‹ Description des objets d'art qui composent la collection Debruge DumenilChapitre 102 sur 139 · MOBILIER RELIGIEUX. XIII> S · texte numérisé non relu

MOBILIER RELIGIEUX. XIII> S

qui peut remonter au xii^ siècle, dans la Riche chapelle du palais du roi de Bayière à Munich, deux dans l'église de Conques (Areyron), et un chez les dames bénédictines de Namur.

Celui que nous décrivons faisait partie de la collection de M. le comte de Renesse-Breidbach. On lit, dans le catalogue de cette collection , qu'il provenait de Tancienne abbaye de Sayna , près Coblcntz ; cependant il résulte des Annales de l'ordre de Prémontré^, qu'aucun abbé du nom de Thidericus n a gouverné cette abbaye. Mais comme le nom de Thidericus n'est qu'une forme analogue de Theodoricus, nous pensons avoir trouvé le donataire de notre autel dans une autre abbaye du même ordre, située dans le diocèse de Cologne, non loin de Werle, qu'on nommait anciennement Segor et plus récemment Scheida, et dont la fondation est ainsi rapportée dans ces annales : Au xii^ siècle , Volandus , seigneur de Segor, avait élevé dans son ch&teau une chapelle en l'honneur de saint Séverin , évoque de Cologne. Après sa mort, sa veuve Wiltrude établit dans ce château des chanoines de l'ordre de PrénK)ntré et leur en fit donation ; elle consacra ses fils au culte de Dieu et embrassa elle-même la règle de l'ordre. Herman, d'origine juive, converti au christianisme et célèbre par sa sainteté, fut le premier abbé de cette nouvelle abbaye, dans laquelle nul, à moins d'être de noble origine, ne pouvait être admis. Peu de temps après, en 1153, les seigneurs de Ardeya firent construire un superbe monastère.

Les Annales de tordre de Prémontré ^ donnent la liste chronologique de tous les abbés de Scheida jusqu'en 1 700. Herman eut pour successeur un Theodoricus ; le sixième abbé, qui portait le même nom, gouvernait en 1226 ; Theodoricus, troisième du nom, qui serait notre Thidericus, ne fut que le douzième abbé. Les Annales ne donnent la date ni de son élection, ni de celle de son prédécesseur Herman III ; mais on y voit que

(1) Sacri et canonici ordinis Prcumonstratensis annales. Nancei, 17. &, tome II, p. 758.

le dixième abbé, du nom de Sifïridus, vivait en 1240, et que le treizième abbé, du nom de Lambertus, mourut en 1316. Ainsi, entre 1240 et 1275 il y eut quatre abbés iSiffridus.Herman III, notre Thidericus et Lambertus son successeur, d'où Ton doit conclure que le donataire de l'autel que nous venons de décrire gouvernait l'abbaye de Scheida vers le milieu du XIII® siècle.

1478 — Deux cerfs, figures de ronde bosse en cuivre, servant de chandeliers. = Sur le dos des animaux est placée une tige terminée par une petite coupe qui reçoit la bougie.

Le cerf a joué un grand rôle au moyen âge. Il était regardé comme doué d'une certaine vertu prophétique, et on le voit souvent, dans les légendes, indiquer l'existence de reliques demeurées ensevelies dans un lieu inconnu ^ ; cet animal fut môme regardé comme le symbole de Jésus-Christ*. Aussi était-il souvent figuré sur les monuments avec son rôle symbolique et employé dans l'ornementation des objets consacrés à la célébration du culte. On trouve dans Anastase le Bibliothécaire des cerfs désignés parmi les dons faits aux églises par les papes et les empereurs'. Ne peut-on pas supposer que les chandeliers que nous décrivons étaient destinés à porter les cierges qui brûlaient devant un reliquaire ?

Ouvrage allemand du xhi* siècle, —h. le cent.

1479 — Tau en buis et en ivoire enrichi de pierreries. = Ce curieux monument présente l'aspect d'une colonne sculptée dont le chapiteau scaphoïde supporte un lion. Ce chapiteau en bois, ainsi que le lion, est orné sur ses deux faces principales de médaillons en ivoire qui ont pour supports des léopards et renferment une tôte sculptée en relief. Il repose sur un petit tore circulaire où se trouve gravée cette inscription en lettres onciales : lex dei vera est.

Au-dessous, le fdt présente un morceau d'ivoire de 1 1 cen-

(1) M. Alfred Maury, Essai sur les légendes pieuses du moyen âge. Paris, 1843.

(2) Vie de saint Eustache, dans la Légende dorée,

(3) Citation de d'Agincourt, Hist. de Vart, tome I, p. 98.

