DEUXIÈME PARTIE
«'Asie est la plus ancienne portion habitée de l'ancien
n:^oxide ; c'est de son sein que sont sorties les premières clartés
^^ 1& civilisation ; des nations puissantes, gouvernées par des
loÎB et pratiquant les arts, s y trouvaient établies alorsqueTEu-
^^ope était encore inhabitée. L'étude des antiquités asiatiques
^^i^tdonc Tune des plus intéressantes et des plus instructives
^u.*il soit donné à l'esprit humain d'aborder; mais les connais-
*^i^ce8 acquises jusqu'à ce jour sur l'origine, le développement
^^ les vicissitudes de l'art chez les peuples de l'Asie sont très
"Ornées, et, bien loin de pouvoir tracer une esquisse même im-
l^^ï^aite de l'histoire des arts industriels en Orient, nous devrons
^ous borner à présenter des notions incomplètes sur quelques-
^^B de ceux qui ont fourni des monuments à la collection.
(i I. ARTS LIBÉRAUX ET ARTS INDUSTRIELS.
Ia sculpture des Orientaux présente de grandes imperfec- sculpture. ^^^Hsdans tout ce qui a rapport à la reproduction de la figure ^^Uuame. Chez les Chinois et les Indiens, une répugnance ^^cible pour les études anatomiques, et chez les peuples n^iisofanans, les préceptes de la religion qui interdisent la repi^tsentation des créatures animées, en sont les principales ^^liiBes. Néanmoins la délicatesse de leur ciseau et le fini de l'axéeution de leurs ouvrages d'art font que ces objets mentent d'être examinés, même à côté des productions de nos avantes écoles.
Les Chinois réussissent souvent à donner des fonnes assez
correctes et des attitudes gracieuses aux figures humaines lorsqu'elles sont drapées et de petite proportion. Dans les figures fantastiques, ils ont produit des compositions d'une grande originalité, et ils savent atteindre à une exactitude qu'on ne peut surpasser dans la reproduction des plantes, des fruits et dos fleurs. Leurs ornements ciselés sont généralement de bon goût, et toujours d une finesse achevée.
Les anciens peuples de l'Inde paraissent avoir cultivé la sculpture avec quelque succès, si l'on en juge par les débris de certains monuments; mais depuis plusieurs siècles, cet art est tombé en décadence complète chez les Indiens, qui j sont inférieurs de beaucoup aux Chinois. Ils savent cependant apporter une grande variété et une grande richesse de détails dans les ornements dont ils enrichissent certains meubles à l'usage de la vie privée.
Peinture. La peinture des Orientaux ne peut entrer en comparaison avec celle des Européens. On a peut-être trop exagéré cependant les défauts de la peinture chez les Chinois. Il est certain qu'ils pèchent par le groupé des figures, qu'ils n'entendent pas la composition et l'ordonnance générale d'un tableau; mais ils réussissent assez bien lorsqu'ils rendent des objets individuels. Il ne faut pas croire qu'ils ignorent complètement les règles de la perspective ; ils savent fort bien, quand ils le veulent, donner plusieurs plans à leurs tableaux. On en verra dans la collection plusieurs, qui offrent des paysages dont la perspective est assez bien entendue. Un défaut capital de la peinture chinoise, c'est l'absence d'ombre dans les visages. Les Chinois semblent considérer les ombres comme des circonstances accidentelles qui ne doivent pas être transportées de la nature dans un tableau, parce qu'elles le privent de l'uniformité du coloris et d'une partie de son éclat. Aussi rencontre-t-on fréquemment, dans les tableaux de genre des peintres chinois, des figures plates au milieu d'une perspective satisfaisante. C'est ce qu'on peut observer dans lestiÂleaux de la collection n« 1690, 1691 et 1701. L'album, n^ 1656, offre seize figures isolées d'un dessin correct, qui sont touchées avec une grande finesse de pinceau.
l^» Chinois peignent souvent sur verre ; mais il ne faut pas confondre cette peinture sur verre, ou pour mieux dire sur le verre, avec celle qui ôst pratiquée en Europe depuis le XI* siècle. Dans les tableaux chinois, la peinture n*est point eiécuiée avec des couleurs vitrifiables, fixées sur la surface dn verre et incorporées avec elle par l'action d'une haute température. Le verre y remplit seulement l'office de la toile, <]q vélin ou du bois. La couleur à l'huile est étendue sur I une des surfaces de la feuille do verre, qui est recouverte ensuite d'un carton ou d'une planchette, pour empêcher le pas- ^^go de la lumière. Le tableau est exposé du côté qui n'a pas '©Çu de peinture, et le verre sert ainsi, tout à la fois, à lui uoimer une sorte de vernis et à le défendre de toute atteinte ®3ctérieure. Souvent ces tableaux sur verre manquent de fonds; après que les figures des premiers plans sont peintes, le verre ^fc étamé, ce qui produit un effet peu satisfaisant.
