Voy. Histoire naturelle, t. XIV, p
Buffon rappelle aussi, p. 49, un fait dont Barrec (sur la relation duquel je reviendrai plus loin) aurait fait le récit à Purchas : un petit Nègre aurait été enlevé par de grands Singes, et serait revenu après une année passée dans la société de ces animaux qui, dit-on, « ne lui avaient fait aucun mal ».
Buffon est revenu dans ses Suppléments (t. VII, p. 4) sur ces mêmes faits, non pour les démenur, mais au contraire pour les confirmer : « C’est à ce grand Orang-Outang, dit-il, qu’on doit rapporter «les combats contre les Nègres, l'enlèvement et le viol des Négresses, et les autres actes de force et « de violence, cités par les voyageurs. »
Malgré cette assertion de Buffon, on peut tenir pour certain que le Grand Orang-Outang, c'est-àdire le Gorille, n’est pas le seul Singe qui passe en Afrique pour enlever des femmes. Outre divers documents déjà publiés, je puis m'appuyer ici d’une communication intéressante qu'a bien
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témoignage que notre grand naturaliste jugeait assez digne de foi pour le reproduire. Non-seulement La Brosse avait entendu dire que les Orangs- Outangs d’Angole ou Quimpézés (nom sous lequel le Gorille paraît compris dans ce passage) « tâchent de surprendre les Négresses ! ; » mais il avait lui-même « connu à Lowango une Négresse qui était restée trois ans « avec ces animaux, » hauts « de six à sept pieds, et d’une force sans égale. » De tels récits se reproduisent sans cesse sur divers points de l'Afrique, et particulièrement au Gabon; mais aucun fait authentique n’est venu, de nos jours, ni les justifier, ni même les rendre vraisemblables. « Les « anciens du pays, » dit M. Aubry-Lecomte?, si digne de foi et par son caractère et par ses fréquentes relations avec les indigènes, « m'ont parlé de « femmes enlevées ; ils y croient ; mais quand je les ai pressés de questions, « ils n'ont pu citer aucun fait précis, aucun nom, Je considère donc, ajoute- « t-il, comme une fable, ce fait dont on s’est tant occupé.» M. Savage est plus ferme encore dans ses convictions négatives. « Nous démentons formel- « lement, dit-il, les sottes histoires de femmes enlevées3. » Quant aux prétendues naissances de métis dont parlent Bory de Saint-Vincent # et quelques autres auteurs, il ne parait même pas qu'il en soit question au Gabon : . des voyageurs récents dont j'ai consulté les relations publiées ou inédites, pas un seul ne fait la moindre allusion à ces prétendus métis d’après lesquels auraient été inventés, selon le naturaliste trop peu scrupuleux que je viens de citer, les satyres, les faunes et «autres monstres composés d'homme et d'animal. »
voulu me faire en 4852 un officier distingué de notre armée, M. Hecquard, capitaine de spahis, et ancien commandant du fort de Backal. Dans un voyage à l’intérieur qu'il a poussé jusqu’à 60 myriamètres de Tombouctou, M. Hecquard a vu et chassé, à plusieurs reprises, sur le plateau supérieur du Fouta-Djallon, par 40° de lat. N., des Chimpanzés, où du moins, pour reproduire les propres expressions de cet officier, des Singes noirs sans queue, hauts d'un mètre (taille d’une femelle qui fut tuée dans une des chasses). Ces Æommes sauvages (Guerko Mahoudo), ainsi que les appellent les Nègres, vivent en grand nombre sur des rochers où on les attaque tous les ans, après avoir cerné la troupe. « On en tue beaucoup pour les détruire »; ce qu’on fait, en partie, parce que ces Æommes sauvages « passent pour enlever les femmes qui n’osent pas s’aventurer de leur côté. Toutefois, on ne cite aucun « fait ayant quelque authenticité. »
4. « Hs les gardent avec eux pour en jouir, dit La Brosse, et les nourrissent très-bien. » . Dans les notes qu'il a bien voulu me communiquer. . Trad. dans les Ann. des sc. nat., loc. cit., p. 180. . Art. Orang du Dictionnaire classique d'histoire naturelle, t. XII, p. 271.