Le diamètre antéro-postérieur est de
SINGES. — CORILLE. 27
restent, pendant toute la vie, très-peu développées, et qui, à cet égard, s'éloignent le moins de l’homme, dont le caractère est, comme chacun sait, non pas même le très-faible développement, mais la zu/lité absolue des crêtes craniennes. En d’autres termes, dans cette suite de transformations par lesquelles, comme je l'ai dit plus haut, la tête passe, chez les Simiens, de formes presque humaines, à des formes de plus en plus dégradées, presque à des formes de Cynocéphales, le genre Troglodyte s'arrête dans une phase que le Gorille présente presque exactement réalisée dans un de ses âges, mais au delà de laquelle il s'avance bientôt et qu'il dépasse de beaucoup; tellement que, dans cette série de transformations, le Chimpanzé représentant un terme moyen, le Gorille représente le terme extrême. Celui-ci est, dans la tribu des Singes, par rapport au genre Troglodyte, ce que sont, dans la tribu suivante, par rapport à plusieurs autres, les Mandrills, les Chacmas et les autres Cynocéphales.
Et j'arrive ainsi à étendre à la première tribu des Simiens les vues, déduites
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de la théorie générale des inégalités de développement, que j'ai appliquées, il y a plus d’un quart de siècle déjà, à la seconde et à la troisième tribus !, et
1. Zoologie du Voyage aux Indes de M. Bélanger, 1830-1831, p. 64; Études de zoologie, Ar livr., 1832, et Magasin de zoologie, année 4832, article sur les Hurleurs.
J'ai résumé ces vues beaucoup plus récemment (4rchiv. du Mus., t. M, p. 24 et 25), dans un passage dont j'extrairai ici quelques lignes, nécessaires peut-être à l’intellisence de ce que je viens de dire :
« En comparant entre eux les différents groupes (de la seconde tribu), et spécialement les Semno- « pithèques (voyez la note ci-après), les Cercopithèques, les Macaques et les Cynocéphales, j'ai fait « voir que le dernier de ces genres par rapport à tous les autres, l’avant-dernier par rapport aux « deux qui le précèdent, enfin le.second par rapportau premier, sont essentiellement caractérisés par «des degrés plus avancés dans le développement d’un type cranien qui, au fond, est le même chez « tous... De semblables considérations sont applicables aux Cébiens.. Ici encore, il est vrai de dire « que les divers genres représentent tous wn seul et méme type dans des degrés divers de dévelo;- « pement, et que les genres chez lesquels nous observons un degré plus avancé, offrent momenta- « nément avant d'y parvenir, et pour ainsi dire, traversent les degrés moins avancés qui, pour les « autres, constituent les conditions normales et définitives. »
D'où résulte (car on aperçoit ici une liaison intime entre la théorie des inégalités du développement et la classification par séries parallèles) la disposition des deux tribus en séries, l'une de l'ancien cor tinent, l'autre américaine, commençant l’une et l’autre par des Singes à tête arrondie et plus ou moins humaine, et se dégradant successivement et parallèlement par des modifications analogues des deux types caractéristiques de l’une et de l’autre tribu:
Je dois faire remarquer que ce genre de considérations n’est pas applicable seulement aux formes craniennes, mais à plusieurs autres points de vie, par exemple, au naturel lui-même qui se transforme aussi
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que j'ai depuis développées à plusieurs reprises dans mes cours, en les appuyant de nouvelles preuves, et en les complétant sur plusieurs points ?.
Le Gorille se sépare donc déjà, par la conformation de son crâne, soit des Orangs, soit du Chimpanzé; plus voisin d’ailleurs de celui-ci que de ceux-là, puisque ses caractères craniens dérivent de ceux du Chimpanzé, en étant seulement une exagération extrême, et qui ne se produit qu'à l’état adulte,
à mesure que l'animal avance en âge. Un jeune Macaque, un très-jeune Cynocéphale, à l’époque où ils ressemblent à un Cercopithèque par leurs formes craniennes, ont bien plutôt, comme je l'ai fait remarquer, le naturel des Singes de ce dernier genre, que celui qui leur appartiendra à l’état adulte, et qui est caractéristique de leur propre genre.
4. Je n’indiquerai ici qu’une seule de ces additions récentes aux vues que je viens de rappeler; et si je le fais, c’est parce que je suis conduit, par ce qui précède, à y rattacher une des différences organiques du Chimpanzé et du Gorille : leur différence de taille.