^^'fis peintures indoues sont bien loin de valoir celles de la CniUe sous le rapport de l'art. Les proportions humaines y ^^t rarement observées et les principes de la perspective toujours violés étrangement. On n'y trouve ni ombres ni lumières; les figures du devant et celles du fond sont de la même grandeuT*. Ce qui distingue ces peintures, c'est le fini de l'exécu- ^^^ et la beauté du coloris : les miniatures indoues sont, en *®^^, d'une délicatesse achevée et d'une netteté incomparable. C^^^^ue figure y est traitée isolément avec les plus minutieux d^t^llg ^Q gQu costume. Ce n'est qu'un travail de patience, il e^^ Vrai, mais il ne manque pas d'attraits.
On verra dans la collection plusieurs albums renfermant de
i»t^a fines peintures indoues qui présentent le double intérêt
ô^ fûre connaître l'état de cette branche de l'art chez les
-p^^ples de rinde et de révéler les principaux faits de la my-
ihologie brahmanique. Elles sont accompagnées d'inscriptions
i)iie le savant M. Garcin de Tassy a bien voulu traduire, et
i^'estgrâce àson obligeance extrême que nous avons pu donner
les explications que Ion trouvera dans la description.
La peinture des portraits en miniature est le seul genre dans lequel réussissent les peintres indiens. La collection
et marqueterie.
im INTRODUCTION,
possède une suite de portraits des grands mogols de TimouivLengh qui ne manque pas de mérite. Mosaïque Los Chinois excellent à composer des tableaux avec pièces de rapport. Les pierres dures, Tagalmatolithe de di rentes nuances, l'ivoire, diverses sortes de bois et mém< bronze, entrent dans la composition de ces singulières saîqnes en relief. Elles sont toujours remarquables par composition remplie de goût et par une exécution déli soignée. Les trois grands tableaux n^ 1702, 1703 et IT sont de très beaux spécimens de ce genre de travail.
Dans la marqueterie proprement dite, la patience < Indiens est parvenue à surpasser tout ce qu'on a fait en rope : ils n'ont pas de maîtres en ce genre de travail. calligraphie Lcs pcuplcs de l'Orient attachent beaucoup de prix belle écriture, et la calligraphie est un des arts dont ils le plus de cas. Les musulmans se sont distingués entre par leurs beaux ouvrages, et ont porté cet art à la perfecti Le Coran, surtout, a excité l'émulation des copistes de 1
it
rient ; ce qui a fait dire au philosophe Sadi que le Coran av^ ^Bii été envoyé pour réformer la conduite des hommes, et que TB.^ honunes n'ont songé qu'à en embellir les feuillets * .
Plusieurs manuscrits qui nous viennent de l'Orient vraiment admirables : souvent les marges sont enrichies ^^ riches et brillantes miniatures ; et si le Coran interdit de produire des êtres animés, les calligraphes musulmane placent les illustrations à figures par de délicates arabesqKi
La collection possède, sous les n^ 1714 et 1715, deux nuscrits curieux : Tun renferme les principaux chapitre» Coran écrits en arabe , l'autre est un calendrier turc, premier est remarquable par une écriture d'une extrême et d'une régularité parfaite; le second joint à une admi écriture d'élégantes illustrations.
Nous devons à notre savant orientaliste, M. Reinaad, renseignements qui nous ont mis à même de faire la deser^^^'''^
(1) M. Reinaud, Monuments arabes ^ persans et turcs du cabme' M. le duc de Blacas, tomo I, p. 26.
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BUT métaux.
tion do cea deux manuscrits; il a encore eu la complaisance de traduire les inscriptions arabes, persanes et turques i^ui se rencontrent sur plusieurs des monuments de la collection.
Les anciens émaux incrustés qui proviennent de l'Orient Émaiiieiic sont exécutés par le procédé du cloisonnage mobile que nous avons fait connaître en parlant des émaux cloisonnés des Grecs du Bas - Empire et des Italiens * . Les émaux chinois surtout sont traités avec une rare perfection. Les documents i^coeillis jusqu'à présent ne permettent pas cependant d'admettre que cette perfection soit un indice que Tart d'émailler les métaux ait pris naissance à la Chine. La fabrication des émaux, en effet, est une des branches de l'art de la vitrification, et Ton sait que les Chinois se sont peu occupés de la «brication du verre*, si ce n'est depuis une trentaine d'années^. Ce n'est môme que fort tard, vers le milieu du v*-* siècle te notre ère, qu'ils ont connu l'art de ^teindre le verre de ^▼erses couleurs, et par conséquent d'en composer de l'émail. ^la résulte d'un document publié par M. Pauthier dans *^^ Histoire de la Chine, et qui est* ainsi conçu : « Sous le ** i^gne de Thaî-wou-ti de la dynastie des Weï (de 422 à 45 1 ^e notre ère), un marchand du pays des grands Youët4shi, ou Scythes, vint à la cour de cet empereur, et promit ^ fabriquer en Chine le verre de différentes couleurs, que ^ l'on recevait auparavant des pays occidentaux, et qu'on ^ payait extrêmement cher. D'après ses indications, ou fit des *^ Techerches dans les montagnes, et on découviût en effet les ^ minéraux propresà cette fabrication. Le mai'chand parvint à ^ fiûre du verre coloréde la plus grande beauté . Depuis ce temps ^ le prix de la verrerie diminua considérablement à la Chine * . » Quels étaient ces Yoiië^tchi dont le traducteur a rendu le
(1) Fot/csp. 107.
