Le Sagou ÉLécanT, Cebus elegans
Car. — Pelage fauve (variant du fauve doré au fauve grisâtre), avec les membres et la queue plus foncés; une barbe d’un roux doré et de longs poils noirs sur la tête; ces poils forment une sorte de toupet.
Hab. — Le Brésil et le Pérou.
Syn. — CEBus ELEGANS, Is. Geoff., dans les Comptes rendus de l’Acad. des Sc., t. XXXI, p. 875, 1850. — Le SAJOU ÉLÉGANT, C. ELEGANS, Catal. des Primates, p. 45, 1851.
Des individus de cette espèce existaient depuis plusieurs années, l'un d'eux même depuis longtemps, dans la Collection du Muséum. Mais presque tous provenaient de la Ménagerie, et ils avaient pu, en captivité, se modifier et se décolorer : sur l’un d'eux même, les effets de l’étiolement étaient manifestes. Aussi avait-on hésité à établir pour eux une espèce distincte; on les rapportait, au moins provisoirement, comme variété, à la remarquable espèce que mon père a décrite en 1812 sous le nom de Sajou à toupet, Cebus cirrifer.
Le Sajou élégant a, en effet, comme ce dernier, les poils de la tête longs et plus ou moins relevés. Ces poils forment une sorte de toupet noir ou brun qui, chez les individus en parfait état de développement, est divisé en deux parties par une sorte de gout-
tière longitudinale : cette disposition résulte de la longueur beaucoup plus grande des poils placés à droite et à gauche de la ligne médiane.
Par ces caractères, le C. elegans se rapproche beaucoup du C. cirrifer; mais, au lieu d’être, comme celui-ci, d’un brun châtain en dessus, il est revêtu d’un pelage généralement fauve sur les parties supérieures aussi bien qu'inférieures du corps. La nuance varie d'ailleurs chez les individus du fauve roux et plus où moins doré au fauve-blond et au fauve-srisâtre : cette dernière nuance, ou même un fauve qui tire déjà beaucoup sur le cendré, se retrouve chez presque tous les individus qui ont longtemps vécu en captivité.
Les membres et la queue sont plus foncés que le corps; ils tirent sur le brun, notamment quant aux quatre mains et à la partie supérieure de la queue, dans la seconde moitié de cet appendice.
Les poils des parties brunâtres sont plus courts et plus secs que les poils fauves; ceux-ci, plus foncés dans leur première portion que dans leur moitié terminale, sont longs, doux et presque laineux.
La face est entourée de poils ras de couleur blanchâtre; supérieurement, quelques poils noirs sont épars au milieu des poils clairs. Il existe une barbe d’un roux doré chez les individus sauvages ou ayant peu vécu en captivité, fauve chez les individus qu'un long séjour en cage a plus ou moins décolorés!.
# J'ai signalé, il y a fort longtemps déjà, dans mon Histoire générale des anomalies , 1, I, p. 318, la facilité extrême avec laquelle se décolorent les Sajous lorsqu'ils sont captifs, et surtout lorsqu'on les tient en cage dans l’obscurité, Dans mon Catalogue des Primates, j'ai cité un grand nombre de ces individus étiolés dont la décoloration a si souvent embarrassé Jes zoologistes, ou les a induits en erreur.
La facilité avec laquelle les Sajous se modifient sous nos yeux dans les ménageries et chez les personnes qui se plaisent à élever ces animaux, est un fait auquel les zoologistes, aussi bien que les physiologistes, doivent attacher beaucoup d'intérêt, En en tenant
La taille du Sajou élégant est la même que celle du Sajou brun et de la plupart de ses congénères.
Cette espèce habite à la fois, comme la précédente, le Brésil et le Pérou. M. Auguste de Saint-Hilaire en a le premier enrichi le Muséum : l'individu que nous devons à ce savant voyageur, vient des bois vierges situés près de Rio dos Pilas, dans la capitainerie de Goyaz. C'est par MM. de Castelnau et Deville que l'espèce a été retrouvée au Pérou, sur les bords de l’Amazone.
Nos autres individus, dont l'origine géographique est restée inconnue, proviennent de la Ménagerie. Ils présentent, tantôt sur quelques points seulement, tantôt dans l’ensemble de leur pelage, des couleurs moins vives et plus grises. Chez l'un d'eux, la modification va, sur quelques points, jusqu'à la décoloration presque complète”.
compte, ils seront moins étonnés de la multiplicité des variétés que présentent les espèces du genre Cebus; genre qui est, entre tous les Mammifères, sans aucune exception peutêtre, celui dans lequel la détermination exacte des divers types spécifiques est entourée des plus graves difficultés.
1 J'ai mentionné dans mon Catalogue des Primates (p. 44 et 46), et je rappellerai ici (voy. plus haut, p. 531, note) deux autres Sajous que je crois spécifiquement distincts , mais dont la détermination ne pourra être exactement donnée qu’à l’aide de matériaux nouveaux. Ces deux espèces sont le Sajou à fourrure, Cebus vellerosus, et le Sajou châtain, C. castaneus.
Le premier, qui habite le Brésil, province de Saint-Paul, avait été, comme le C. elegans, confondu avec le C. cirrifer (Geoff. Saint-H.), et aussi avec le C. frontatus (Kubl). I a, comme eux, sur la tête, de longs poils formant un toupet, qui est bifide, comme chez le C. cirrifer. Mais il est généralement couvert de très-longs poils bruns, plus ou moins laineux, au milieu desquels sont épars quelques poils blancs plus longs encore et roides. Le tour de la face est blanc. Il n’existe point de toupet dans le jeune âge. Chez les vieux individus, le toupet devient au contraire très-long (35 et jusqu’à 40 millimètres). D’après le pelage singulièrement long, touffu et laineux de cette espèce, on la croirait originaire d’une zone beaucoup plus froide que ses congénères.
Le second, Cebus castaneus, est une espèce de Cayenne, dont le Muséum possède depuis très-longtemps plusieurs individus, provenant des voyages de MM. Martin et Poiteau. Je l'avais distinguée et caractérisée depuis plus de dix ans; mais j'attendais de nouveaux matériaux pour en assurer la détermination, qui , aujourd’hui même , reste incomplète. Le
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