TROISIÈME MÉMOIRE
Faxizce DEs SINGES ; SurPLÉMENT.
Par M. Ismore GECFFROY-SAINT-HILATRE.
Dans les deux Mémoires qui précèdent! j'ai décrit vingt quatre espèces nouvelles ou encore imparfaitement connues, appartenant aux trois premières tribus de la famille des Singes. On va voir qu'une si riche moisson est loin d’avoir épuisé la Collection du Muséum. D'une part, de nouvelles études, faites avec le secours de matériaux récemment acquis, m'ont permis de déter-
1 Le premier, comprenant des considérations générales sur les Primates et la description de dix-neuf espèces de l’ancien monde, fait partie du t. II des Archives. V. p. 485 à 592.
Le second, spécialement relatif aux Singes américains; de la tribu des Cébiens, se trouve dans le t. IV, p. 5 à 42.
Arcuives pu Muséum, Tome V. : 67
miner des espèces que nous possédions déjà, mais qui étaient restées confondues avec d'autres, ou qui n'avaient pu en être nettement distinguées. De l’autre, depuis 1845 , date de mon second Mémoire, il ne s'est pas écoulé une année, sans que le Muséum se procurât, par voie d'échange ou d'achat, une ou plusieurs espèces encore inconnues; et n’en eût-il pas été ainsi, l'expédition de M. de Castelnau nous a valu à elle seule, en 1847, plus de richesses nouvelles que nous n’eussions osé en espérer, en dix ans, des efforts réunis de tous nos voyageurs et de toutes les ressources du commerce. Les résultats obtenus, en ce qui concerne les Primates, par M. de Castelnau et son compagnon de voyage, M. Émile Deville, ont dépassé, la justice me fait un devoir de le dire, les résultats de toutes les explorations antérieurement faites en Amérique par leurs devanciers, sans excepter même MM. Auguste de Saint-Hilaire et Alcide d'Orbigny, dont les collections ont été tant et si justement admirées lors de leur arrivée en France.
Il importait de faire connaître aussitôt que possible au moins les plus précieuses des récentes acquisitions du Muséum. Dès 1845, quelques mois après mon second Mémoire, M. le docteur Pucheran le complétait par la description d’un nouveau Sajou, Cebus versicolor, acquis par le Muséum pendant l'impression de mon travail, et faisait connaître en même temps deux espèces d'Hapaliens, les Midas Geoffroyi et M. Illigeri'. ai cru moi-même devoir, en attendant une description plus détaillée, donner du moins, en 1847, les caractères principaux d’un Singe fort singulier qui venait d'être donné au Muséum, le Brachyurus calvus, et de même, en 1848, avec la collaboration de M. Émile Deville, ceux des espèces que M. de Castelnau et lui venaient de rapporter. Enfin la publication
1 Revue zoologique, ann. 1845, p. 336.
M. Pucheran, qui (comme je le faisais aussi à cette époque) réunissait en un seul genre tous les Hapaliens, a décrit ses deux espèces de Midas sous le nom générique d’Hapale.
du Cataloque des Primates vient de me fournir l’occasion de caractériser sommairement d’autres Primates qu'il importe de faire connaître par des descriptions plus détaillées, et pour plusieurs par des figures ”.
Faire entrer définitivement dans la science toutes ces richesses nouvellement acquises, tel est le but que je me propose dans ce troisième Mémoire, suite et supplément nécessaire des deux précédents.
J'y suivrai exactement le même plan que par le passé, m'étendant sur la description de chaque espèce en raison des difficultés que présente sa distinction, et essayant de faire saisir ses rapports avec ceux de ses congénères qui s'en rapprochent le plus.
1 La nécessité de donner , dans le Catalogue des Primates, le tableau complet de la collection du Muséum dans son état actuel, m'a obligé d’y faire figurer trois espèces que j'avais déterminées depuis quelques années, mais seulement d’une manière provisoire , et en conservant des doutes qui m’avaient fait ajourner indéfiniment leur publication. J'ai regretté d’avoir à les introduire dans la science d’une manière encore prématurée : de nouveaux matériaux sont indispensables pour en assurer la détermination et en confirmer l'existence.
En attendant l’arrivée de ces indispensables matériaux, je me suis borné, dans ce Mémoire , à indiquer en note ces trois espèces, Cynocephalus olivaceus, Cebus vellerosus et Cebus castaneus, et une quatrième, Macacus palpebrosus, qui existe depuis quelques semaines à la Ménagerie. En rappelant, dans les notes de ce Mémoire, ces espèces incomplétement connues, j'ai eu surtout en vue d’appeler sur elles l’attention des zoologistes, afin qu’elles soient le plus tôt possible, ou définitivement établies dans la science, ou retranchées comme nominales.
Les Macacus palpebrosus et Cynocephalus olivaceus sont indiqués, p. 543, à la fin de la tribu des Cynopithéciens, et les Cebus vellerosus et castaneus, p. 550 , à la suite de la description d’un de leurs congénères, le C. elegans.
On trouvera aussi, dans les notes de ce Mémoire, les descriptions des nouvelles espèces de MM. Pucheran et Deville, Cebus versicolor, Midas Iligeri, M. Geoffroyr et M. Weddeilii. Ces espèces n’avaient été décrites que sommairement : elles le seront ici d’une manière complète par les auteurs eux-mêmes qui les ont établies. J'ai inséré textuellement les notes qu’ils ont bien voulu me remettre,