‹ Description des objets d'art qui composent la collection Debruge DumenilChapitre 8 sur 139 · I. ÉMAUX INCRUSTÉS · texte numérisé non relu

I. ÉMAUX INCRUSTÉS

Les émaux incrustés sont de deux sortes ; les uns ont reçu de quelques antiquaires le nom de cloisonnés, ou à cloisons mobiles, les autres le nom de champlevés. C'est le mode très différent de disposer le métal pour exprimer les contours du dessin qui établit la distinction entre ces deux sortes d'émaux incrustés.

Nous allons expliquer tour à tour les deux procédés, en signaler les plus beaux produits qui subsistent, et faire con- Battre les caractères généraux de ces émaux.

Occupons-nous d'abord des émaux cloisonnés. ^maax

La plaque de métal destinée à servir de fond, préalable- cioiwnnés. ment disposée dans la forme que la pièce à émailler devait aToir, était garnie d'un petit rebord pour retenir l'émail. L'émailleur, prenant ensuite de petites bandelettes de métal très nûnce et de la hauteur du rebord, les contournait par petits morceaux, de manière à en former les traits du dessin des figures qu'il voulait reproduire. Ces petits morceaux étaient réunis et fixés sur le fond de la plaque. La pièce étant ainsi disposée, les différents émaux, réduits en poudre très fine et humec-

tés, étaient introduits dans les interstices que laissait le dessin , jusqu'à ce que la pièce à émailler en fût entièrement remplie. Elle était alors placée sur une feuille de tôle et portée dans le fourneau. Quand la fusion de la matière vitreuse était complète, la pièce était retirée du fourneau avec certaines précautions, pour que le refroidissement se fit graduellement. Si Témail avait baissé au feu, on en remettait une seconde charge du plus fin possible, et l'on reportait la pièce au feu, jusqu'à ce que la surface unie et plane de la matière vitreuse s'élevât au moins à la hauteur du rebord de laplaque et des filets de métal qui traçaient le dessin. L'émail, après son entier reA*oidissement, était égalisé et poli par différents moyens.

On comprend que, dans cette manière de procéder, les anciens devaient employer de l'or très pur et des émaux dune fusibilité extrême, pour que la plaque ne subît pas d'altération au feu, et que les bandelettes si menues de métal, qui rendaient les contours du dessin, n'entrassent pas en iîision à la chaleur qui parfondait la matière vitreuse.

Le mode de fabrication que nous venons d'indiquer succinc^ tement est décrit avec détail dans l'ouvrage si curieux du moine Théophile, la Diversarum ariium schedula. Les documents écrits sur les procédés des arts pendant le cours du moyen âge sont si rares, et peuvent prêter à des interprétations si diverses, qu'il nous paraît utile de rapporter le text<"> de Théophile à l'appui de notre description. Procédé* Lcs émaux cloisonnés, préparés le plus ordinairement dans d'après ^® petites proportions , étaient principalement destinés à en- Théophiie. trcr daus l'ornementation d'un vase, d'une châsse, d'une couronne , ou de tout autre objet , sur lequel ils étaient fixés dans un chaton, comme les pierres précieuses ; c'est donc à propos de la fabrication du calice d'or à anses que Théophile enseigne à confectionner ces émaux. Après avoir indiqué les moyens de faire le vase, il continue ainsi, au chapitre ui da livre III, qu'il intitule : De imponendis yeminis et margaritis : « Cela fait, prenez une feuille d'or mince, et fixez-la au bord •• supérieur de la coupe, dans toute l'étendue d'une anse à

ËMAlLLERiH SUR MÉTAUX. 1U9

- 1 autre; elle doit avoir une largeur égale à la grosseur dea « pierres que vous voudrez poser ' . »

C'est cette feuille d'or qui sert à enchâsser les pierres et les émaux, ainsi qu on le voit dans les monuments qui ont subsisté et que nous signalerons plus loin.

•• En déterminant la place que les pierres devront occuper. «* disposez-les de façon qu'il y ait d abord une pierre avec qua- " tre perles placées chacune aux angles de la pierre, ensuite

• un émail, puis à côté de Témail une pierre accompagnée de « perles, puis de nouveau un émail, et continuez ainsi cette '^ disposition, de telle sorte qu'auprès des anses il y ait tou-

- jours des pierres, dont vous ajusterez et souderez les cha-

• tons et les champs, ainsi que les chatons qui doivent en-

- chasser les émaux, dans l'ordre prescrit ci-dessus*. «

La forme donnée par l'orfèvre aux chatons devant déterminer celle des pièces à émaiUer, Théophile continue, en expliquant comment on devra disposer préalablement les feuilles d'or dont ces pièces sont composées, dans Tintérieur même des chatons qu'elles doivent remplir. ** Ensuite dans l'intérieur

- de chacun des chatons qui doivent renfermer des émaux,

- TOUS appliquerez successivement des feuilles d'or minces,

• et après les avoir ajustées avec soin, vous les retirerez '. •» La petite caisse d'or ainsi établie dans la forme du chaton

^oi doit la fixer au vase, Théophile enseigne à disposer les dessins que les bandelettes d'or doivent exprimer à la surfSeu^e

(1) • Quo facto toile partem auri tenuem et conjunge ad oram vasis

m superiorem, atque metire ab una auricula usque ad alteram , qwB

m pan tantcB UUitudinis sU, quanta est grossitudo lapidum, quos impo-

« nere vokieris. • Nous copions le texte dans rédition que M. le comte

de L'Escalopier a publiée, à Paris, chez Toulouse, 1843.

(2) « CoUocans eos in suo ordine, sic dispone, ut in primis stet lapis uHus cum quatuor margaritis in angulo positis, deinde electrum^ juxta quem lapis cum margaritis, rursumque electrum, sicque ordinabis ut juxta avriculas semper lapides stent, quorum domunculas et campos, easque domunculas^ in quibus electra ponenda sunt, compones et solidabis ordine quo supra, >

(3) • Post hcBcin omnibus domunculis, in quibus electra ponenda sunt^ coapiabis singulas partes auri tenuis, conjunctasque diligenter eides, •

de rémail : «> Ensuite, en vous servant de la mesure et de la » règle, vous couperez dans une feuille d'or un peu plus >» épaisse une bandelette que vous replierez doublement aU' >• tour du bord de chacune des pièces, de manière à laisser H entre les deux bandelettes un petit espace qu'on nomme *. bordure de l'émail*. »»

Ceci est une pure fantaisie de l'artiste ; cette petite bordure n'existe pas dans tous les émaux.

« Vous taillerez alors à la règle des bandelettes de la même •* hauteur dans une feuille d'or aussi mince que possible , et avec •• de petites pinces vous contournerez ces bandelettes à rotre '« goût, de manière à en former les dessins que vous voudrez re- '• produire dans les émaux, comme des cercles, des nœuds, des *• fleurs, des oiseaux, des animaux, des figures humaines ; vous ^> disposerez délicatement et avec soin chacun des petits mor- H ceauxàsa place, et vous les fixerez avecde lafarinedélayéeàla « vapeur du charbon ; lorsque vous aurez ainsi complété l'agen- M cément d'une pièce, vous en souderez toutes les parties avec «' beaucoup de précaution, afin que le travail délicat (du dessin) " ne se dérange pas, et que l'or mince n'entre pas en fusion •. *»

Voici donc la petite caisse d'or entièrement disposée et les traits du dessin exprimés par de fines bandelettes d'or posées sur champ ; il ne s'agit plus que d'émailler la pièce des diverses couleurs que le sujet comporte. Théophile, dans le chapitre suivant, intitulé De electris, en donne le procédé, après avoir indiqué la manière d'éprouver les émaux. « Toutes

(1) « Atque cum mensura et régula inddes corriolam awri, quod oitquantulum sit spissius^ et complicabis eas circa oram unius cujusque partis dupliciter^ ita ut inter ipsas corriolas subtile spatium sit in ctrcuUu, quod spatium vocatur limbus electri. •

(2) « Deinde eadem mensura atque riga inddes corriolas omnino subtUissimi auri, in quitus subtili forcipe complicabis et formabis opus quodcunque volueris in electris facere, sive ctrculos^ sive nodos , sive flosculos^ sive aves, sive bestias, sive imagines, et ordinabis particutas subtUiter et dUigenter unamquamque in suo loco, atque firmabis humida farina super carbones. Cumque impleveris unam partent^ solidabiê eam cum maacima cautela, ne opus gracUe et aurum subtile disjunga" tw aut Uquefiat. •

ËMAILLËRIË âUR MËTAUX.' in

« les pièces à émailler étant ainsi disposées et soudées, prenez " les différentes espèces de verre ( les émaux ) que vous aurez

- composées pour ce genre de travail, brisez un petit morceau

- de chacune d'elles , et placez en môme temps tous les éclats sur •* une feuille de cuivre, sans cependant les mêler; portez-la au

- feu, disposez autour et par-dessus des charbons, et, en souf-

• flant, examinez avec attention si les différents verres entrent

• en même temps en fusion ; si vous obtenez ce résultat, ser- « vez-vous de tous ; si Tune des parcelles (essayées) est plus «• dure, mettez-la à part. Prenant l'un après l'autre chacun " des verres essayés, portez-les au feu séparément, et lors- *• qu'ils seront chauffés à blanc, jetez-les dans un vase de *- cuivre où il y ait de l'eau ; ils se briseront en petits mor-

- ceaux, que vous écraserez avec un marteau roud, jusqu'à

- ce qu'ils deviennent très menus; vous les laverez dans cet •* état, et vous les déposerez dans une coquille propre, que « vous couvrirez d'une étoffe de laine ; préparez ainsi chaque

- couleur. Cela fait, prenez une des pièces d'or que vous avez •* soudées, et fixez-la sur une table plane, en deux endroits,

- avec de la cire. Avec une plume d'oie taillée en pointe •> comme pour écrire, mais à bec plus long et non fendu, vous

• puiserez à votre choix l'un des émaux qui devra être hu-

• mide, et avec un long morceau de cuivre effilé, se terminant

- en pointe, tous le détacherez avec adresse de la plume, " pour en remplir, autant que vous le jugerez convenable, tel

- des compartiments que vous voudrez de la pièce à émailler.

