Le SEMNOrITHÈQUE AUX PIEDS BLANCS, Semnopithecus albipes
Car. — Pelage d'un gris brunâtre sur le corps et plus ou moins fauve sur la tête; parties inférieures blanchâtres ; queue d'un gris sale ou brunâtre; mains antérieures d'un gris-fauve sale; les postérieures d’un blanc sale.
Hab. — Manille.
Syn. — SEMNOPITHÈQUE AUX PIEDS BLANCS, S. AZBIPES, Is. Geoff., Catal. des Primates, p. 14, 1851.
Cette espèce rappelle au premier aspect l’un des Semnopithèques les plus connus et les plus remarquables du genre, le S. entellus ; à ne considérer que les teintes générales de son pelage, on pourrait la confondre avec celui-ci, dont elle a à peu près la taille, et dont elle reproduit même la face noirâtre, les longs sourcils noirs et la physionomie si caractéristique. Mais elle s’en distingue d'une manière très-tranchée par la coloration des mains. On sait que celles-ci sont noires ou noirâtres chez l’Entelle. Chez le 5. albipes, les mains antérieures sont d'un pris-fauve sale, avec les doigts en partie blancs ; les postérieures sont d’un blanc sale un peu lavé de jaune. On voit que, chez le S. albipes, les mains conservent, avec de légères modifications, la couleur la plus générale du pelage, au lieu de contraster avec elle, comme chez l'Entelle. Malgré l'analogie très-vrande des deux espèces, leur distinction est donc des plus nettes et des plus faciles à saisir.
Outre la couleur si caractéristique de ses mains, le S. albipes présente, par rapport à l'Entelle, quelques différences secondaires. Le dessus du corps et la face externe des membres, chez l'adulte
FAMILLE DES SINGES. 537 du moins, sont un peu plus foncés que chez l'Entelle; la jambe est, au contraire, plus claire, et cette différence est, après la coloration des mains, la plus marquée ; la nuque, les joues et le front sont très-lavés de jaune. Toutefois ce dernier caractère n'existe que chez l'adulte; le jeune a les mêmes parties grisâtres, comme l’Entelle.
On sait que la disposition des poils de la tête fournit chez les Semnopithèques de très-bons caractères, et que l’on peut, d'après les différences qu'elle présente, établir, entre les espèces de ce senre, des divisions très-propres à en faciliter la distinction. La disposition générale est la même chez le S. albipes que chez le S. entellus, c'est-à-dire qu'il existe sur la ligne médiane de la tête, . à trois centimètres des sourcils, un centre de divergence, à partir duquel les poils de la partie antérieure se portent en avant, ceux des côtés à droite et à gauche, ceux qui naissent en arrière du centre, se dirigeant au contraire vers l’occiput. Mais il y a cette différence que chez l'Entelle, ce sont tous les poils situés en arrière du centre de divergence qui se portent vers l'occiput, tandis que chez le 5. albipes ce sont seulement ceux qui avoisinent le centre de divergence : vers l’occiput, en effet, les poils sont relevés en une sorte de houppe, qui se prolonge en une petite crête médiane jusqu'à la nuque !. On trouve donc déjà chez le S. albipes, mais bien moins marquée, la disposition si caractéristique que chacun connaît chez les S. melalophos, S. flavimanus, S. mitratus, et qui existe aussi chez les S. frontatus, S. siamensis et S. rubicundus.
Le $. albipes a environ 7 décimètres de l'extrémité du museau à l'origine de la queue, et celle-ci mesure plus de 80 centimètres. Le jeune individu que j'ai mentionné plus haut, a environ 4 déci-
© J'avais supposé d’abord que cette disposition remarquable pouvait dépendre du mode
de préparation adopté pour le montage de nos individus. Je me suis convaincu qu’elle est naturelle.
ArCHVESs Du Muséum, Tome V. 68
mètres et demi, non compris la queue; ses proportions sont les mêmes.
Je ne saurais terminer cette description sans faire remarquer que le $. albipes, par plusieurs des caractères qui le distinguent de l'Entelle, se rapproche d’ane autre espèce antérieurement décrite par moi sous le nom de S. Dussumieri'. Celui-ci, comme le S. albipes, a le dos couvert de longs poils d’un gris brunâtre, et les joues, la nuque, le front, ou, pour mieux dire, quant à cette espèce, toute la tête, jaunâtres. La distinction des deux espèces est d'ailleurs très-facile à établir, le S. Dussumieri ayant, comme le $. entellus, les quatre mains noires ou noirâtres, et de plus la presque totalité des membres et de la queue de cette même couleur.
Quant aux autres espéces de Semnopithèques jusqu'à ce jour connues, aucune confusion n'est possible, du moins pour un observateur attentif; car les 5. entellus, S. albipes et S. Dussunieri composent, à eux trois, un petit groupe nettement caractérisé par la disposition des poils antérieurs du dessus de la tête dirigés en avant et couchés à partir d'un centre de divergence placé en
arrière et à quelque distance du front?.
1 Voyez le premier Mémoire dans les Archives, t. IT, p.38, pl. xxx.
2 Pour prévenir toute erreur, je réunis ici les caractéristiques du 4°. entellus, du $. Dussumieri et aussi du $. cucullatus, parfois confondu avec celui-ci. Ges caractéristiques , mises en regard de celle que j’ai donnée plus haut (p. 536) pour le S. albipes, ne laisseront subsister aucune difficulté.
S. cucullatus. Poils du dessus de la tête couchés et dirigés en arrière à partir du front; corps brun ; queue et membres noirs ; tête d’un brun fauve.
$. Dussumieri. Poils du dessus de la tête divergents à partir d'un point central, à quelque distance du front; pelage d’un gris brunâtre sur le corps et fauve sur la tête, le col , les flancs et le dessous du corps; queue et membres d’un brun qui passe au noir sur une grande partie de la queue , les avant-bras et les quatre mains.
S. entellus. Poils du dessus de la tête disposés comme chez le précédent; pelage d'un fauve pâle passant au gris sur quelques parties, principalement sur le dos et sur la queue;
les quatre mains noires ou notrâtres.
Le S. albipes m'est connu par deux individus, l’un adulte, l’autre jeune, tous deux faisant partie des riches collections formées par M. Jaurès, officier de la marine nationale, durant l'expédition de la Danaïde.
Comme on peut le prévoir, le Semnopithèque aux pieds blancs habite la même région, mais non la même contrée, que l'Entelle et le Semnopithèque Dussumier. Ceux-ci appartiennent au continent de l'Inde; le Semnopithèque aux pieds blancs, au contraire, comme presque toutes ces espèces à huppe comprimée dont il commence à rappeler les caractères, est propre à l'archipel indien. C'est à Manille que M. Jaurès s'est procuré le précieux Primate que je viens de faire connaître.