Règne animal, 2° édition, t. I, p
« Malgré la proéminence de son museau, disait Cuvier, on peut le croire (le Pongo), un adulte, sinon de l'espèce de l'Orang-Outang, du moins d’une espèce très-voisine. »
4. Voyez surtout TemminNox, Monogr.de Mammalogie, Leyde, in-4°, t. II, 4835 à 1841; 12 Monographie, p. 413 et suiv., et addition p. 387.
5. Buffon, Hist. nat., t. XIV, p. 60. — DAUBENTON, /bid., p.72.
Je dis : bien décrit, mais non : bien figuré. Le dessinateur De Séve a donné au Jocko-une attitude
extrême des modifications de ce même animal à l’état adulte n’est exactement connu que depuis 1835, date de la publication d'un Mémoire important de M. Owen sur l’ostéologie comparée du Chimpanzé et de l’'Orang Outan !.
Le Gorille présente-t-il une semblable série de modifications? Sa tête se transforme-t-elle aussi à mesure qu'il devient adulte? Et si cela est, présente-t-il, à ce point de vue, avec lOrang Outan ou avec le Chimpanzé, une ressemblance aussi marquée que celle qui existe ordinairement entre les espèces d'un même genre naturel?
La réponse à cette dernière question est tres-différente selon que nous considérons le jeune âge ou l’état adulte. Comme les jeunes Orangs et comme le jeune Chimpanzé, le jeune Gorille a la face très-courte, le front bien développé, la tête globuleuse, et dans son ensemble, de forme presque humaine; caractères auxquels s'ajoute, comme chez l’'Orang Outan en particulier, la concavité très-marquée de la ligne faciale (non tout à fait rectiligne chez le Chimpanzé, et encore moins convexe, mais dont la courbure et la rentrée en dedans dans sa partie moyenne sont beaucoup moindres). Si les Orangs, le Chimpanzé, le Gorille n'étaient connus que dans le jeune âge, et seulement par leurs crânes, on pourrait donc être conduit à les rapporter à un seul et même genre naturel, et à admettre le genre Sntia, tel que Cuvier et mon pére le caractérisaient en 1705.
Mais c’est sur les caractères des animaux à l’état adulte que se fonde la distinction des genres, et à ce point de vue, ce ne sont pas seulement les Orangs et les Chimpanzés qui se séparent génériquement : le Gorille, à mesure qu'il avance en âge, revêt aussi un type propre, et nous pourrions déjà démontrer, par l'examen de la tête seule, qu’à côté des genres Sinia et Troglodytes, il faut en établir un troisième, intermédiaire entre eux.
Le Gorille, en premier lieu, ne peut être placé dans le genre Sirria. Les vrais Orangs, soit à orbites elliptiques comme l’'Orang-Outang, soit à orbites quadrangulaires comme POrang de Wurmb? sont surtout remarquables,
tout humaine; Buffon a lui-même reconnu et signalé l’imexactitude de cette figure. Voy. Suppl., t. VII, p. 3.
1. On the osteology of the Chimpanzee and Orang-Utan, dans les Trans. of the zuol. Soc. de Londres, t. I, p. 343 et suiv.; 1853.
2. Georrroy SaiNr-Hirairs, Cours de l’Hist. nat. des Mamm., lecon VII, p. 27-31; 1828.
M. de Blainville a admis cette seconde espèce, très-distincte par son crâne, mais en lui attribuant
quant à la conformation de la tête, par deux caracteres signalés et appréciés à leur juste valeur par tous les auteurs récents !; l'énorme développement des crêtes sagittale et occipitale, et l'élévation du crâne, en arrière dela face, ou, selon l'expression de Cuvier et d’un grand nombre d'auteurs, «la forme « pyramidale » de la tête. De ces deux caractères, le Gorille possède le premier, et même il l’exagère encore : la crête sagittale dans sa partie posté. rieure, et la crête occipitale font, l’une et l’autre, chez les vieux mäles, une saillie de plus de deux centimètres. À ce point de vue, et en tenant compte du prodigieux développement musculaire que ce caractère indique et pour ainsi dire traduit ostéologiquement, on pourrait comparer le Gorille à un Orang, beaucoup plus robuste proportionnellement, en même temps que beaucoup plus grand que les espèces de Bornéo et de Sumatra. Mais, de l’un à l’autre genre, la conformation générale du crâne est tres-différente. Chez les Orangs, comme tout le monde le sait, le crâne n'est pas placé en arrière de la face et à la même hauteur qu’elle; il lui est à la fois postérieur et supérieur. Chez le Gorille, au contraire, le crâne qui, en même temps, est beaucoup plus allongé, ellipsoïdal et non sphéroïdal, est placé en arrière de la face et presque tout entier au même niveau : postérieur, par conséquent, mais non plus supérieur. Ce caractere différentiel est trop important pour que je m'en tienne à cel énoncé général, d'autant que l'inspection extérieure du profil de l’animal tel qu’on le voit dans une des planches de ce Mémoire ? pourrait induire en erreur, à cause de l'énorme hauteur des crêtes sagittale et occipi-
à tort un caractère que plusieurs auteurs ont admis d’après lui; l'absence des lobes cutanés des pommettes que tous les zoologistes connaissent chez l'Orang Outan mäle adulte. Si l’on eût pris la peine de remonter aux sources, on y eût vu que l'Orang de Wurmb a aussi, Wurmb le dit expressément (loc. cit.), une large excroissance charnue, s'étendant démesurément sur chaque joue.
L'Orang bicolore, Simia bicolor, que j'ai décrit en 1843 (Arch. du Mus., t. WW, p. 526). a aussi les orbites quadrangulaires, mais parait différer par la coloration et par quelques détails de conformation. On ne pourra, du reste, prononcer avec certitude sur cette espèce, tant qu'on ne possédera pas la série de ses âges.
