J II. VERRERIE CHEZ LES GRECS DU BAS-EMPIRE
^nstantin, en transportant le siège de l'empire à Byzance, ne se contenta pas d'enlever de Rome, de la Grèce et de l'Asie les chefs-d'œuvre des arts pour embellir sa nouvelle ^itiile : il y appela encore les artistes les plus renommés en tout genre. Des fabriques de tout ce que le luxe pouvait dé- BireT durent nécessairement s'établir dans le voisinage de ^^^ opulente cité.
L'invasion des barbares, le pillage et l'incendie que Rome
^ à subir à plusieurs reprises, et les malheurs qui accablé-
'^tlltalie pendant plusieurs siècles, portèrent naturellement
^^ rude atteinte aux arts industriels. L'art de la verrerie
P^^t en avoir souffert plus qu'aucun autre ; et si quelques
^Wques de verre subsistèrent en Italie, elles durent se bor-
P®ï* à produire un verre commun, uniquement destiné aux
'^^^iiiB domestiques. Quant au verre de luxe, quant à ces
^••es de verre coloré, à couches de différentes nuances, enri-
cnia de ciselures et de riches décorations, qui avaient fait pen-
"**^t plusieurs siècles les délices et l'admiration des Romains,
1 Italie cessa de les fabriquer. Les artistes décorateurs du
^^'^ïo avaient trouvé un refuge dans l'empire d'Orient, et les
^^^ecs seuls furent pendant longtemps en possession de cette
^fabrication.
Nous en trouvons une preuve dans le traité du moine Théo- œ la verrerie çinile sur les arts industriels de son temps * . Le livre second do f ***' *®® ^*'®*^
, 1» • • 1 1 °" Ba»-Empire
<^ traité est entièrement consacré a 1 exposition des procédés d'aprèsThéophii ^6 la fabrication du verre, de la confection et de la décoration
(1) Theophili Diversarum artium schedtUa» Nous avons dit plus haat, page 65, que Théophile devait avoir écrit son traité au xu® siècle.
des vases qu'on peut en former, ainsi que de la peinture des vitraux. Dans les neuf premiers chapitres, il s'occupe de la construction des différents fourneaux nécessaires à cette ùlbrication, enseigne à faire les vitres et les vases en verre ordinaire, et donne quelques notions sur la couleur que prend le verre par une cuisson plus ou moins prolongée, sans appliquer à une nation plutôt qu'à une autre l'usage de ces procédés, qu'il regarde comme du domaine commun des industriels verriers. Mais quand il arrive à parler de la fabrication des vases de luxe, de ces vases en verre coloré rehaussés d'applications d'or, de peintures en émaux de couleur et d'ornements en filigrane de verre , c'est aux Grecs seuls qu'il en attribue la fabrication.
Théophile explique, dans les chapitres xui et xrv, que les Grecs fabriquaient plusieurs sortes de vases avec différentes espèces de verre. Il parle d'abord de coupes faites avec un verre opaque couleur de saphir^, qui pouvait être décoré de trois manières.
La première consistait à découper, dans une feuille d'or un peu épaisse, des figures humaines, des animaux ou des fleura que l'on fixait sur le vase avec de l'eau ; on prenait ensuite un verre aussi clair que le cristal, fusible à une température peu élevée, et après l'avoir porphyrisé avec de l'eau, on en appliquait au pinceau une couche très mince sur la feuiUe d'or. Lorsque la préparation était sèche, le vase de verre était porté dans le fourneau à cuire les vitraux peints. Le bois en
(1) Il dit, livre II, ch. xiii : - Grœci vero faciunt ex eisdem saphw€i$ lapidihrAS pretiosos scyphos adpotandum, ■ Dans le chapitre précédent, intitulé De diversis vitri coloribus, il indique ainsi la nature de ces piarref de verre^ ou pour mieux dire de ces pains d^émail, couleur de saphir : ■ [nveniuntur in antiquis œdificiis paganorum in musivo opère dwena gênera vitri; videlicet album, nigrum, vitide, croceum,8aphireum,rvbicundum, purpureum^ et non est perspicax, sed densum in modum marmoris, etsunt quasi lapilli quadri, ex quibus fiunt electra in aura, argemio et cupro, de quWus in suo loco sufficienter dicemus, • Ainsi les coupes de verre étaient faites avec des composés vitreux opaques, seml^ables à ceux des émaux incrustés {electra). Voir plus haut, page 110.
é^ait écarté aussitôt que la chaleur avait assez pénétré le vase pow qu'il présentât une légère rougeur' .
Ce genre de décoration différait de celui que fait connaître
d'^Agincourt comme ayant été pratiqué par les premiers chré-
ti^ms. Ceux-ci, comme on Ta tu, après avoir appliqué une
ionilled'or sur le verre, y dessinaient à la pointe le sujet qu'ils
irouJaient représenter, et ensuite recouvraient Tor d'une feuille
<1^ ^erre (à laquelle d'Agincourt a eu tort de donner le nom de
^it^Mdrtjerie), qui était soudée an vase par l'action du chalumeau.
dans son poëme De coloribus et artibus Romano- \ dont nous avons déjà parlé, a décrit le procédé des Lcsiens à peu près de la même manière que d'Agincourt. Il donne pas ce procédé comme un système d'ornementation pratiquaient les verriers de son temps : il en parle comme le ferait un antiquaire qui, après avoir étudié, sur des pièces t«>Tr&l)ées dans ses mains, un procédé en usage chez les verriers de l'antiquité, a cherché à en retrouver le secret dont l^ oonnaissance était perdue, et y est parvenu après de longs efiforts. « J'ai trouvé, dit-il, des feuilles d'or enfermées avec - acbresse entre deux couches de verre. Après avoir longtemps ** porté un regard attentif sur ces objets qui me frappaient de * plus en plus, je me suis procuré quelques fioles de verre « blanc et translucide, et je les ai enduites au pinceau d'une ** gomme grasse. Cela fait, j y ai appliqué des feuilles d'or, "^ après qu'elles ont été sèches j'ai dessiné dessus, à ma • fftutaisie, des oiseaux, des hommes et des lions. Ensuite •j^ les ai recouvertes d'un verre que j'avais habilement
(0 « Demde acàjpiunt vitrum darissimum, velut crystallum, quod
«pf^ooinpoittifif» quodquemoXj ut senserit calorem ignis, solvitur, et te-
ra^ dikgenUr super lapidem porphirittcum cum aqua^ ponentes cum
^^fMtUo tenm$titne swper petutam per omnia, et cum skcatum fuerit,
fmi^mt in fumum , in quo fenestrœ vitrum pictum coquitur, de quo
pûttea dkemuêi supponentes ignem et ligna faginea in fumo omnino
tiecata, Cumque viderint flammam scyphum tandiu pertransire donec
mûàieiÊm ruborem trahat, st€Uim évidentes ligna, obstruunt fumum,
danee per ge frigescal; et aurum nunquam separabitur. > Cap. xni.
(2) Bibl. royale, ms. laiin, n<» 6741.
•« aminci à la flamme, et qui s'est intimement uni aux fioles " par TefFet de la chaleur à laquelle elles ont été soumiaes ** après la réunion *>•. Eraclius, au surplus, ne dit rien des procédés des Grecs.
