‹ Description des mammifèresChapitre 38 sur 125 · Le Lacorrione pe Casrernau, Lagothrix Castelnau · texte numérisé non relu

Le Lacorrione pe Casrernau, Lagothrix Castelnau

Car. — Pelage d'un brun tiqueté de gris. Tête, mains, pieds,

la détermination ne peut encore être donnée avec une entière certitude, (Voy. plus haut, p. 531.)

L’un est le Macaque aux paupières blanches, Macacus palpebrosus, sommairement décrit dans notre Catalogue, additions , p. 92. Par ses proportions et sa queue, cette espèce appartient au groupe des espèces dont le Macaque ordinaire est particulièrement le type ; mais il se distingue de celui-ci par sa queue plus longue, son museau beaucoup plus étroit et plus allongé, et la coloration de sa face, qui est très-foncée, à l’exception d’une tache blanche placée, de chaque côté, au-dessus et en dehors de l'œil. Cette tache, ainsi que la paupière supérieure, sont d’une blancheur qui contraste singulièrement avec la couleur sombre du reste de la face, et donne au regard de ce Singe une expression toute particulière. Le pelage est supérieurement et extérieurement d’un brun un peu olivâtre, les parties inférieures et internes étant blanches. Le dessus de la tête est roussâtre.

La seconde espèce, le Cynocéphale olivâtre, Cynocephalus olivaceus, est voisine du Papion, C. sphinx, et du Babouin, C. babuin. Elle se distingue du premier par sa teinte générale d’un vert-olivâtre, et par conséquent beaucoup plus foncée et moins jaune; ses poils, gris à leur base, sont colorés dans leur seconde moitié de longs anneaux noirs et jaunes. Tous ces caractères rapprochent notre C. olivaceus du Babouin; mais il est très-distinct de celui-ci, par la région inférieure de son corps ,-colorée comme la supérieure (au lieu d’être blanche), ainsi que la plus grande partie des membres. Par ces mêmes caractères, le C. olivaceus paraît différent de la variété ou espèce décrite par M. Frédéric Cuvier sous le nom d’Anubis ; mais celui-ci est très-imparfaitement connu, et de là le doute qui subsiste à l'égard du C. olivaceus; doute qu’il sera fort difficile de lever, la comparaison ne pouvant malheureusement être établie ici sur des bases certaines.

Le Cynocéphale olivâtre habite la côte de Guinée, et le Macaque à paupières blanches, les forêts de Manille. Tous deux ont été donnés vivants au Muséum, le premier par M. Cabaret, lieutenant de vaisseau, qui se l'était procuré dans le golfe de Bénin; le second, tout récemment, par M. Dugast, officier de la marine marchande, M. Dugast a enrichi la Ménagerie de quatre individus à la fois : tous quatre y sont encore vivants. Aussitôt que l’un d’eux succombera, et qu’il pourra être exactement comparé, dans ses parties intérieures aussi bien qu’extérieures , aux Macaques déjà connus, j'essaierai de compléter sa détermination spécifique qui, dès à présent, n’offre guère de difficultés réelles que par rapport au Macaque albinos décrit par moi dans l’un de mes précédents Mémoires. Voy. Archives, t. 11, p. 568, pl. xxxur.

dessus de la queue vers l'extrémité noirs ou noirâtres; de longs poils noirâtres sous la poitrine et l'abdomen.

Hab. Le Pérou et le Brésil, bords de l'Amazone.

Syn. — BARIGOUDO ! des habitants de la mission de Sarayacou. — Laco-

THICHE DE CASTELNAU, LaGorHrIX CAsTeLNaur, Is. Geoff. et E. Dev., dans les Comptes rendus de l'Acad. des Sc., t. XXVII, p. 498, 1848.

