, dans l’Archiv für Anatomie, ann. 1836. Ce savant professeur admet trois espèces d'Orangs.
taires ont, presque comme chez le P. bicolor, les diamètres à peu près égaux, et offrent par conséquent une forme très-différente de celle que lon connait chez lOrang Outan. L’os nasal est aussi beaucoup plus large. Mais quels caractères extérieurs répondent à ces caractères ostéologiques? Malgré les assertions contraires de plusieurs auteurs, nul ne saurait le dire dans l’état présent de la science. C’est à tort que lon a cru pouvoir caractériser extérieurement l’Orang de Wurmb par labsence des lobes cutanés des pommettes qui rendent si remarquables les mâles adultes du L. salyrus. Cette assertion, émise par un de nos plus célèbres zoologistes, a été répétée de confiance par plusieurs auteurs; mais, en remontant aux sources, jai trouvé que Wurmb signale de la manière la plus explicite, l’existence chez son individu d’une large excroissance charnue, s'éten dant démesurément sur chaque joue. La coloration notre du pelage ne doit pas davantage être mise au rang des caractères spécifiques de POrang de Wurmb ; car l’animal n’est pas décrit par l’auteur original, comme zzoër, mais comme brun; expression dont plusieurs auteurs se sont de même servis pour désigner la couleur de lOrang Outan.
L’Orang de Wurmb est donc une espèce dont Pexistence est vraisemblable; mais qu'il est impossible d'introduire dès à présent dans la classification.
B. Le Pongo Abelü de M. Lesson', Simuia Abelu de M. J.-B. Fischer, ou Orang d Abel de M. de Blainville, Cette espèce qui habiterait Sumatra, a pour type l'individu décrit par M. Clarke Abel, dans les Asiatic researches*. Sa taille serait presque gigantesque. Quand celle des autres Orangs connus est comprise entre un mètre
! Manuel de mammalogie, 1827, p. 3