Le second mode indiqué par Théopjiile, comme étant mis en pratique par les Grecs, pour la décoration des coupes de yerre saphir opaque, consistait à les rehausser de sujets ou d'ornements rendus avec de Tor ou de l'argent moulus, délayés dans Teau et appliqués au pinceau. La préparation métallique était recouverte de cet enduit léger de verre dont nous avons parlé '. Suivant le troisième mode , les peintures étaient exprimées avec des émaux de la nature de ceux dont on se servait dans les incrustations. Les différentes coolenrs
( 1 ) Inverti petulas Mer viirum duplicatum Inclusas caute. Cum solers scBpius Ulud Visu lustrassem, super hoc mctgis et magis ipse Commotus, quasdam daro vitro reniterUes Quœsivi fialas mihi, quas pinguedine gummi Unxi pincello. Quo facto, imponere ccspi Ex auro petuktë super Ulas ; utque fuere Siccatœ, volucres, homines pariterque leones Inscripsi, ut sensi : quo facto, desuper ipsas Omavi vitrum docto fUUu tmuatum Ignis; sed postquam pariter sensere calorem. Se vitrum fialis tenuatum junxit honeste.
Nous avons rapporté plus haut, page 280, le commencement du chapitre du poëme d'Eraclius dont nous avons extrait les vers ci-dessos: Romani fialas auro caute variatas, etc.
Il paratt résulter de l'écrit d'Eraclius qu'il n'a eu aucune connaissance des procédés des Grecs. Si ces procédés n'étaient pas en pratique en Europe au temps où vivait Théophile, ils devaient être au moins connus de tous les hommes qui s'occupaient des arts industriels et surtout de ceux qui, comme Eraclius, faisaient des recherches sur Part de la verrerie. Ne résulte-t-il pas de là qu'Eraclius a dû vivre anténeurement à Théophile?
Voir ce que nous avons dit, page 280, sur les procédés donnés par Eraclius pour sculpter le verre.
(2) • Accipientes aurum in molendino molitum, cujus usus €st in Ubri$^ tempérant (tqua, et argentum similiter^ facientes inde circuios et in ei$,.. et liniunt hœc vitro lucidissimOf de quo supra diacimus,» L. 11, eap. xiv.
d*éiiia.m 1 étaient porphvrisées séparément, appliquées au pinceau ^-t; fixées sur la surface du verre par la vitrification que produm^ait la cuisson du vase dans le fourneau à cuire le verre ^k vitres, de la manière expliquée plus haut ^ .
I^ft <jfrecB fabriquaient encore des coupes et des flacons en verre 1 ^ger et transparent, couleur saphir et pourpre, qu'ils enrickûasaient d'un réseau de filigranes de verre blanc ou de verre c^oloré, et auxquels ils ajoutaient des anses en verre de I» oonl^nr du réseau '.
Ain^î les Grecs du Bas-Empire, au dire de Théophile, avaient non-seulement conservé tous les beaux procédés de la venr^rie de l'antiquité, mais encore ils en avaient trouvé d antr^^ qui consistaient dans l'emploi de peintures en cou- >»«.'i«*l«. i.g«ni».x m.,.„ ,.. 1». ...ion. n.p^. sent p^^ ^y^i^ pratiqué.
^^ >3cftoment que Théophile, qui dans son traité passe en DeUiveirerie
^™® les arts industriels de toutes les nations, attribue *" "^^*'" *«*
aux t»r^cs seuls la production de vases de verre ornementés,
on aoif; ^jj ^jj^j. ^^^ conséquence, avons-nous dit, qu'aucune
«tttre nation de TEurope ne se livrait, au xu® siècle, à ce genre
I^^Ustaîe artistique. 11 y aurait peut-être lieu cependant de
^^xie exception en faveur des Français ; car Théophile,
<P"» ^^^ns sa préface, avait vanté leur habileté dans la pein-
^Qa vitraux, fait encore mention de notre nation dans le
P^tipe xn de son livre II, dont nous avons plus haut rap-
P^"^ le texte en partie. Après avoir parlé de ces petits cubes
^* ^^Tïe opaque coloré de différentes nuances, qui se trou-
^^^ ^Uns les travaux de mosaïque des édifices antiques, il
*)Oii%,^ : « On y trouve aussi divers petits vases de ces mêmes
' ^ •Aocipientes vitrum album et rubicundum ac viride, quorum *''**^ ^t in eUdris, ierunt super lapidem porphiriticum unumquodque P^ ^^ dUigenter cum aqua^ et inde pingunt flosculos et nodos, ali€ique ff**^*^^..,; et hoc mediocriier spissum, coquentes in fumo ordine quo suff^^ ^ Theopb., lib. Il, cap. xiv.
V^i « Fadunt quoque scyphos ex purpwa sive levi saphiro, et fialas ffi^^^^^^criter extento coUo circumdantes filisiex albo vitro factis, ex eodem
0lt^^^ imponenies. Ex Mis etiam coloribus variant diversa opéra sua
M^ 'i6i(tt suo. • Theopb., lib. H, cap. xiv.
:m INTRODUCTION.
>• couleurs' qui sont recueillis par les Francs, très habiles M dans ce travail. » Nous devons dire, cependant, que si le passage de Théophile peut faire supposer qu'on s'est occupé en France, au xn® siècle, de fabriquer des vases en verre coloré, il faut que cette industrie n'ait pas eu de durée , ou qu'elle se soit bornée à une simple coloration du verre, sans y ajouter ni peinture en émail, ni aucun travail d'art ; car lorsque, dans les inventaires des rois et des princes du xiv* siècle, on vient à rencontrer la description d'une pièce de Terre décoré, elle est toujours accompagnée d'une mention qui indique sa provenance orientale.
Ainsi, on lit dans l'inventaire du duc d'Anjou de 1 360 : ** Deux flascons de voirre ouvrés d'azur de l'ouvrage de Damas , ** dont les anses et le col sont de mesme'. » Dans Tinventaire de Charles Y de 1 379 : » Trois potz de voirre rouge à la façon ** de Damas. — Ung petit voirre ouvré par dehors à ymages «• à la façon de Damas. — Ung bassin plat de voirre paint à la <« façon de Damas'. » Nous n'y avons trouvé qu'un seul objet de verre cité avec une provenance européenne, et c*est un verre blanc, sans ornementation ni peinture d'émail : • Ung *« gobelet et une aiguière de voirre blant de Flandres gamy » d'argent'^. ^ Nous avons rappelé plus haut que Damas avait été l'une des villes industrielles les plus importantes de l'empire grec, et que sous la domination des Arabes elle avait conservé ses belles fabriques, qui continuèrent à alimenter TEurope de leurs produits.
Il y a donc lieu de penser que dans l'Europe occidentale, avant le xv® siècle, le verre, qui recevait dans les vitraux une si brillante ornementation, n'avait pas paru mériter d'être façonné en vases do luxe, soit à cause de sa fragilité, soit à cause du peu de prix de sa matière.
(1) Le chapitre est intitulé : De diversis vitri coloribus^ et Ton a vu plus haut que par ces moU colores vitri Théophile entendait les émaux ou verres colorés dont on se servait dans les incrustations, ceux-là que tes Grecs employaient à faire des coupes.
(2) Ms. Bibl. royale, suppl. Franc, n® 1278, I* 27.
{ê) Ma. Bibl. royale, n» 8350, f^« 184, 198 et 211. (4) /rfem.f» 189.
VERRERIE. as»
S m. VEBRBBIB VÉNITIENNE.
Si les fabriques de Tempire d'Orient furent, suivant toute De la verrerie apparence, jusque vers la fin du xiv® siècle exclusivement, en*^**®**®*^*U?|^°** possession de la fabrication des vases de verre de luxe, il àuflnduxiv*. s'était élevé néanmoins une rivale puissante, qui allait leur arracher cette branche de l'industrie artistique.
Pendant les xi^ et xii*^ siècles , Venise était devenue la ville du monde cÎTilisé la plus commerçante. Elle avait surtout établi sa puissance par la navigation et le commerce avec l'Orient. Au xin^ siècle, les profits qu'elle retirait du transport des marduuidises des autres nations ne suffisaient plus à son ambition : au commerce elle voulut joindre l'industrie. De nouvelles fabriques de plusieurs sortes furent fondées tant à Venise même que dans les États de terre ferme de la république, et celles qm existaient déjà reçurent une vive impulsion et un développem^s^t considérables * .
