‹ Description des mammifèresChapitre 25 sur 125 · Le THÉROPITHÈQUE GÉLADA, Theropithecus Gelada · texte numérisé non relu

Le THÉROPITHÈQUE GÉLADA, Theropithecus Gelada

Car. générique. — Corps assez trapu dans l’état adulte. Membres médiocrement allongés ; pouces antérieurs assez développés.— Queue médiocrement allongée.

Crâne peu volumineux, mais globuleux ; point de véritables crêtes surcilières, mais la paroi supérieure de l'orbite étendue, au-dessus de l’orbite, en une lame horizontale, seulement un peu épaissie à son rebord antérieur. —Museau étroit, comprimé, très-allongé.

Fosses nasales très-étroites; nez plat; marines non tubuleuses et non ternunales. — De fortes callosités ischiatiques avec une nudité étendue entre et derrière elles.

Des abajoues.—Canines épaisses, convexes, très-longues ; les supérieures, en particulier, tranchantesà leur bord postérieur, et véritablement énormes. /nctsives presque verticales, petites, lapaire interne de lamächoire supérieure n’ayant elle-même qu’un peu plus de longueur et de largeur que la paire externe. La dernière mâchelière inférieure, très-allongée, ayant un talon très-large et très-saillant; les

‘ La caractéristique générique des Cynopithèques n'avait jamais été donnée complétement ni par moi, ni, à plus forteraison, par lesauteurs quin’avaient vu dans le Cynopithèque nègre qu’une espèce du genre Cynocéphale. Cette caractéristique eût-elle été déjà donnée, il serait d’ailleurs utile de la rapprocher de celle du genre suivant. Au contraire, après les descrip tions et les figures qui viennent d’être rappelées dans la synonymie, il serait superflu d’insister ici sur les caractères spécifiques du Cynopithèque nègre, et c’est pourquoi je passe immédiatement au Théropithèque Gélada.

2 Aussi n’existe-t-il pas, comme chez les Macaques et les Cynocéphales, d'échancrures à la partie externe du bord supérieur de l'orbite.

SINGES. 577 autres mâchelières, soit inférieures, soit supérieures, beaucoup moins allongées, mais encore plus longuesque larges, etayantde petitstalons.

Car. spée.—De longs poils bruns sur les parties supérieures; de longs poils fauves sur les flancs et au bout de la queue : les quatre mains noiratres.

Hab.—L’Abyssinie.

Syn. gén.—(Voyez plus bas).

Syr. spéc.—GErapa des Abyssins.—Macacus GELADA, Rupp., Veue TV irbelthiere von Abyssinien, infol.— P4P10 GELAD4, Less., Spec.

Je ne m’arréterai pas ici sur les caractères spécifiques de ce Singe, étudiés avec tant de soin par Ruppell, et pour lesquels il suffit de renvoyer à l'ouvrage de ce célèbre voyageur.

Mais il y a à revenir sur la place qui a été assignée au Gélada dans la classification.

M. Ruppell qui a observé ce Singe en Afrique, et qui a rapporté en. Europe tous ou presque tous les individus connus, a décrit le premier le Gélada, et l’a placé parmi les Macaques : quelques zoologistes, par exemple, M. Lesson dans son Species, l'ont, au contraire, reporté parmi les Cynocéphales. Le Gélada a, sans nul doute, des rapports intimes avec ces deux genres; mais il ne se confond ni avec l’un ni avec l’autre, et doit devenir le type d’un genre distinct, pour lequel je propose le nom de Théropithèque!.

Le museau très-allongé chez le Gélada (moins cependant que chez les Cynocéphales), le développement considérable des canines, l’étendue longitudinale et la forme plus complexe des molaires, et plusieurs autres caractères, distinguent ce Singe des Macaques,

1! De O5, béte sauvage, et de riôn£ ou rinr0c, Singe, radical commun des mots Semnopithèque, Cercopithèque, Cynopithèque, etc.

ne

et tendent à le rapprocher des Cynocéphales, auxquels il ressemble ailleurs pour la taille et pour le pelage, et dont il a la patrie.

Mais, d’une autre part, les narines, loin d’être terminales, sont disposées comme chez les Macaques, en sorte que le Gélada se trouve privé du trait le plus caractéristique des Cynocéphales. Cette différence suffirait pour que l’on ne püt le réunir à ceux-ci : mais elle n’est pas la seule qui existe. Chez le Gélada, la forme du crâne est beaucoup plus arrondie , et le museau moins allongé. Un caractère distinctifremarquable résulte encore dela direction presque verticale des incisives.

