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Le GiBBoN ENTELLOÏDE, Æylobates entelloïdes. (Planche

Car. — Pelage d’un fauve très-clair; le tour de la face blanc; face et paumes noires. Callosités petites, arrondies. Second et troisième doigts postérieurs réunis jusqu’à l'articulation de la première phalange avec la seconde (par une membrane disposée comme

SINGES. 533 la membrane interdigitale de la plupart des Gallinacés et des Echassiers).

Hab.—L’'Inde continentale.

Syn.— H. ENrzLzLOIDES, Is. Geoff., Comptes-rendus hebdomadaires de l’Académue des Sciences , t. XV, p. 717, 1842.

Cette espèce m'est connue par lexamen de trois individus, savoir : un mâle adulte, une femelle adulte et un jeune male. M. Barre, missionnaire apostolique dans l’Inde et en Malaisie, auquel le Muséum doit la possession du Gibbon entelloïde, a eu, en outre, un quatrième individu qu’il se proposait d'envoyer à la ménagerie , mais qui n’y est jamais parvenu. M. Barre s'était procuré ces Gibbons dans la presqu’ile Malaise, vers le douzième degré de latitude nord.

La caractéristique que j'ai donnée plus haut, résume les caraetères de l’espèce. Je la compléterai ici par une description plus détaillée.

Le pelage, très-laineux, touffu et un peu plus long sur la tête et sur le dos, est généralement d’un fauve blanchâtre (couleur de filasse claire), les poils étant roussâtres à leur origine, et d’une couleur très-claire dans leur portion terminale. La face interne des bras, le dedans des coudes et le cou présentent une teinte générale roussâtre, beaucoup plus marquée chez la femelle, et tirant même un peu chez elle sur le doré, principalement sur la partie postérieure des joues. Les poils du dessus de la tête, assez longs, sont” couchés et dirigés en arrière ; les poils des joues, assez longs aussi, sont, au contraire, redressés, et peuvent être comparés, aussi bien que dans d’autres espèces, à de larges, mais courts favoris. Un bandeau blanc, assez large, occupe la partie antérieure du front, et se

Arouives pu Muséuw, rome II. 68

fond presque insensiblement avec les poils d’un fauve très-clair qui couvrent le reste de là tête. Il en est surtout ainsi chez notre jeune sujet qui, d’ailleurs, ressemble généralement à la femelle. Le menton est également blanc, ainsi que la partie antérieure des joues chez la femelle et les joues presque entières chez le mâle. Dans les deux sexes, la face est donc encadrée de blanc : il y a toutefois cette différence, que l’encadrement blanc s’élargit sur les joues chez le mâle, ce qui n’a pas lieu chez la femelle ; celle-ci a les joues roussätres en arrière. Les sourcils sont roux.

La face est noirâtre, et les ongles paraissent aussi de couleur foncée. Les callosités sont peu étendues et de forme arrondie.

La disposition des mains postérieures nva présenté un caractère assez remarquable. Le doigt indicateur et le médian sont réunis par une membrane interdigitale jusque vers l'articulation de la première et de la seconde phalange. Dans notre individu mäle, la réunion dépasse même cette articulation, et la membrane interdigitale borde une grande partie de la face interne du médius. Les doigts de la femelle étaient malheureusement en mauvais état; et il ne m'a pas été possible de constater exactement jusqu'où s’étendait Punion.

La taille de cette espèce, sensiblement la même que celle de la plupart de ses congénères, est (lanimal étant supposé tout-à-fait debout) d’un peu plus de 0,80.

Par l’ensemble de ces caractères, et spécialement par les teintes claires de son pelage qui contrastent d’une manière remarquable avec la couleur foncée de la face, ce Gibbon rappelle au premier aspect un autre Singe indien généralement connu, le Semnopithèque entelle. De là le nom que j'ai donné à cette espèce; nom qui rappelle à la fois la similitude de patrie et la similitude de coloration. El m'a d’ailleurs paru qu'il valait mieux indiquer seulement, qw’exprimer exactement par la dénomination spécifique, la colora-

SINGES. 535 tion remarquable de ce Singe. Il existe de si nombreuses variétés de couleur parmi les Gibbons, que je dois regarder comme trèsvraisemblable l'existence de Gibbons entelloïdes, assez différents par leur pelage, des individus que j'ai décrits.

La possibilité que de telles variations de couleur se présentent aussi chez l’'H. entelloïdes , rend nécessaires quelques remarques de plus sur les différences caractéristiques de cette espèce.

Toute confusion est en premier lieu impossible avec les espèces suivantes :

À. . Syndactylus, beaucoup plus grand, à gorge nue, à doigts plus réunis encore, et à pelage presque aussi différent par sa nature que par sa couleur.

B. Æ. Rafflei, et les autres espèces voisines qui habitent les îles de la Sonde. Ces Gibbons ont les doigts postérieurs moins réunis, et leur tête présente un autre mode de coloration. Chez la plupart d’entre eux, les favoris sont aussi beaucoup plus longs et plus touffus.

C. H. leucogenys, chez lequel existe encore plus marqué ce dernier caractère, et qui a les poils du dessus la tête dirigés en haut.