L«a fabriques de verre, s'il faut en croire les auteurs véni- ««M, étaient à Venise presque contemporaines de la fonda- ™ûa^ la ville*. Un grand événement qui signala le commen- ^'^t du xuf siècle dut accroître leur prospérité et contri- . ^ Imtroduction de l'art dans cette fabrication jusque . ^^^^ut industrielle. En effet, la république de Venise avait ^^^"^^^ïé à la prise de Constantinople par les Latins ( 1 204 ) ; ^ esprit commercial qui l'animait, elle s'appliqua à tirer ^Murti possible de sa victoire en faveur de ses fabriques tes. Les verreries de l'empire d'Orient furent visitées A 17 ^ agents de la république, et les ouvriers grecs attirés ^^ae'. Toujours est-il qu'on peut produire, à partir de la
<^BL0 M ARIK, Stûria civile e politica del commercio de' Veneziani, ^1788.
W ^^^kMio Harin, 1. 1, i. II, p. 213, et t. V, l. u, p. 358; Filusi, SogS^ ^md anUco œmm. e suUe arii de' Veneziani, t. VI, p. 147.
{i) ^ Laperfezione délia vUraria col akuni diramazioni o modifica- ^yfflA ^^cristaUo e cM vêtro possono averle tolte da* Greci. > Carlo Ma-
fin du xiu*" siècle, une série non interrompue d'actes du gouvernement vénitien, qui prouvent et l'importance des fabriques de verre dès cette époque reculée, et l'intérêt tout particulier qu'il ne cessa de porter à Tart de la verrerie, dont il prenait soin, suivant l'expression d'un auteur vénitien, comme de la prunelle de ses yeux ^ . Il eut en cela une grande habileté ; car pendant plusieurs siècles Venise inonda les quatre parties du monde des productions très variées de ses fabriques de verre, et il serait impossible de préciser la somme énorme d'argent que cette seule industrie procura à la république.
Dès la fin du xiii^ siècle, les manufactures de verre s'étaient tellement multipliées dans l'intérieur de Venise, qu'à tout instant la ville était exposée aux incendies. Un décret du grand conseil*, de 1289, défendit à qui que ce fût d'établii aucune fabrique de verre dans l'intérieur d'une ville, à moine d'être propriétaire de la maison où devait se faire l'exploitation. Cette exception en faveur des propriétaires ayant laissa subsister presque tous les inconvénients auxquels le gouvernement avait voulu parer, un nouveau décret du 8 octobre 129 1 ordonna que toutes les fabriques de verre qui existaient dans l'intérieur de Venise seraient détruites et transportéei hors delà ville'.
Ce fut alors qu'on choisit l'île de Murano, qui n'est séparée de Venise que par un canal de peu d'étendue, pour y établi] les fabriques de verre. En peu d'années l'île entière se couvrit de verreries de différents genres.
Cependant un nouveau décret du 11 août 1292 modifia II rigueur des règlements antérieurs en faveur des fabriques d< menue verroterie {fahbrtche di conterie] , qui avaient pour obje la confection des perles, des pierres fausses et des bijoux d verre*. Elles purent se fixer dans l'intérieur même de Venise
(1) •La mtraria venue in ogni tempo considerata dal govemo que pupilla degli occhi suoi, > Cablo Marin, t. V, 1. ii, p. 258.
(2) Cablo Marin, t.' V, p. 260.
. (3) D. BussOLiN, Guida aile fabhriche di Murano, Venezia, 184Î, p. 5 (4) Voici le texte du décret donné par Carlo Marino : - Capta fé
BOUS la seule condition qu elles seraient isolées au moins de cuk<i pas de toute habitation.
Cette faveur accordée à la bijouterie de verre provenait de rinmiense commerce que Venise en faisait à cette époque, et le gonvemement n'avait garde de contrarier en rien une industrie qui étendait ses relations en Afrique et en Asie, et par conséquent favorisait l'extension de sa marine, d'où dépendait l'accroissement de la puissance de la république.
Bientôt les verriers vénitiens furent entraînés presque exduaivement vers cette branche de fabrication. Voici quelle en nit la cause. Vers 1260 le conmierce avait attiré à Constanti- Qople le Vénitien Matteo Polo et son frère Niccolô, père du ^lèbre Marco Polo. En 1266, tous deux se rendirent près du **o. deà Tartares, qui occupait les rives du Volga. La guerre ^^ ayant obligés de quitter les États de Barka, où ils s'étaient *^'*^té8, ils passèrent à Boccara, vers le sud de la mer Caspienne^ et se rendirent ensuite près de Cublay-kan, dont la ^^veraineté s'étendait sur la plus grande partie de l'Asie. »e «to», d«, kur part., .p.i, .^ ». I'.b™nc.. iU ™- ^^Uvèrent Marco Polo qu'ils avaient laissé au berceau. Leurs l^^its enflammèrent l'imagination de ce jeune homme, qui vou- ^t accompagner son père et son oncle dans le nouveau voyage ^^'îls ne tardèrent pas à entreprendre. Marco Polo partit en ^^et avec eux en 1 27 1 . Arrivé, en 1 27 4 , à la cour de Cublay- ^^ïi, il s'attacha au service de ce monarque, devint gouverneur ^ ^ae de ses provinces, et fut chargé par lui des missions les P»a8 importantes.
lies devoirs de sa haute position et de grands voyages occupé-
^ïit les plus belles années de la vie de Marco Polo. De retour
^Venise en 1296, après avoir parcouru la plus grande partie
4e l'Asie centrale, les rivages et les îles de l'océan Indien et le
golfe Persique, il enseigna à ses concitoyens, navigateurs
/wt quod veriocelli {s'intmdono per queste i minuti lavori di vetro che or didamo contaria e lavori nominati pive, perle, margherite) passint lavcrari Venetus in locis ubi fornellus eorum distet a domibus ab omni
parte passas quinque ad minus, et si consilium contra revocetwr. •
Tomo V, p. 'J60.
aussi intrépides que commerçants entreprenants, les routes que Ton pouvait suivre pour répandre les produits de Tindustrie européenne dans la Tartarie, dans Tlnde et jusqu'à la Chine ; il fit connaître les mœurs des peuples qui habitaient ces immenses régions, et le goût tout particulier qu'ils avaient pour les perles, les pierres de couleur et les bijoux de toute sorte dont ils aimaient à se parer et à enrichir leurs vêtements. Il n'en fallait pas davantage pour exciter l'esprit industrieux et mercantile des Vénitiens. Les verriers notamment se livrèrent avec plus d'ardeur que jamais à la fabrication des perles et des bijoux de verre (arie del margariiaiop carte dd perlaio), fabrication qui forma dès lors une branche distincte de celle des vases de verre [fahbriche di vassellami o recipiendi di veiro e cristàUo). On a conservé les noms de Cristoforo Briani et de Domenico Miotto, comme étant les inventeurs des perles de couleur (margarite), et les premiers verriers qui se soient occupés de l'imitation des pierres précieuses*.
Ce Miotto ayant obtenu un grand succès dans une expédition qu'il avait dirigée surBassora, les verriers vénitiens s'at^ tachèrent presque tous à la fabrication de ces produits, qu'ils répandirent en Egypte, en Ethiopie, en Abyssinie, sur les côtes de l'Afrique septentrionale, dans l'Asie centrale, aux Indes et jusqu'à la Chine ^.