1. Voyez entre autres auteurs : GEOFFROY SAINT-Hicamme, Cours de l'Hist. nat. des Mamm.,
leçon VIT; 1828. — Dumonrier, dansles Bulletins de l’Académie des Sciences de Bruxelles, 1838, p. 756. — Temmincx, loc. cit.— BLanvizze, Ostéographie, 2° Liv. — OWEN, loc. cit. — Duvernoy, locis cit.
Les mêmes auteurs ont signalé, en outre, divers caractères ostéologiques qui tendent aussi à séparer génériquement les Orangs des Chimpanzés, et dont plusieurs ne sont pas sans importance. 2. PI. IT.
tale, qui reporte beaucoup au-dessus de la voüte du crâne le contour extérieur du dessus de la tête. Pour se mettre en garde contre cette cause d'erreur, et contre toute autre, et pour se rendre un compte exact de la conformation générale et des véritables rapports de la face et du crâne, il suffira de procéder ainsi : placez, sur un support !, un crane d’Orang adulte, de maniere qu'il soit posé sur les couronnes des molaires supérieures; et faites passer, par les bords supérieurs des crêtes orbitaires, un plan parallèle à la surface du support, et vous verrez ce plan couper la cavité cranienne presque exactement par le milieu. Faites de même pour le Gorille, et vous trouverez que le plan parallele au plan de la couronne des molaires passera audessus de la portion antérieure de la cavité cranienne, y pénétrera seulement et tres-superficiellement vers le milieu, et sera en arrière tangent à la partie supérieure. On peut encore exprimer les mêmes faits en mesurant, dans les deux genres, la longueur horizontale ? et la hauteur de la tête, et en prenant les rapports de ces deux dimensions :
Hauteur. Longueur. Rapport de la hauteur à la longueur. ORAN&G (adulte).......... . 0,19 02,215 :: 4 : 4,13 ou à peu près :: 4 : ? GORIELEMUUA) ETES EEE ACTE 0, 18 0, 25 :: 4 : 4,39 ou à peu près :: 4 : ?
La longueur ne surpasse donc la hauteur chez l’Orang, que de !; elle Ia surpasse chez le Gorille de = : fraction plus que triple de la premiere.
C’est sur ces différences que M. Duvernoy a appelé l'attention, lorsqu'il a dit : « Le Gorille est dofichocéphale, les Orangs sont brachycéphales 3», expressions empruntées à l'anthropologie, et qu'il eùt peut-être mieux valu laisser à cette branche de la science; car elles tendent à donner des caracteres différentiels auxquels elles se rapportent, une idée qui n’est pas seulement par trop incomplète, mais manque d’exactitude. Les faits principaux
et dont il importe le plus de tenir compte, ne sont pas l'allongement relatif
4. Un support est nécessaire, à cause de la saillie des canines.
En l'absence de celles-ci, il suffirait de poser le crâne sur la première table venue, et de le maintenir dans la position indiquée.
2. En d’autres termes, la projection, sur un plan horizon(al, du diamètre antéro-postérieur de la tète. Voici ce diamètre, ou la distance du bord des incisives au point le plus reculé de l’occipital.
ORIÉLE NE eee te 0, 30 ARGHIVES ou Muséum. T. X. A
de la tête chez le Gorille et la brièveté proportionnelle chez les Orangs, ou si l’on veut les appeler ainsi, la dolichocéphalie et la brachycéphalie; ce sont bien plutotles rapports de la situation du crâne avec la face chez lun et chez l’autre ; l’obliquité, la proclivité tres-marquée, chez l’'Orang, du diamètre antéropostérieur de la tête, qui, au contraire, s’écarte peu chez le Gorille, de l’'horizontalité. C'est sur ces caractères si importants qu’on passerait si l’on se bornait à dire lOrang brachycéphale et le Gorille dolichocéphale; car la dolichocéphalie n'exclut pas plus que la brachycéphalie, la superposition partielle du crâne, l'élévation considérable du sinciput au-dessus de la face : s’il y a des hommes brachycéphales et d’autres dolichocéphales, il ny en a point, à part les idiots et les individus à tête artificiellement déformée, qui n'aient un front plus ou moins développé. Et il est même à remarquer que, de toutes les races, celle qui a le plus beau front, c'est-à-dire le plus élevé et le plus droit, se trouve parmi les dolichocéjhales : la race caucasique est, en effet, dolichocéphale, quoique à un degré moindre que la race éthiopique.
Le Chimpanzé est dolichocéphale comme le Gorille, dit M. Duvernoy; et chez lui aussi, comme chez le Gorille, le crâne dépasse peu en arrière Île niveau supérieur de la face. Il y a cependant quelques différences. En procédant pour le crâne du Chimpanzé, comme pour celui des deux Singes que nous venons de comparer, on trouve que le plan supérieur, parallèle au plan des couronnes des molaires, traverserait la cavité cranienne, mais de manière à en laisser plus des quatre cinquièmes au-dessous de la section. Et
uant aux mesures, elles sont les suivantes :
Hauteur. Longueur. Rapport de la hauteur à la longueur. 0,125 07,24 :: 4 : 1,68 ou à peu près :: 4:
we
Les différences, bien que très-notables, que ces remarques et ces mesures mettent en lumière, ne seraient pas acceptées comme génériques, par la plupart des naturalistes, et ils auraient raison. Mais il en est une autre bien plus tranchée et bien plus importante. Le Gorille est de tous les Singes, celui chez lequel les crètes sagittale et occipitale sont, à l’état adulte, les plus énormes; le Chimpanzé est, au contraire, au nombre de ces Singes chez lesquels elles