Voy. p
2. Dans son premier Mémoire sur le Gorille : Comptes rend. de l'Acad., t. XXXVI, p. 930, et Archiv. du Mus., loc. cit., p. 59.
fournissent la forme et la structure des molaires inférieures, l’ordre sérial devrait être ainsi établi : Homo, Troglodytes, Simia, Gorilla, et celui-ci, en raison de ses molaires longues et à fort talon, aussi descendu pour le moins au-dessous des Orangs que ceux-ci au-dessous des Troglodytes.
L'arrangement qui fait du genre Troglodytes le premier échelon du règne animal, du genre Gorilla le second, du genre Sa le troisième, ne doit donc être considéré que comme une approximation, d’après l’ensemble des rapports naturels, et non comme l'expression de tous ces rapports ; en d’autres termes, comme une sorte de #0yenne; comme la résultante de tous les arrangements qui pourraient être faits aux points de vue où le Gorille peut être considéré.
C’est la seule approximation à laquelle on puisse arriver en s’en tenant aux ressources, si limitées, que nous offre pour l'expression des rapports naturels la classification ordinaire ou uni-sériale ; et dans les collections et dans les livres, où il faut bien que tous les êtres viennent, un par un, à la suite les uns des autres, le Gorille devra manifestement continuer à être placé après le Chimpanzé et avant les Orangs.
Pour faire quelques pas de plus vers la véritable expression des rapports
naturels, il faut recourir à la méthode parallélique, et, par exemple, adopter l'arrangement suivant :
À Troglodytes B Gorilla PB’ Simia.
Cet arrangement exprime nettement, pour qui s’est quelque peu familiarisé avec les applications de cette méthode !, plusieurs notions dont ne tient aucun compte la classification ordinaire, et il rectifie plusieurs idées fausses que celle-ci tend à consacrer. En faisant de Troglodytes, de Gorilla et de Sémnia, trois termes consécutifs d'une même série, n'exprime-t-on pas, ou du moins ne donne-t-on pas à entendre, qu'il y a la même distance du premier au second, que du second au troisième? ce qui n'est pas; que 7roglodytes diffère autant de Gorilla, et surtout qu'il en diffère de la même manière et dans le même sens, que celui-ci de Sinia? ce qui n’est pas non plus. N’exprime-
1. Sur la Méthode parallélique, voy. Histoire naturelle générale des Règnes organiques, t. 1, P. #16. La méthode parallélique, qui est présentée, dans ce volume, à un point de vue général, sera spécialement appliquée, dans le t. III du même ouvrage, à la classification du Règne animal.
ARCHIVES DU Muséum. T. X. 6
t-on pas, en un mot, ce que nous ne saurions admettre, que ce sont là trois échelons consécutifs par lesquels on descend semblablement de l'Homme vers les Singes inférieurs?
L’arrangement parallélique qui précède, indique, contrairement à ces indications faussement données par la méthode ordinaire :
1° Que Gorilla est plus voisin de Troglodytes, où mieux, plus intimement uni à celui-ci qu’il ne l’est avec le genre Sénia. Troglodytes est un terme de la méme petite série que Gorilla, un antécédent. Simia, au contraire, est le terme correspondant d’une autre série ;
2° Qu'il ne diffère pas, de la même manière, de Troglodytes et de Simia. Il résulte, en effet, de tout ce qui précède que le genre Gorille, comparé au Troglodyte, présente presque à tous égards le même type essentiel, modifié secondairement par un excès de développement : dans le Troglodyte et dans l’Orang, nous trouvons, au contraire, deux genres caractérisés par des types, au fond Dinfdiferents, mais qui chez l’un et l’autre, présentent de semblables modifications. D’une part, autre degré, autre forme d’un méme type; de l’autre, méme degré, forme similaire d’un type différent. Deux modes de ressemblance que la classification uni-linéaire n’a aucun moyen de distinguer; dont la classification parallélique, au contraire, peut tenir compte, et de la manière la plus simple; elle exprime un de ces modes de ressemblance par la superposition et l’autre par la juxtaposition.
3° Enfin, que ce sont là bien moins #roës échelons consécutifs pour descendre de l'Homme aux Singes ordinaires, que deux séries d'échelons : une échelle double, et non une échelle simple ; d’une part, le Chimpanzé et le Gorille, et de l’autre, les Orangs qui, en effet, ne sauraient plus être considérés , dans l’état de la science, comme un degré d’organisation par lequel on passe pour descendre, du Chimpanzé, aux Singes de la seconde tribu.
On ne saurait contester sérieusement, pas plus ici que dans tant d’autres cas, les avantages de la méthode parallélique pour l'expression des rapports naturels des êtres. Cette méthode ne nous donne pas, il est vrai, elle ne peut elle-même nous donner l'expression exacte des rapports des êtres ; problème trop complexe, dans la plupart des cas, pour que nous nous en rendions jamais complétement maîtres ; mais elle nous permet d'obtenir une approximation beaucoup plus avancée. Elle n'atteint pas absolument le but; mais elle nous en fait approcher, et souvent nous le fait presque toucher.
SECTION Ill.