Ce mouvement tout commercial dut nuire nécessairement, pendant le cours du xrv^ siècle, au développement de la fabri^ cation des vases de verre ; en effet, les renseignements qui subsistent sur la verrerie de Venise à cette époque ne se réfèrent, pour la plupart, qu'à cette industrie des margarite, qui procurait de si grands avantages commerciaux à la nation. Carlo Marin cite un document, duquel résulte qu'un certain Andolo de Savignon, ambassadeur de Gênes auprès de l'empereur de la Chine, aurait obtenu du grand conseil l'autorisation d'exporter de cette même bijouterie de verre pour une somme
(1) BussoLiN, ouvrage cité, p. 49.
(2) Rkerche siorico-^tiche suU^ lagwia VeneUi e sui comm. de Kenezianu Vme%ia, 1803, p. 140 et 189.
eofiBidérable. Nous avons appris d'ailleurs, par les inventi^îreg du XIV* siècle, qu'à cette époque c'était encore de l'OH^nt qu on tirait les vases de verre richement ornementés. Qep&ixiasït les verriers qui fabriquaient les vaisseaux de verre eberoliaient déjà à se procurer les documents les plus utiles à |«02Xiélioration de leurs produits. Le savant Morelli a donné l*extrait d*on manuscrit renfermé dans la bibliothèque Na- 2iiiuiA «t remontant au xiv^ siècle, qui rend compte des pro- 0^éB des Grecs pour rendre le verre incolore et sans taches, pour I« dorer, le teindre et le couvrir de peintures * .
'L'ixxTasion de Tempire d'Orient par les Turcs et la prise de De la vénerie CoiiB^^cu^tinople , en 1453 , qui occasionnèrent l'émigration de ^q xv« "iècie t^SiX d'artistes en Italie, furent profitables à Tart de la verrerie et au ivi*. eoiDSKie aux autres arts industriels A partir du xv® siècle, la fa- \>TÎcA^on des vases de verre prend une nouvelle direction. Les ^errîems vénitiens empruntent aux Grecs tous leurs procédés pour colorer, dorer et émailler le verre ; et la renaissance des arts ayant ramené le goût des belles formes antiques, l'art de la verrerie, suivant le mouvement imprimé parles grands artistes qui illustrèrent l'Italie à cette époque, produisit des ▼ases qui ne le cédaient en rien pour la forme à ceux que l'an-
uquité avait laissés.
Cooceius Sabellicus , historien vénitien du xv® siècle, nous fournit la preuve de l'admiration qu'excitaient de son temps la J^^^ttté et la variété des productions des verreries vénitiennes * .
A la fin du xv® siècle, ou plutôt dans les premières années verrai BUgranë». dnxvf, les verriers vénitiens' se signalèrent par une nouvelle
0) Gablo Mabin, tomo III, p. 222; Cod. Mss. lat., bibl. NaniansB. Vêntt,, 1776.
(3) • VitrarUs officinis prœcipue illustratur,,, in mUle varias colores, •Miumerafgue formas eœperunt {hommum ingénia) materiam inflectere : Amc ùoUees, phialœ^ eanihari, lebetes, cadi, candelabra, omnis generis ammaka^ eomua, segmenta^ moniUa : hinc omnes humanœ delÀdœ : hinc quidqmdpotest mortalium oculos oblectare, et quod vix vita ausa essel sperare.., magna ex parte vicus hujusmodi fervet officinis. » Cocci Sa- BSLua, De Venetœ urbis situ, i. m.
(3) (>)cceius Sabellicus, né à Virovaro en 1436, était bibliothô
invention, celle des vases enrichis de filigranes de verre blanc opaque ou coloré qui se contournaient en mille dessins variés, et paraissaient comme incrustés au milieu de la pâte du cristal incolore et transparent. Cette invention, qui permettait d'enrichir les vases d*une ornementation indestructible, tout en leur conservant les formes les plus légères et les plus gracieuses , devait donner une nouvelle impulsion aux fabriques de verrerie et en faire rechercher bien davantage encore les productions par tous les peuples de TEurope. Aussi le gouvernement vénitien prit-il toutes les précautions possibles pour empêcher que le secret de cette nouvelle fabrication ne se dévoilât et que les ouvriers vénitiens ne transportassent cette industrie chez les autres nations.
Peines portées Déjà, au xuf siècle, uu décret du grand conseil ayait dé- ^"''*^^®'"®" fendu d'exporter de TÉtat, sans son autorisation, aucnne k l'étranger. ^BB matières premières qui entraient dans la composition du verre ^ Le 13 février 1490, la surintendance des fabriques de Murano fut confiée au chef du conseil des dix, et, le 27 octobre 1 547, le conseil se réserva le soin de veiller sur les fabriques, pour empêcher que Tart de la verrerie ne passât & 1 étranger*. Toutes ces précautions ne parurent pas encore sufiisantes, et l'inquisition d'État, dans l'article 26 de ses statuts, prit la décision que voici : >« Si un ouvrier transporte son art dans un » pays étranger, au détriment de la république, il lui sera en- « voyé l'ordre de revenir ; s'il n'obéit pas, on mettra en prison ** les personnes qui lui appartiennent de plus près. ... Si, mal- •« gré l'emprisonnement de ses parents, il s'obstinait à vouloir *« demeurer à l'étranger, on chargera quelque émissaire de le ** tuer. »< M. Daru , qui , dans son Histoire de la république de Venise, nous a donné le texte de ce décret, qu'il avait copié
caire de Saint-Marc en 1484 ; il mourut en 1506 ; or on vient de voir que, dans rénumération qu'il fait des diverses productions des verreries vénitiennes, il ne parie pas des verres filigranes : les mille oouleors des vases de verre, leurs belles formes si variées, voilà ce qui excite surtout son admiration.
(1) Carlo Marin, t. Il, I. ii, ch. 4.
(2) M. BUSSOMN, p. 62.
accordés aux verriers.
^^^Osles archives de la république, ajoute que, dans un docu-
''•^nt déposé aux archives des affaires étrangères, on trouve
^^^M^ exemples de lapplication de cette peine à des ouvriers
9^^ i'empereorLéopold avait attirés dans ses États.
I^e» arrêtés du grand conseil, des 22 mars 1705 et 13 avril
1 7S2 , confirmèrent les dispositions précédemment prises et
A|oatàTent de nouvelles rigueurs aux lois anciennes, non-seu-
lexner^^ contre les ouvriers qui iraient s'établir à l'étranger ,
encore contre ceux qui divulgueraient les secrets de la
ion*.
Si 1^ gouvernement de Venise crut devoir déployer toute sa i»riviiégc»
ftëTéz^'i.'M contre les ouvriers verriers qui trahissaientleur patrie,
d*im filtre côté il combla de faveurs ceux qui lui demeuraient
fidèle js , et accorda de grands privilèges à l'Ile de Murano.
^^i » dès le jojf siècle, les habitants de Murano obtinrent les
droits de citoyens de Venise, ce qui les rendait admissibles à
^^<^p^r les plus hauts emplois de l'État <. En 1445, le sénat
'^^ ^Uixoriskle droit d'élire un chancelier (cancelliere preiorio)
Pûnr T^ndrela justice dans Murano , et un délégué auprès du gou-
^^niQxnent de Venise pour traiter des affaires qui intéressaient
leur oommnne. Une législation civile, criminelle et administra-
^^^> spéciale à Ttle de Murano, était renfermée dans un code
ooim^ sous le nom de Staiulo di Murano , qui fut confirmé par
to aéuat en 1502 et ne cessa de régir Ttle jusqu'à la chute de
1* yépublique*. Il en résultait que la police de Venise ne pou-
^••t étendre sa juridiction sur Murano, et que les magistrats
à^ 1 île étaient seuls en droit de procéder, dans l'étendue de
^^teiritoire, àl'arrestation desprévenus de crimes oude délits .
