Chetropoda, Ogilby, en
14. Primatès ou Singes, Blainville, dans son Ostéographie, 1839-1840.
Entre ces quatorze synonymes, celui que j'ai préféré, Primates, n’est, ni le plus ancien, ni le plus usité en France, ni peut-être le meilleur. Son choix néanmoins n’est nullement arbitraire : il résulte de règles dont la stricte observation pourra seule établir un jour en zoologie une nomenclature invariable et uniforme.
Ces règles, que je me propose de comparer, dans un Mémoire spécial, à celles qui ont été récemment proposées en ltalie et en Angleterre, sont au nombre de quatre, et peuvent être ainsi énoncées :
I. Rejeter les noms absurdes par eux-mémes, ou contradictoires avec les faits ou les idées qu’ils sont destinés à exprimer ; car ils sont proscrits par la logique comme causes probables d'erreurs.
IT. Rejeter les noms dejà employés dans une autre acception; la logique les proscrit également comme causes probables de confusion.
IT. Considérer comme non avenus (toutefois en les citant en synonymie), {es noms tombés en désuétude. En effet, ces noms n’ont réellement plus d'existence dans la science, et leur rétablissement entraînerait tous les mêmes inconvénients que la création de mots nouveaux.
IV. Sauf ces trois exceptions, entre plusieurs noms proposés pour un groupe d’un degré quelconque, préférer invariablement le plus anciennement publié. La justice et le respect envers les travaux antérieurs, ne commandent pas seuls cette préférence : la logique la réclame aussi. On doit choisir le nom qui est le plus ancien, et non celui qui parat le meilleur; car, sauf des cas fort rares et exceptionnels, la date d’un nom est un fait incontestable et incontesté; sa valeur peut être diversement interprétée selon les temps, les lieux et les doctrines.
Les quatre règles qui viennent d’être énoncées, peuvent être résumées en une seule : /orsque plusieurs noms LOGIQUEMENT ADMISSIBLES, sont USITÉS pour un méme Sroupe, ADOPTER IN- VARIABLEMENT LE PLUS ANCIEN d’entre eux.
En faisant, à titre d'exemple, l'application de ces règles à la détermination du nom qui doit être choisi pour le premier ordre des mammifères, on voit qu’il faut écarter :
1° Anthropomorpha comme tombé en désuétude. (Règle II.)
2° Quadrumanes, Quadrumana, comme relativement récent. (Règle IV.)
3° Pithect, Manuformes et tous les autres (les uns inusités dans ce sens, les autres absolument inusités), par ces deux raisons à la fois. (Règles III et IV.)
Donc il faut adopter PRIMATES, mot logiquement admissible, et le plus ancien des noms ustilés.
(Voyez comme compléments de cette note, les Notes IV et V, relatives aux noms de familles et de tribus, et la Note VIT, dans laquelle j'insiste sur la nécessité logique de faire concorder la nomenclature française avec la nomenclature latine.)
NOTE JIT. (Voyez page 489.) Sur quelques règles subsidiaires de nomenclature, relatives aux noms de familles.
L'usage ayant prévalu de réserver la terminaison 1ens (en latin #na), pour les noms de simples tribus, et de donner la terminaison 1nÉs ou és (en latin zdeæ ou eæ) aux noms de familles, j'ai substitué dans ce Mémoire les noms de Lémuridés, de Tarsidés, de Cheiromydés, aux noms de Lémuriens, de Tarsiens , de Cheiromyens que j'avais jusqu'alors employés. J’ai conservé d’ailleurs à la première famille le nom de Singes; nom connu et compris de tout le monde, et auquel il n’y aurait aucun avantage à substituer, comme on l’a fait quelquefois, les noms de Simiadés ou de Pithécidés.
Puisque je suis amené à parler des noms de familles et de tribus, je compléterai ce que
j'ai dit des règles relatives au choix des noms en général, en soumettant aux zoologistes les règles particulières que j'ai cru devoir suivre en ce qui concerne les noms de famille et de tribu. Ces règles, dont l'utilité m'a été démontrée par une multitude d'applications, et d’où résulte une économie considérable dans le nombre des mots nécessaires, paraissent avoir été admises aussi par les zoologistes anglais les plus distingués et par le prince de Canino.