- Remettez^ce qui vous en restera dans la coquille, et couvrez-

- la. Faites de même pour l'emploi de chacun des émaux, jus-

• qu'à ce qu'une de vos pièces soit remplie. Alors, enlevant la

• cire qui la retenait, placez cette pièce sur une tôle qui ait

• une queue courte, et vous la couvrirez d'une espèce de vase

- de fer qui soit profond (une cloche) et percé sur toute sa

- surface de petits trous, unis et plus larges à l'intérieur du *• ^ase, plus étroits à l'extérieur, où ils présenteront des as-

* pérîtes propres à arrêter les cendres, si par hasard il en

• tombsût dessus ^ «^

C 0 * Hoc modo omnibus eleciris composais et solidatis , accipe omnia

Cette petite cloche de fer a été remplacée, dans le fourneau de nos émail leurs modernes, par un moufle ; le résultat est le même ; il s'agit dans les deux modes de préserver Témail (lu contact du charbon.

» Ce vase de fer sera pourvu au sommet d'un petit anneau •• à Taide duquel on le posera et on le lèvera. Ces dispositions «* étant prises, réunissez des charbons gros et longs ; enflam- » mez-les vivement ; au milieu du foyer, faites une place que •< vous égaliserez avec un maillet de bois, de manière à pou- » voir y maintenir la tôle, en la tenant par la queue avec des •• pinces. Posez-la avec soin à cet endroit, recouverte comme •« nous l'avons expliqué ; disposez des charbons tout autour ^ et par-dessus; et prenant le soufflet des deux mains, souf- » fiez de tous côtés, jusqu'à ce que les charbons brûlent éga- *• lement. Ayez l'aile entière d'une oie ou de tout autre gros ^ oiseau, déployée et attachée à un morceau de bois, elle vous

gênera vUri^ quod ad hoc opus aptaveris, et de singtUis partibtis parum confringens, colloca omnes fracturas simul super unam partem cupri, unamqtiamque tamen partem perse; mittens in ignem compone carbones in circuitu et desuper, sufflansque diligenter considerabis si a^wUiter liqtiefiant: si sic, omnibus utere; si vero aliqua particula duriorest, singulariter repone, Acâpiensque singulas probati vitri, miUe in ignem singUlatim, et cum eanduerit, proice in vas cupreum in quo $U aqua, et statim resiliet minutatim, quod mox confringas cum rotundo malleo donec subtile fiât, sicque lavabis etpones in ooncha manda, atque cooperies panne laneo. Hoc modo singutos colores dispone^. Quo facto toile unam partem auri solidati, et super tabulam œqualem adhcarebi* cum cera in duobus locis, accipiensque pennam anseris incisam graeiie sicut ad scribendum, sed longiori rostro et non fisso, hauries cum ea unum ex coloribus vitri^ qualem volueris, qui erit humidus et cum Umgo cupro gracUi et in summitate subtili rades a rostro pennœ subtiHter et implebis quemcunque flosculum volueris, et quantum volueris. Quod vero superfuerit repone in vasculum suum et cooperi, sicque fades ex singulis coloribus, donec pars una impleatur, auferensque ceram cm inhœsertUj pone ipsam partem super ferrum tenue, quod habeat brevem caudam, et cooperies cum altero ferro quod sit cavum in simUitudinem vasculi , sitque per omnia transforatum gracile, ita ut foramina mU interius plana et latiora, et exterius subtiliora et hispida^propter aroendos rtrwrM, si forte superceciderint . »

ÈMAILLËRIE SUR MÉTAUX. 113

«• senrira à agiter Tair et à souffler fortement de tous côtés, jus- «• qu'à ce que vous aperceriez, à travers les charbons, que les

- trous du vase de fer sont devenus blancs à Tintérieur. Alors

- TOUS cesserez de souffler. Après une demi-heure environ « TOUS dégagerez peu à peu les charbons, et finirez par les « enlever totalement ; vous attendrez de nouveau que les trous

• noircissent à Tintérieur, et lorsque cet effet aura été pro-

• duit, enlevant la tôle par la queue, placez-la, recouverte du « vase de fer, dans un coin, jusqu'à ce qu'elle soit tout à fait

- refroidie. Alors, découvrant la pièce émaillée, prenez-la pour

- la laver * . »

L*émail est sujet à baisser au feu : il peut donc arriver qu'il se trouve, après le premier feu, au - dessous de la bordure de la pièce ; c'est ce que prévoit Théophile , en ajoutant : « Remplissez de nouveau (de poudre d'émail) et faites fon- « dre par les moyens indiqués plus haut ; vous continuerez « ainsi jusqu'à ce que, l'émail étant liquéfié également sur

• toute la surface, la pièce soit entièrement remplie. Vous

• disposerez de la même manière les autres pièces ^. » L'émail, au sortir du feu, présente souvent des inégalités, et

(1) • Habealque ipsum ferrum in medio superius brevem annulum,

cum quo superponatur et elevetwr, Quo facto compone carbones magnos

et Umgos, incendens iUos valde ; tnfer quos fades locum et œqiAabis cum

Ugneo malleo, in quem devetur ferrum per caudam cum forcipe ; ita

coopertum collocàbis dUigenter, atque carbones in circuitum compones

et sursum ex omni parte , acceptoque folle utrisque manibus undique

suffUibis donec carbones oBqualiter ardeant, Haheas etiam alam inU~

qram anseris, sive alterius avis magnœ, quœ sit extensa et ligno ligata;

cum qua ventUabis et flabis fortiter ex omni parte, donec perspideis

nUer carbones ut foramina ferri interius omnino candeant, sicque flore

tmakis, Expecians veto quasi dimidiam horam discooperies paulatim

émee omnes carbones amovecks, rursumque expectabis donec foramina

M interius nigrescant, sicque elevans ferrum per caudam, ita cooper-

^ pones rétro fomacem in angulo donec omnino frigidum fiât. Âpe-

^ œro toiles electrum et lavaHs. »

()) • Rursumque implebis et fundes sicut prius, sicque faciès donec

li^foetum œqualiter per omnia plénum sit. Hoc modo reliquas partes

fwnporw». •

a presque toujours besoin d*étre poli. Théophile donne le procédé du polissage dans le chapitre liv, qui a pour titre De po^ Kendo electro.

•* Cela fait, prenez un morceau de cire de la longueur ** d'un demi -pouce, dans lequel vous enchâsserez la pièce

- émaillée, de façon que la cire avec laquelle vous la tiendrez « Tenveloppe de toute part ; vous frotterez avec soin le côté « émaillé sur une pierre de grès mouillée, jusqu'à ce que l'or •« apparaisse également sur toute la surface. Ensuite vous le « frotterez très longtemps sur une pierre à aiguiser, dure et

- unie I les émailleurs la nonmient encore aujourd'hui pierre « de Cos ), jusqu'à ce que l'émail prenne de l'éclat. Sur cette

- même pierre mouillée de salive, vous frotterez un morceau *• de tét, que vous trouverez parmi les débris d'anciens vases, «« jusqu'à ce que la salive devienne rouge et épaisse ; tous en «« enduirez une lame de plomb unie, sur laquelle vous frotterez «« Témail jusqu'à ce que les couleurs deviennent translucides » et éclatantes. Après, vous frotterez de nouveau le morceau *« de poterie sur la pierre à aiguiser avec de la salive, que »* vous étendez sur un cuir de bouc, fixé sur un morceau de » bois, et dont la surface soit unie. Sur ce cuir vous polirez « l'émail jusqu'à ce qu'il devienne entièrement brillant, en « sorte que, si une moitié était humide et l'autre sèche, on ne •« pût distinguer la partie sèche de la partie humide^. *•

(1) •Quo facto toUe partem cerœ ad longitudinem dmidii polUciM^ m quam aptabis eUctrum t/a, ut cera ex omni parte sUj per quam tenebU^ et fricabis ipswn electrum super lapidem sabuteum asqualem diligentereum aqua^ donee awrum aqualUer appareat per omnia. Deinde super dmram eotem et cequalem fricabis partem diutissime donec dariiotem aeàpiai; sicque super eandem cotem saliva humidam fricabis partem laieris, qum ex antiquis va9eutis fraetœ inteniuntur, donec saliva spissa et rubem fkU; quam Unies super tabulam plumbeam cequalem, super quam leniter fricabis deetrvm %uque dum colores translucidi et dari fiant; rursumqm fricabis laterem cum saliva super ootem, et Unies super coriwn hirdmun^ tabulœ ligneœ (Bqwditer affixum ; super qiêod p(^s ipsum electrmm damer omnino ftdgeat, ita ut si dimidia pars ejus humida fiât et dimidia sieea sit, nui/us possit considerare^ quœ pars sieca . quœ humida sit. »