^'art de la verrerie n'était pas regardé non plus comme une
i^^diiBtrie purement mercantile. Un décret du sénat du 1 5 mars
1383, relatif à quelques privilèges accordés aux fabriques de
Jtfnrano, se terminait par ces mots, qui montrent à quel point
U verrerie était estimée : •« Ut ars iam nobilis semper siet et
(\) M. BUSSOLIN, p. 63.
(2) Vettorb Sandi, Sloria civile délia rep. di Venezia^ parte 1, vol. 11, p. 548 Ven., 1755.
(3) Fanello, Singgio storico di Murano. Ven , 1810, p. 29 et 30.
^ permaneai in loco Muriani ' . » Les Terriers n'étaient pas classés parmi les artisans ; ils reçurent, tant du sénat de Venise que de plusieurs souverains étrangers , des privilèges bien remarquables pour le temps où ils furent concédés. Ainsi les nobles patriciens vénitiens pouvaient épousa les filles des maîtres verriers de Murano sans déroger en aucune façon, et les enfants qui naissaient de ces unions conservaient tous leurs quartiers de noblesse*. Il y a mieux, et lorsque Henri III vint à Venise, en 1 5 7 S , il accorda la noblesse à tous les principaux maîtres verriers de Murano.
Un arrêté de la commune de Murano ayant décidé qu'on livre d'oTy à l'instar du Ubro d*oro nobiliaire , serait établi à l'effet d'inscrire les familles originaires de Murano , le sénat confirma cet arrêté le 20 août 1602. Ce livre existe encore à la chancellerie de Murano '. On y lit les noms suivants comme étant ceux des premiers verriers : Muro, Seguso, Motta, Bigaglia, Miotti, Briati, Gazzabin, Vistosi et Ballarin.
Protégés par des lois sévères, investis de grands privilèges, encouragés par d'honorables distinctions , les fabricants de Murano s'élevèrent au rang d'artistes distingués. Leurs vases émaillés du xv® siècle, leurs gracieuses coupes, leurs aiguières à ornementations filigraniques du xvi®, ne le cédèrent en rien pour la forme et pour la décoration aux plus beaux produits de l'antiquité, et l'Europe entière devint, pendant deux cents ans, leur tributaire, (xuaction de l'art La modo, qui fait renoncer aux plus belles choses, se porta, de la verrenc ^^ commencement du xviu^ siècle, vers la verrerie de Bohême;
à Venise. , ,
on ne voulut plus que du cristal taillé et à facettes , au grand détriment de la beauté et de la légèreté des formes. Quelques fabriques en France et en Angleterre commencèrent à donnor de beaux produits de cristal taillé, et la verroterie vénitienne à ornementations filigraniques fut peu à peu abandonnée. La chute de la république de Venise, l'abolition des privilèges concédés aux verriers et des règlements qui régissaient leur
(1) Fanello, Saggio ci(., p. 38.
(2) BussoLi?!, ouvrage cité, p. 69. (:J) Idem, p. 66.
corporation donnèrent le dernier coup à Tart de la verrerie à Venise, et les fabriques qui subsistèrent à Murano ne s'occupe- ^^^bX plus qu'à confectionner des ustensiles domestiques en verre commun.
Cendant les plus beaux vases du xv® et du xvf^ siècle , que le verroteries temps avait épargnés , furent conservés en Italie dans les pa- 'én»*>«j|j»» IftÎH des nobles , non plus commo objets usuels , mais comme dans ^moignage d'une brillante industrie éteinte. Le fondateur >* co**«c"<>"da la collection , qui avait im goût tout particulier pour les I^^Ues productions des yerreries yénitiennes, a pensé qu'elles ^'v^aûent trouver place dans son cabinet, à côté des monuments *• plus précieux de l'industrie artistique des xv* et xvi*^ siè- ^^8 , et avant qu'elles n'aient été recherchées par une foule ^l'&iiuiteurs, il a fait acheter en Italie tout ce qu'on a pu trouver àe cette belle verrerie. Alors, et dans une quantité consi- ^âi^nble de pièces, il a pu faire un choix de ce que les verriers Téiàitîens ont produit de plus beau, au xv^ et au xti® siècle, en de toutes sortes, et en former une collection unique, qu'il it impossible de composer aujourd'hui.
I^a fabrication des verroteries à ornementations filigrani- ^^eB et à filets colorés n'est plus un secret, et depuis que les •nuiteurs de cette belle verrerie, en rassemblant ses produits, ^ ont fait connaître le mérite, plusieurs fabricants ont cher- ^ à les imiter. Sans pouvoir encore arriver à la légèreté et à ^perfection des formes duxvi® siècle, ils ont cependant jeté ^sle commerce des verres assez gracieux*. Néanmoins les >nMfcteurs qui ont recueilli les verroteries anciennes de Venise ne se sont pas rendu compte, pour la plupart, des procédés à l'aide desquels on pouvait conserver sans altération ces capricieux dessins de filigranes colorés à l'intérieur d'une matière incolore qui, pour être façonnée en vases, doit être mise en
0) M. Bontems , directeur de la verrerie de Ghoisy-le-Roi , est le pivmier qui ait recommencé à en fabriquer. Il a bien voulu faire fa- COflner devant nous les cannes ou baguettes de verre à dessins filigraaiques, qui sont les éléments des vases , et même différentes sortes de vases. C'est à sa complaisance que nous devons d'avoir pris pratiquement une connaissance complète des procédés de fabrication.
fusion. Aucun des auteurs anciens qui ont célébré les merveilleux produits de l'industrie vénitienne n en a fait connaître le secret, à cause des lois sévères qui auraient puni une telle indiscrétion ; nous pensons donc que les amateurs qui visiteront notre collection seront bien aises de trouYer ici quelques notions sur cette fabrication * . procédéti Les vases à filets colorés et à ornementations filigraniques de« verre» ^^^* composés de lassemblage d'un certain nombre de petites fiiigraDés. baguettes de verre* de forme cylindrique, de 3 à 6 millimètres de diamètre, soit de verre blanc opaque', soit de verre
(1) Nous avons cherché, dans la description de nos verroteries vénitiennes, à rétablir les noms qui étaient donnés au xvi® siècle aux vases à dessins filigraniques et aux éléments de leur fabrication ; Ganoni, qui vivait dans la première moitié du xvi* siècle, et Fioravanti, qoi est mort en 1588, sont les seuls auteurs qui aient pu nous fournir " quelques détails, Pun dans sa Piazza universale, Tautre dans l'on- — vrage intitulé Lo specchio di scienzia wfiwerêole. Souvent les mots s qu'ils emploient ne sont plus usités, et c'est à peine s'ils sont connus s des verriers. Pour nous fixer autant que possible sur leur interprétation, <■ nous avons eu recours à M. Bussolin, fabricant de Murano, qui s^est occupé de rendre à sa patrie la fabrication des verres filigranes, et qui a publié un aperçu de l'art de la verrerie chez les Vénitiens.
(3) Les verriers de Murano nommaient ces petites baguettes cotme, et canne ritorte celles qui renfermaient des filigranes. Gomme on donne aussi le nom de canne au tube de fer creux qui sert à souffler le verre, et dont nous allons avoir à parler , nous leur laisserons ici le nom de baguettes, mais nous leur rendrons dans nos descriptions le nom de cannes, qui leur a été donné par les créateurs de l'industrie.