I. Si une famille ou une tribu correspond à un genre linnéen, lui conserver, en er modifiant la désinence selon les conventions admises, le nom linnéen. Exemples : de Lemur, de Mustela, de Fes, de Phoca, Lémuridés, Phocidés (noms de familles), Mustéliens, Féliens (noms de sous-familles ou tribus). ;
IT. Si une famille ou une tribu ne correspond pas à un genre linnéen, faire dériver le nom de famille du nom du genre principal, et spécialement du genre-type s'il en est un que l'on puisse considérer comme tel. Exemples : de Pithecus, Pithéciens ; de Dasyurus, Dasyuridés.
TT. Recourtr, toutefois, à un autre radical, si le nom du genre-type, en raison de sa valeur propre et de ses données étymologiques, a un sens trés-précis et non susceptible de généralisation; d'où il suit qu'on ne saurait, sans inexactitude, l’étendre à la famille ou à la tribu tout entière. (Voyez pour exemple la Note suivante.)
Ces règles se concilient avec la règle relative à l'ancienneté (Voyez p. 587), si l’on donne pour date d'ancienneté aux noms de familles et de tribus ainsi formés, celle de la création des noms de genres dont ils sont dérivés, et dans lesquels ils étaient en quelque sorte implicitement contenus, puisqu'ils s’en déduisent selon des règles fixes et exemptes de tout arbitraire.
Il est à peine besoin d'ajouter qu’en formant ces noms dérivés, on doit avoir égard aux règles de la formation des mots dans les langues auxquelles ils sont empruntés. Des noms génériques linnéens Sorex, Mus, Cervus, etc., on doit par exemple déduire pour noms de famille Soricidés, Muridés, Cervidés, etc., et non, comme on l'a fait quelquefois,
SINGES. 589 Sorexidés, Musidés, Cervisidés, ete. Ilest toutefois quelques cas où l’on est obligé de faire fléchir la rigueur des règles devant les nécessités de l’euphonie, ou bien encore de s’en
écarter pour d’indispensables abréviations, dont les exemples ne manquent d’ailleurs pas plus dans les langues latine et grecque que dans la nôtre.
NOTE IV. (Voyez page 495.)
Sur la formation des noms de familles dans quelques cas particuliers.
Parmi les noms adoptés, dans ce Mémoire, pour les diverses tribus de la famille des Singes, le premier, Pithéciens, et les deux derniers, Cébiens et Hapaliens, dérivent, sans aucune dificulté, et conformément à la seconde des règles énoncées dans la Note précédente, des noms génériques Pithecus, Cebus et Hapale. Mais il n’en est pas de même du nom que j'ai cru devoir proposer pour la troisième tribu.
Le genre Cercopithecus étant le principal et le plus connu de cette ibu, et en représentant le type et en quelque sorte la moyenne, il semble que le nom de Cercopithéciens eût dû être adopté pour elle. Mais ce mot, parfaitement convenable pour les Cercopithèques , es Macaques, les Cynocéphales et tous les autres Singes à queue (il dérive en elet de Képz0:, queue, et de Ili0n£ ou Ilér40c), ne saurait être admis comme nom général d’une tribu qui renferme aussi des Singes sans queue. Il serait évidemment absurde de dire que le Magot est un Cercopithécien. Il a donc fallu renoncer ici, conformément à notre troisième règle (Voyez p. 588) à faire dériver le nom de tribu du uom du principal genre. Les noms de Semnopithéciens, de Colobiens, et tous ceux que l’on eût pu déduire des noms des genres les plus anciennement et les plus généralement connus, ont de même dû être rejetés à cause du sens 1vop précis qui résulte de leurs données étymologiques ; et il a fallu recourir au nom de Cynopithéciens, qui a l'avantage de rappeler, seulement d’une manière générale, la marche” quadrupède des Singes du second groupe et leurs affinités plus ou moins marquées avec les Mammifères des ordres suivants.