D. Æ. choromandus qui a aussi les poils du dessus de la tête longs et redressés.

E. 4. Hooloch, si distinct, même en n'ayant égard qu’à la disposition de ses couleurs, par sa bande frontale non prolongée latéralement.

Ces Gibbons étant éliminés de la comparaison, il ne reste plus qu’une seule espèce, appartenant à l'Inde continentale, comme V FT. entelloides, savoir, PH. albimanus. V’un et l’autre se ressemblent par leurs proportions, la disposition des poils de la tête, et de plus par l’encadrement blanc de la face. Au premier aspect, une

Fe

confusion pourrait donc être faite, sinon entre l'A. entelloïdes tel que je Pai décrit, et PT. albimanus tel qu'il se présente normalement à observation, du moins entre l'A. entelloides et les vañiétés fauves de PÆ7. albimanus, ou bien encore entre l’état normal de celui-ci et les variétés foncées de AT. entelloides, si Von venait à en en rencontrer de telles. J’insiste donc sur trois caractères disüncufs :

1° L’encadrement blanc de la face, tout en établissant une analogie de plus entre les deux espèces, peut fournir lui-même un caractère distinctif. Le bandeau frontal est beaucoup plus large chez l’Æ7. entelloides que chez V F7. albimanus, et de plus, il est composé de poils de même nature que ceux du reste de la tête. Aussi, chez l’'H. entelloides, le bandeau frontal se fond-il peu à peu dans la partie uniforme du dessus de la tête. Chez PA. albimanus, les poils du bandeau frontal sont très-foncés, roïdes, presque durs, et aussi différents par leur nature que par leur couleur de ceux du dessus de la tête.

Dans les cas d’albinisme incomplet qu’on observe chez ce dernier, ce caractère subsiste très-distinct. Le bandeau frontal blanc ou gris-blanchâtre ne contraste plus, il est vrai, avec le brun du dessus de la tête, qui est remplacé par du fauve-clair; mais il reste encore assez de différences entre lun et Pautre, pour que lon aperçoive nettement les limites du bandeau frontal qui, comme à l’ordinaire, n’est composé que de poils rudes et très-frisés.

J’ajouterai que j'ai trouvé chez lÆ. albimanus, dans le cas d’albinisme incomplet, les sourcils noirs et non roux. Du reste, la teinte générale est peu différente de celle de nos Æ. entelloïdes, et il y a même similitude parfaite dans quelques régions.

2 La réunion de l'index et du médius postérieurs jusque vers Varticulation de la première avec la seconde phalange, a déjà

SINGES. 537 été indiquée chez l'A. entelloïdes. J'ai dit jusqu'où cette réunion s'étend chez le mâle; mais je n’ai pu déterminer avec une exactitude suffisante, la disposition des doigts chez la femelle. Je me borne donc à rappeler ici ce caractère.

3° Bien que la conformation du crâne soit essentiellement la même chez tous les Gibbons, chaque espèce présente quelques légères modifications du type commun, à l’aide desquelles on peut distinguer les espèces, comme on le fait généralement à l’extérieur par les caractères de coloration et de disposition des poils. De plus, et c’est ce qu’on aurait pu prévoir à l’avance, les caractères cràniers concordent très-bien avec les caractères extérieurs. Ainsi, lÆ7. syndactylus qui écarte Le plus, par ses caractères extérieurs, du type commun des Gibbons, est aussi celui dont le crâne est le plus nettement caractérisé. Pour me borner ici à deux caractères très-dignes d’attention, la face est, chez V7. syndactylus plus allongée et plus comprimée que chez ses congénères ; et la mâchoire inférieure ne présente point à la jonction des branches horizontales (ou corps) et des branches montantes un rétrécissement aussi marqué; rétrécissement qui, pour me faire clairement comprendre, tient à ce que Le bord inférieur de Pos et son bord supérieur ou alvéolaire sont moins distants Pun de l’autre en arrière, au lieu indiqué, qu’en avant. Les autres Gibbons, par exemple, l’Æ7. agulis et l'A. Rafflei, ont au contraire ce rétrécissement très-marqué, et la face est chez eux plus courte et moins comprimée, la différence ne s'étendant d’ailleurs pas au-delà des diversités que l’on est accoutumé à rencontrer entre les espèces d’un même genre naturel.

Par ses caractères crâniens, comme par ses caractères extérieurs, V1. entelloides se place entre l'A. syndactylus et ses congénères à doigts non réunis, et c’est de ces derniers qu’il se rapproche davantage. Ainsi, la face est un peu plus large et le rétrécissemenit

de la machoire inférieure plus marqué que chez PA. syndactylus et moins que chez ses congénères.

Comparé spécialement à l'A. albimanus, V H. entelloides a les orbites plus rapprochées l’une de lautre. Il ÿ a une distance plus grande entre la partie supérieure de cette cavité et Les fosses nasales. Les branches montantes de la mâchoire inférieure sont des parallélogrammes plus étendus de haut en bas que d’avant et arrière. Chez V7. albimanus, ces branches sont d’une forme plus irrégulière, et aussi larges ou même plus larges que hautes. Enfin, par suite de la forme généralement comprimée de sa tête, l’Æ7. entelloïdes a la boite cérébrale sensiblement plus allongée.

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