Les viscères abdominaux avaient été enlevés
crâne, peu développé, fuit en arrière. Ses yeux sont grands et terribles, d’un brillant verdätre. Le nez fort, surtout à sa racine, aplati à sa base. Bouche large, armée de dents puissantes et fortes ; les canines sont démesurément développées; les molaires sont surmontées de trois à cinq tubereules coniques. Lèvres mobiles, ombragées de poils; l'inférieure peut descendre jusqu’à la houppe du menton, lorsque la colère contracte ses muscles orbiculaires et abaisseurs. Peau de la face et des oreilles nue, d’un brun foncé. Oreilles bien faites, mais grandes.
Chez le mâle adulte, le point le plus remarquable dela tête, et ee qui le distingue des femelles, c’est une crête touffue, disposée en cimier de casque, dirigée dans le sens de la suture inter-pariétale, et venant rencontrer en arrière une saillie transversale, moins proéminente, mais de même aspect, qui donne attache aux puissants muscles de la région postérieure du cou, et s'étendant d’une oreille à l’autre.
Cet animal meut son péricrâne d’arrière en avant avec la plus grande facilité; surtout quand la colère V’agite, il lui imprime des mouvements brusques d’arrière en avant tels qu'il peut faire descendre à volonté jusqu'aux arcades surcilières cette crinière hérissée de poils noirs; sa figure prend alors l’aspect le plus effrayant et le plus féroce qu’on puisse imaginer, surtout quand les lèvres contractées laissent voir en même temps ses redoutables mâchoires.
La tête de la femelle ne présente pas cette crinière. Sa superficie est lisse, et sa physionomie moins féroce.
Le cou est fort, court, épais et très-velu. La poitrine et les épaules très-larges. Les bras fort longs et dépassant les articulations du genou dans la station. L’avant-bras, quoique plus charnu que le bras, paraît comparativement moins long; à son extrémité se voit une main herculéenne, large, forte et redoutable. Le pouce beaucoup plus fort que les autres doigts. Abdomen large, proéminent (au dire des Noirs), recouvert de poils assez clair-semés. Les jambes arquées en dedans, puissamment musculeuses, et cependant moins robustes, en comparaison de l’énergie musculaire des bras.
Ni queue, ni callosités. Organes sexuels assez développés. Vagin et grandes lèvres bien formées chez la femelle observée (le reste du bassin était trop macéré pour être examiné). On dit que chez le mâle, l'organe générateur est aussi développé que celui d’un adolescent nègre de douze ans.
Leur démarche est lourde, gauche; ils progressent légèrement inclinés en avant, en se roulant d’une hanche sur l’autre. Vu la longueur de ses bras, il n’a pas besoin de se pencher en avant comme le Chimpanzé, quand ilse met en marche. Il porte alors ses longs bras derrière la nuque ou il s’appuie seulement sur l'extrémité unguéale des doigts, et non comme le Chimpanzé, sur la face dorsale des secondes phalanges fléchies. En marchant, il imprime un balancement marqué à sa massive charpente, surtout quand il porte ses bras derrière la nuque pour contre-balancer le poids de son énorme tronc qui tend de sa nature à tomber en avant; vu la position du crâne, le centre de gravité de l’occipital se trouve en avant de ses condyles. Ils vivent en troupe. Les femelles sont plus nombreuses que les mâles. Les Noirs du pays prétendent qu'il n’y a qu’un mâle par bande, et que lorsqu'un jeune Orang mâle grandit, un combat s'engage alors pour la présidence, et le plus fort, après avoir tué ou expulsé ses rivaux, reste despote de la communauté.
Leur force est si prodigieuse, qu'ils chassent à coups de poing ou de bâton l’Éléphant imprudent qui vient troubler leur domaine. On dit qu'ils ravissent parfois les malheureuses négresses qui tombent imprudemment dans leurs parages. Ils dorment sur les arbres quand il fait beau; s’il pleut, ils s’abritent sous des huttes informes, construites avec des piquets, des branches couvertes de feuilles et des écorces d'arbre. Ils enlèvent celles-ci en frappant violemment avec les éminences thénar et hypothérar de la main, puis déchirent avec les dents l'écorce rendue ainsi moins adhérente à l’arbre. Ils se nourrissent de fruits qu’ils trouvent dans les bois, et de fourmis. Ils mangent principalement le fruit de
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l’'amomus, arbre assez commun en rivière (au dire de M. Wilson, et dont il existe plusieurs variétés au Gabon). Ils savourent avec délices les fruits acides et pulpeux de cet arbre. Cependant ils mangent indifféremment tous les fruits qui ont une pulpe ou une moelle acide ou douce. Ils sont friands de bananes et de canne à sucre; ils recherchent avec soin le fruit du palmier et du papayer, ete. Quand ils tombent sur un champ de cannes à sucre coupées par les Noirs, ils veulent en faire des paquets et les enlever dans leur repaire; mais ils ont la simplicité de lier ensemble et l’arbre et les tiges de cannes coupées, de sorte qu'ils sont obligés de les abandonner, et les Noirs les retrouvent le lendemain liées à l'arbre.