M. de L'Kscalopier, dans sa iraduclion do la Dit'^sarum artimm

ÈMAILLERIE SUR MÉTAUX. Ii5

Maintenant que les procédés de fabrication des émaux cloi- Principaux

sonnés sont suffisamment connus, nous allons signaler les

s^edula de Théophile, a rendu par cabochon le mot electrum , partout où ii se rencontre dans les trois chapitres lu, un et uv du livre III, qjae nous venons de faire connaître. M. de L'Escalopier dit dans une note que son étude du texte ramenai t à opter entre une incrustation d*émail ou le cabochon, et qu^il s^est arrêté à ce dernier mot, comme présentant plus de concision ; nous croyons qu'il a eu tort: la concision n'est pas de rigueur dans la traduction d'un livre sur les sciences ou sdr les arts , et ayant d'être concis, il faut se faire comprendre ; or, en prenant le mot electrum dans le sens de cabochon^ le chapitre lh de Théophile serait inintelligible. Le cabochon, comme l'indique M. de L'Escalopier lui-même, dans sa note p. 286, est une pierre précieuse qu'on ne fait que polir sans la tailler; que le cabochon soit fin on faux, il a toujours l'aspect d'un pierre non taillée, mais seulement p(die, et qui n'admet par conséquent à sa surface unie aucune représentation graphique. Si Velectrum de Théophile était une imitation de pierres fines cabochons, que signifieraient ces dessins que le fabricateor du soi-disant cabochon doit exprimer par des bandelettes d'or découpées à la règle et contournées pour en former les objets qu^il désire représenter : opus quodcunque volueris in electris {acere sive ciroêIos, sive nodos, sive aveSj sive bestias , sive imagines ? On peut rencontrer des pierres gravées en creux, dont les intailles sont remplies d'or; mais alors la pierre, si elle est fausse, est fabriquée avant d'être ioUillée et aurifiée ; Velectrum de Théophile . au contraire, est d^abord préparé en or, et la matière vitreuse, colores vitri, l'émail, en uit mot, fondu ensuite dans les interstices du métal. D'ailleurs la taille en biseau et à facettes des pierreries est postérieure au xii« siècle, et insque vers le milieu du xnr siècle, toutes les pierres vraies ou fausses n'étaient que des cabochons. Si V electrum était un cabochon, il fenit double emploi dans l'ornementation que Théophile prescrit; tt serait de sa part une répétition de lapis. Nous voyons cependant âiBsTouvrage de Théophile trois objets constamment appliqués à la ^^Cflration des ustensiles sacrés et toujours réunis ensemble ; ainsi au <^^tre XLix, où il va traiter de la fabrication du calice d'or, il dit : 'Siealicem componere volueris et omare lapidibus et electris alque ««garttw ;• au chapitre lv, il orne le pied du calice lapidibus et elec- ^«ipHis loin, dans le même chapitre, cruces quoque etplenaria., . **l<»pidt6tw et margaritis atque electris omabis; au chapitre ui , ut «pwnitjtét lapis unus cum quatuor margaritis..,, Deinde electrum, jHŒtaquem lapis.., rursumque electrum. Le lapis de Théophile étant

monuments subftisianls.

lie INTRODUCTION.

monuments sur lesquels, à notre connaissance, on peut en rencontrer.

nécessairement un cabochon (car on ne saurait reporter l'existence de Théophile au delà du xn® siècle ), il faut bien que Velectrum soit autre chose. Le cabochon d^ailleurs n'est que d'une seule couleur; le saphir est bleu, rémeraude verte, le rubis rouge; Velectrum de Théophile, au contraire, est coloré de plusieurs couleurs ; après avoir décrit au chapitre lui la manière de disposer avec des bandelettes d'or les dessins que l'artiste veut représenter et qui forment ainsi des compartiments qu'il s'agit de colorer, il ajoute : « Hauries unum ex coloribui vUri qualem volueris.... et implMs quemcunque flosculum volueris..,. sicque fades ex singulis coloribiAS, donec pars una impleatur. • La description que Théophile donne aux chapitres lu et un de la composition de Velectrum ne peut laisser aucun doute au surplus, et les monuments qui subsistent viennent à l'appui de notre opinion, que Velectrvan de Théophile n'est autre chose qu'une pièce d'émail à cloisonnage mobile. On peut voir de ces curieux émaux sur le calice de Reims et sur la couverture du manuscrit n® 650, conservés à la Bibliothèque royale, sur la botte renfermée dans l'armoire des bijoux au Louvre, et sur les autres monuments que nous allons signaler plus loin. Dans tous ces monuments» les émaux, suivant la prescription de notre moine artiste, alternent dans la décoration avec les pierres fines cabochons, in primis stet lapis unus, deinde electrum, juxta quem lapis rursumque electrum.

De l'étude approfondie du livre de Théophile, on peut condure qu'il donnait le nom d'ekctrum plus particulièirement à la case de métal préparée pour recevoir la matière vitreuse et renfermant les dessins figurés par des bandelettes d'or ; la matière vitreuse , l'émail proprement dit , c'est pour lui , et c'est en effet , une espèce de verre préparé ad hoc : • Àcdpeomnia gênera vitri quod ad hoc opui optaveris. • Il se sert encore des mots colores vitri pour exprimer les différents émaux : « Hauries unum ex coloribus vitri, • et au chap. xn du livre II, sous le titre De diversis coloribus vitri , il s'occupe des verres colorés opaques qui entrent dans la composition des mosaïques et qui sont de véritables émaux. Le chapitre xvi du livre II, où il traite des vases d'argile décorés de peintures, est intitulé : De voêis futilibus diverso colore vitri pictis, et ces couleurs de verre qui devraient supporter la chaleur d'un fourneau de verrier, ne pouvaient être que des matières vitreuses colorées par des oxydes métalliques, de véritables émaux. Cependant lorsque Théophile indique au chap. un la manière de fondre le verre coloré, l'émail en un mot, dans les in-

ÈMAlLLEAtE SUR MÉTAUX. fir

Ces émaux sont fort rares ; fabriqués le plus ordinairement sur fond d or, ils n'ont pu échapper qu'en petit nombre au creuset de Torfévre, lorsque le goût des émaux a été remplacé, dans Tornementation des vases d'or et d'argent, par celui des SQJets gravés, ciselés et repoussés par le métal.

Notre collection possède une croix pectorale, décrite sous le n® 661 . Elle est émaillée sur ses deux faces par le procédé du cloisonnage mobile. Le style des sujets qui y sont représentés et les inscriptions grecques qui s'y trouvent indiquent positivement son origine ; la forme des lettres et le caractère de la peinture dénotent un travail fort ancien, qui doit remonter au x^ ou au xi^ siècle.

En dehors de notre collection, on verra à Paris : A la Bibliothèque royale, 1° l'épée, la plaque de manteau et les abeilles trouvées en 1653 dans le tombeau de Childéric, à Tournai.

Un travail de sertissure assez grossier forme, sur la plaque de manteau et sur la chape du fourreau de l'épée, une espèce

terslices que présente Velectrum^ il donne encore à ce chapitre le titre : DeeUdro; lorsque Témail est fondu et a rempli ces interstices, la pièce ainsi achevée prend encore le nom d'electrum {depoliendo dectro). Tel est, en effet, le titre du chapitre où il enseigne à polir Témall. Théophile appliquait donc le nom d'electrum à la pièce de métal disposée à recevoir la matière vitreuse, et il donnait encore ce nom à la pièce, lorsque cette matière y adhérait par la fusion. Ce mot d'electrum lépond donc parfaitement au mot d^émail dans le sens que nous en lendoDS lorsque nous l'appliquons à une pièce de métal émaillé.

Les Toscans n'auraient pas mérité d'être vantés par Théophile, s'ils

i^aTaient su faire que des pierres fausses cabochons ; c'est parce qu'ils

bbnqoaient sans doute de ces charmants émaux que nous avons

ÂÇkaiés, qui étaient chatonnés à l'instar des pierres précieuses et

^ternaient avec elles, qu'il a dit dans sa préface, en adressant à

^ âève le traité qu'il venait d'écrire : « Quam si diligentius per-

*c»item, illtc inventes.,., quidquid in electrorum operositate novii

H. de L'Escalopier a traduit là e/ectnin par incrustations : c'était bien cela, mais cependant le mot est trop vague ; il fallait dire : la srience des Toscans dans la fabrication des émaux incrustés.

d'échiquier, dont les interstices sont remplis par des émau3C colorés translucides. Dans la plaque de manteau, les émaux n'ont pas de fond et sont à jour.

2° Un plateau creux en or, de forme oblongue ; il est décoré d une bordure présentant aux angles des trèfles et sur les parties droites des losanges, qui sont rendus par de petites bandelettes d'or contournées et posées sur le fond. Ces ornements sont remplis par de l'émail grenat, qui a beaucoup d'analogie avec celui des pièces provenant du tombeau de Childéric. Une croix traitée de la même manière existe au centre du plateau.

On a trouvé ce plateau, il y a peu de temps, enfoui dans la terre, prèsdeGourdon, dans le département de la Haute- Saône. Des pièces d'or à l'effigie des empereurs grecs Anastase I" ( f 6 1 8 ) et Justin ( f 627 ) ont été recueillies avec ce plateau.

3^ La couverture d'un manuscrit nouvellement acquis ( ms. , suppl. latin, nM118).

