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SUR LE GABON

ET SUR LES DIVERSES ESPÈCES DE SINGES ANTHROPOMORPHES D'ORIGINE AFRICAINE LETTRE ADRESSÉE A M. IS. GEOFFROY SAINT-HILAIRE

a $ PAR M. LE DOCTEUR E. FRANQUET

Hôpital civil de Brest, le 4er décembre 4852. MONSIEUR ,

A l’occasion d’un ouvrage intitulé : Encyclopédie d'Histoire naturelle, qui m'est tombé par hasard dans les mains, il m'est venu à l’idée de vous adresser les quelques pages qui suivent :

Je pense qu’il serait très-important de connaître d’une manière précise la contrée et le lieu d’où proviennent les diverses espèces de Singes anthropomorphes d’origine africaine. C’est un point dont peu de voyageurs se sont occupés. Voici les seuls renseignements que je puis vous donner à ce sujet.

En 1838-39, étant chirurgien major de la Malouine, j'ai pu visiter un grand nombre de points de la

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côte occidentale d'Afrique, depuis Gorée jusqu'au Gabon. Je n'ai rencontré qu'un seul Chimpanzé. C'était à Libéria (cap Mésurade). Ce Singe appartenait à un homme de couleur. Celui-ci se l'était-il procuré dans le pays, ou bien le tenait-il de quelque navire négrier qui l'aurait pris sur un autre point de la côte d'Afrique? Je ne saurais le dire.

En 1850 et 51, j'ai vu à la côte d'Afrique huit Chimpanzés appartenant :

2, à M. Vivien, chirurgien de la Marine, qui les avait achetés au Gabon à des Boulous de la rive droite du fleuve.

1, à M. Chevrier, chirurgien de la Marine, qui l'avait acheté à un navire venant de Sierra Leone.

1, à M. Laprade, capitaine du génie. Ce Singe, acheté au Gabon, provenait du cap Esterdas.

4, à M. Fonsagrives, chirurgien de la Marine. Ce Singe, acheté au Gabon, provenait du cap Esterdas.

1, à M. Penaud, capitaine de vaisseau. Ce Singe, acheté au Gabon, provenait du cap Esterdas.

?, à M. Lacant, négociant à Gorée. Ces 2 Singes ont été achetés à des navires du commerce venant de Gambie ou de Sierra Leone.

Tous ces Chimpanzés avaient entre eux la plus grande ressemblance et étaient tous très-jeunes (1 à 4 ans).

Pendant les dix-huit mois que j’ai passés au Gabon (1851-52) :

Un jeune Gorille femelle vivant, de cinq ans environ, a été acheté par moi (squelette donné au Muséum ).

Un Gorille mâle, adulte ayant acquis son complet développement, a été acheté par moi (donné au Muséum).

Un squelette de mâle adulte (Gorille), a été acheté par un capitaine anglais (prix 4,000 fr.)

Un squelette de femelle adulte, avec la peau (le tout incomplet), a été acheté par M. Fonsagrives.

Un Gorille vivant très-jeune (de 2 à 3 ans), a été acheté par M. Penaud (donné au Muséum je

Une tête de Gorille mäle adulte, a été achetée par M. Davion, garde du génie.

1 N’tchégo entier, aduite, mort, a été acheté par moi (squelette donné au Muséum).

2 N'tchésos entiers, adultes, morts, ont été achetés par moi (laissés au Gabon).

1 N'ichéso entier, adulte, mort, acheté par M. Marec, chirurgien de la Marine.

1 N'tchégo entier, adulte, mort, acheté par M. Laprade.

Tous ces Gorilles et ces N’tchégos provenaient de la rive gauche du Gabon ou du côté de Denis. Le crâne du Gorille, acheté par M. Davion, venait seul des environs du cap Lopez. Tous les Noirs du village de Denis s'accordent à dire qu'on trouve le Gorille à six à huit lieues de leur village, dans de grands bois, sur un mamelon qu'on aperçoit de la rive gauche du fleuve, depuis la pointe Clava jusqu’à la pointe Obindo. Les Noirs de Denis s'accordent également à dire qu’on trouve le Gorille au cap Lopez, qui est situé à quinze ou vingt lieues dans le sud du Gabon. Un enseigne de vaisseau, M. Martin, m'a montré un magnifique crâne de Gorille adulte qu'il s'était procuré à Saugetan ou à Cebinda, c’est-à-dire au sud de la Ligne. Les Gorilles restent d'habitude dans les lieux où ils ont établi leurs demeures. Les N’tchégos s’approchent fréquemment des habitations, et c'est généralement dans les plantations de bananiers qu’ils viennent se faire tuer.

Trouve-t-on les Chimpanzés au delà de l'Équateur? Je n'ai jamais ouï dire qu'on en ait rapporté de cette partie de la côte, ni qu'on y en ait vu. Je n'ai point visité cette partie de l’Afrique, mais je sais d'une manière certaine que la température est moins élevée dans l'hémisphère sud que dans l’hémisphère nord. La nature du sol et la végétation différent dans ces deux parties du continent africain. Les maladies sont très-rares dans le sud.

