VI. MOSAÏQUE
On entend par mosaïque un ouvrage qui reproduit un dessin ou une peinture par l'assemblage de petits morceaux de matières dures ou endurcies, colorées naturellement ou artificiellement. Les pierres dures, les marbres, les pâtes de verre sont les matières le plus ordinairement employées dans ce genre de travail.
Cet art était connu des nations asiatiques de l'antiquité ;
'fis Grecs y excellèrent, et en transmirent les procédés aux
Romains.
La mosaïque eut pour première destination de décorer le
t^H des édifices ; mais elle chercha plus tard à rivaliser avec
^peinture, et à former de véritables tableaux qui envahirent
'^ murs et les voûtes.
tjorsque la religion chrétienne, sous Constantin, se fut in- Mosaïque '*^ée triomphante dans la société romaine, elle accepta la a^ moyen àga. ue comme art principal de décoration des basiliques, mosaïque prit alors un immense développement ; les murs temples élevés par Constantin et ses successeurs dans la
^%y tt- Dv SoMMEBàRD, Album, 10* série, pi. xviii, xxix, xxx etxxxi.
100 INTHODUCTION.
nouvelle capitale de l'empire en furent recouverts. Les Grecs enrichirent cet art de nouveaux procédés, et passionnés pour le luxe, ils imaginèrent d'introduire des feuilles d'or et d'argent sous des cubes de verre, qui jetaient dans les grandes compositions des mosaïstes un éclat et une richesse jusqu'alors inconnus * .
La dureté et l'inflexibilité des matières colorées que la mosaïque emploie ont garanti une longue durée à ses productions, dont les teintes ne peuvent subir d'altération sous l'influence du temps, du soleil ou de l'humidité. Par ces qualités, elle a acquis un caractère éminemment historique, en transmettant avec fidélité les types et les origines, et est devenue, dans les temples chrétiens où elle a été conservée, une véritable tradition figurée pour les rites et les costumes. On peut ainsi dans les mosaïques , comme dans les miniatures des manuscrits et dans les vitraux, étudier l'histoire de la peinture pendant les premiers siècles du moyen âge. L'église Saint-Marc de Venise, avec ses mosaïques, est encore un musée incomparable, dans lequel il est facile de suivre les diverses transformations de l'art, à partir du xf siècle.
Les Grecs du Bas-Empire furent les maîtres en ce genre de peinture , jusqu'au moment où les Cimabue, les Gaddo- Gaddi , les Giotto vinrent imprimer aux rudes représentations des Byzantins une grâce et une noblesse qui faisaient pressentir la renaissance de l'art. Mais la mosaïque devait périr par les mains de ceux-là mêmes qui l'avaient perfectionnée. En effet la peinture, restaurée par ces grands artistes, lui fit perdre la plus grande partie de sa puissance. Au lieu de continuer à esquisser à grands trais les figures austères et calmes du Christ, de la Vierge et des apôtres, elle s'efforça, par des miracles de patience, d'imiter les détails de la peinture. Mais une fois sortie de sa sphère, la mosaïque éprouva le sort de la peinture sur verre, et fut pres- X u«"xl'in» V^^ entièrement abandonnée. Cependant elle se maintint flo- 8ièiii»s. rissante à Venise jusque vers la fin du xvi® siècle, soutenue
(1) Theopiiiu Diversarum artium schedula, I. II , cap. xv.
par les encouragements du sénat, et grâce surtout à Titien, qui se déclara le protecteur des mosaïstes, et leur fournit des cartons coloriés, d'après lesquels furent renouvelées et restaurées la plupart des anciennes mosaïques byzantines de l'église Saint-Marc*.
En se restreignant à imiter la peinture, la mosaïque dut chercher à améliorer ses procédés. Aux petites pierres de plusieurs couleurs, aux cubes de verre rapprochés les uns des autres, elle substitua des émaux colorés, réduits en filets variés dans leurs formes et dans leurs grosseurs, dont les nuances ont été portées jusqu'au nombre de dix mille. A l'aide de ces émaux, elle parvint à obtenir toutes les couleurs et à produire toutes les demi-teintes, toutes les dégradations de tons et toutes les transitions. Soutenue par d'aussi paissants moyens d'exécution, la mosaïque, vers la fin du xvu* siècle , reprit une faveur immense , qui la conduisit à la perfection. Alors , elle rendit à l'art de nouveaux et d'importants services, par la reproduction des chefs-d'œuvre des grands maîtres. Les papes, en faisant traduire en mosaïque, dans la basilique de Saint-Pierre, les plus beaux tableaux du Vatican, leur ont assuré l'immortalité. Dans les ouvrages de petite dimension, la mosaïque a pu traiter avec une finesse inconcevable des paysages, des fabriques et même des portraits ; elle a pu exprimer, avec la vérité de la peinture, les ciels, les eaux, les feuillages et jusqu'à la légèreté du poil des animaux.