Après ces caractères dont les uns tendent à séparer le Gélada des Macaques et à le rapprocher des Cynocéphales, les autres à le séparer de ceux-ci et à le rapprocher des premiers, il en est d’autres qui n’appartiennent ni aux Macaques, ni aux Cynocéphales : tels sont le faible dévelôppement des incisives, même de la paire médiane supérieure; l’absence de véritables bourrelets sus-orbitaires et des échancrures sus-orbitaires , le rétrécissement des fosses nasales et de la face qui, de chaque côté, au-dessus des arcades dentaires, est creusée de deux fosses étendues et profondes; enfin, la forme de la mâchoire inférieure, très-comprimée en avant”, ayant de chaque côté, au-dessous des fausses molaires une fosse circulaire profonde, et surtout très-remarquable par l’étendue considérable des branches montantes ; d’ou résulte une disposition oblique de la face, assez analogue à ce que l’on observe chez les Orangs et chez divers Singes américains.

‘ Au point que les incisives sont placées, comme dans un grand nombre de Chauve- ‘souris, au devant des canines très-1approchées à leurs bases.

19. Le CYNOCÉPHALE BaBouN, Cynocephalus Babouin. (Planche 6.)

Car. — Pelage jaune-olivätre en dessus, blanchâtre en dessous et à la face interne des membres; poils colorés de jaune et de noir

par anneaux assez étendus, mais peu nombreux.

Hab. — L'Afrique septentrionale, particulièrement l'Égypte et PAbyssinie.

Syn.—Pario cyNocePHALUS, Geoffroy S.-Hilaire, Tableau des quadr. dans les Znn. du Muséum, t. XIX, p. 102.—Le BagouIn, Fr. Cuvier, Mém. du Muséum , t. IV, p. 420, et Histoire nat. des Mamm., 1" édit. — €. B4- BOUIN, Desmarest, Mammal., 1820; Fr. Cuvier, Hrstorre nat. des Mamm , 2° édit. , 1826... —C. 4anTIQUORUM, Schinz, traduction du Règne animal de Cuvier; Agassiz, si, t. XXI, p. 863, 1824. — Simr4 CYNOCEPHALA, J.B. Fischer, Syrops. Mamm.—P41r10 BA4Bou1IN, Jardme, Monk.; Lesson, Spec.—C.srHyNx, Ogilby, Monk.—Pirnrous cynocerH4zvs, Blainville, Ostéographie, fase. IV.

Cette espèce, à laquelle tousles auteurs modernes donnent le nom de Babouin, et que tous ceux qui n’ont point adopté le mot Cynocephalus comme nom générique, appellent Syria, Pithecus ou Papio Cynocephalus, est-elle véritablement le Babouin de Buffon et le Cercopithecus Cynocephalus de Brisson, comme on l’a admis? Est-ce une espèce très-voisine du Papion, ou même se confondant avec lui, comme on Pa dit aussi récemment? Ces questions semblent parfaitement résolues dans quelques ouvrages modernes ; mais il y a, en réalité, beaucoup à revenir sur ces divers points, et c’est ici un nouvel exemple de la facilité avec laquelle une assertion, une fois émise par un auteur, passe et finit par s'établir dans la science.

Le Babouin des auteurs modernes est-il le Babouin proprement dit ou petit Papion de Buffon et de Daubenton‘? M. Frédéric Cuvier, dans un travail spécial sur le Papion et le Babouin*, l’a admis avec doute, et depuis lui on l’a répété d’une manière beaucoup plus affirmative. Il me semble, au contraire, à peu près certain que le petit Papion n’est pas le Babouin; car Daubenton, toujours si exact, dit que le petit Papion ressemble beaucoup, par les couleurs du poil, au grand Papion; et la figure montre en effet que les poils étaient finement annelés comme chez le Papion, et non colorés par larges anneaux comme chez le Babouin.

On sait d’ailleurs aujourd’hui qu'il existe des différences notables de taille entre les individus de même espèce chez les Cynocéphales, et il n’y a aucune raison de considérer le Babouin comme plus petit, à l’état adulte, que ne l’est le Papion.

M. Fr. Cuvier a admis, comme beaucoup plus certaine, lidentité du Cercopithèque cynocéphale de Brisson® avec le Babouin. Or, il est facile de prouver que cette identité n'existe pas : le nom de Cercopithèque cynocéphale est pour Brisson, non une dénomination spécifique, mais un nom commun à plusieurs Cynocéphales, un véritable nom générique. La phrase française est, il est vrai, peu explicite à cet égard; maisil suffit, pour lever tous les doutes, de recourir à la phrase latine placée en regard de celle-ci. «Plurimas vidi, dit Brisson, Cercopithecorum cynocephalorum species, magniludine tantum a se invicem discrepantes. Habitant in Africa.» Quant au caractère tiré de la couleur des poils qui sont dits erdätres et jaunâires, il convient évidemment au Papion au moins aussi

1 Hist. nat.,t. XIV, pl. xiv.

2 Du Cercopithèque de Brisson et du Grand Papion de Buffon, loc. cit, 3 Règne animal (1759), p. 125.

bien qu’au Babouin ; et Brisson a dù avoir beaucoup plus d'occasions d'observer le premier qui est le seul commun.