Ce Lagotriche est, sur les parties supérieures et latérales du corps, sur la plus grande partie des membres et de la queue, d’un brun roux ou chocolat tiqueté de blanc, dont la nuance varie d’ailleurs beaucoup selon les diverses inflexions de la lumière : tantôt et le plus souvent il paraît d'un brun chocolat à peine pointillé de blanc, tantôt d'un brun très-tiqueté de gris, passant même sur le milieu du dos au gris-argenté. Ces changements résultent du système de coloration des poils, qui sont noirâtres à leur racine, roux dans la plus grande partie de la longueur, puis, dans leur portion terminale, noirs, et enfin blancs ou d'un gris-argenté.

La tête, moins la partie postérieure des joues, les quatre mains, le dessous de la queue dans sa portion terminale, sont d’un brun noirâtre passant même au noir sur quelques points. Les poils de ces parties, ceux de la tête surtout, conservent bien comme les autres une zone intermédiaire rousse; mais cette zone est beaucoup moins étendue, et toute la portion terminale est noirâtre.

Les poils du dessus et des côtés de la tête, de même que ceux des mains, sont remarquablement courts et presque ras. Ceux du corps sont plus longs, mais encore assez courts; ceux de la queue, les plus longs de tous, après ceux de la poitrine et du ventre, qui sont très-longs et noirs, selon la disposition ordinaire chez les Lagotriches, chez ceux du moins qui sont parvenus tout à fait à l'état adulte.

1 C'est-à-dire ventru.

La face, sauf le tour des yeux, est revêtue de poils ras, trèscourts, de couleur rousse, dirigés en arrière. Les parties nues de la peau sont noirâtres, de même que les ongles.

La taille de cette espèce, prise sur les individus complétement adultes, s'élève à peine au delà de 4 décimètres et demi, mesurés du bout du museau à l’origine de la queue; celle-ci a près de 5 décimètres.

La description qui précède, est faite d’après plusieurs adultes, soit mâles, soit femelles. Les jeunes sont beaucoup plus uniformément bruns, la tête et les mains, d'une part, n'étant pas encore d'une couleur très-foncée, et de l’autre, les poils du corps ayant beaucoup plus de brun vers leur terminaison.

Par l’ensemble de ses caractères, cette espèce est distincte, dès le premier abord, des divers Lagotriches anciennement connus, qui tous sont gris, et non bruns. Au contraire, l’une des espèces décrites par M. Spix}, Gastrümarqus infinatus, se rapproche beaucoup par sa teinte générale de notre L. Castelnaui. Mais plusieurs caractères différentiels ressortent de la comparaison de nos individus avec la figure et les descriptions de Spix. Les deux qui nous ont paru les plus importants, sont les suivants. Chez le Gastrimarqus infumatus, ou, pour lui rendre son véritable nom générique, chez le Lagothrix infumatus?, les poils du dos sont terminés, non de blane, mais de noir : « Ceux qui sont sur le dos, dit Spix, sont bruns à leur racine et trés-noirs à leur extrémité.» Un second caractère peut être tiré de la différence très-marquée de la taille des deux es-

* Simiarum et Vespertilionum brasiliensium species nove , in-folio, Munich, 1823. Voy. p. 41, pl. xxx.

? Spix, ayant fait une fausse application du nom de Lagothrix qu'il transporte à l’A4teles hypoxanthus du prince de Wied, croit devoir établir pour les Lagotriches un genre nouveau auquel il a donné le nom de Gastrimargus, qu'il traduit en français par Gourmandventru. L'espèce que nous comparons ici au Lagotriche Castelnau, porte, dans l'ouvrage de Spix, le nom de Gourmand-ventru à couleur de martre.

Arcuives pu Muséum, roux V.

pèces : le Lagotriche de Castelnau est de beaucoup plus petit que les Lagotriches anciennement connus; le Lagotriche enfumé est dit, au contraire, par Spix, plus grand que ceux-ci, et notamment que son Gastrimarqus olivaceus. Celui-ci, dit Spix, « parvient à une grosseur très-forte, » et lorsque l’auteur en donne les mesures, il attribue au corps 1 pied 7 pouces et demi, à la tête 4 pouces, à la queue 2 pieds 3 lignes (mesures allemandes); ce qui est bien la taille du Lag. canus dans son état tout à fait adulte. Le Lagotriche enfumé est notablement plus grand encore; car son corps mesure, dit Spix, 1 pied 9 pouces et demi, et sa tête 4 pouces un tiers. Le Lagotriche enfumé est donc Le plus grand de tous les Lagotriches connus; le Lagotriche de Castelnau en est de beaucoup le plus petit.