Quatre petits émaux cloisonnés, figurant un fleuron, accompagnent une pierre à chacun des angles du plat supérieur de cette couverture, et servent d'écoinçons à des reliefs en or soigneusement travaillés. Les couleurs employées sont le blanc opaque, le bleu clair et le vert semitranslucide. M. ChampoUion-Figeac, dans la description qu'il a donnée de ce manuscrit S pense que le beau travail de sa couverture remonte au moins au \if siècle, et le regarde comme une production de l'art byzantin.

4° La riche couverture d'un évangéliaire du xf siècle, écrit en lettres d'or sur vélin pourpre ( n? 650, suppl. latin ) .

Le plat supérieur de cette couverture renferme une belle plsr que d'ivoire sculptée en relief, qui est encadrée dans une riche bordure d'or composée de deux bandes chargées de pierres fines cabochons et de perles; entre ces deux bandes sont placées de chaque côté cinq petites plaques en émail cloisonné, serties sur la couverture commis les pierres fines. Ces émaux, qui

(1) Revue archéologique, 2^ année, p. 89.

ËMÂILLERIË SUR MÉTAUX. 119

figurent des ornements variés, sont absolument traités dans la manière indiquée par Théophile ; seulement ils n'ont pas le petit encadrement d'émail, qui, on le conçoit, n'était pas indispensable à l'établissement de la pièce. Les couleurs employées sont le rouge et le blanc opaques, le bleu, le vert et le jaune semi-translucides. Tout indique que cette couverture est d'une époque voisine de la confection du manuscrit. On ne saurait lui donner une date postérieure au xii^ siècle. 5^ Le calice de Saint-Remi, de Reims, en or pur, relevé d^émaux et de pierres fines ^ Les émaux, où sont figurés de jolis ornements et des fleurons, alternent sur la panse de la coupe, sur le nœud et sur le pied avec des cabochons. Ce calice appartient au xu® siècle.

6** Un médaillon de forme ronde représentant la Crucifixion, Le travail en est très fin ; les carnations des figures sont en émail couleur de chair ; un feuillage blanc se détache sur le fond, qui est d'un bleu très foncé. Le bleu clair, le blanc et un émail incolore sont employés dans les vêtements et dans les accessoires. Ce monument paraît ôtrc de travail italien; l'inscription INRI, placée au-dessus de la tète du CSirist, ne permet pas de le regarder comme grec; il peut dater du xm^ siècle.

Au musée du Louvre , une boîte recouverte de lames d'or, qui a dû servir à renfermer un livre de prières. La Crucifixion, exécutée au repoussé sur une feuille d'or, occupe le plat supérieur de cette boîte. Ce sujet, placé sous une arcade plein cintre soutenue par des colonnes, est encadré dans une large bordure où se trouvent de très beaux émaux cloisonnés. Aux angles il y a des plÉi^es carrées où les symboles des évangé- Ufttes sont représentés. L'aigle et le lion se détachent sur imfond d'émail, l'ange et le bœuf sur le fond de la pièce d'or, «pd est champlevée dans la forme extérieure des figures pour wcevoir le cloisonnage qui exprime les détails intérieurs du iessin. Dans le surplus du champ de la bordure, les émaux f^ntent des ornements et sont mêlés à des cabochons. Le

(l) On peut en voir la gravure et la description dans les Annales '^\Mo(f\qms, l. Il, p. 363.

style de ce mouumeut indique le commencement du xi^ siècle.

A Munich : dans la Bibliothèque , V la couverture d'un évangéliaire (ms. n° 37), enrichi de miniatures, dont Tune représente l'empereur Henri II (f 1024) et safenmieCunégonde. L'ais supérieur de cette couverture est décoré d'une plaque d'ivoire sculptée en relief, qui est encadrée dans une large bordurfkd'or, rehaussée de cabochons, de perles et d'émaux. Aux angles, des médaillons renferment les symboles des évangélistes; douze autres médaillons, distribués dans les intervalles , reproduisent à mi -corps Jésus et onze apôtres. Tous ces médaillons sont finement exécutés en émaux cloisonnés. Les vêtements resplendissent de diverses couleurs, les carnations sont en émail rosé. Les minces filets d'or du cloisonnement tracent en caractères grecs , au niveau de l'émail, le monogramme du Christ et les noms des apôtres. UneiMcription en lettres majuscules romabes. gravée sur un listel qui borde l'ivoire, indique que cette couverture a été exécutée par l'ordre de l'empereur Henri II.

2® Une boîte très riche en forme de couverture de livre, renfermant un évangéliaire du xii® siècle (ms. n® 35). Le plat supérieur de cette couverture est revêtu d'une feuille d'or relevée en bosse où le Christ est représenté dans l'action de bénir. Le nimbe du Christ, de même que l'alpha et l'oméga qui accompagnent sa tête, sont en émail cloisonné. Dans la bordure, qui encadre cette figure, se trouvent deux médaillons traités de la même manière ; dans l'un le Christ, dans l'autre la Vierge avec une inscription latine. I^s émaux employés sont le bleu foncé, le bleu clair, le blanc c^ le rouge ; les carnations sont en émail rosé.

A Vienne : dans le Trésor impérial, V la couronne de Charlemagne. Elle se compose de huit plaques d'or, quatre grandes et quatre petites, qui sont réunies par des charnières. Les grandes, semées de pierres fines cabochons, occupent le devant, le derrière et les deux points intermédiaires de la couronne; les petites, alternant avec les grandes, renferment des figures émaillées : Salomon; David; le roi Ézéchias, assis sur son trône, ayant devant lui le prophète Isaïe; et le Christ assis

ËMAILLËRIË SUR MÉTAUX. 121

entre deux séraphins ardents, tels que les Grecs sont dans lusage de les représenter. Les costumes des personnages se rapprochent de celui des empereurs du Bas-Empire, et bien que les inscriptions qui accompagnent les figures soient en latin, tout indique là un travail grec * . Les figures se détachent sur le fond même du métal, qui a été fouillé pour recevoir l'émail ; mais tous les détails intérieurs des traits du dessin sont exprimés par le procédé du cloisonnage mobile avec de fines bandelettes d'or rapportées sur le fond. Les carnations sont en émail rosé ; les couleurs employées dans les vêtements et les accessoires sont le bleu foncé, le bleu clair, le rouge et le blanc. Il est constant que cette couronne a été remaniée à différentes époques, mais rien ne vient contredire la tradition qui fait remonter à Charlemagne ses parties les plus anciennes. Les énuuLX doivent être de son époque.

T L'épée de Charlemagne. Le fourreau, entièremeiljffevétu d'or, est enrichi dans toute sa longueur d'une suite dé losanges ; celui du haut encadre une aigle éployée, les autres des ornements variés, exécutés, comme laigle, en émail cloisonné. 3® L'épée dite de Saint-Maurice. Le fourreau, en or, représente des figures repoussées, séparées par des bandes d'ornements en émail cloisonné. La qualification donnée au monument est très contestable, mais il porte un cachet fort ancien. * A Venise : la célèbre PaUa d'Oro de l'église de Saint-Marc. La description de ce devant d'autel, le plus magnifique et le plus considérable monument de l'art de l'émaillerie au moyen âge, nous entraînerait beaucoup trop loin, et nous devons nous fcnfermer dans oe qui s'applique au mode d'exécution des émaux*.

Le contour extérieur des sujets et des nombreuses figures <1« cette table a été préalablement tracé sur une épaisse feuille ^'or, et tout l'espace que les sujets ou les figures devaient

^t) Cette couronne a été gravée par Villemin, Mon. fr, inédit,, pi. 19. peut en lire la description dans le texte de M. Pottier, 1. 1 , p. 13. C"2) On peut voir une très belle reproduction de ce monument dans vrage de M. Du Sommerard, Albuniy pi. coloriées xxn et xxui de

série.

remplir fouillé profondément; dans ces petites cases ainsi préparées, tous les linéaments du dessin ont été formés par de petites bandelettes d*or très minces, et les émaux fondus dans les interstices, par les procédés que Théophile nous a fait connaître. C est ce dont on peut se convaincre en examinant quelques parties détériorées du monument.

Les carnations des figures sont exprimées en émail rosé ; les autres émaux sont le bleu foncé, le bleu clair, le vert, le rouge vif, le brun rouge et le blanc.

Quant à lorigine grecque du monument, elle est indubitable. Au témoignage de tous les anciens historiens de la république vénitienne, Pierre Orseolo P', qui fut nommé doge en 976, fit restaurer les édifices incendiés par le peuple, lors du meurtre de Pierre Candiano IV, son prédécesseur. Il fit venir à cet effet deConstantinople des architectes, quiconmiencèreut la coQilpiction de l'église Saint-Marc^ ; et, pour décorer le grand autel, il commanda la PaUa d!Oro aux plus habiles artistes de cette ville. Elle ne fut apportée à Venise qu'en 1 102, sous le doge Ordefallo Faliero, dont le portrait y fut ajouté à cette époque.

Cicognara, par un amour national excessif et peu éclairé, a revendiqué pour l'Italie Thonneur d'avoir exécuté la PaUa d'Ch'o ; mais il faut plutôt en croire les anciens auteurs qu'un écrivain moderne, et, sur ce point, Morosini, Sabellicus et Justiniani, écrivains du xv^ siècle, Sansovino et Tiepolo, qui écrivaient au xvi^, ne laissent aucun doute ^; Emeric Da-

(1) « SikccedvÀo poi Vincendio di parte délia ckiesa e dd Palagio DuccUe^ quando fu dal popolo ucciso Pietro Candiano, daJPietro Orseolo per la redificatione, da Costantinopoli furono chiamati i piu eccellenti archi^ tetti che vi fossetOy et con molta solennità restarono, alla presenza del Doge, e di Pietro Malfatto vesœvo délia ct7à, gettate le fondamenta, » Paolo Morosini , Historia délia città e republica di Venetia, lib. IV. In Venetia, mdcxxxvii, presso Baglioli.