Depuis l'établissement du genre Miopithèque (4rchiv. du Mus., t. I, p. 65 et suiv.) auquel j'ai donné pour type le plus petit des Singes de l’ancien monde, le Talapoin de Buffon, j'ai été conduit à substituer dans la série des Singes de la seconde tribu, telle que je l'avais indiquée (voyez la note précédente), les Miopithèques aux Semnopithèques, qui doivent être placés à part, avec les Nasiques et les Colobes, en raison de l’extrême complication de leur estomac. Par cette substitution, la série se trouve ainsi élablie : 4° Miopithèque, 2° Cercopithèque,; 3° Macaque; 4° Cynocéphale; et dès lors, il est facile de voir que la série établie d’après la dépression de plus en plus marquée du crâne et l’allongement toujours croissant du museau, se trouve, par le fait, élablie aussi en raison de la taille qui va toujours croissant de l'animal à tête plus ronde et plus humaine au Singe à tête plus dégradée et plus bestiale. Ce rapport subsisterait encore si je venais à rétablir quelques termes intermédiaires que j'ai d’abord passés sous silence pour simplifier le problème. Par exemple, le Théropithèque (genre que j'ai créé pour le Gélada) vient pour les formes de son crâne, comme tous les zoologistes le savent, après les Macaques, et avant les Cynocéphales. Mêmes relations pour la taille : les Théropithèques sont plus grands que les Macaques, plus petits que les Cynocéphales, Ils sont donc intermédiaires aussi bien à l’un qu’à l’autre point de vue.
Est-ce là une simple rencontre? ou une concordance digne d'attention? Très-certainement une concordance. En effet, elle n'existe pas là seulement. Quels sont, parmi les Singes de la troisième tribu, les Singes dont la tête est le plus arrondie? Les Saïmiris, c’est-à-dire, encore les plus petits; puis les Callitriches etles Nyctipithèques. Et quels sont ceux dont la tête est le plus allongée, le plus dégradée ? Les Hurleurs, dont la taille est très-grande, relativement au type général des Singes américains. Entre Æux sont les Sajous, aussi bien pour la taille que pour la conformation du crâne. Et il est à remarquer que si les déformations de la tête ne vont pas, à beaucoup près, dans la seconde tribu, aussi loin que dans la troisième, la taille des plus grands Cébiens reste aussi de beaucoup en deçà de celle des Cynocéphales et des autres grands Cynopithéciens.
Il me serait facile de montrer que cette concordance peut être suivie bien plus loin, par exemple, dans les Cheiroptères, dans les Carnassiers, dans les Ruminants : les genres que l’on peut dire, au point de vue de leur conformation générale, caractérisés par un arrêt de développement, sont presque tous, comparativement à leurs analogues, de petite taille ; il y a chez eux arrét d'accroissement comme arrêt proprement dit de développement.
Conclusion que je confirmerais par l'examen détaillé des divers os craniens, si ce travail n’était déjà fait, et avec le plus grand soin, par mes prédécesseurs, et particulièrement par celui dont j'ai ici pour devoir de compléter le travail, M. Duvernoy.
$ 2. Conformation des organes des sens.
Les organes des sens présentent, du Gorille au Chimpanzé, des différences très-notables, qui, assurément, ne sauraient, à elles seules, motiver l’établissement d'un genre à part pour le Gorille, mais dont on peut dire cependant qu’elles dépassent la limite des différences de forme ou de disposition, ordinairement observées entre les diverses espèces d’un même genre naturel.
Les oreilles sont, à la vérité, chez l’un et chez l’autre de ces Singes, de forme humaine, et par conséquent, établies sur le même type général; mais les différences de dimensions sont énormes. Le Chimpanzé a, comme chacun sait, les oreilles énormes; le Gorille les a petites, beaucoup plus petites, proportion gardée avec la taille de l'animal, qu'elles ne le sont chez l’'Orang Outang. Je me borne à énoncer ce fait pour lequel il me suffit de renvoyer aux planches de ce Mémoire, particulièrement au profil dessiné par M. Werner !.
Les narines sont, des divers organes des sens, les plus remarquables chez le Gorille, On sait que celles du Chimpanzé, et de même celles des Orangs, se réduisent à peu près, comme dans la plupart des Singes de l’ancien monde, à deux trous percés vers le milieu de la face ; chez le Chimpanzé surtout, la dépression, l'aplatissement du nez sont extrêmes. Chez le Gorille, les narines sont très-différemment disposées : chacune d'elles est soutenue par un cartilage qui en relève les parois supérieure et latérale. Elles sont très-larges et
1. À tous ces faits, souvent exposés dans mes cours, ne suis-je pas en droit d’en ajouter aujourd’hui un de plus? Le Gorille est gigantesque, le Chimpanzé est de taille moyenne. Le Gorille est donc encore à celui-ci, par sa taille aussi bien que par ses formes craniennes, ce que le genre Cynocéphale est aux Singes qui le précèdent. Ajoutons que de même, parmi les Simiens asiatiques, le genre Gibbon est à la fois celui dont la taille est la plus petite, et celui qui renferme les espèces dont le crâne est le plus arrondi et la face la plus courte.