On trouvera dans la collection, quoique en petit nombre.
(les mosaïques de différentes époques : une copie ancienne-
ntent faite de la belle mosaïque antique si connue sous le nom
^Tableau des Colombes, une mosaïque italienne du xii^ au xnf
siècle, dans le style byzantin, un Saint Jérôme du xvii* siècle
^itc^uelques échantillons des fines mosaïques du siècle dernier.
On comprend improprement sous le nom de mosaïque une
i <»çèce de sculpture polychrome de haut relief, découpée dans
I U forme des objets qu'elle reproduit, et exécutée en pierres.
it'JVKSàBi, Vi€cferi/ien.
dures. Elle est ordinairement employée à la décoration des meubles ; quelquefois elle se détache sur un fond de marqueterie de pierres de couleur.
Des ouvrages de ce genre ont commencé à so faire à Florence, sous Cosme P*^, et la fabrique grand-ducale a toujours conservé depuis lors, la réputation qu elle s'est justement acquise. La collection en possède deux échantillons sous les n°« 123 et 16H.
% VII. POBTBAITS4
Les portraiu Tous los hommes éprouvent le désir d'avoir constamment °^°^ sous les yeux les traits des personnes qui font le charme et le
des monuments ^ '^ *
de la TiepriTée. bonheur de leur existence, et de conserver l'image de ceUes que la mort a ravies à leur amour, à leur amitié. Ces image, apportent des consolations à l'absence, un soulagement à la douleur, et deviennent ainsi les monuments les plus intimes de la vie privée.
Sous ce rapport, les portraits devaient former une spécialité dans une collection du genre de la nôtre, et nous avons cru devoir les réunir dans une seule classification, quel que fuit d'ailleurs le genre de peinture employé à les reproduire.
Indépendamment de ce motif, comme les portraits présentent un très vif intérêt lorsqu'ils retracent l'image de personnages dont l'histoire a fait connaître le caractère et les actions, ils méritaient encore de former une division particulière du chapitre de la peinture.
En admettant des portraits dans sa collection , le fondateur ne pouvait songer à y ûdre figurer ceux de grande dimension, sortis du pinceau des premiers maîtres , et qui ont pris place à côté des tableaux d'histoire : les galeries de peintures peuvent seules les conserver. Tous les portraits de la collection, à l'exception de deux ou trois , sont de très petite proportion ; on les renfermait dans un écrin, ou bien on les portait soit au cou, soit sur la poitrine. Ceux-là seuls pouvaient prendre place parmi nos monuments de la vie privée.
On verra avec intérêt le portrait du fondateur de la collection, entouré des objets qu'il a recueillis avec tant do soins.
lia été peint après sa mort, par M. Picot, sur une miniature faite en 1828.
L'art de produire des figures et des ornements par une i/an de graver intaille sur la surface plane d'une planche de métal n'est pas gur^'^^^^étoux ime invention des modernes. Les Grecs et les Romains, etest fort ancien, même avant eux les Egyptiens et certains peuples de l'Asie, savaient embeUir le métal des dessins les plus purs et les plus délicats tracés au burin. Cet art, que l'antiquité avait transmis au moyen âge, fut exercé presque exclusivement, dorant cette période, par les orfèvres et les armuriers, et employé principalement à l'ornementation des vases sacrés et désarmes. Souvent ces artisans incrustaient dans les intailles du métal des fils menus d'or et d'argent ; d'autres fois ils Im remplissaient d'un émail noir [nigelltun^, niello^] et même d'an émail de couleur. Les pièces ainsi décorées appartiennent à ladamasquinerie et à l'orfèvrerie; nous en parlerons lorsque nous traiterons de ces deux arts.