(2) « Tabulam ad hœc ex auro Bizantii mira arte conflatam eodem tu- Iulit : Hlatamque ad aram maximam solemni dedicatione statuU. • Antokii Sabellici Rerum Venelarum, etc. VenetiiSy MCCccLXxxvn, lib. IV, primœ Dec.

- Pietro Orseolo Doge, chi fu l'anno 976, ordino che fosse questa Pala

ÈMAILLERIE SUR MÉTAUX. 123

?id* et M. Du Sommerard* ont combattu l'opinion intéressée de Œcognara.

U est certain que la Palla a été restaurée plusieurs fois, et

qu'à différentes époques on Taenriehie de pierres précieuses'.

Des artistes italiens ont bien pu alors y travailler; mais ses

émaux et ses plus anciennes parties sont dus à des artistes

grecs, et remontent au x® siècle et au xi®.

 Cologne : la châsse des rois mages.

La face, sur laquelle est placée la grille qui laisse apercevoir

les trois chefs des mages, est bordée d un listel décoré alterna-

tifement d*une plaque couverte de pierres cabochons et d'une

plaque d'émail à ornements cloisonnés en or. On sait que ce

magnifique reliquaire fut fait par les ordres de l'archevêque

Philippe de Heinsberg. Il est à remarquer que sur les faces

longitudinales du monument chacune des arcades trilobées de

l'étage inférieur et chacune des arcades plein cintre tia l'étage

sopérieur est découpée dans un seul morceau de métal enrichi

d'émaux champlevés.

A Âix-larChapelle : la grande chÀssede Notre-Dame, donnée à la cathédrale par Frédéric Barberousse ( 1 1 52 f 1 1 90 ) . Le soubassement du monument, sa bordure d'encadrement

MriccUa a Constantinopoli per Veccellenza degli artifici, che cUl'hora fi^vano in queW imperio; e ridotta a perfettione con lunghezza di molti ^ni per diversi acddenti, fu condotta a Venetia sotto Ordefallo Faliero ^ge, che visse ranno 1102, ecoUocata su Valtare,» Fran. Sansovino, ^^netia ciità nob, e singolaredescritta. In Venetia, MDcini, cap. xxxix. « Tabulam auream ad omatum magnœ arœ apud ConstanHnopolim ^^^anli opère fabricandam cwravit. > Justiniani.

(1) Histoire de la peinture. Paris, 1842, p. 83.

(2) Les Arts au moyen âge, t. III, p. 142 et 330, et t. IV, p. 61.

(3) • NeWanno 1209 sotto Pietro Ziani Doge, fa rinovata {la PaUi) da '^ngelo Faliero procuratore délia chiesa, aggiungendole diversi oma- •*»e?itt di gioie e di perle. Ma Vanno 1345, sotto il principato di Andréa -^fMndolo, si ristaurà di nuovo e vi si accrebbero diverse gemme di preggio

queste due inscrittiofii che vi si leggono, » Sansovino , Venetia k, etc., cap. xxxix; cl plus loin, chapitre xl, on lit: « Trovasi ^uesta Pala di lame d'oro massiccio, con figure alla greca faite di smalto

et les arcades angulaires de l'étage inférieur sont formés par un listel composé alternativement de pierres fines et de plaques d'émail. L espace que devait remplir Témail a été fouillé sur des feuilles d'or, et les dessins ont été tracés, par le procédé du cloisonnage mobile, dans ces petites cases ainsi préparées.

Jusqu'à présent nous n'avons signalé que des émaux sur or ; les émaux cloisonnés s'exécutaient également sur cuivre. Nous citerons en ce genre une très belle plaque conservée dans la collection de M. le comte de Pourtalés-Gorgier ; elle était probablement appliquée sur l'un des ais d'une couverture de livre. Saint Greorges y est représenté debout, armé d'une lance dont il perce le dragon étendu à ses pieds ; son bras est protégé par un bouclier orbiculaire ; le siûnt est revêtu de la cataphracte antique, recouverte d'une chlamyde i^raféesur l'épaule; un cheval occupe le côté droit du tableau. On lit sur le fond plusieurs inscriptions en caractères grecs.

Cet émail a 16 centimètres de largeur sur 19 centimètres de haut. Le contour extérieur des figures est tracé par un filet de métal d'environ 2 millimètres de largeur ; les détails intérieurs du dessin le sont au contraire par des fils d'une ténuité extrême. Quelques détériorations laissent parfaitement apercevoir que les traits de métal qui expriment le dessin du sujet ne tiennent pas au fond. Les carnations sont en émail d'une coloration de chair assez naturelle ; les émaux employés dans les vêtements, les accessoires, sont très variés de couleur. L'émail est encadré dans une bordure en cuivre repoussé et ciselé, présentant des entrelacs capricieux dans le style oriental et des médaillons qui renferment des figures de saints, dont les noms sont inscrits en lettres grecques.

L'origine byzantine do ce monument est incontestable ; il paraît appartenir au ix® ou au x^ siècle.

A ces monuments que nous avons examinés * , on peut join-

(1) Nous n'avons pu donner à Texamen de ceux de ces objets qui existent à Tétranger qu'un temps beaucoup trop court, et souvent même il a fallu nous contenter de les voir à travers une glace. Quant à ceux qui existent à Paris, à la Bibliothèque royale et au Louvre, Tinépuisablo complaisance de MM. les conservateurs nou;> a permis

ÊMAILLERIE SUR MÉTAUX. 125

dre un bijou en or conservé dans le Muséum Âhsmolean, à

Oxford, et qui a été découvert en 1 696, près de l'abbaye d'An-

telney, dans laquelle Alfred le Grand s'était retiré après avoir

été vaincu par les Danois en 878. M. Albert Way, l'un des

archéologues les plus instruits de l'Angleterre, en a donné la

description accompagnée d'une gravure qui reproduit le dessus ,

le dessous et la tranche de ce bijou ^ L'inscription aelfred

MEC HEHT GEWRCAN (Alfred ordouua que je fusse fait), qui

se trouve sur l'épaisseur de la pièce, laisserait peu de doute

SOT l'origine qui lui est attribuée. L'émail placé sur le dessus

est exécuté par le procédé du cloisonnage mobile; il reproduit

une figure dont il est difficile de déterminer le caractère. Les

carnations sont en émail blanchâtre ; les couleurs employées

dans les vêtements sont le vert pâle et le brun rouge semi-

traaslucides; le fond est bleu. Le bijou est terminé par une figure

d'animal, en filigrane d'or, qui a tous les caractères du style

oriental.

La connaissance de ces monuments peut nous permettre caractère* de résumer les caractères généraux des émaux cloisonnés. . généraux

'^ .des cloi80DOf«.

Ces émaux sont renfermés le plus souvent dans une petite caisse de métal, où les figures sont exécutées en émail, de niême que le fond sur lequel elles se détachent, les traits du dessm étant seuls exprimés, dans cette petite caisse, par des bandelettes de métal rapportées sur le fond. Quelquefois c'est kinétal qui sert de fond au tableau : dans ce cas, tout l'espace ^e les figures ou le sujet occupent a été champlevé sur la plaque de métal, et les traits du dessin ont été rendus par de fines bandelettes de métal dans cette partie champlevée ; c'est ^sique sont faites deux des encoignures de la boite du Lou- ^. Les carnations sont toujours reproduites par de l'émail que Vartiste a cherché à rendre autant qu'il l'a pu de la couleur

<i« les interroger autant que bon nous a semblé, de fouiller, à Taidc Ae \a loupe, leurs parties endommagées pour apprécier le mode de W fabrieation, et de nous assurer qu'ils sont bien établis suivant les procédés indiqués par Théophile.

(\) The ArchaeoU)gical journal. June, 1845.

Il > Il i^îTi III I oves esc crè» nàte : les ioycMijùMg ift bliBB. le n»^ vi{^ le bnm .e ôicKiâair. ievcn. lejasiie. le TÛrfet. ioa.i«cî» oMr. Lghimir- le noir. le Uen

yB€M -M» m tiâHiia oB âxA«fc sur les objet» Mac Juwsiti-i A tMiiAii. x nâriar des {Bares l^MMeile» i^i» jÉkmoHnt Cik petites ^aqnn

m 4te pmHvses i P"*- il «n est résulté q«e

IB <j^ <am «[iiiiijiwi à roLUMeamnoa de piéen t pMV- WMMtleH-eilastt'aninBtpas été spédaleiUBt TÙbnt(iieeB. Aiuwi nHuwiuiv-v— ik tias «noux grecs nr dn uwBmneniB ànm,-»». :cau«Bi' ^>« aUnnamb. « l'I^ ée ees m.inimiHnr» a «K p«»BMUtia>a- OB gatiiB flerteîn po«r déCepuiiiur l ikiitt lii» omHx. >fin rsmoDKBt som^tt à des tceaps

LiM (Muox oiuùuuiiw jKt judt «i'ime gnnde bre^ eC ont v-t)a«u«ru « l'omtMSiMWBaKS lioôjett de tntfe sovte. TMe~ piitl» tavttv ['<d««ti tàen aai{tHi il Miresae » Dii ifàm wm (B-atMi «.iwtru"a à m liwwnr smb lis instniiirats ds (nhe et dt.> I& litunpV' ~ Crtcvs •futunir i* pif^arta et tnctomm piff^ornm «Tifnti. «imm <jp«r« •.■km Ty"*-T «f aMiryeriWi «ijer eùn.trt4 •.•rmtôa ' ' Ltf» 4pw». \h» amsodiu» . ks TMoiMntB iii^u<# MUMUt <Mnctti» ti «iBa«x ife ce Keine ; les gants qui l'ont parti» du owiume impvml de Chsrlmiacne. ronserré dai» le Trvawr dw Vieaite. mm hrede* de perler et ornés de [H-titf» ('laifut^ d'ieauùl clt^tsuojK

Oa a \u ^ui^ le» pw«vt» ràuiUées p«r le pn>««dé du cloison- HAgy ini>tiik> nwviftieBi de Tfavopbile. aïo ui* siècle, le dihq bttiu tU< nntnim; nuu» avons dà leofawvber qael nom on lenr

I ) lljit'. LN . Iil>. m. E>). <W V. >Ip L'E-^.'ïlopier. p. 199.