Les Noirs du Gabon ne mangent point les Singes. Les Noirs que nous avions à bord de l’4dour, et qui tous étaient de la côte de Crew, on les appelle Crowniens, étaient très-friands du Gorille et du

N'tchégo. D’après eux, on ne trouve pas ces deux espèces de Singe dans leur pays; mais il y a une autre espèce de grand Singe qu’ils mangent. Je suppose que ce doit être le Chimpanzé, le seul des grands Singes dont je n’aie pas eu occasion de les régaler. Un chirurgien de mes amis, M. Lehire, qui est resté trois ans à la côte d'Afrique, m'a affirmé (se basant bien entendu sur ce qu'il a entendu dire) que sur la côte nord on ne commençait à trouver le Chimpanzé que sur la rivière Cappatchez, c’està-dire un peu au nord de Sierra Leone. Étant au Gabon, j'ai vu, comme je l'ai dit, un certain nombre de Chimpanzés. Tous provenaient de la presqu’ile bornée au nord par la rivière Moudah, et au sud par la rivière du Gabon; pas un seul Chimpanzé n’a été apporté de la rive gauche du Gabon» c’est-à-dire du lieu où proviennent exclusivement les Gorilles et les N’tchégos que j’ai pu voir.

Les renseignements donnés au sujet du Gorille par un de mes amis, M. Gautier, chirurgien de Ta Marine, qui est resté au Gabon peut-être plus longtemps que moi, sont peu exacts. Il est vrai que de son temps l'hydrographie de la rivière du Gabon n'avait pas encore été faite avec tout le soin qu'y a mis (en 1849) M. Ploix, ingénieur hydrographe de la Marine.

Du reste, jamais aucun voyageur n’a écrit que la rivière du Gabon fût couverte d’un nombre considérable d'îles. Il n’y en a que deux : Coniquet et l’île aux Perroquets. J'aurais voulu pouvoir donner ici un aperçu du pays d’après les plans de MM. Pigeard et Ploix, que j’ai toujours trouvés exacts. Ces plans doivent se trouver à Paris, au dépôt des cartes et plans. Mais il m'a été impossible de me les procurer à Brest, où il n’existe pour le Gabon qu’une seule carte de l'entrée de la rivière; carte trèsincorrecte , fourmillant d’erreurs. Je crois que cette carte est d’un lieutenant de vaisseau, qui appelle l'île Coniquet, île d'Orléans, et l’île aux Perroquets, île Adélaïde, dénominations nouvelles qui ne seront jamais connues des Noirs du Gabon.

Bosman (souvenir de mes lectures de Walckenaer) qui donne au Rio-Gabon les noms de Gaba, Gabana ou Gabam, désigne les deux îles dont je viens de parler sous le nom d’iles de Pongo. Ceci peut déjà nous faire supposer que le fleuve que nous appelons Gabon doit avoir été anciennement désigné par les naturels sous le nom de Pongo. Je reviendrai un peu plus loin sur le fait de sa dénomination actuelle.

Des deux îles de l'embouchure ou estuaire du Gabon, la plus petite, couverte de grands arbres, est basse et presque entièrement noyée à marée haute; elle a loujours été inhabitée. À mer basse, on ne peut guère s’exposer à y descendre sans risquer d’enfoncer dans la vase au moins jusqu'aux genoux. C'est l’île aux Perroquets.

La plus grande de ces îles est haute, découpée en trois mamelons. Les Anglais l'ont appelée ile du Prince, et les Hollandais île du Roi. Nous l’appelons, nous, du nom que lui donnent les naturels, c’està-dire Coniquet. Elle a toujours été habitée.

Le chef de cette île, qui est un grand fétiche, prend le titre d'Oga ou roi. Il est indépendant comme tous les chefs qui commandent aux dix ou quinze villages qu'on trouve sur les bords de l'estuaire du Gabon, et dont la population totale (esclaves et hommes libres, ou N’pingoués) ne s'élève pas au delà de deux mille âmes. Autrefois, le chef de Coniquet prenait le titre de Meni-Ponso, ce qui veut dire : seigneur du Pongo.

Les Noirs qui habitent les deux rives du Gabon (à son embouchure ou dans ce qu’on appelle l’estuaire), sont les seuls avec lesquels nous ayons des relations directes. Ils se donnent le nom de N’Pongoués, et se croient infiniment supérieurs aux autres Noirs leurs voisins, qu’on appelle les Boulous ou Sequiani, les Bakalais et les Pavoins. Tous les N’Pongoués désignent la rivière du Gabon (l'estuaire seulement) par le nom de N'Pongo, tandis qu’il donnent à divers affluents les noms de Coïc, Como, Ramboué, Mafougam, etc., noms conservés dans les cartes de MM. Pigeard et Ploix.

Ces renseignements étant donnés, doit-on s'étonner que les voyageurs et les naturalistes ensuite

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