(3) On donne vulgairement, même à présent à Venise, le nom d'émail blanc aux filets ou aux filigranes blanc opaque, blanc de lait, qui décorent les verres vénitiens; nous n'adopterons pas cette dénomination, bien que l'émail ne soit véritablement qu'un verre coloré. Nous avons réservé le nom d^ émail :i^ pour les composés vitreux blanc mat ou diversement colorés qui sont broyés et employés au pinceau sur le verre, la porcelaine, les poteries, les métaux; «<> pour les préparations vitreuses de couleurs variées qui sont fondues et réunies par juxtaposition dans un excipient de métal, et constituent ces espèces de mosaïque qui ont reçu le nom d'émaux incrustés ; 3<^ pour les matières vitreuses transparentes employées dans les pitture a smalto des Italiens, les émaux translucides sur relief. Tous ces composés vitreux sont fixés sur leur
VERRERIE. 34tf
^'oré, goit de ven'e renfermant des dessins filigraniques. Ces ^g^ettes, préparées à lavance, sont disposées dans tel ordre ^^ ^opte le verrier, souvent alternées par des baguettes de ^^irre blanc*, puis réunies ensemble par la chaleur et par le •^ofllage, et enfin façonnées, lorsqu'elles forment une paraison' ^^napacte et homogène, en vases de toutes formes, comme toute *utre pièce de verre ordinaire. Vingt-cinq, trente, quarante ^^^ÉT^ottes de verre peuvent entrer dans la composition des irénitiens : il est' donc indispensable, avant de faire coules procédés de leur fabrication, d'apprendre comment se façonnent ces baguettes de verre qui en sont les éléments. Poul» faire une baguette de verre coloré', le verrier prend au bo^at de la canne à soufSer une certaine quantité de ce verre dans le creuset où il est en fusion, et il le roule sur une plaqii.^ de fer nommée marbre, afin de faire adhérer la matière
«xcipi ^ ut par une chalear suffisante pour les parfondre sans altérer l'objet Mur leqxjfil ils sont appliqués. Quant à ces verres blanc mat ou coloré, ^ 80"Ki.t employés par le verrier au feu de la verrerie, et qui entrent ws IfiL composition des vases pendant leur fabrication et en sont Tun <«8 éléiKiieQts, on doit leur conserver le nom de verre.
Au e^mirplus, 1|9 verre blanc opaque, blanc mat , ne recevait pas au ^^*ifede le nom d'émail blanc; il était désigné sous celui de latticinio, qn on ^^«ot traduire par blanc de lait. ■ Si l'on veut faire du verre blanc "d'éiTfcr^l^dit Garzoni, on ajoute de la chaux d'étain (oxyde d'étain), ••* c'*^ast avec ce verre, qui s'appelle latticinio, que se font divers •oniôx^i^n^g sur les verres de cristal.» {La piazza universale^ dis-
^^^^"^ *— ^iv.) Nous conserverons cette ancienne dénomination de totti-
^"""^ ^^3x filets et filigranes de verre blanc mat.
f^) ^On entend par verre blanc le verre incolore et transparent. On verra ^:^Qe baguette de ce verre n*> 1347, lettre P.
(') ^)n entend par paraisùn une masse de verre à l'état pâteux adhé- '^*® ^^^ la canne et déjà soufflée ; c'est le premier étajL de la pièce que Ton ^'"^Qt produire.
(^)^ ^Dosait qu'en syoutantau verre, au moment de la fabrication,
Gfl^^^^^ composés métalliques, on lui communique différentes couleurs,
^i^x^ ^>ii varie les nuances à l'infini. Le verre blanc opaque, le lattUsi-
flfin ^Xii est le plus ordinairement employé dans les vases filigranes vé-
fjisfi^^, n'est qu'un verre coloré en blanc de lait par l'oxyde d'étain ou
f^T^^nic; sous la dénomination de verre co{oré,nous comprenons donc
\e ^^ieinio, comme les antres verres colorés de différentes nuances.
autour de son instrument, et d*en faire une masse cylindriq de 6 à 8 centimètres de longueur, qu'il laisse refiroidir an p pour lui donner de la consistance ; il plonge ensuite Fexti mité de la canne, chargée de la petite colonne de verre coloi dans un creuset qui contient du verre blanc ( transparent incolore) en fusion, afin d'envelopper le verre coloré da couche de verre blanc; il retire la canne de fer du creuset, marbre de nouveau la matière pour égaliser le verre transp rent autour du verre coloré, et former du tout une espèce tronçon de colonne de 7 à 8 centimètres de diamètre. Cecolonne est alors fortement chauffée, puis étirée de manii à former une baguette de 3 à 6 millimètres de diamèti dont le centre se trouve en verre coloré, et la surface, te mince, en verre blanc incolore. Elle est divisée en morcea^ de différentes longueurs. Ces petites baguettes ainsi prép rées forment, par l'aplatissement qui a lieu pendant la fabr cation des vases, ces filets simples, plus ou moins larges, do sont enrichis un assez grand nombre de vases de Venise. Eli sont aussi les éléments des baguettes à dessins filigraniqu si variés, qui entrent dans la composition des vases filigrane
On peut voir dans la collection, n^ 1347, lettre O, u baguette de verre coloré en blanc mat (laUicirào),
La fabrication des baguettes qui renferment des déni filigraniques est beaucoup plus compliquée, et varie suivi chaque dessin. Il suffira de savoir qu'en disposant dans certain ordre des baguettes de verre coloré, espacées plus moins, suivant le dessin qu'on veut produire, par des 1 guettes de verre incolore et transparent, et en plaçant i baguettes ainsi disposées, soit dans une chemise de vei blanc ^ à l'état pâteux, soit contre la paroi d'un moule cylind que, qu'on remplit ensuite de verre blanc en fusion, on air à former une grosse colonne, où les baguettes de verre col< se trouvent réparties soit à l'intérieur, soit à la surface la matière incolore, à des intervalles égaux ou inégaux. Ce colonne, portée au feu pour obtenir une adhérence oompi
(1) Espèce de gobelet aplati.
de toutes les parties qui sont entrées dans sa composition. est ensuite étirée pour former une petite baguette de verre blanc de 3 à 6 millimètres de diamètre, dans laquelle les bagaettes de verre coloré se trouvent réduites en fil d une ténuité extrême, qui se contournent en dessins variés au œntre de la nouvelle baguette obtenue, ou se roulent en spirale à sa surface, suivant la disposition qu*on a donnée à ces baguettes colorées et les diverses inflexions que l'ouvrier a fiût subir à la matière pendant Tétirage ^ .
(1) M. BoNTEMS a publié en avril 1845 un Exposé des moyens employés pour la fabrication des verres filigranes; nous allons transcrire ici quelques-uns de ceux qu'il indique pour la confection des baguettes à dessins filigraniques : • Pour obtenir des baguettes à fils en spirale " rapprochés, qui, par leur aplatissement, produisent des réseaux à * vailles égales, on garnit l'intérieur d'un moule cylindrique, en métal ' oa en terre à creusets, de baguettes de verre coloré à filet simple ' (n^ t3l7, lettre 0), alternées avec des baguettes en verre transpa- •rent. (n® 1347, lettre P), puis le verrier prend au bout de sa *C8ci.Qe du verre transparent dont il forme un cylindre massif qui 'Attis;se entrer dans le moule garni de ces petites baguettes et *^^°^.^jiré préalablement un peu au-dessous de la chaleur rouge. En '^^"^-'CifDint ce cylindre fortement, il l'introduit dans le moule où il le Wc^-^le de manière à presser les baguettes qui adhèrent ainsi contre "^^erre transparent; il enlève la canne en retenant le moule, et ainsi les baguettes avec le cylindre; il chauffe encore et re pour rendre l'adhérence plus complète ; enfin, chauffant 'éternité du cylindre, il tranche d'abord cette extrémité avec les la chaufie de nouveau, la saisit avec une pincette, et la tire de leur avec sa main droite pendant que de la main gauche il tourner rapidement la canne sur les bardelles de son banc. ><lant que l'extrémité de la colonne s'allonge , les filets de verre iré s'enroulent en spirale autour d'elle. Quand l'ouvrier a amené extrémité une baguette de la dimension voulue, environ 6 millide diamètre, et que les filets sont suffisamment enroulés, il avec la pincette, chauffe de nouveau l'extrémité de la baguette, ^ ^ ^a saisissant et l'étirant pendant qu'il roule rapidement la canne, ^ ^^^Yocède ainsi à la production d'une nouvelle baguette, et ainsi de >, jusqu'à ce que toute la colonne soit étirée. • peut voir dans la collection, n9 1347, lettres A et B, des baguettes «^ V'^^ plus ou moins serrés obtenues par ce procédé. Ces sortes de ba-
On verra dans notre collection, sous le n° 1347, des baguettes de verre, à dessins filigraniques variés, préparées pour la confection des vases ; elles sont reproduites planche v.