ËMÂILLERIE SUR MÉTAUX. 127

donnait en France, pour les distinguer des autres sortes d'énumx. Quelques énonciations portées dans les anciens inventaires nous ont donné à penser que les cloisonnés ont reçu, josqu'à la fin du xvf siècle, le nom d'émaux de plique, et par corruption de pUte * .

Nous trouvons en effet dans les vieux inventaires du xrv^ ao x\f siècle des émaux, en petit nombre, désignés sous ces noms, et dont la description ne peut se rapporter qu'aux cloisonnés. On lit, dans l'inventaire du duc de Normandie, de 1S63 * : « Une aiguière d'or semée d'esmaulx de plique, de

* rubis et de menues perles. » Dans l'inventaire des joyaux de Qiaries V, de 1 S7f * : « Ung calice d'or qui a la tige esmaillée

* de France et le pommeau semé d'esmaulx deplite. — Couppe

" d'or sur ung hault pié. . . semée d'esmaulx de plite, garnie de

- grenats et de saphirez. — Couppe d'or toute esmaillée d'es-

" niaulx de plite, et a une annonciacion Notre-Dame au fons

• dedans. — Ung bien grant ymage de Notre-Dame. . et a une

■couronne d'esmaulx de plite et de menue pierrerie. — Une

" setnture. . . et sont la boucle et le mordant d'esmaulx de

-plite.» Dans l'inventaire de Charles VI, de 1399*: «Une

• couppe d or, a tout son couvescle semé par dehors d'esmaux " de plite et garnie de rubis d'Alexandre, d'esmeraudes et de

• perles. I. Et enfin dans l'inventaire fait après la mort de ™ïlïi II, en 1 560 <^ : *« Ung cofiEre d'argent doré enrichy d'émail

• *^ basse taille et déboutons d'émail de plicque. — Ung bon- " *^t de veloux noir gamy de perles et de boutons d'émail de " P*icque. — Épée à l'antique ayant la garde, la poignée et le " 'H^'Ht d'émail de plique. »•

C ^ Le mot plique ne viendraitril pas de applicare, appliquer, met- ^'^—^ parce qu^en eiïet les dessins, dans les cloisonnés, sont expri-

par des bandelettes d'or appliquées, posées sur le fond, et non *^ tiar des filets de métal tenant au fond, pris aux dépens du fond ^^^e de la pièce, comme dans les émaux champlevés? ^ ^ i Ms. Bibl. roy., fonds Mortemart, n° 74. ^^^ Idem, d9 8356, fol. 31, 35, 48, 23! et 243. ^ "^^ Idem, fonds Mort., n® 76.

^ ^ ) Idem, n* 9501 , 3 Lancel.

Ainsi les émaux de plique ne décorent, le plus ordinairement, que des vases d'or ; ils ne sont pas incrustés dans le métal, mais semés extérieurement sur les vases, et ne peuvent par conséquent y être fixés que par un chaton ; ils sont accompagnés de pierres fines et de perles. On retrouve donc dans ces émaux de plique tous les caractères qui distinguent les émaux cloisonnés : la description qu'en fournissent les vieux inventaires pourrait convenir aux émaux du calice de la Bibliothèque royale, ainsi qu'à ceux qui enrichissent les couvertures de livres que nous avons cités et les gants du costume impérial conservé à Vienne.

n est une remarque à faire, c*est que lei émaux cloisonnés, qui étaient fort en usage au xif siècle, commencèrent à être moins employés au xm®, et furent remplacés au xiv® par les émaux translucides sur relief. Elh bien, dans les inventaires du XIV® siècle, les émaux de plique sont déjà rares, et ils se trouvent principalement appliqués à la décoration des calices d'or, qui, par leur destination, avaient échappé à la refonte plutôt que les pièces de vaisselle. Enfin, lorsque dans ces inventaires on énonce, à la suite de la description d'une pièce, qu'elle a été faite sur l'ordre du roi ou du prince dont on décrit le trésor, jamais cette pièce nouvelle n'est ornée d'émaux de plique. Ainsi ces émaux ne se faisaient plus au xiv*^ siècle ; ils n'existaient que sur des pièces qui remontaient au moins au siècle précédent. Tout vient donc à l'appui de cette opinion, que les émaux de plique n'étaient autre chose que les émaux cloisonnés.

Émaux On trouve encore, dans les inventaires que nous venons de piiqoe ^^ citer, dcs émaux désignés sous le nom à' émaux de plique à Jour, Voici comment ils sont décrits : « Une très belle couppe ** d'or et très bien ouvrée à esmaulx de plite à jour et est le » hanap d'icellc à esmaulx à jour * . — Ung coutel à manche *> d'ivyre. .. et a en la lemcUe dudit coutel une longue roye à - esmaulx de plite ouvrée à jour*. •»

Ces émaux de plique à jour n'étaient autres que des émaux

(I) Invmtairede Charles K, fol. 48. (2) Idem, fol. Î48.

ËMAILLERIB SUR MÉTAUX. 129

cloisonnés sans fond, des imitations de pierres transparentes, qui étaient montés à jour ou fondus dans les interstices d'un réseaa d or à compartiments.

Benvenuto Cellini , dans son TVaiié de V orfèvrerie , raconte que François I^ lui montra une belle coupe, en le consultant sur les moyens qui avaient été employés pour la fabriquer. A la description que donne Cellini de cette coupe, on reconnaît quelle était, comme celle du trésor de Charles V, outrée à esmaulx depliie à jour, •* Le roi, dit Cellini, me montra •> une coupe à boire, sans pied, faite en filigrane et ornée do - gracieux petits feuillages qui allaient se jouant «autour de '* divers compartiments dessinés avec art ; mais ce qui la -rendait surtout admirable, c'est que tous les vides des • compartiments et ceux que laissaient les feuillages avaient « éié remplis par Tartiste d'émaux transparents de diverses « couleurs * . «* Cellini explique ensuite de quelle manière il suppose que ce genre de travail a été exécuté. Il est inutile d'entrer dans tous les détails qu'il donne ; il nous suffit de dire q[Qe des bandelettes d'or formaient les divers compartiments entre lesquels étaient fondus les émaux. La plaque de manteau trouvée dans le tombeau de Childéric, et la bdle coupe au centre de laquelle est représenté Chosroès, roi de Perse (531 f 579), qui sont conservés à la Bibliothèque royale, ont été faits par un procédé analogue, ot leurs émaux ne sont autres que des émaux de plique ijour.

Arrivons maintenant aux émaux champlevés. Émaux

Comme dans les émaux cloisonnés, un trait de métal vient ^""p*^^former à la surface de l'émail les linéaments principaux du ^in; mais ce trait de métal, au lieu d'être disposé à part ^ rapporté ensuite sur le fond de la plaque qui doit recevoir ^matière vitreuse, est pris aux dépens même de cette plaque. Ainsi, après avoir dressé et poli une pièce de métal dont Procédés TéçtoBseur varie de I à 5 miUimètres, l'artiste y indiquait ^* ^«^^^^^^^^ toutes les parties de métal qui devaient affleurer à la surface

(1) B. Cellini, Trait, deZi' oref,, cap. ni.

de rémail pour rendre le trait du dessin de la figure ou du sujet qu'il voulait représenter; puis, avec des burins et des échoppes , il fouillait pi^ofondément tout l'espace que les diiTérents émaux devaient recouvrir. Dans les fonds ainsi champlevés, il introduisait la matière vitrifiable, soit sèche et pulvérisée, soit à l'état pâteux auquel elle était amenée au moyen de l'eau ou d'un liquide glutineux. La fusion s'opérait par des procédés semblables à ceux que nous avons indiqués pour les émaux cloisonnés.

Souvent les carnations et même les figures entières sont exprimées par le métal : dans ce cas l'artiste gravait préalablement en creux tous les traits de détail sur les parties réservées.

Lorsque la pièce émaillée était refroidie, on la polisBait par des moyens analogues à ceux que Théophile indique dans son chapitre intitulé De poliendo electro. Ensuite , si Texcipient métallique était de cuivre, on appliquait la dorure sur toutes les parties de métal réservées à la surface de rémail» et la pièce était de nouveau présentée au feu. La température nécessaire pour fixer la dorure, composée d'un amalgame de mercure et d or moulue étant très modérée, les incrustations d'émail n'avaient à souffrir en rien de cette nouvelle exposition au feu *.