Quand les naturels voyagent la nuit dans les forêts, ils ont soin d'allumer un grand feu pour écarter les ennemis redoutables qui peuplent ces bois ; après leur départ, l'Engé-éna vient se chauffer auprès du feu, mais il le laisse s’éteindre, n’ayant pas l'intelligence de l’entretenir.
Jamais on n’a pu les prendre vivants, surtout lesmäles; ceux-ci sont si forts que dix Nègres ne pourraient en contenir un seul. Quelquefois les chasseurs d'Éléphants ont pu, en tuant la mère, avoir le petit qui se cramponne fortement à ses flancs, mais les jeunes, pris ainsi, ne tardent pas à mourir. Quand un de la troupe meurt, les autres cachent le cadavre avec des branches et des feuilles. Ils marchent toujours en troupe, le mâle en éclaireur, et tuent le Nègre égaré qui tombe parmi eux.
Leur excessive férocité, leur force prodigieuse, leur aspect effroyable les rend redoutables et terribles aux indigènes. Les mâles surtout. Jamais ils ne fuient l'approche de l’homme, comme le Chimpanzé, et malheur au chasseur imprudent tombé au milieu d'eux; car s’il ne tue pas son adversaire, c'est fait de lui.
Lorsqu'un mäle, chef de la communauté, s'aperçoit d’un danger quelconque qui s'approche, il pousse dans la forétun cri perçant et terrible qui retentit et se prolonge au loin dans ces vastes solitudes. Ce cri ressemble à quelque chose comme Xck-ah! Kch-ah!!!—prolongé, lugubre et perçant. À chaque mouvement expiratoire, ses énormes mâchoires s’écarlent, la lèvre inférieure descend et se replie sur la houppe du menton; ses fortes dents à découvert et menaçantes se choquent avec bruit et violence; sa noire crinière se dresse et se hérisse; il la ramène fortement en avant; ses yeux verts largement dilatés lancent des éclairs, et toute sa figure offre les indices de la plus violente ‘colère et un aspect d'une effroyable énergie.
Au premier cri d'alarme, les femelles fuient sur les cimes des arbres avec une vitesse incroyable. Le mâle, alors resté seul, se dirige, ivre de fureur, vers son ennemi, poussant à intervalles égaux son terrible cri de guerre. Le chasseur surpris attend ordinairement son approche, le fusil en joue; si sa main tremble, si son coup d'œil n’est pas sûr, s’il manque son adversaire, celui-ci, en un bond gigantesque, saisit l'arme à feu, la brise comme verre entre ses puissantes mâchoires, et le noir n’a plus qu'à mourir, s’il n'est secouru.
Les indigènes lui accordent généralement une intelligence inférieure à celle du Chimpanzé. Ils l'appellent homme-fou, parce qu'ilse fait des cabanes sans toit, dans un pays si pluvieux. Ils sont resardés comme des êtres humains dégénérés par les uns; par les autres, comme des hommes d’une race parüculière.
Beaucoup d'entre les naturels, qui croient à la métempsycose des âmes, les disent formés par les esprits de leurs compatriotes décédés. Ils disent que le Chimpanzé est vivifié par les intelligences des hommes du bord de la mer, tandis que les âmes des habitants des bois vont dans l’Engé-éna.
Bien qu'envisagés par les Boulous comme infiniment inférieurs à eux, cependant il est difficile de leur persuader que ce ne sont pas des hommes dégénérés, des hommes des bois, comme ils les désignent dans leur propre langue.
Cependant, quand dans leurs grandes chasses, les Nègres parviennent à en tuer quelques-uns (des
femelles principalement), ils fament leur chair, ainsi que celle de l’Éléphant et des autres Singes, eten font ensuite une partie principale et délicieuse de leurs repas.
Un esclave chasseur et adroit tireur, revenait un jour de la chasse de l’Éléphant, et en avait tué un, quand il rencontra en retournant à la case, un Engé-éna femelle; doué de sang-froid et d'adresse, il tua son ennemi de trois chevrotines, et l’emporta en trophée. Cet acte, inouï jusqu'alors de la part d’un seul individu, lui valut sa liberté, la main de la fille d’un chef, et le titre de grand chasseur.
Ici, se terminent les notions que je possède relatives à cet intéressant animal, que le Muséum possède maintenant. N'ayant pas l'intention d’en faire l’histoire anatomique, j’abandonne ce sujet intéressant entre les mains de personnes plus compétentes en semblable matière.
Puissent ces notions abrégées vous satisfaire, c’est mon plus vif désir. Daignez pardonner au currente calamo l'irrégularité du style et de bien des expressions; mais l’impatience de remplir ma promesse, et surtout mes nombreuses occupations, m'empêchent de donner à la rédaction de ces notes tout le soin que j’eusse désiré y apporter.
Si de nouveaux renseignements vous deviennent nécessaires, je suis à la disposition de Messieurs les professeurs du Muséum.
J'ai l'honneur d’être, Messieurs, avec respect, votre très-humble serviteur,