Lorsque le verrier est en possession de baguettes de verre
gueltes ont été employées dans les vases n^^ 1294, 1295, 1309 et 1330 de notre collection.
> Pour fabriquer des baguettes qui, par leur aplatissement, prodai-
• sent des filets en quadrilles, on place dans le moule cylindrique, aux « deux extrémités d^un seul diamètre, trois ou quatre baguettes de
■ verre coloré à filet simple, alternées avec des baguettes en verre
• transparent ; on garnit ensuite la capacité intérieure du moule de
• baguettes transparentes, afin de maintenir les baguettes à filets oa- « lorés dans leur position, et on opère comme pour les baguettes pré-
• cédentes. • On obtient ainsi des baguettes comme celle qu'on trouvera dans
collection, n^ 1347, lettre F. On en connaîtra l'emploi dans les vi no» 1332 et 1333.
> Pour obtenir des baguettes produisant par leur aplatissement « grains de chapelet, on fait une paraison soufflée, dont on ouvre IV « trémité opposée à la canne, de manière à produire un petit cylindi*"*^^ m ouvert; on Taplatit afin de ne donner passage qu'à des baguettes,
• on introduit dans ce fourreau cinq ou six baguettes à filets sim]
• (baguettes de verre coloré comme celle n^ 1347, lettre 0)
• avec des baguettes de verre transparent; on chauffe, on ferme Pex —
• trémité opposée à la canne, puis l'ouvrier presse sur la poroûon plM
• pendant qu'un aide aspire l'air de la canne de manière à le ûdre eor-
• tir de la paraison et à produire un massif plat et dans lequel sont « logées les baguettes à filets. L'ouvrier rapporte successivement une « petite masse de verre chaud transparent sur chacune des partîeB
• plates de sa paraison^ et il marbre pour cylindrer sa masse : il ob- « tient ainsi une petite colonne dans l'intérieur de laquelle sont ran-
• gés, sur un même diamètre, les filets colorés; il procède ensuite,
■ comme pour les baguettes précédentes, en chauffant et étiranl
• l'extrémité pendant qu'il roule rapidement la canne sur les 6ar- « ddles. Par ce mouvement de torsion, la ligne des filets coUNPés se
■ présente alternativement de face et de profil, et produit des grains de « chapelet. »
On conçoit que les baguettes de verre coloré placées au centre de la colonne, étant, par le mouvement de torsion, croisées les unes sur les autres, semblent présenter comme un grain de chapelet formé de fils qui laissent entre eux un espace incolore ménagé par les baguettes
^^loré, de baguettes à dessins iiligraniques et de baguettes de ^^••tetransparent et incolore, il peut procéder ainsi à la fabrication de yases. Il range circulairement autour de la paroi intéleufe d'un moule cylindrique en métal ou en terre à creusets, plus ou moins élevé, autant de baguettes qu'il lui en faut pour fojTner on cercle qui reicouvre exactement cette paroi. Ces l>tt^uette8 sont fixées au fond du moule au moyen d'un peu de terre xnolle qu'il y a répandue. Il peut les choisir de plusieurs couIeoTs ou de plusieurs modèles, présentant autant de combinaisons filigraniques différentes; il peut les alterner ou les espftoer par des baguettes de verre blanc transparent et incolore. XliBB baguettes étant ainsi disposées sont chauffées au- Y^ du four de verrerie, et lorsqu'elles sont susceptibles ^*^tPo touchées par du verre chaud, le verrier prend, avec la ^^n&o à souffler, un peu de verre transparent et incolore pour «nfiûir« une petite paraison qu'il introduit dans l'espace vide ^é par le cercle des baguettes qui couvrent la paroi du
^▼orr^ transparent qui alternaient dans la paraison avec les baguettes ^ ^rt^ coloré.
^ X^^at voir la baguette obtenue par ce moyen, n® 1347, lettre G ; ^^^^ entrée dans la composition des vases n*^ 1309, 1325 et 1326.
"'1 ^tfrive souvent que Ton combine les grains de chapelet avec les *^**^wnile8 des baguettes précédentes, en se servant, pour introduire ' ûQk ^ Iq moule préparé pour les baguettes à quadrille, du cylindre * l*T^ifcré pour les grains de chapelet. »
Qb ^^^ifii alors des baguettes, n9 1347, lettre L On les trouvera dans ^ ^*^C3s n«» 1815 et 1318.
' W^^lqnefoison ménage,au centre d'une baguette, un filet en zig-zag:
• povr^ ^Dela, on prépare un premier cylindre massif en verre transparent,
• ^K^^^iti^ du diamètre de celui qu'on veut étirer, et on fait adhérer,
• P'^^-^^èlementà Tarète de ce cylindre, une petite colonne colorée ; on Lirre le tout d'une nouvelle couche de verre transparent pour
lire un cylindre de la dimension voulue pour entrer dans le > inoi^'%^ ^^ baguettes à filets. La petite colonne colorée n'étant pas
• au c^^^ntre du cylindre, tournera en spirale autour de ce centre par
• te ^^^oovement d'étirage et de torsion, et produira un zig-zag par • Vt?l^ti88ement. ■
0^ verra, n« 1347, lettre D, une baguette ainsi préparée, que l'on ^contre employée sur les vases n*^' 1324 et 1328.
moule ; il souMe do nouveau pour faire adhérer les baguettes à la paraison, et retire le tout du moule. L aide verrier applique à l'instant sur les baguettes colorées ou filigranées, qui sont ainsi venues former la surface extérieure de cette masse cylindrique, un cordon de verre à Tétat pâteux, afin de les fixer davantage sur laparaison. La pièce étant ainsi disposée à Tepctrémité de la canne à souffler, le verrier la porte à l'ouvreau du fourneau pour la ramollir, en faire adhérer toutes les parties, et lui donner une élasticité capable de la faire eéder facilement à l'action du soufflage ; puis il la roule sur le marbre. et lorsque les différentes baguettes réunies par le souf&age et la fabrication sont arrivées au point de constituer ellesmêmes une paraison dont toutes les parties sont compactes et homogènes, il tranche avec une sorte de pince, un peu au-dessus du fond, de manière à réunir les baguettes en un point central. La masse vitreuse ainsi obtenue est alors traitée par le verrier par les procédés ordinaires, et il en fabrique à son gré une aiguière, une coupe, un vase, un gobelet, où chaque baguette, soit colorée, soit à dessins filigraniques, vient former une bande.
S'il n'a donné aucun mouvement de torsion à la paraison pendant la fabrication, les filets de verre coloré ou les dessins filigraniques restent en ligne droite, partant du bas du vase 4 la partie supérieure ou du centre à la circonférence ; on peut en voir des exemples dans les vases de notre collection n"* 1295, 1302 et 1317. Si la paraison, au contraire, a été légèrement torsinée , cette torsion ' imprime alors aux différents filets, colorés ou à dessins filigraniques qui sont entrés dans la composition du vase cette direction en spirale qu'on rencontre fréquemment dans les verroteries vénitiennes. Nous donnons pour exemple les vases de notre collection n^ f 290 et 1299. Les verriers de Murano donnaient à ce travail de torsinage le nom de ritorcimenio.