(2) Du Halde, Description de Vempire de la Chine. Paris, 1725, •^-f», tome 11; p. 203.
(3) Pièces et documents relatifs au commerce avec la Chine et Vlnde, ^aris, 1846, p. 266 et 411.
(4) M. PAurmER, Chine ou description de ce vaste empire, p. 283.
nom par celui de Scythes ? on ne saurait le dire exactemem La Scythie comprenait une immense région qui s'étendait e Asie et en Europe. La Scythie d'Asie était divisée en deo parties par Tlmaûs. La Scythie en deçà de l'Imaûs compn nait les contrées situées au nord de Tlnde et de la Perse. C marchand, qui importait ainsi en Chine les procédés de ] fabrication de l'émail, ne pouvait venir que de ces pays occ dentaux où il se fabriquait. Ne peut on pas supposer dès loi que c'est de la Perse, qui est placée à l'occident de la Cbim que les Chinois tiraient le verre coloré antérieurement a règne de Thaï-wou-ti ?
n n'y aurait pas lieu de s'étonner, au surplus, que laPerc eût été en Orient le berceau de l'art d'émailler les métaux. L Phénicie, qui dans l'antiquité avait porté l'art de la vitrifia tion à un si haut degré de perfection, dut en transmettre k procédés à la Perse, lorsqu'elle fut réunie à cet empire ps Darius, fils d'Hystaspe. Une fois que la fabrication du yen coloré eut été connue, il n'y avait plus qu'un pas à faire pou appliquer cette belle matière à l'ornementation des métaiu Toujours est-il que noiOi retrouvons l'art de l'émaillerie e pleine activité dans la Perse, sous le règne de Chosroè (53 If 579). La belle coupe de la Bibliothèque royale, qui ee formée d'émaux translucides, cloisonnés dans des comparti ments d'or, et au centre de laquelle se trouve l'effigie de c prince * , est un monument qui démontre l'état avancé de Far de la vitrification en Perse au yf siècle. Ces documents ne son pas suffisants pour décider la question dont nous cherchons L solution ; mais on peut les admettre à titre de conjectures.
Le goût pour l'ornementation en émail a continué de subsis ter en Perse. Chardin, qui fit plusieurs voyages dans ce pays e qui y séjourna à plusieurs reprises, de 1644 à 1678, nom apprend qu'à cette époque les Persans enrichissaient leurs armes d'émaux incrustés dans l'or. Les armes persanes qu< possède la collection, et qui sontplus ou moins anciennes, sont presque toutes, en effet, rehaussées d'émaux, et les bijoui
(1) M. Adrien de Lonupérier, Annales de VinsHtut archéologique^ tome XV.
9^ viennent de ce pays ont aussi reçu ce genre de décoration.
L^Asio est le pays des belles matières minérales, et l'on Artdu lapidwre. conçoit que Tart du lapidaire ait dû y être cultivé de tout ips. La Chine et l'Inde ont fourni à la collection des vases <lifférentes formes. Les plus remarquables sont ceux taillés t8 le jade et qui nous viennent de la Chine. Cette belle est de tous les cailloux l'espèce la plus dure et la plus ; eUe étincelle par le choc du briquet; quand elle est ne, elle prend une demi-translucidité décidée ; sa p&te ^ d'un gnûn très fin. La grande cohésion qu'ont entre elles ^^^«8 les particules de cette substance la rend susceptible ^^^a travaux les plus recherchés. Le jade offre différentes <50ïxl^urs; il y en a de blanc laiteux, de vert, de gris, de gris ▼^^ncUitre et de gris nuancé de jaune. On le trouve principale**^ €5»t à la Chine, où il reçoit le nom de yu-c/ie*x
jade est tellement dur qu'il faut le travailler avec la poudiamant. Néanmoins, les travaux que les Chinois exécu- 8ur cette pierre sont très remarquables ; on verra dans la ^*^^<5tion des vases enrichis de bas-relîefs ou de figures chiméi^^ix^rs de ronde bosse qui sont traitées aVec une grande énergie . ï^^jTmi les pierres tendres, celle que les Chinois sculptent de V^^férence est Tagalmatolithe, que l'on désigne vulgairement *^^^ le nom de pierre de lard. Cette pierre, qui a également ^Ç^ les noms de pagodite, talc glaphique, stéatito, est com- V*<5to, d'un éclat gras et douce au toucher ; elle se laisse faciteix^Qnt rayer par l'acier. Ses couleurs sont très variées.