M. Schinz, dans son Systematisches Verzeichniss aller Sœugethiere”, a donné le nom de Lagothrix Pœppiqii à un Lagotriche que M. Pæppig avait fait connaître, il y a quelques années, dans les Notices de Froriep?. Celui-ci se rapproche aussi à beaucoup d’égards du L. Castelnaui; il a la même coloration générale : not@o castaneo fusco, dit M. Schinz; il a les pointes de tous les poils de couleur grise (alle Haare an der Spitze grau). Mais le Lag. Pœppigii serait, comme le Lag. infumatus, d'une: taille très-supérieure au L. Castelnaui. Le corps, dit M. Schinz, a 1 pied 9 pouces de long, et la queue 1 pied 10 pouces (mesures allemandes). Ce serait une taille nonseulement égale, mais supérieure à celle des Lagotriches à pelage gris”, particulièrement du L. canus, auquel M. Schinz donne seulement 1 pied 6 pouces.

À moins de supposer, dans les descriptions de MM. Spix et Pœppig, des erreurs dont la gravité même exclut fa vraisem-

2 T, XXXIII, p. 100 ; 1841.

3 1 pied 9 pouces allemands équivalent à un peu plus de 5 décimètres 172. C’est un dé-

cimètre de plus que chez le L. Castelnauï.

blance, on doit donc considérer le Lagothrix Castehaui comme une espèce distincte soit du L. Pæppigii, soit surtout du L. infumatus. |

Cest des bords de l’Amazone que MM. de Castelnau et Émile Deville ont rapporté au Muséum la belle série d'individus de divers âges d'après laquelle a été établie cette espèce. Le passage suivant, extrait par M. Deville de son journal de voyage, fait connaître exactement l'habitat du Lagotriche de Castelnau, et résume les renseignements recueillis sur lui pot les voyageurs auxquels nous le ue

« Cette espèce, qui habite l'Amazone, partie brésilienne et pé- » ruvienne, est connue des habitants de cette rivière sous le nom

» de Barigoudo (ventru), à cause de la proéminence de son abdo- » men. Cette appellation de ventru est parfaitement appropriée » à ces Singes. Ils sont excessivement gourmands et très-voleurs. » Ils s'apprivoisent, du reste, facilement, et sont affectueux » pour ceux ui les soignent.

» Ce sont des animaux très-intelligents; ils se servent de leur » queue comme les Atèles, avec une très-grande habileté, pour » saisir au loin des objets qu'ils prennent ensuite avec leurs mains » pour les porter à leur bouche. Lorsqu'on attache, à l’un de ces » Singes, les mains derrière le dos, il se tient pendant très-long- » temps sur ses pattes de derrière, et marche ainsi avec une » grande facilité. Si on les tourmente, ils font entendre un petit » grognement, et rapprochent, de même que les Atèles, leurs lè- » vres en avant. Ces animaux, qui sont assez communs chez les » Indiens Chuntakiros de l’Amazone, se voient rarement à l'état » libre, et ils ne se trouvent pas, suivant ces mêmes Indiens, au » sud de la Pachitea, c'est-à-dire entre le 8° et le 9° degré de la- » titude sud. »

Le nom que nous avons, M. Deville et moi, donné à cette es-

pèce, est un hommage au chef de l'expédition à laquelle la science et le Muséum en sont redevables. Il rappellera cette double traversée du continent américain, accomplie par plusieurs savants français, au milieu d'obstacles et de dangers de tout genre, et à laquelle la Société de géographie vient tout récemment de rendre une si éclatante justice en décernant à M. de Castelnau une mé-

daille hors ligne.

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