Les verriers vénitiens sont aussi parvenus à faire des vases
(1) Pour opérer le torsinage, le verrier saisit avec une pince la matière adhérente à la canne, afin de contenir la colonne de matière immobile d'un côté, tandis qu'il roule la canne de fer sur son banc.
r^j^pos^^ JB de deux feuilles de verre, à filets simples colorés,
préalablement et ensuite superposées Tune à l'autre, erposition, croisant les fils do verre coloré en sens Q^^eTSOm j)roduit un réseau de fils opaques qui, à cause de leur vpf^îaseujT, laissent entre chaque maille de cette espèce de filet une pet;£'t;e bulle d air, renfermée entre les deux couches de verre l^l^uic, qui forment le fond.
OeB places sont peut-être ce que les verriers de Murano ont fait de plus remarquable ; elles n'ont pu être imitées parfaitement î^aqu'à présent. On en verra dans notre collection de très \>eatux spécimens ^ M. Bontems a pensé qu'on parvenait ^ obtenir ces vases en soufflant une première paraison à filets &implea tordus, puis une deuxième paraison à filets simples tordus en sens inverse ; qu'on ouvrait l'une de ces paraisons P^'ii* y mtroduire l'autre, de manière à les faire adhérer; que ®® fiieta de verre coloré se croisaient alors, et produisaient des '"^^^^^s qui étaient égales si les deux paraisons étaient bien P^a^ées».
^ ^at en effet que les deux paraisons soient d'une simi- ^^ qu'il est très difficile d'obtenir pour pouvoir arriver à ^ ^ussite parfaite par ce procédé. M. Carrand, qui a ^Hie étude approfondie de la verrerie vénitienne, pense j^^ les vases .de cette sorte ne devaient être formés que ^^^ seule paraison ; et voici comment il explique le procédé ^^tte fÎEibrication : le verrier soufflait une paraison do verre • Qets simples colorés, de manière à former un globe; il ^^'^ïiinait un mouvement de torsion à la paraison, pour dûmiçy |^^3^ tlets colorés une direction en spirale ; puis il fai- 9M, entrer l'un des deux hémisphères dans l'autre, comme on ferait d'une vessie gonflée qu'on réduirait à l'état de calotte. y^ cette introduction d'une moitié de la sphère dans l'autre, J^Teare se trouvait doublé, et les fils de verre colorés s'entrecroisaient naturellement.
Les Vénitiens ont encore fabriqué des vases avec des tron-
(1) Voyez aussi planche v, lettre M.
(2) M. BofiTBMS, Exposé de la fabrication des verres filigranes, pages.
çonsde baguettes dont la section présente des étofles, des roulements ou autres formes symétriques de plusieurs leurs* . Ces tronçons de baguettes, coupés d'un centimètre eny ron de longueur, étaient répandus sur une paraison de t< blanc ou de verre coloré ; la matière était ensuite fnarbrée soufflée de nouveau, de manière à former du tout une no! velle paraison mosaïquée, de laquelle on façonnait des vi de toutes sortes ; on peut en voir dans notre collection, soi les n" 1366 et 1367.
Ce genre de verre mosf^que est une imitation de certaiiEa verres antiques ; mais les Vénitiens, malgré leur habileté, soi restés en ce genre loin des verriers de Tantiquité. On poi s'en convaincre en examinant les coupes de notre collectio] n*» 1216 et 1216!
Des vases de formes bizarres sont aussi sortis des mi nufactures vénitiennes; ce sont, le plus souvent, des an maux fantastiques. Ces vases sont percés de plusieurs troi pour recevoir et épancher le liquide, ou construits de manii à produire l'effet du siphon. Ils servaient, suivant Fioravanl aux opérations de l'alchimie, très en vogue au xv^ siècle et commencement du xvi®, i la pharmacie et & la distillatioi Cet auteur désigne Nicolas de L'Aigle comme étant, de temps, le plus habile fabricant de ces sortes de vases. Os
(I ) « Le verrier formera, par exemple, an bout de sa canne, «n « cylindre massif en verre rouge, autour duquel il appliquera dnq
■ six cueillages (couches) de verre bleu qu^il façonnera avec sa
■ pour former des ailes prismatiques triangulaires, dont la base est
> le cylindre rouge ; puis il remplit les intervalles entre ces ailes
> un verre d^une autre couleur, blanc opaque ou jaune; il marbre
• enveloppe le tout d'une couche d'une couleur transparente, soit
• clair. Il peut ensuite introduire cette colonne dans un modle garni
> intérieurement de baguettes d'une autre couleur, ou blanc of^aqne,
■ qui, par leur section, feront un tour de perles blanches OÎa peut
« varier ainsi à Tinfini Quand le verrier a composé sa colomie
• comme il le désire, il la chauffe fortement et Tétire à la groeseur de « 10 à 15 millimètres On tranche ensuite la baguette en tronçons
• d'environ 1 centimètre de longueur. • M. Bontbms , Eoopoié dn moyens pour la fabrication des verres filigranes^ page 8.
^ plus particulièrement fabriqués au xv^ siècle, et se trouvent mentionnés dans rénumération que donne Sabellicus des uïfférents produits des verreries vénitiennes.
Comme on le voit, les verriers de Murano ont apporté une grande variété dans leurs productions, que dans notre descrip- Éion nous avons divisées en six catégories. I^ première comprend les vases fabriqués avec le verre cinMiacuti
(in des
blanc, transparent et incolore ; quelques-uns sont décorés de
fila de verre colorés, posés extérieurement sur le verre blanc, de terroieric»
d'après les procédés des Grecs, expliqués par Théophile ; véniuenne».
La seconde, les vases faits avec du verre teint dans la masse, ^ ^at-à-dire qui a reçu toute sa coloration par des oxydes mét^Uiques pendant sa fabrication, antérieurement à son emploi pour la confection des vases ;
La troisième, les vases émaillés, c'est-à-dire confectionnés »vec du verre blanc ou du verre coloré, et qui , postérieu- ^^^'aeut à leur fabrication , ont reçu une décoration , ome- ^'^^^ts ou sujets, soit en or, soit en couleurs vitrifiables ou ™aiix de couleur, appliqués au pinceau et fixés au feu de '"^^e. Cette ornementation est exécutée d'après les procédés ^J^^aatins que Théophile nous a fait connaître ;
La quatrième , les vases de verre à ornementations fili- IS'^^ques, c est-à-dire façonnés avec des baguettes ou can- ^^ préparées à l'avance, et renfermant soit des filets de ^JfTe blanc opaque (laiiicinio) ou coloré, soit des dessins var "^A de filigranes. Les verriers les nommèrent dans l'origine ^^^^cLvitorioli, et ensuite vasi a ritorii. Nous avons divisé cette catégorie en deux sections : la première comprend les vases ^l^at les ornements sont uniquement de IcUticinio, et il faut ™^ que les plus jolis ouvrages des Vénitiens ne contiennent ^ SénénJ que des filigranes blancs de lait ; la seconde, ceux V^ Sont fabriqués avec des baguettes de verre coloré de difîé- ^^^^Qa nuances, mêlées souvent à des baguettes de lattidnio; ^ cinquième catégorie comprend les vases composés de deux feuilles de verre superposées l'une à l'autre, et qui présentent un réseau de filigranes. Ils étaient connus au xyi"^ siècle Sous le nom de ra« a reticelli;
émalUée allemande.
La sixième, les vases de verre mosaïque, fabriqués à Timitation de verroteries antiques» et qui ont reçu aussi le nom de millefiort,