CARACTÈRES ET RAPPORTS NATURELS DU GENRE GORILLE (GORILLA
Les caractères sur lesquels j'ai fondé d’abord la distinction générique du Gorille, étaient tirés de la conformation de la tête, et particulièrement des organes des sens, de celle des mains et des proportions des membres. À ces caractères, j’en ai bientôt ajouté un autre tiré du système dentaire : existence d’un cinquième tubercule aux dernières molaires inférieures.
L'existence de ces caractères a-t-elle été confirmée? S'ils existent, sont-ils de valeur générique? Et sont-ils les seuls que l’on puisse assigner au genre Gorille?
C’est à ces questions que Je vais consacrer cette seconde section.
$ 1. Conformation générale de la téte.
Il n’est plus aujourd’hui un seul naturaliste qui ne connaisse et n’ait suivi par lui-même, chez les Orangs, cette série de transformations par lesquelles des Primates, d’abord très-voisins de l’homme par leur tête globuleuse, leur
1, Souvent aussi en anglais, The Great Chimpanzee.
face courte et aplatie, leur front élevé et presque humain, finissent par se rapprocher des Cynocéphales eux-mêmes par l’acuité de leur angle facial, la dépression de leur front, le prolongement de leur face en un véritable museau, et l'énorme développement des crêtes craniennes. La métamorphose de la tête est ici tellement complète, que les zoologistes se sont longtemps refusés à la croire possible. C’est ainsi que, dès 1780, la science devait à Wurmb tune bonne description de l'Orang adulte; peu d’années après, le squelette de ce même Orang adulte se trouvait placé dans deux grandes collections, en Hollande d’abord, puis à Paris, à côté du squelette et du crâne du jeune Orang Outan ; et cependant, en 1820, Desmarest, dans son ouvrage classique sur les Mammifères, faisait encore de ces deux âges d’un animal, non pas seulement deux espèces, mais deux genres distincts ?. Bien plus : neuf ans plus tard, Cuvier lui-même indiquait, mais n’osait affirmer la vérité! Tellement que pour trouver l'identité spécifique du jeune et de l'adulte, complétement démontrée et acceptée, il faut presque venir jusqu’à l'époque, encore peu éloignée de nous, où les voyageurs et naturalistes hollandais se sont procuré et ont procuré aux principaux Musées de l'Europe ces précieuses séries d’Orangs de différents âges, que chacun de nous y a étudiées avec tant d'intérêt et de soin 4.
La connaissance exacte des transformations analogues, mais portées moins loin, que subit la tète dans le genre Troglodyte, n’a pas moins longtemps échappé aux naturalistes. Le jeune Chimpanzé a été bien décrit dès 1766 sous le nom de Jocko par Buffon et Daubenton * ; et le terme
4. Beschrijving van de groote Borneoosche Orang Outang, dans les Fernandelingen van het bataviasch Genooschap, t. 1, p. 437. — Ce Mémoire a élé traduit dans la Décade philosophique, n°219; pue