‹ Description des mammifèresChapitre 88 sur 125 · Expressions de Lucrèce, qu’on trouve aussi dans HoRAcE · texte numérisé non relu

Expressions de Lucrèce, qu’on trouve aussi dans HoRAcE

&. Ovine, Metamorphoseon lib. VI et Lib. I.

sont posée quelques voyageurs, et qui leur a paru pouvoir se résoudre par l’affirmative. Aucun, toutefois, n’a entrepris de le prouver, et c'est, en passant, et sans y attacher la moindre importance, qu’on a émis cette opinion, ou plutôt cette conjecture; car elle ne repose sur rien de sérieux, et je ne perdrai pas mon temps à la réfuter.

Ce qui précède, éclaire d’ailleurs cette question, et fait disparaître le seul argument par lequel on eût pu essayer d’en justifier la solution affirmative. Si des Gorilles eussent été apportés à Carthage et exposés publiquement, durant des siècles, dans cette capitale visitée par des étrangers de tous les pays, un Singe aussi gigantesque et aussi remarquable, un animal à tant d’égards humain, n’eût pu manquer d'agir vivement sur l'imagination des peuples, et il eüt donné lieu à des récits, à des légendes, à des fables sans nombre. On ne saurait guère, dans cette supposition, se refuser à voir, au moins en partie, dans les Satyres des anciens, des Gorilles transformés par la crédulité populaire.

Si, au contraire, tout nous autorise à croire que le Gorille n’a été dans l’antiquité, ni vu dans son pays natal, ni à plus forte raison transporté hors de celui-ci, il n’est et ne peut être pour rien dans les fables relatives aux Satyres; et la découverte du grand Singe du Gabon n’ajoute rien aux divers éléments à l’aide desquels les auteurs ont cherché à expliquer ces bizarres conceptions de l'esprit humain. Nous n’avons donc pas à nous arrêter ici sur elles, et il nous suffit de renvoyer aux ouvrages qui en traitent, et particulièrement au curieux Mémoire de Tyson sur les Pygmées, les Cynocéphales, les Satyres et les Sphinx des anciens 1.

$ 5. Indications données par les voyageurs antérieurs à Buffon, et principalement par Battell.

Quand on ne connaissait en Afrique qu’un seul Singe anthropomorphe, on croyait reconnaître le même Singe dans toutes les relations des voyageurs; et les contradictions qu'on y apercevait étaient attribuées à l'insuffisance des renseignements recueillis, et à la tendance, trop habituelle aux voyageurs, non-seulement à accepter, sans un contrôle assez sévère, les récits des

1. 4 philological Essay concerning the Pygmies, the Cynocephali, the Satyrs and Sphinses of the Ancients; ouvrage ordinairement annexé à l’Anatomy of à Pygmie, Londres, in-4°, 1699.

peuples qu'ils visitent, mais aussi, et comme si ce n’était pas assez, à les rendre encore plus piquants ou plus merveilleux, c’est-à-dire plus faux.

Aujourd’hui, il est clair qu’une partie des contradictions n'étaient qu’apparentes. Plusieurs voyageurs avaient au moins entendu parler des deux espèces que nous connaissons aujourd'hui; et s'ils ont mélé les récits relatifs à l’une et à l’autre, à ce point qu'il soit impossible d'y faire, même aujourd’hui, le départ entre elles, il est cependant quelques traits qu'on peut rapporter , ou avec une grande probabilité, ou même avec certitude, soit au Chimpanzé, soit au Gorille.

Le premier voyageur qui ait nettement signalé l'existence en Afrique du Singe que nous appelons aujourd’hui Gorille, est André Battell, dont les « Étranges aventures », c’est le titre de sa relation, ont été publiées par son ami Purchas dans ses Pilgrimages or Relations 1. Battell, après un voyage difficile et périlleux dans l'Amérique méridionale, et après une premiere captivité chez les Indiens du Brésil, avait été envoyé vers 1590 sur la côte occidentale d’Afrique : tour à tour prisonnier des Portugais à Angola et à Massangano dans l’intérieur, otage des Nègres sur un autre point de l’intérieur, errant dans les bois, puis libre parmi les Nègres, il ne revint dans l'Angleterre, sa patrie, qu'après avoir passé dix-huit ans dans l'Afrique occidentale, et particulièrement au Congo : contrée qu’il a ainsi connue mieux qu'aucun Européen de son temps, et qu'aucun autre voyageur longtemps aprèslui. Tel est l’auteur qui a, le premier, nettement indiqué le Gorille, dans un passage que l’abbé Prévost traduit et résume ainsi dans son Histoire générale des Voyages?, et que dès 1852, je n’hésitais pas à rapporter au Gorille ÿ :

«Dans les forêts de Mayomba, au royaume de Loango, on voit deux sortes de monstres *, dont les

plus grands se nomment Pongos * et les autres Enjokos (ou plutôt Æugécos$). Les premiers ont

4. Pilgrimages or Relations of the World and the Religion, in-fol., part. Il, p. 9841 et 982, 1625.

2, T. V,1748, p. 87. — Voyez aussi les autres collections de voyages publiées depuis.

3. Dans les lecons dont M. AUcAPITAINE a bien voulu rendre compte dans la Rev. z0ol., loc. cit., 8, p. 33. — L'identité du Pongo de Battell avec le Gorille a été de même signalée par plusieurs autres zoologistes : elle est trop manifeste pour échapper à quiconque lira avec attention le passage du célèbre voyageur anglais.

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