Queiquesémaux Tous les émaux de la collection catalogués sous le n^ 663, *^**^J|JJ^" et les suivants jusqu'au n° 684, sont traités par le procédé du champlevé. Ces émaux sont beaucoup moins rares que ceux à cloisonnage mobile, et il serait superflu d'en indiquer d'autres, si nous n'avions à nous servir de quelques monuments de cette nature, étrangers à la collection, dansTexar men que nous aurons à faire plus loin de diverses questions soulevées sur l'émaillerie du moyen âge.

Nous signalerons donc à Paris :

A la Bibliothèque royale, quelques pièces émsûUées de l'épo-

(1) Theopbili Diversarwn arivum schedula, lib. III, cap. xxxvii.

(2) Consul 1er à ce sujet V Essai sur les êmailleurs de Limoges , de M. Tabbé Texier. Poilier??, 1813, p. 160 et suivantes.

ËMAILLERIË SUR MËTÂUX. |31

quegallo-roinaine, trouvées dans le nord de la France depuis Érreni jusqu'à Bavay : ce sont des fibules et des boutons duirgés d'émaux opaques rouges, blancs et bleus; ces deux dernières couleurs parfois disposées en échiquier.

Au Louvre, la belle coupe provenant de l'abbaye de Montmajonr, près d'Arles, et portant, chose bien rare, le nom d'Alpaisqui l'a faite, et la désignation de Limoges, où tra- TaiHait cet habile ouvrier : Magiter [sic] : G : Alpais.me : Fecil : làmicantm. Elle appartient au xni* siècle.

Au musée de l'hôtel de Cluny , les deux plaques du xif siècle représentant, Tune, le moine Etienne de Muret, fondateur de Tordre de Grandmont, conversant avec saint Nicolas; l'autre, qui fiuBait pendant à la première, l'Adoration des rois. Suivant M-FabbéTexier, elles faisaient partie de l'autel émaillé de Gnadmont, vendu en 1 790, comme vieux cuivre, à un chaudronnier; elles dataient donc de l'érection de ce monument, cxéeaté en 1165 ^. Ce qui est certain, c'est que saint Etienne de Muret a fondé en 1073 l'ordre de Grandmont, et qu'il a Mottonisé en 1 188. Conune il est représenté sans le nimbe Vii désigne les saints, il faut que l'émail ait été fait avant sa ionisation ; la date de la confection de ces pièces est donc 'enfermée entre les années 1073 et 1 188.

A&ttnVOmer :

^Q^dusée, le pied de croix du xf au xn*^ siècle, provenant *'«''*bbaye de Saint-Bertin».

^^8 le musée, le portrait en pied de Geoffroi Planta- *'^» comte d'Anjou, mort en 1151. Cette belle plaque, de

'^titimèires de haut sur 33 de large, ornait autrefois le ^**^^u de ce prince dans la cathédrale de la ville du Mans,

^^t ^tre d'une époque rapprochée de sa mort'.

J" iâ. Tabbé Texieb, ouvrage cité, p. 72.

y ) ^Ile est reprodaite dans VAWum de M. Du Sommerard, 2* sé- ^^]^. xxviii.

v'^ ^lle a été publiée dans V Album de M. Du Sommerard, 10* série,

A Poitiers :

Au musée, une plaque de Tépoque gallo-roniaîne, en cuiyre doré, incrustée d'émaux bleus. Une autre plaque récemment trouvée au sommet' du mont de Jouer, prés Saint-Goussaud (Creuse), avec des médailles portant Texergue : PhiKppus

A Vienne :

Dans le cabinet impérial des médaiUes et des antiques [Dos k. k, Mûnz-^und Antiken-Kabinet), parmi plusieurs belles pièces romanes, deux grandes plaques. L'une a dû seirir à lomementation de la couverture d'un livre ; le Christ y est représenté bénissant : sa tête est accostée d'un alpha et d'un oméga défigurés par une espèce d'appendice qui les surmonte; l'autre représente la Crucifixion : au-dessus de la croix* la main de Dieu le père sort d'un nuage pour bénir son file supplicié.

En Angleterre :

Le beau vase, découvert en 1834 dans une sépulture maine du comté d'Essex, décrit par M. Gage, dans le XXV^ volume de VArchaeologia.

L'anneau d'or d'Ethelwulf, roi de Vessex (8S6 f 8S7 conservé dans le British Muséum *.

La belle crosse publiée par Villemin', comme attribuée ^ Ragenfredus, évêque de Chartres (f 960). Cette curieu»^ pièce, qui se trouve actuellement dans la collection de sir* Samuel Meyrich, à Goodrichcourt, est signée : Frater Willel- Mus ME FEcrr. En l'attribuant à Ragenfiroid, on en ferait remonter la confection à la moitié du x^ siècle, ce que l'examen du monument ne permet pas d'admettre. M. André Pottier fait remarquer, dans la savante description qu'il en adonnée, que le Goliath représenté dans l'un des compartiments du pommeau est revêtu de l'armure des guerriers du xi* siècle. Il trouve aussi une similitude évidente entre les feuillages de

(1) M. Pabbé Texibr, ouvrage cité, p. 16.

(2) Gravé dans le n® de juin 1845 de VÀrchaeologieal jùumaJ, (S) Monuments français inédits, 1. 1, p. 21, pi. xxx.

ËMÂILLËKIË SUR MÉTAUX. ia.1

la décoration et ceux tirés dun manuscrit grec que Villeinin a gravés sur la môme planche. M. Adrien de Longpérier, dans un excellent article sur quelques monuments émaillés ^ reconnaît que les costumes des personnages qui y sont représentés et les attitudes sont entièrement semblables à ce que Ton remarque dans la tapisserie de Bayeux; il n'y a pas, ajoute-i-il, jusqu'aux inscriptions qui n'offrent de l'analogie avec celles brodées par^ la reine Mathilde. M. Albert Way, qui a pu examiner tout à l'aise ce beau monument de la collection de son compatriote, ne croit pas devoir lui assigner one date antérieure au xif siècle*. Nous ajouterons aux obsenrations de ces érudits que dans les vêtements des nombreux personnages répandus sur le pommeau de la crosse, on peut remarquer des teintes différentes d'émail juxtaposées Bsns séparation de filet de métal, ce qu'on ne rencontre jamais dans les émaux du x^ siècle. On ne peut donc se servir de ce inonoment pour prouver l'existence d'émaux champléves au X* siècle.

Maintenant nous pouvons caractériser ainsi les émaux ^(lamplevés.

Qs sont presque constamment exécutés sur cuivre. Le peu caractères ^^ prix de la matière permettant d'employer des plaques j^*** *^ ^one assez grande dimension, ces émaux ne sont pas seu- cbampieTén. ^^ment, comme les émaux à cloisonnage mobile, attachés à

pièces d'orfèvrerie comme objets d'ornementation ; ils forcent au contraire, le plus souvent, des monuments entiers i, à raison de la profondeur du champlevé et de l'épaisseur l'émail, présentent une grande solidité et des couleurs térables. La matière vitreuse est mise en œuvre de deux iëres : tantôt elle colore les carnations, les vêtements et fonds ; le métal qui affleure à la surface ne sert alors qu'à r les linéaments principaux du dessin ; tantôt elle est loyée seulement à colorer les fonds, et à encadrer les fe& qui sont rendues par une fine gravure sur le plat dui doré, ou ciselées en relief.

(0 ^ CehvMi de Vamateur et de Vantiquaire, 1. 1, p. 1 19. i^y ^^ ^rchaeologkal journal, June^ 1845

Sans aller jusqu'à prétendre que les émaux de la première manière n'ont pas été exécutés au delà du xn^ siècle, il est certain que le mode de colorer les carnations par un énuûl approchant du ton de la chair, et d'employer les couleurs dans les vêtements, était particulier aux xf et xîf siècles, et qu'il signale incontestablement les émaux de cette époque. On en trouve la preuve dans le portrait de Geof&oi Plaatagenet et dans les plaques du musée de Œuny, provenant de Tautel de Grandmont, dont la confection a une date incontestable.

Cette manière de traiter les carnations doit être attribuée à l'influence des artistes gréco-vénitiens, établis à Limoges au xi^ siècle, comme on le verra plus loin. Et nous en trouvons la preuve dans ce fait qu'aucun émail, dont l'origine grecque ne saurait être contestée, n'est exécuté autrement. Ainsi dans les émaux qui décorent la Palla d'Oro de Saint-Marc de Venise, dan^ ceux de la couverture du manuscrit de Munich, que fit faire l'empereur Henri II, dans la plaque appartenant à M. le comte de Pourtalès, dans la petite croix de notre collection n° 661, toutes les carnations sont rendues par un émail approchant du ton de chair, tous les vêtements par des émaux diversement colorés.

Les deux plaques de notre collection, n*^663 et 664, présentent de beaux spécimens de ces émaux à carnations nuancées et à vêtements colorés.

Lorsque les figures sont très petites, les émailleurs des xi*^ et xn^ siècles expriment les carnations par un trait intaillé sur le métal doré; les vêtements alors sont colorés par des émaux, comme dans la croix de saint Bertin du musée de SaintOmer, et dans le coffret de notre collection n° 662 et la plaque n° 670. Enfin s'ils retracent ces petites figures tout entières par une gravure sur le fond du métal, les intailles sont toujours en ce cas niellées d'émail. On peut en voir des exemples dans les pièces semi-circulaires du fermail de notre collectionna 669.