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timétres de hautear. Quatre figures y sont sculptées en basrelief : un évéque assis sur son trône, assisté de deux autres évoques, consacre un quatrième prélat, évéque ou abbé, qui est à genoux devant lui. Chacune des figures est placée sous une arcade ogive subtrilobée. La pièce d'ivoire est posée sur une pièce de bois qui présente un petit tore semblable au premier, et au-dessous un pommeau très saillant, dont le centre est fouillé et décoré de dix têtes sculptées en haut relief, prises dans la masse. Cette inscription : per crucis hoc signum fugiat OBiNE BfAUGNUM, gravéc en caractères onciaux, est distribuée tant sur le petit tore au-dessous de la pièce d'ivoire, que sur le pommeau. Ce pommeau donne naissance à une longue tige cannelée en bois, dont le bout, en ivoire, est terminé par une pointe de fer.

M. Alexandre Lenoir, qui possédait ce curieux monument dans sa collection, en a publié la gravure et en a donné la description dans son Musée des monuments français, tome II, page 28. Ce savant antiquaire a cru voir le pape dans le prélat assis qui est sculpté sur la pièce d'ivoire, et a reporté au xi* siècle la confection de cet objet. Cette opinion cependant n'est pas admise par tous les antiquaires. Quelques uns ont fait remarquer que le prélat assis est coiffé d'une espèce de tiare, il est vrai, mais qu'elle ne porte pas même une seule couronne; qu'on doit plutôt reconnaître dans cette coiffure une mitre conique , peu en usage dans le costume des évoques, mais qu'on voit cependant reproduite, suivant M. André Pottier, dans quelques manuscrits des xin^ et xrv® siècles, et que des privilèges spéciaux des papes autorisaient quelques évoques à porter^ ; ils ajoutent que le consacrant n'est pas non plus décoré du pallium , ornement que le sculpteur n'aurait pas manqué de lui donner s'il avait voulu représenter un pape, n faut dire cependant qu'on rencontre fréquemment dans les anciennes sculptures des figures de papes avec une mitre sans couronne.

Relativement à l'&ge du monument, il faut faire une

(1) M. André Pottier, Monuments français inédits^ tome 1, p. 55.

ut MONUMENTS EUROPÉENS,

distinction entre Tivore et le bois. Le prélat consécratear est revêtu de la casula, l'ancienne chasuble, retroussée sur les bras et ornée sur le devant de la bande ou parement; cette chasuble porte un petit collet droit en usage an xaf siècle : la chasuble d'Everard, évoque d'Amiens, mort en f 23S. dont le tombeau en bronze est l'un des plus curieux omementi de la cathédrale de cette ville, en ofEre un modèle. Les décorations architecturales qui encadrent les personnages sont aussi bien postérieures à celles en usage au xf^ siècle, et Ton doit certainement regarder la pièce d'ivoire comme un ouvrsge du commencement du xin^ siècle. La partie en bois paraît remonter au contraire à une époque plus ancienne.

Quant à l'usage auquel ce monument était employé, quelques antiquaires ont pensé que c'était une espèce de béquille; la tige à pointe paraissant indiquer cette destination, et le lion qui occupe la partie supérieure ayant pu servir à poser la main. On peut le regarder aussi comme un bâton pastoral, un véritable tau, dont la décoration a un peu altéré las formes primitives. Dans les premiers siècles du moyen âge, en effet, les crosses étaient généralement courtes et simples dans leur forme et dans leur décoration ; elles ressemblaient soit à une simple canne avec un bouton au bout, c'était le bactduspa»' toralis, soit à une crossette ou béquille, ce qui fit donner le non de TAU à celles de cette espèce. Après lexii^ siècle, les crosses crurent en hauteur et en ornementation M mais les abbés conservèrent le tau, comme marque de leur pouvoir, beaueosp plus longtemps que les évoques, et il resta le principal attribut des fonctions pastorales des abbés dans l'ordre des Antonini. On peut voir sur l'un des vitraux de la collection , n* AIZ, qui date du xv® siècle, saint Antoine tenant dans la main un tao élevé au-dessus de sa tète, en guise de crosse.

M. Du Sommerard a publié ce monument dans son Alkan,

1 0^ série, pi XVm. -^ h. U>t. de la partie sculptée n ceot., Long, de la lige m

1480 — Autel domestique, renfermant la statue de la Vierge. = C'est une espèce de niche, dont le fond est droit,

(1) CiAMPiNi, Vetera mommienta. Romae, 1640, cap. xv, p. 13i.

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