Voyez la cinquième Section de ce Mémoire
2. On a ajouté à cette peau une tête (la partie postérieure seule existait), des mains, des jambes et des pieds, et on l’a montée dans une attitude humaine, Cette peau est celle d’une femelle. Elle a êté rapportée et donnée au Musée du Havre par M. Thouret, capitaine au long cours.
crâne appartenait à une « nouvelle espèce d'Orang »: opinion qu'il exprima aussitôt à M. Wilson, en lui demandant son concours pour résoudre la question, s’il était possible, par l'examen d’un individu vivant ou mort. Mais ni les efforts de M. Wilson, malgré les relations qu’il avait nouées dans le pays, ni ceux que fit de son côté M. Savage, n’obtinrent le succès qu’il en espérait : non-seulement il ne réussit pas à se procurer, vivant ou mort, un individu entier; mais il ne put même obtenir des naturels la dépouille d’un de ces Singes dont il désirait tant compléter l'étude.
Il parvint, au contraire, à se mettre en possession de crânes des deux sexes et de différents âges, et de quelques autres parties du squelette ; et c’est d’après ces précieux matériaux, décrits avec soin par lui et le docteur Jeffries Wyman!, que M. Savage annonça et établit, bientôt après, l'existence d’une seconde espèce africaine de Singe à formes humaines (species of anthropoid Simiæ). M. Savage a cru devoir rapporter ce Singe anthropoïide, l’Engé-ena des Nègres, au genre Troglodytes créé par mon père en 1812 pour le Chimpanzé ? ; et il lui a donné le nom spécifique de Gorilla, emprunté à la célèbre relation du navigateur carthaginois Hannon, qui avait appliqué ce nom, dit M. Savage, «à des hommes sauvages trouvés sur la côte « d'Afrique, vraisemblablement une des espèces d’Orang ?. »
Il était impossible que la publicité donnée par M. Savage à la découverte d'un animal aussi remarquable, ne suscitât pas de nombreuses recherches
4. Voy. 4 Description of the external characters and habits of Troglodytes Gorilla, par Thomas S. SAVAGE, and of the osteology of the same, par Jeffries Wyman; dans le Journal of natural history de Boston, t. V, p. #17, pl. x£ à xx, 1847.
Le travail de MM. Savage et Boston a été publié à part, in-4°, Boston, 1847.
On le trouve traduit en partie par M. Jules HaIME, dans les Annales des sciences naturelles, 3° série, Zoologie, t. XVI, p. 176.
Voyez aussi une lettre adressée du Gabon à M. Owen par M. Savage, lettre datée du 24 avril, et que l’illustre zootomiste anglais a insérée en très-grande partie dans son Mémoire sur les Chimpanzés (cité ci-après). — On la trouve aussi dans l'extrait de ce Mémoire, publié dans les Proceedings of the zoological Society de Londres, année 1848, p. 27, et (traduite par M. J. HaIME) dans les 4nn. des sc. nat., loc. cit., p. 163.
2. Le Chimpanzé avait été placé jusque-là dans le genre Orang (Simia), sous le nom d’Orang Chimpanzé, Orang noir, Orang d'Afrique, etc.
3. « Probably one of the species of the Orang. » SAvAGE, Journ. nat. hist., p. 420; et tirage à part, p. 6.
Comme on le voit, M. Savage n’affirme nullement l'identité de son Troglodytes Gorilla avec le Fixe d'Hannon.
sur la côte occidentale d'Afrique. C’est aux officiers de la marine anglaise que les naturalistes européens durent d’abord l'avantage de pouvoir vérifier par eux-mêmes et compléter les observations de MM. Savage et Wyman. Dès 18/47, M. Samuel Stutchbury, de Bristol, recommandait aux marins des navires en partance pour la côte occidentale d'Afrique, la recherche du Singe gigantesque de M. Savage. Le capitaine George Wagstaff fut celui des officiers de la marine anglaise qui fit le plus d'efforts pour répondre à cet appel, et ils furent promptement couronnés d’un succès, moins complet, il est vrai, qu’on ne l’avait espéré. Dès le mois de décembre 1847 !, M. Wagstaff se procura au Gabon, et envoya à M. Stutchbury, des matériaux que celui-ci mit aussitôt à la disposition du savant qui, en Angleterre, pouvait le mieux en tirer parti pour la science, M. Owen. Malheureusement, ces matériaux n'étaient encore que des crânes, au nombre de trois. Ce sont ces crânes que M. Owen a mis sous les yeux de la Société zoologique de Londres, en février 1848, en faisant connaître les résultats principaux de ses observations sur la tête osseuse du Gorille comparée avec celle du Chimpanzé, Troglodytes niger; sujet que l'auteur a traité depuis plus complètement dans un de ces Mémoires, aussi remarquables par la beauté des planches que par le mérite scientifique, dont il enrichit chaque année les Transactions de la Société zoologique ?.
Dans cet important travail, les caractères craniens et dentaires qui distinguent le Gorille du Chimpanzé, sont très-nettement posés, et surtout ils sont beaucoup plus complétement donnés et mieux appréciés que dans le Mémoire de MM. Savage et Wyÿman; mais la conclusion de l’illustre zooto= miste anglais est identique avec celle de ses deux devanciers américains. Selon lui aussi, le nouveau Singe du Gabon devrait être placé à côté du Chimpanzé, dans le genre Troglodytes ; ce serait, selon ses expressions, une grande espèce de Chimpanzé : Troglodytes Savageï $, comme il se proposait de l’appeler, avant de savoir que M. Savage l'avait déjà dénommée :
1. Voy. les Proceed. of the zool. Society de Londres, 1848, p. 30 et suiv.
2. Osteological Contributions to the Natural History of the Chimpanzees (Troglodytes, GEorrr.), including the description of the Skull of a large species (Troglodytes Gorilla, SAVAGE ); dans les Transactions of the zoological Society, t. III, part. vi, p. 381; 1849; traduit en partie par M.J. Hamme, dans les Ann. des sc. nat., loc. cit., 161 à 171. — On trouve à la suite de cette traduction, p. 471 et 173, des extraits de deux numéros de la Literary Gazette de Londres (septembre et novembre 1851), où se trouvent résumés quelques observations complémentaires de M. Owen.