Le Cercorrraëque Werner, Cercopithecus Werneri. (PL
Car. — Parties supérieures, du corps, épaules, face externe des cuisses, d'un fauve-roux varié ou tiqueté de noir; parties inférieures et internes blanches; queue d'un roux-doré à son extrémité; face noire.
Hab. — Encore inconnu.
Syn. — Cercorrraecus Werner, Is. Geoff., dans les Comptes rendus de V Acad. des Se., t. XXXI, p. 874, 1850, et Catal. des Primales, p. 29: 1001e
Les parties supérieures de la tête et du corps sont, dans cette espèce, couvertes de poils gris à leur racine, noirâtres dans le reste de leur première moitié, noirs à leur extrémité, et intermédiairement d'un fauve-jaune assez vif tirant un peu sur l'olivâtre ; d’où résulte une teinte générale d'un fauve-roux tantôt tiqueté de noir, tantôt plutôt varié de noïr que tiqueté, parce que la zone foncée terminale est assez étendue pour donner par places une teinte noire très-marquée. La face supérieure de la queue pré-
sente, à la base de cet appendice, la même couleur que le dessus du corps; mais presque aussitôt la zone jaune des poils diminuant, la zone noire augmentant proportionnellement, la queue devient noirâtre. Vers les deux cinquièmes de la queue, le jaune redevient au contraire prédominant, et l'extrémité tout entière de la queue, aussi bien qu'une grande partie de sa face inférieure, est d'un jaune ou d'un roux-doré assez vif.
La face externe des membres, sauf les épaules et les cuisses, est d'un gris un peu olivâtre et très-tiqueté, de même que les mains.
Les parties inférieures du corps et internes des membres sont au contraire blanches, de même que la gorge; les joues, garnies de longs poils dirigés en haut, sont d’un jaunûtre clair. Entre les organes génitaux et l'anus, il existe d'assez longs poils roux. Il n'y a point, au contraire, de poils de cette couleur à la base de la queue, comme dans plusieurs autres Cercopithèques plus ou moins voisins de l'espèce que je viens de décrire.
La face est noire; entre elle et les poils roux de la tête, existe une ligne de longs poils noirs, et au-dessus un petit bandeau blanc.
La longueur totale de nos individus est de 4 décimètres 1/2, non compris la queue, qui a environ un demi-mètre.
On remarquera dans la figure jointe à cette description une disposition singulière des poils de la tête. Ils sont rejetés à droite et à gauche, d'où, au milieu du front, une tache longitudinale noirâtre bordée de jaune à droite et à gauche. La partie noirûtre correspond aux zones grise et noirâtre des poils, zones visibles ici à cause de la direction de ceux-ci; les bords jaunes correspondent de même à la zone claire des poils dont l'extrémité noire se confond avec les poils voisins. Cette disposition, qu'un de nos individus types présentait lorsqu'on l’a peint, et qu'il a conservée quelque temps, à fini par disparaître; et un second individu que la
FAMILLE DES SINGES. 541 Ménagerie a depuis possédé, ne l'a jamais présentée. On doit donc, tout en la notant avec soin, se garder de la mettre au nombre des caractères propres de l'espèce.
Les zoologistes qui ont suivi notre description, ont pu apercevoir déjà le lien intime qui unit le Cercopithèque Werner à l'un de ses congénères les plus communs et les plus connus, ou pour mieux dire le plus commun et le plus connu, le Callitriche de Buffon, le Simia sabæa de la plupart des auteurs modernes (mais non de Linné', quoiqu'on l'ait toujours supposé jusqu'à ce jour). La coloration si caractéristique de l'extrémité de la queue, celle de la face, celle des parties inférieures et internes sont les mêmes chez le Cercopithèque Werner que chez le Callitriche. La distribution générale des couleurs est la même encore, ainsi que les formes de la tête et les proportions. Nous avons ici le curieux exemple de deux espèces, à teintes très-différentes, mais très-semblablement réparties : le vert-olivâtre, qui a fait si souvent désigner le Callitriche sous le nom de Singe vert, est remplacé par un fauve-roux dans lequel on trouve à peine une légère nuance de vert; mais la distribution du vert chez l’un, du fauve chez l’autre, est si bien la même, qu'un dessin ou une gravure en noir du Callitriche ne saurait être distinguée, si elle n'était exécutée avec le plus grand soin, de la figure non coloriée du Cercopithèque Werner.
Le nom de Singe-vert, spécialement donné par plusieurs auteurs au Callitriche, a été étendu par d’autres à quelques espèces voisines, et a fini ainsi par appartenir à un petit groupe auquel il
# Le véritable Simia sabæa de Linné, l'espèce à laquelle, par conséquent, doit rester
cette épithète spécifique , est celle qui est inscrite dans les catalogues modernes sous les noms de Cercop. griseoviridis et de C. griseus.
Le S. sabæa de Thunberg n’est ni le véritable Cercopithecus sabœus , ni le Callitriche (C. callitrichus de notre Catalogue), mais l'espèce que j'ai décrite sous le nom de C. Lalundir.
convenait parfaitement autrefois, lorsqu'il ne comprenait, avec le Callitriche, que le Cercopithecus cynosurus, espèce fort anciennement connue, et les Cerc. pygerythrus et sabœus (griseo-viridis , Desmar.). Depuis j'ai fait connaître deux espèces, l'une, le C. Lalandii, déjà indiqué par Desmoulins, l'autre, le C. rufo-viridis, auquel le nom de Singe-vert s'applique déjà beaucoup moins heureusement; le premier est plutôt gris que vert, le second est en partie roux. Voici maintenant une espèce dont le pelage conserve seulement une trèslégère teinte, ou, pour mieux dire même, une trace de vert, etil se trouve précisément que celle-ci est en réalité la plus voisine de toutes du Singe-vert proprement dit ou Callitriche, dont il est sans nul doute le représentant dans une autre région de l'Afrique.
Cette région reste malheureusement indéterminée. Je n'ai pu parvenir à connaître l'habitat de la remarquable espèce que je viens de décrire. Un individu mâle qui vivait à Paris en 1847, et que je me suis empressé d'acquérir pour la Ménagerie, est le premier type de l'espèce. Son origine était complétement ignorée. Deux ans après, un second individu mâle est arrivé par la voie du commerce, et je l'ai de même acquis, sans pouvoir obteuir aucun renseignement sur le pays d'où il provenait. Je suppose cependant que ce pays doit faire partie de l'Afrique occidentale.
J'ai dédié cette nouvelle espèce à notre habile peintre d'histoire naturelle, M. Werner, qui, par plusieurs beaux dessins faits à la Ménagerie pour l'Histoire naturelle des Mammiféres de M. Frédéric Cuvier, et par d'intéressantes observations qui lui sont propres, a très-efficacement contribué à la distinction des espèces, si longtemps mal décrites et confondues entre elles, du groupe des Cercopithèques à pelage vert ou teinté de vert”.
1 A la suite du Semnopithecus albipes et du Cercopithecus W'erneri, j'imdiquerai deux autres Singes de la tribu des Cynopithéciens, que j'ai fait connaître dans mon Catalogue des Primates sous les noms de Macacus palpebrosus et de Cynocephalus olivaceus , mais dont