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Si les histoires de Négresses enlevées sont des contes, ce ne sont ni les seuls ni les plus absurdes qui aient cours au Gabon. Les Gorilles, aussi bien que les Chimpanzés, dit M. Savage !, sont regardés par les naturels « comme « des êtres humains, membres de leur propre race, mais dégénérés. Quel- « ques-uns n’avoueront pas cette manière de voir, et chez eux prévaut l’idée « de l’émigration des âmes. Ils disent que l'£nché-eko ou Chimpanzé possède « l'esprit d’un homme de la côte, qui est moins violent et plus intelligent, et « l’£ngé-ena (Gorille), celui d’un habitant des bois. La majorité cependant « est convaincue que ce sont de vrais hommes.» M. Ford ne s’est adressé, à ce quil paraît, qu'à des Nègres plus éclairés; car il n’a pas trouvé, dit-il?, un seul indigène croyant à la ressemblance « de l'homme avec cet « animal, quoiqu'’on l'ait prétendu; une pareille supposition est pour eux une « insulte. » Ce démenti donné par M. Ford à son compatriote, prouve seulement que tous les Nègres ne partagent pas la même croyance ; il y a partout, même parmi les Mpongués, des esprits forts, comme il y a partout des gens prêts à accepter toutes les absurdités. 11 est hors de doute que l’honorable missionnaire a rencontré plusieurs de ces derniers parmi les naturels du Gabon $. M. Savage à même combattu, à diverses reprises, mais sans pouvoir en triompher, cette singulière croyance à la fraternité des Nègres et des Hommes des bois.
Il est un autre point sur lequel MM. Savage et Ford sont mieux d'accord. Que les Nègres voient ou ne voient pas dans les Gorilles des êtres humains, ils en mangent volontiers la chair quand ils peuvent se la procurer. M. Gautier confirme ce fait; et il ajoute qu’on fume la viande de Gorille comme celle des autres Singes et de l'Eléphant, et qu'elle devient ainsi « une partie « principale et délicieuse des repas 4. »
Le Gorille serait aussi utile aux Nègres d’une autre manière. A leur exemple, il fait, dit-on, des fagots, mais tellement lourds, qu'il ne peut ensuite les emporter. Les Nègres, quand il les a abandonnés, s’en emparent et en font leur profit.
Ce même Gorille, qui est, pour les populations noires, tantôt un frère