LE Carrirricue Morocü, Callithrix Moloch
(Planche 3.)
Car. gén. —— Formes assez légères; membres allongés, les postérieurs plus que les antérieurs ; pouces médiocrement allongés , les antérieurs à peine opposables. — Ongles des pouces postérieurs aplatis; ceux des pouces antérieurs convexes, les autres reployés en gouttière. — Queue longue, grêle, entièrement velue, à peine prenante.
l'ête petite, déprimée ; les oreilles à peu de distance de Pocciput. — Face courte.
Yeux volumineux, séparés l’un de Pautre en avant par un intervalle assez grand, se rapprochant davantage en arrière, où ils sont, d’ailleurs, séparés (comme à l'ordinaire, mais non comme chez les Saïmiris) par une cloison complétement osseuse. — Conques auriculaires assez grandes, de forme simple. — Narines elliptiques, latérales, séparées par un large intervalle. — Pelage très-long et trèsfourni, en grande partie composé de poils annelés.
A chaque mâchoire, toutes les dents contiguës les unes aux autres;
et la série continue qui résulte de cette disposition, représentant une demi-ellipse très-régulière. Canines courtes et épaisses. Molaires très-larges, à tubercules presque tous mousses : les mâchelières supérieures presque aussi étendues, et les inférieures plus étendues d'avant en arrière que dans le sens transversal ; dernière mâchelière de chaque mächoire bien développée.
Taille inférieure à la taille moyenne des Singes.
Car. spéce. — Dessus de la tête, face externe des bras et avantbras, des cuisses et jambes, d’un cendré tiqueté de blanc. Dessus du col, du dos et de la croupe, roussätre. Queue, en presque totalité, d’un brun-roussâtre. Les quatre mains, fauve-blanchätre. Toutes les parties inférieures et internes d'un beau roux vif.
Syn. gén. — CartiTricHE, CALLITHRIX, Geoffroy -St.-Hilaire, Tableau des Quadrumanes, 1812; Desmarest, Mammalogie; Lesson , Complément de Buffon; et presque tous les auteurs modernes. — SacouiN, SAGUINUS, Lesson, Manuel (1827), Species et Nouveau tableau.
Ce dernier nom aurait l’antériorité d’un grand nombre d'années, s'il était vrai, comme on l’a dit, qu'il fût dans la classification de Lacépède, la dénomination générique des Callitriches ; mais le genre Sagouin, en latin Sagoin (et non Saguinus) de ce célèbre zoologiste, n'est point lé genre que nous appelons aujourd’hui Callitriche. Il a pour type, non un Callitriche (aucune espèce de ce genre n’était même alors connue), mais l'Ouistiti ordinaire, Hapale jacchus, que Lacépède ( Tableau des divisions des Mamnuÿfères, in-4”, 1799) désigne sous le nom de Sagoin jacchus.
Cette remarque n’est pas la seule que j'aie à faire sur la dénomination générique de ce groupe. Il est nécessaire de faire observer ici que le nom de
‘allithrix a été introduit d’abord dans la science comme nom latin des Sagouins de Buffon; groupe dans lequel se trouvaient confondus des Sakis et des Ouistitis, mais qui ne comprenait aucune des espèces aujourd’hui appelées Callitriches.
Voici la concordance du genre Cullitriche, tel qu'on le désigne aujour-
SINGES AMÉRICAINS. 33 d'hui, et tel qu'il se trouve circonscrit par l'érection des Saïmiris en un groupe générique à part. Le genre Cal/ithrix correspond :
1° À une partie du genre Cebus d'Erxleben, et nullement à ses Callthriz ;
2° Au genre Callithrix d'Iliger, moins le Sëmua capucina et les autres Sapajous, d’une part, et, de l’autre, moins le S. sciurea, devenu le type du genre Saimuiris ;
3° Au genre Callithrix de mon père et des auteurs modernes, moins le même $. sczurea.
Syn. spéc. — CEBUS MOLOCH, Hoffmannseg , Mag. Naturf., t. X, P+e 97» 1807. — CALLITHRIX MOLOCH, Geoffroy Saint-Hilaire , Tableau
des quadr., loc. cit., et la plupart des auteurs modernes. — /SAGUINUS M0- LOCH, Lesson, Species et Nouv. tableau.
Le Callitriche Moloch est bien connu quant à ses caractères spécifiques, et il n’y a pas à revenir sur lui à cet égard. Jai dù saisir toutefois l’occasion d'achever de faire connaître ce Singe remarquable par une figure faite d’après le vivant.
Quant aux caractères génériques des Callitriches, il était, au contraire, nécessaire de revenir sur eux. La confusion qui a été faite si longtemps et que lon fait chaque jour encore, entre deux groupes aussi différents que le sont Les Saïmiris et les Callitriches, suffit pour montrer combien les caractères génériques de ces derniers ont été peu rigoureusement établis.
1 Je regrette de ne pouvoir donner ici des détails étendus sur les mœurs du Moloch. Notre individu, arrivé malade à la ménagerie, n'y a vécu que quelques mois, et l’on ne saurait juger, d’après les observations faites sur lui, des mœurs et des habitudes ordinaires de l’espèce. Il était peu intelligent, mais très-doux. Il était très-frileux, se plaisait dans une boîte que l’on avait garnie pour lui de peaux de lapin, et venait, quand le soleil brillait, en recevoir les rayons. Il restait alors immobile, et paraissait éprouver un grand plaisir, qu’il exprimait parfois par des cris sourds et comme intérieurs; d’où le nom de Singe ventriloque que lui donnaient quelques personnes.