Si la synonymie, telle que la donne M. Frédéric Cuvier, doit être rectifiée, la caractéristique, telle qu’on la trouve dans le mémoire de ce savant zoologiste, est généralement assez exacte : aussi est-ce depuis son mémoire que le Babouin a définitivement pris place parmi les espèces du genre Cynocéphale. Il faut remarquer toutefois que la queue, chez le Babouin, n’est pas aussi courte que Va dit M. Frédéric Cuvier, et surtout que la face n’est pas couleur de chair, mais presque entièrement noire; erreur empruntée aux ouvrages antérieurs, que M. Frédéric Cuvier n’a d’ailleurs commise que dans son texte, et que rectifie la figure coloriée publiée par lui dans son Hisloire naturelle des Mamnuÿfères de la ménagere ‘.

Le véritable caractère distinctif du Babouin doit être tiré de ses poils, qui au lieu d’être, comme chez le Papion, finement annelés de jaune et de noir, sont colorés par anneaux très-étendus, mais peu nombreux; d’où il résulte que le pelage du Babouin offre une coloration jaune-verdâtre à peu près uniforme, peu différente de celle du Magot et de divers Macaques, et très-différente de celle du Papion, dont le pelage est généralement strié comme celui de PHamadryas.

L'espèce dont le Babouin se rapproche le plus, non par la nuance, mais par la disposition de couleurs de ses poils, est le C. porcarius de l'Afrique australe. Le C. Babouin se lie aussi très-mtimement avec cette même espèce par la conformation de son crâne,

1 T. Ï, mars 1819. — Tous les auteurs, et M. G. Cuvier lui-même, dans la seconde édition du Réone animal, ont néanmoins continué à donner pour caractère disuünctif au Babouin, son visage couleur de chair.

Arcuives pu Muséum, rome II. 74

et surtout par celle de sa mâchoire inférieure, dont chaque branche horizontale est creusée, au-dessous des molaires, d’une fosse assez profonde. Cette fosse se retrouve d’ailleurs aussi chez le C. Ænubis de M. Fr. Cuvier; espèce qui est encore fort imparfaitement connue, et qui reste même douteuse encore *.

En raison des difficultés que présente encore Phistoire du Babouin, il m’a paru utile de donner de ce Singe, figuré à l’état adulte par M. Fr. Cuvier, une figure qui le représente vers la fin de son accroissement, et par suite avec des formes beaucoup plus grêles. On sait lès modifications très-remarquables que présentent, dans leurs divers âges, les Cynocéphales, si grêles et si légers lorsqu'ils sont jeunes, si lourds et si trapus lorsqu'ils sont vieux. De là les différences très-prononcées de proportion que l’on remarquera entre l'individu adulte de M. Fr. Cuvier et le sujet de la sixième planche de ce Mémoire.

Ce dernier, l’une des précieuses espèces dont S. A. R. le Prince de Joinville a enrichi, dans ses voyages, le Muséum d'histoire naturelle, a vécu environ un an à la ménagerie, et il était beaucoup plus gréle encore lors de son arrivée qu'il n’est représenté dans notre planche, et que ne l’est sa dépouille montée, aujourd’hui placée dans les galeries de zoologie ?.

En le comparant à un individu femelle anciennement existant dans les mêmes galeries, et qui est l’original de presque toutes les descriptions faites en France, celles de M. Fr. Cuvier exceptées,

* Hist. nat. des mammifères, 17° et 2° édition. Dans celle-ci, la figure qui avait déjà paru dans la première édition, a été reproduite, mais coloriée beaucoup plus en vert foncé, et indiquant par suite une différence beaucoup plus marquée par rapportau Babouin, plutôt jauneolivâtre que vert.

: L'animal ayant été acquis par les ordres du Prince, durant l'un de ses voyages, et non rapporté directement d'Afrique, on n’a pu savoir exactement de quelle région il est ori-

ginaire.

SINGES. 283 j'ai trouvé entre l’un et l’autre quelques différences qui, quoique d’une très-faible importance, doivent être notées ici. Le Cynocéphale figuré dans ce Mémoire, et qui est un mâle un peu plus âgé que l’autre, a le poil généralement plus long, et d’une teinte un tant soit peu grisâtre : différence que j'ai vu exister de même entre divers Papions, les jeunes de cette espèce ayant aussi le pelage plus ras, les sémi-adultes le pelage plus long, et les adultes, une véritable crinière qui couvre toute la moitié antérieure du corps. Une autre différence est que l’ancien Babouin de nos galeries a le dessus de la tête noirâtre; disposition qui résulte de ce que les poils de cette partie ont la pointe noire sur une assez grande étendue. Chez l'individu que j'ai fait représenter, le dessus de la tête n’est pas noir; mais les poils de cette partie ont du moins la pointe noire, et peut-être même régnerait-il sur la tête une teinte noire très-marquée, si cette région n’était pas dans un médiocre état de conservation, et même en partie dénudée.