Quant à l'art d'imprimer des estampes sur des planches de Estampes métal gravées en creux, que l'art de nieller a fait naître, *^®**^*^**^***°» comme chacun le sait', il est étranger au but de notre coUec- de leur réunion
(1) Theophili Diversarum artium schedula, 1. III , cap. xxvii.
(2) B. Cellini, DeW orificeria , cap. u.
(3) • Maso Finiguerra, natif de Florence, orfèvre et sculpteur , élève
• de Laurent Ghiberti et de Masaccio , exécutait en 1452 une Paix.
• Avant de répandre le nieUo sur la planche déjà gravée, avant môme
• de terminer la gravure, voulant juger des progrès de son travail , il ■ prit, suivant Tusage pratiqué dans cet art , une empreinte avec de
• Targile. Sur cette argile, où les traits étaient en relief, il coula des «épreuves en soufre; et dans les sillons du soufre, il répandit du
• noir de fumée qui lui représentait les effets du niello. Pour apprè- " der ces effets sur un fond plus clair, il conçut Pidée dMmprimer des
• épreuves sur un papier humecté, ainsi que le faisaient les graveurs
• en bois. Cette belle expérience fut ensuite répétée avec une encre
• plus durable, sur la planche d'argent, lorsque Tartiste Teot enrichie
tion. L'artiste cbalcographe a pour but de reproduire un dessin, une peinture, une œuvre de la statuaire, et d en répandre la connaissance par le moyen de l'impression, mais non de concourir à l'ornementation d'un vase, d'un meuble, d'une arme ou de tout autre objet. On pourrait donc s'étonner de trouver des estampes dans notre collection ; nous devons dire le motif pour lequel elles y ont été réunies.
Les orfèvres des xrv* et xv*^ siècles étaient non-seulement habiles dessinateurs, mai^ aussi sculpteurs, ciseleurs et graveurs ; ils n'avaient pas recours à d'autres artistes pour obtenir des modèles : l'invention, comme l'exécution, leur appartenait. Mais lorsqu'au xvi^ siècle le goût pour le style de la renaissance italienne se fut répandu dans toute l'Europe, et que chacun, en tous pays, voulut renouveler ses bijoux, son argenterie, ses armes, ses meubles de luxe pour en avoir de nouveaux dans le goût du jour, les artisans de toute sorte se multiplièrent afin de satisfaire à tous les besoins ; et si la plupart pouvaient déployer une grande adresse dans le traviûl de la main, tous n'avaient pas fait d'études assez profondes dans les arts du dessin, et n'étaient pas suffisamment doués du génie de l'invention pour produire un modèle original, empreint de l'élégance et de la pureté de dessin qu'exigeiût le nouveau style. Les plus ingénieux d'entre ces artisans et quelques artistes distingués se mirent à graver, avec une grande fécondité d'imagination, des modèles de bijoux et d'orfèvrerie, des arabesques et des ornements de toute espèce, et même de jolis sujets, parmi lesquels les orfèvres, les joailliers, les armuriers, les émailleurs, les fabricants de meubles et d'ustensiles usuels vinrent puiser des motifs et des idées.
Les graveurs connus sous le nom de PeiitS'Mcnire:s, élèves ou imitateurs d'Albert Diirer, furent les premiers qui se firent remarquer dans ce genre de composition. Les plus célèbres sont Albrecht Altdorfer, Heinricli Aldegrever, Georg Pens,
• de nouveaux travaux, et Finiguerra obtint de véritables estampes sur - cette planche quMl avait gravée dans une autre intention. • E. David, Hist.de la gravure. Ed. 1842, p. 172.
Hans Sebald Beham, Virgilius Solis, Tbéodor de Bry et Jean Collaert. A cdté de ces artistes allemands ou flamands, on doit citer deux artistes irançais : Etienne de Laulne, nommé souvent Stephanus, buriniste délicat, et Pierre Woeiriot, habile graveur en bois.
Le fondateur de la collection a donc jugé convenable de rassembler quelques-unes des œuvres de ces habiles graveurs pour servir de point de comparaison avec les bijoux et les petits objets sculptés, émaillés ou damasquinés du xvi^ siècle qu'il recueillait dans son cabinet. Ainsi Ton verra dans la collection plusieurs émaux des Courtois et des Raymond, qui ont été copiés sur les fines et spirituelles gravures d'Etienne de Laulne renfermées dans nos albums ; des boîtes de montre gravées, des manches de couteau en or émaillé ou en argent gravé qui ont été inspirés par les dessins de Théodor de Bry ; des bijoux dans le style de ceux qu'a publiés Collaert.