Ayant, du reste, insisté plus haut sur les caractères différentiels des Saïmiris, et rétabli la caractéristique des Callitriches, il me suffira ici de présenter sur ce genre quelques remarques générales, relatives aux formes du crâne et aux caractères dentaires.
Chez les Callitriches, le crâne proprement dit, comparativement à ce qui a lieu chez les Saïmiris, est considérablement restreint , et la face, au contraire, a pris beaucoup de développement.
Ainsi, d’une part, en avant, le front est très-déprimé, ou plutôt, chez les adultes du moins, il n’existe pas de front. Immédiatement au-dessus des orbites dont les bords sont épais et en bourrelets, il existe même, comme chez la plupart des Cynopithéciens, une dépression transversale.
La forme de l’occiput et la disposition du grand trou occipital, sont beaucoup plus différentes encore de ce qui a lieu chez les Saïmiris. Au lieu d’être compris dans la face inférieure du crâne, fort prolongée même en arrière de lui, le trou occipital est plutôt postérieur qu'inférieur, la portion basilaire de Poccipital étant seule horizontale, et tout le reste de cet os étant fortement relevé.
Dans la face, les orbites ont leurs ouvertures antérieures aussi larges que chez les Saïmiris; mais ces ouvertures sont séparées par un espace double de celui qui existe chez les Saimiris. La cloison osseuse inter-orbitaire est complète, comme chez tous les Singes, les Saimiris exceptés.
La mâchoire inférieure présente un développement très-grand : très-différente de celle des Saïmiris, elle rappelle par sa forme celle des Hurleurs. Les branches montantes sont très-hautes, et inférieurement très-dilatées. Les branches horizontales, également très-hautes en arrière, se rétrécissent en avant, en sorte que les deux bords, loin d’être sensiblement parallèles, sont très-obliques Pun sur lautre.
Cette forme de la mâchoire est tellement remarquable et caractéristique à l’égard des Callitriches, qu’il importe de la rendre sensible par des mesures. Afin de rendre celles-ci comparatives, j'ai choisi, pour les placer en regard, deux crânes dont la longueur est sensiblement la même. L'un appartient au Callithrix personatus de mon père, l’autre au Saëïmiris ustus.
CALLITRICHE. SAÏMIRI,
Pongueuritotele ducrane bn EP MONS EME SEM 0070) 7 07 ;072 Longueur de la mâchoire inférieure. SOS - 0 ,048 o ,040 Hauteur de la branche montante au niveau du A 0 ,034 0 ,016 Largeur maximum de la même branche, vers sa partie inférieure. 0 ,024 0 ,018 Largeur ménimum , prise à sa partie supérieure. ASS 0 ,015 0 ,013 Hauteur de la branche horizontale, au-dessous de la première molaire. 0 ,010 o ,044 Hauteur au-dessous de la troisième. . 0 ,012 © ,009 Hauteur au-dessous de la cinquième. . 0 ,015 0 ,008 Hauteur au-dessous de la sixième. 0 ,018 0 ,008
On doit s'attendre à trouver de très-grandes différences de dentition entre des genres chez lesquels la conformation de la mâchoire inférieure, ou mieux, des deux mâchoires, est si différente, et même, à quelques égards, si manifestement inverse. C’est, en effet, ce qui a lieu.
Chez les Saïmiris, les molaires supérieures, ce qui est parfaitement en rapport avec la brièveté des mâchoires, sont larges transversalement, mais, sauf la quatrième molaire, fort peu étendues d'avant en arrière; d’où il suit que leurs couronnes représentent des bandes beaucoup plus étendues dans un sens, le sens transversal, que dans l’autre. Les molaires supérieures des Callitriches, d’ailleurs à tubercules beaucoup moins pointus, ont leur couronne plus rapprochée de la forme carrée, et surtout beaucoup plus grande; au point qu'en comparant de nouveau les deux individus dont je viens de parler, je trouve que la surface des couronnes de
toutes les molaires supérieures d’un côté, chez le Saïmiri, est tout au plus égale à la surface des couronnes des trois dernières molaires chez le Callitriche.
Il existe, à la mâchoire inférieure, des différences tout à fait analogues; elles sont très-prononcées surtout à l’égard des deux dernières mâchelières, qui sont fort pettes dans le genre Saïmiri, et grandes dans le genre Callitriche.
Aux deux mäâchoires, les incisives des Callitriches sont manifestement disposées sur une ligne courbe. Immédiatement après elles, vient de chaque côté la canine, qui est courte et épaisse, et qui est contiguë en arrière, à la première molaire, comme, en avant, à la seconde incisive. Toutes les dents, à l’une et à l’autre mâchoire, sont done exactement en série continue, et leur ensemble représente une demi-ellipse très-régulière.
Le système dentaire offre donc, chez les Callitriches, comme la forme des mâchoires, comme la conformation du crâne, et évidemment aussi comme celle de l’encéphale, des conditions qu’il est impossible d’assimiler plus longtemps à celles des Saïmiris. Et même, entre ces deux genres, dont la différence est restée si longtemps méconnue, il existe en réalité beaucoup plus de différences qu’on n’en observe d'ordinaire entre deux genres voisins. Si les Saïmiris et les Callitriches sont restés si longtemps confondus, c’est, sans nul doute, à cause de la rareté de la plupart de leurs espèces dans les collections, et, par suite, de l'impossibilité où lon a été pendant longtemps de déterminer les caractères de ces genres par des observations suffisamment précises.