À ces différences près, qui sont d’une très-faible importance, il y a d’ailleurs entre nos deux individus une très-grande ressemblance, Vunet l’autre ayant la face externe des cuisses fortementlavée de roux, les parties inférieures et internes blanchätres, et les doigts, ainsi que le contour de la main, blanchâtres, tandis que le reste des mains est, en dessus, de la couleur générale du pelage.

Je terminerai en donnant les dimensions de l'individu que j'ai fait représenter au quart de la grandeur naturelle.

Distance du bout du museau à l’origine de la queue. . . . . 0",63 Hauteuriauxiépaules. 0 PSS CRT ES Longueur de la queue (non compris les poils de l'extrémité). 0, 52

[SA (w2) Sr

NOTES

Les notes qui suivent, et dont la plupart ont pour objet les règles de la terminologie zoologique, ont été rejetées à la fin de ce Mémoire, moins encore à cause de leur étendue qu’en raison de leur sujet. Loin d’appartenir en propre, el par des connexions intimes, au Mémoire qui précède, elles se rapportent également aux divers Mémoires qui seront publiés ultérieurement sur le même plan (Voyez plus haut, p. 487).Si elles se trouvent placées ici, c’est parce qu’elles sont relatives à des questions ou à des faits généraux qui devaient être indiqués, sauf à être repris, développés et discutés plus tard, dès le début de la série de Mémoires dont j'ai entrepris la publication, et dont on vient de lire le premier.

NOTE I. (Voyez page 485.)

Sur l'accroissement des collections mammalogiques et orrithologiques du Muséum, depuis

un demi-siècle.

L'administration de mon père a duré quarante-huit années, de 1793 à 1841. IL était entré depuis quelques mois au Jardin des Plantes comme successeur de Lacépède dans l'emploi de démonstrateur , et il avait à peine vingt et un ans, lorsqu'il fut appelé aux fonctions de professeur-administrateur, en exécution de la loi organisatrice du Muséum, rendue le 10 juin 1793, et à laquelle se rattache si honorablement le nom de M. Lakanal. Mon père est resté, et depuis plusieurs années déjà, le seul des douze membres de ce premier et illustre professorat, où il eut pour collègues Daubenton, son maître, son ami, et presque son père d'adoption, Antoine-Laurent de Jussieu, Lamarck, Thouin, Desfontaines, Fourcroy, et plusieurs autres hommes éminents.

Personne n’ignore à quel degré de splendeur sont aujourd’hui parvenues les collections mammalogiques et ornithologiques du Muséum; mais on ne sait pas assez ce qu'elles étaient lorsque mon père en fut chargé. J’extrais d’un rapport en date de 1834, le passage suivant qui est la copie textuelle d’une note remise par feu M. Dufresne, nommé aide-naturaliste et chef du laboratoire de zoologie, peu de temps après l’organisation du Muséum d'histoire naturelle

« La collection mammalogique ne se composait, il y a quarante ans, que d’un beau Zèbre, « d'un Tapir, existant encore au Muséum, de quelques Singes (il faut lire ici de quelques « Primates), aussi existant au Muséum pour la plupart, et d’un petit nombre d’autres mam- « mifères. »

« La collection ornithologique comprenait quatre cent trente-trois oiseaux préparés au « soufre, et brülés par ce mode vicieux de conservation. »

« I n’y avait point de magasin. »

Il faut ajouter qu’il n'existait point non plus de ménagerie.

NOTE II. (Voyez page 488.) Sur les règles générales de la nomenclature.

Le choix que j'ai fait du nom de Primates pour le premier ordre de la classe des Mammifères, me fournit, dès le début de ce premier Mémoire, une occasion que je dois saisir, de poser et de faire nettement comprendre les règles de nomenclature que l'on trouvera partout appliquées, soit dans ce Mémoire lui-même, soit dans les travaux qui le suivront. Cet exemple est d’ailleurs l'un des meilleurs auxquels on puisse avoir recours, à cause du grand nombre et de la variété des noms proposés pour le premier ordre des Mammifères.

Ces noms, au nombre de quatorze, sont, dans l’ordre chronologique, les suivants :

1. Anthropomorpha, Linné, dans les premières éditions du Systema naturæ.

2. Primates, Linné, dans les dernières éditions du même ouvrage.

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