Comme nous tenons à ne donner pour vignette et pour col-de-lampe de chacun des chapitres de la partie descriptive de Dotre catalogue que des dessins originaux d'objets appartenant à la collection, nous avons fait graver, pour les illustrations du chapitre de la gravure, deux fragments d une planche de cuivre (n® 952) burinée en creux, de la fin du xii^ siècle, qui est du plus haut intérêt sous le double rapport de l'art et de 1 iconographie chrétienne.
ÉMAILLËRIE SUR MÉTAUX.
On a donné le nom d'émail à des matières vitreuses diversement colorées par des oxydes métalliques.
Les émaux sont opaques ou transparents. L'opacité est obtenue par une addition à la masse vitreuse d une certaine quantité d'oxyde d'étain * .
(1) Indépendamment de l'oxyde d^étain , la chimie a trouvé depuis an certain nombre d'années d'autres substances qui peuvent donner l'opacité à la matière commune des émaux ; nous avons dû nous en
Aniiquitc L'origine de l'émail se perd dans la nuit des temps, et son
Je rémiSicric ^PP'^^^^*^*^ ^ l' Ornementation des monuments de la vie privée est constatée chez presque tous les peuples civilisés de l'antiquité. Les productions de l'art antique ne sont pas du domaine de la collection ; nous n'aurons donc pas à rechercher jusqu'à quel point les anciens ont pu exceller dans l'art d*émailler les métaux , et, nous renfermant dans le cercle tracé par l'âge des objets que nous devons décrire, le conmiencement du moyen âge sera le terme marqué à nos investigations.
Pour le moment nous allons nous occuper des diverses applications de l'émail à la peinture, sur un excipient métalli* que ; en traitant des arts céramiques, nous parlerons de la peinture en émail sur les poteries. Quant à la coloration des figures de ronde bosse ou de haut relief, en métal, par des émaux, ce genre de travail se rattachant à la sculpture polychrome plutôt qu'à la peinture, il en sera question au chapitre de l'orfèvrerie.
Trais cluses L'émail est appliqué sur les métaux de trois manières différentes, pour arriver à la reproduction de sujets graphiques; de là trois classes distinctes d'émaux ^ : Les émaux incrustés ; Les émaux translucides sur relief;
tenir à une déûnition générale, notre but étant de donner un aperçu de Phistoirede Tartde rémaillerie,etnonde faire connattre la composition des divers émaux. A cet égard, on peut consulter des ouvrages spéciaux, principalement le Traité des couleurs pour la peinture en émail, par de Montamy; Touvrage de Neri ; le Traité de chimie appliquée aux arts, par M. Dumas ; le Nouveau manuel de la peinture sur verre , sur porcelaine et sur émail, par M. Reboulleau ; le Traité des arts céramiques, par M. Brongniart; le Traité pratique sur la préparation des couleurs d*émail, inséré dans les n»» de décembre 1844, janvier et février 1845 de h Revue scientifique et industrielle.
(1) Le nom d'^émail s'applique, comme nous l'avons dit, à la matière vitreuse colorée que l'on fait adhérer au métal par la fusion ; mais par métonymie, on donne le nom d'émail à toute pièce d'or, d'argent ou de cuivre émaillée. Nous nous en servirons souvent dans cette acception ; le sens de la phrase indiquera sufiisamment s'il est question de la matière vitreuse ou de Tensemble d'une pièce revêtue d'émail.
d'émaux.
ÉMAILLËRIË SUR MÉTAUX. f07
Les émaux peints.
Dans les premiers, le métal, exprimant les contours du dessin et quelquefois les figures entières, reçoit, dans des interstices ménagés à Favance, la matière vitreuse chargée de colorer le sojet ou seulement les fonds .
Dans'les seconds, le dessin est rendu sur le métal par une fine ciselure très légèrement en relief, dont la surface est co* loréepardes émaux translucides.
Le métal dans les derniers n'a d'autre valeur que celle de la toile ou du bois dans la peinture à Thuile. Des couleurs Titrifiables sont étendues par le pinceau , soit à la surface du métal, soit sur une couche d'émail dont il est préalablement enduit, et rendent tout à la fois le dessin et le coloris.
Ces trois manières d'employer l'émail correspondent à trois époques très distinctes.