NOTE V. (Voyez page 517.)
Sur la possibilité de caractériser les divers groupes du règne animal par les modifications
du système nerveux.
Le passage suivant, extrait du Dictionnaire classique d'histoire naturelle (t. XIV, p 659), est écrit depuis près de quinze ans, et publié depuis plus de quatorze : « Le système nerveux, dont l'étude a été depuis quelques années poursuivie avec tant d’ardeur par les anatomistes, mais en même temps si négligée par les zoologistes, est l'un Aromives pu Museum, TOME II. 75
des systèmes où se lisent avec le plus de netteté les conditions essentielles de l’organisation , parce que nul n’a des rapports physiologiques et anatomiques plus multipliés ; parce que toutes les modifications dans les habitudes et les conditions vitales d’un être , sont nécessairement eu rapport avec l’organe central de la vie, et que le cerveau en porte pour ainsi dire l'empreinte.
« Sans doute, une classification fondée uniquement surles modifications du système nerveux serait vicieuse, comme l’est toute classification basée sur un caractère exclusif. Mais il nous semble que, des belles recherches entreprises depuis quelques années par plusieurs anatomistes illustres, on pourrait, dès aujourd’hui, déduire ce fait zoologique très-important, que chacune des grandes divisions d’une classe de vertébrés, tous ses ordres, peut-être même ses familles, présentent, dans certaines parties de leur encéphale , des modifications qui peuvent servir à les caractériser, et ont, si l’on peut s'exprimer ainsi, leur constitution cérébrale propre, de même que toutes les grandes divisions du règne animal peuvent être caractérisées par les modifications de l’ensemble de leur système nerveux.
« Ce fait... aurait pour premier résultat de nous permettre d'apprécier les véritables rapports de ces êtres désignés ordivairement sous Le nom d’anomaux, et que l’on a si souvent introduits dans des familles auxquelles ils n’appartiennent pas, et dont ils empêchent qu'on pe puisse assigner avec rigueur et précision les caractères et les limites : tels sont l'Aye-Aye parmi les Rongeurs, l’Ornithorhynque et les Echidnés parmi les Édentés, et une foule
d’autres. »
NOTE VI. (Voyez page 521.)
Sur de nouvelles formules dentaires.
Afin de bien faire saisir le plan des nouvelles formules que j'emploie depuis quelques années dans mes cours, et dont j'ai donné quatre exemples dans le Mémoire qui précède (trois dans le texte ct un en note; Voy.p. 591), je citerai ici, comme terme de comparaison, la formule dentaire des Singes de l’Ancien-Monde, telle qu'on la donne ordinairement ; par exemple, telle que je la trouve dans la Mammalogie de M. Desmarest, dans le Manuel de M. Lesson, dans le Synopsis de J.-B. Fischer, etc. Cette formule cst ainsi :
Inc. #, Can. 1, Mol. 5, 5.
L'emploi de telles formules me paraît entraîner de graves inconvénients.
Bien qu’assez compliquées, elles sont très-incomplètes; car elles ne distinguent pas les diverses sortes de molaires. M. de Blainville a déjà senti cet inconvénient , et c'est pourquoi il a cru nécessaire, comme 1l le dit, d'imaginer des formules dentaires plus complètes. Dans son Mémoire déjà cité sur les Anomalies dentaires, 1 donne même pour exemple des nouvelles formules qu'il propose de substituer aux anciennes, l'expression suivante de la dentition du Chien ; expression bien plus exacte sans doute et bien plus com-
plète que la formule ordinaire, mais aussi plus compliquée, et cependant ne renfermant pas l'indication totale du nombre total des dents.
IS$+C1+M.$donti+i+z2.
En employant les formules de M. de Blainville, la dentition des Singes de l’Ancien-Monde que je représente ainsi, comme on l’a vu plus haut :
4(I+C+2m+3M) —30D, a pour expression :