GS SI
NOTES
Ainsi que je l’ai fait à la fin de mon premier mémoire, je place ici des notes trop étendues pour être placées au bas des pages, et qui sont d’ailleurs relatives à des questions ou à des faits plus ou moins généraux.
NOTE I. (Voyez page 2.)
Sur le parallélisme des séries formées par les Singes de l’ancien et du nouveau monde, et
sur les Classifications paralléliques en général.
Il y à présentement douze ans que j'ai énoncé, dans toute leur généralité, les nouveaux principes de classification dont j'avais déja commencé antérieurement et dont je n’ai cessé depuis de poursuivre l'application, d’une part, à plusieurs classes du règne animal, de l'autre, aux faits tératologiques (voyez les 2° et 3° volumes de mon Histoire générale des anomalies). J'ai eu la satisfaction de voir que les résultats de toutes ces recherches, si différentes par leur point de départ et par leur objet, n’ont fait que confirmer et étendre mes vues, sans modifier en rien, ni ces vues elles-mêmes, ni l'expression, dès lors sufhisamment générale et précise, que j'en avais données, dès 1832 (Nouv. Annales du Muséum, t. 1, p. 35), dans les termes suivants :
CRE E Les diverses espèces d'un genre, les divers genres d’une famille, les diverses « familles d’un ordre, et de même encore les divers ordres d’une classe (et il en serait « encore ainsi des groupes d’un rang plus élevé), forment presque constamment, d’après des « recherches que j'ai déjà pu étendre à quatre classes, des séries manifestement parallèles à « celles qui les précèdent et à celles qui les suivent, comprenant des êtres fort analogues à «ceux que renferment celles-ci, mais étant cependant, dans leur ensemble, inférieures aux « premières, supérieures aux secondes. La série supérieure et l'inférieure ont, en effet, si je « puis employer cette expression à la langue des mathématiciens, beaucoup de termes « communs; mais les premiers termes de la série supérieure n'ont point d'équivalents « dans l'inférieure, et les derniers de l’inférieure sont également sans analogues dans la « supérieure... »
Ce n’est ici le lieu, ni de développer les nouveaux principes, dont on vient de lire le résumé le plus général et pour ainsi dire la formule , ni d’exposer les belles applications de la Méthode parullélique qui ont été faites depuis quelques années à l’entomologie par
M. Brullé, à l’erpétologie par MM. Duméril et Bibron , et à l'anthropologie par M. Serres. M. Milne-Edwards vient tout récemment ( Annales des Sc. nat., février 1844) d'arriver à son tour à quelques applications partielles des mêmes principes ; et je puis ajouter que deux botanistes distingués, MM. Martins et Payer, partant de points de vue fort différents, se croient dès à présent certains de trouver dans la Méthode parallélique une source d’heureuses applications à la botanique. L'exposé historique, même sommaire, des travaux déjà faits sur cette méthode, et la discussion, même la plus succincte , de ses principes, dépasseraient de beaucoup les limites d’une simple note; et le seul but que je puisse me proposer ici, c’est d’indiquer l'application qui peut et doit être faite de mes vues à la grande famille des Singes.
Cette application est double. La famille des Singes peut en effet être considérée, soit dans son ensemble, soit en elle-même et par rapport à ses divers groupes.
En la considérant sous le premier point de vue, j'ai montré depuis plusieurs années, dans mes cours , un parallélisme très-remarquable entre la grande famille des Singes et la famille qui vient immédiatement après elle, celle des Lémuridés. Celle-ci se divise très-naturellement en deux groupes, dont le premier, ayant pour type le genre /ndris, correspond au groupe des Singes de l’ancien monde, et le second, ayant pour type le genre Lemur, à celui des Singes américains. La démonstration de ce parallélisme, supposant une étude préalable et approfondie des caractères des Lémuridés aussi bien que de ceux des Singes, doit étre réservée pour mon troisième mémoire, qui sera consacré à cette seconde famille de l’ordre des Primates. Disons seulement à l'avance que le parallélisme est donné à la fois par la corrélation des caractères du système dentaire, spécialement des molaires (la concordance à l'égard de celles-ci va, de part et d'autre, jusqu’à l'identité numérique), des proportions relatives de la face et du crâne, des modifications des organes des sens, des caractères extérieurs et même de la taille.
Sous le second point de vue, c'est entre les Singes de l’ancien monde, d’une part, et ceux du nouveau, de l'autre, que la comparaison doit être établie. Pour plus de clarté et de concision, je recourrai ici aux formules générales que j'emploie dans mes cours (voyez la note sur la classification parallélique, que j'ai publiée dans l'Encyclopédie nouvelle, t. VI, p- 184; et dans le Précis d'anatomie transcendante de M. Serres, p. 205 et suiv.). Représentons la série des Singes de l’un des continents par là suite des lettres A, B,C, D....Y,Z, et celle des Singes de l’autre continent par celle des lettres A’, B’, C’, D'....Y’, Z', À et A désignant les genres respectivement les plus voisins de l'Homme, et Z et Z, les genres à cerveau plus petit, à museau plus allongé, etc.
Trois combinaisons principales, les seules qu'il y ait lieu d'examiner (car toutes les autres combinaisons imaginables rentrent comme modifications secondaires dans l’une de celles-ci), peuvent se présenter à l'esprit pour exprimer les rapports des Singes des deux continents entre eux; et l’on va voir que toutes trois ont eu ou ont encore leurs partisans. Ces-trois combinaisons sont :
4° La Fusion, ou plus exactement (s’il m'est permis d'employer ce mot) l’'entremélement dela
SINGES AMÉRICAINS. 3g
série des Singes de l'ancien monde et de celle des Singes américains. La formule de cette première combinaison serait :
APAPIB BE CCS D IDE NON 712
Cette combinaison offre l’avantage de placer vers l’origine de la série tous les Singes, de quelque tribu qu’ils soient, qui se rapprochent le plus de l'Homme, et à la fin, ceux qui s’en écartent le plus. Mais cet avantage est racheté par l'inconvénient beaucoup plus grand de méconnaître la séparation fondamentale des deux groupes principaux des Singes, ceux de l’ancien et ceux du nouveau monde. La formule met à la fois cet avantage et cet inconvénient dans tout leur jour; car on voit que si, d’une part, À et A’, Bet B’, etc., sont placés, comme ils doivent l’étre rationnellement vers, l'origine de la série, et Y, Y’,Z, Z’, à la fin, de l’autre, l’intercalation de A’ entre À et B, celle de B entre A’et B’, etc., sont logiquement inadmissibles.
En raison des avantages qu'offre cette combinaison, et qui sont évidents dès le premier abord, Lacépède, Cuvier et mon père l'avaient tous trois adoptée dans leurs premiers travaux; mais, en raison de ses inconvénients, beaucoup plus graves encore, mon père et Cuvier l'ont bientôt après définitivement rejetée, et tous les zoologistes suivent aujourd’hui leur exemple.
2° La séparation des Singes de l’ancien continent et des Singes américains placés les uns @ la suite des autres en une série dont les premiers, tous groupés ensemble, forment une portion, et les autres, de même réunis entre eux, forment l'autre portion. Cette combinaison peut être faite de deux manières principales. L’une serait exprimée ainsi :
(G)'A,B, CC, D,.-..Y, Z, AB, C,D’..:Q; 7); l’autre aurait pour expression la formule suivante :