La seconde manière, qui consistait à n'employer l'émail que pour colorer les fonds, a été presque exclusivement en usage

KMÂILLBRIË SUR MÉTAUX. 13.»

loi %ïif et XIV* siècles ; il ost très difficile de rencontrer des émux de ces époques où les figures soient exprimées autrenent que par une fine gravure sur le métal doré, ou par un idief se détachant sur un fond d'émail qui est presque toujomd'iin beau bleu. Les progrès sensibles que firent les arts du dessin an xm® siècle furent sans doute la cause principale èi dbnganent de procédé.

L'art d'émailler par incrustation eut beaucoup à y perdre. Lorsque Témailleur, se bornant à teindre les fonds, ne fut phs que le simple auxiliaire du graveur, d'artiste il devint oivrier. La fieunlité de produire des monuments de cette sorte eiftftnattre des quantités considérables, qui amenèrent le dégoftietranéantissementde ce bel art.

La succession des couleurs employées dans les émaux èuDjdevés est ainsi indiquée par M. labbé Texier dans MB Estai sur les émaUleurs de Limoges^ et nous ne saurions tteox faire que de reproduire les observations d'un archéologoe aussi érudit. Au xi® siècle, les émaux sont le bleu, qui 86 subdivise ea trois nuances , le bleu noir , le bleu de ôd, le bleu clair; le rouge purpurin semi-translucide; le i^ngevif opaque; le vert tirant sur le bleu; le vert tendre, (^fa^ue émail employé entre deux filets de métal est toujours <l'iiike seule nuance. C'est ce qu'on remarque dans notre coffret ^maillé n^ 662.

Au xn® siècle, l'émail a un grain plus fin; le violet et le gris

^fer s'ajoutent aux couleurs du siècle précédent. Pour peu

V^ le champ d'émail, entre deux filets do métal, ait de l'éten-

'^» l'émailleur cherche à imiter, par des teintes juxtaposées,

^ dégradation de tons qui forme le modelé dans les autres

/'^tures. Le vert sépare toujours le bleu du jaune; les tons

^^^itis des draperies vertes sont formés par de l'émail jaune,

^ demi-teintes par le vert franc et cru ; dans les draperies

'^taes, la dégradation des couleurs se fait du bleu foncé au Ml

clair et au blanc.

-^ux xiu*^ et xiv^ siècles, les mêmes couleurs d'émail sont

®**^J>loyées ; mais comme la plupart du t^mps les figures sont

P^^irées en intaille sur le métal ou exécutées en demi-relief, et

Sans aller jusqu'à prétendre que les émaux de la première manière n'ont pas été exécutés au delà du xii^ siècle, il est certain que le mode de colorer les carnations par un émail approchant du ton de la chair, et d'employer les couleurs dans les yétements, était particulier aux xi^ et xii^ sièoles, et qu'il signale incontestablement les émaux de cette époque. On en trouve la preuve dans le portrait de Geof&oi Plantagenêt et dans les plaques du musée de Cluny, provenant de Tautel de Grandmont, dont la confection a une date incontestable.

Cette manière de traiter les carnations doit être attribuée à l'influence des artistes gréco-vénitiens, établis à Limoges au XI® siècle, comme on le verra plus loin. Et nous en trouvons la preuve dans ce fait qu'aucun émail, dont l'origine grecque ne saurait être contestée, n'est exécuté autrement. Ainsi dans les émaux qui décorent la Palla d'Oro de Saint-Marc de Venise, dan^ ceux de la couverture du manuscrit de Munich, que fit faire l'empereur Henri II, dans la plaque appartenant ^

à M. le comte de Pourtalès, dans la petite croix de notre col

lection n° 661, toutes les carnations sont rendues par émail approchant du ton de chair, tous les vêtements par dei émaux diversement colorés.

Les deux plaques de notre collection, n^663 et 664, pr« sentent de beaux spécimens de ces émaux à carnations cées et à vêtements colorés.

Lorsque les figures sont très petites, les émailleurs d^*^ \f et xn® siècles expriment les carnations par un trait inl sur le métal doré ; les vêtements alors sont colorés par émaux, comme dans la croix de saint Bertin du musée SaintOmer, et dans le coffret de notre collection n"" 662 et plaque n°670. Enfin s'ils retracent ces petites figures entières par une gravure sur le fond du métal, les int sont toujours en ce cas niellées d'émail. On peut en voir exemples dans les pièces semi-circulaires du fermail de no~ collectionna 669.

La seconde manière, qui consistait à n'employer l'émail pour colorer les fonds, a été presque exclusivement a

ËMAILLËRIË SUR MÉTAUX. 137

Philostrate, grec de naissance, après avoir enseigné la rhétorique à Athènes, vint se fixer à Rome, à la cour de Timpératrice Julie, femme de Septime-Sévère, au conunencement du ui^ siècle. Si Fart d'émailler les métaux avait alors existé en Grèce, sa patrie» ou à Rome, qu'il habitait, Philostrate n'aurait pas cité ce genre d'ornementation comme chose extraordinaire, et n'aurait pas surtout reporté à des barbares l'honneur de son invention. D'un autre côté, les monuments émaillés qui subsistent de l'époque gallo-romaine, tels que les pièces de la Bibliothèque royale, celle du musée de Poitiers et le vase trouvé dans le comté d'Essex, sont dans un rapport parfait avec la narration de l'écrivain, soit par leur état matériel, soit parles gisements où ils ont été découverts.

On peut donc regarder comme établi que l'art d'émailler les métaux n'existait ni en Grèce, ni en Italie, au commencement du m^ siècle de notre ère, et que cet art était pratiqué dans les cités industrieuses de l'ouest de la Gaule.

Dorant les invasions et les guerres qui désolèrent l'Occident presque sans interruption du rv^ au xi^ siècle, plusieurs des arts industriels durent demeurer en souffrance, et quelqoes-nns ont pu être complètement abandonnés. Il est à présumer que l'art de l'émaillerie a été de ce nombre : il n'existe en effet aucun texte pendant cette longue période pour nous t^Téler la pratique de l'art de l'émaillerie en France, et les Mois monuments qui viennent jalonner la distance qui sépare l'époque gallo-romaine du xi^ siècle sont l'anneau d'or d'Ethel- ^olf, conservé dans le British Muséum, et un autre anneau d'of cité par M. Albert Way dans le n® de juin de YArchoeolo- ^^ Journal, qui, portant le nom de Alhstan, passerait pour ^^ celui d'un évéque de Sherbome mort en 867. L'émail, ^'^ûs ces deux anneaux, sert de fond à des figures ciselées, et !^ appliqué dans les creux champlevés du métal. Ces deux '^ces, qui appartiennent à l'orfèvrerie, sont trop peu imporpour établir l'existence de l'émaillerie en Occident, au siècle.

*épée et les bijoux trouvés dans le tombeau de Childéric, à i, ont été souvent cités comme des monuments émaillés

de Tantiquitc franque ; mais il faut remarquer qu'ils ne sont pas traités par le procédé du champlevé, qui est un caractère constitutif imprimé dès Torigine aux émaux gallo-romains, mais bien parle procédé du cloisonnage mobile, qui est propre aux émaux grecs. La plaque du manteau qui fait partie de ces bijoux, et dont les émaux sont translucides et montés à jour , est d'ailleurs exécutée de la même manière que la belle coupe orientale de la Bibliothèque royale présentant des compartiments remplis d'émaux translucides et qui porte Feffigie de Chosroès, roi de Perse (531f579).La formé du fourreau de Tépée n'est pas non plus en rapport avec ce que nous connaissons des épées des Francs de cette époque; et si l'on fait attention qu'à côté de ces objets, dans le même tombeau, se trouvaient cent médailles d'or d'empereurs du Bas-Empire, dont la plupart étaient contemporains deChildéric, on pourra supposer, sans témérité, que l'épée et les bijoux enrichis d'émaux sertis dans un cloisonnage mobile étaient, comme les médailles, des productions de l'art byzantin euToyées en présent au père de Cloris. La découverte récente du plateau en or, enrichi d'une bordure et d'une croix en émail, que l'on voit à la Bibliothèque royale, vient à l'appui de cette opinion ; la décoration émaillée de ce plateau est traitée de la même manière que celle des objets trouvés dans le tombeau de Childéric. Eh bien, c'est encore accompagné de monnaies du Bas-Empire que ce plateau a été trouvé dans la terre. Il y a donc identité de fabrication entre ces différents objets, et les monnaies trouvées auprès des uns et des autres ne peuvent laisser de doute sur l'identité do leur origine, qui doit être orientale. La supposition de communications entre les empereurs d'Orient et les premiers rois francs n'a rien d'extraordinaire d'ailleurs, puisque l'on sait que l'empereur Anastase I** envoya à Clovis une couronne d'or, dont ce prince fit présent à la basilique de Saint-Pierre , sous le pontificat de Symmaquo * .

Pendant que l'art de rcmaillerie sommeillait en Occident, il

(l) Chronique de Gauthier citée par M. Du Sommerard, 1. 11, p. 279.

ÊMAILLERIE SUH METAUX. 139

A?ait pris naissance à Constantinople et se répandait en Italie. Ce (ait nous est d'abord révélé par un passage de la vie de BasOe le Macédonien écrite par Tempereur Constantin Porphyrogénète, son petit-fils, qui a régné de 91 1 à 969. Après avoir longoement décrit un oratoire (eOxTi^ptoç oTxoçj que Basile avait Sût construire dans son palais de Constantinople, et pour TorneiBent duquel l'or, l'argent, les pierres précieuses, les perles ftiaientété employés avec profusion, l'auteur ajoute : •« Dans •ce même oratoire se trouve aussi figurée en émail, en •beaucoup d'endroits, l'image de Notre-Seigneur le Dieu- • Homme*. •»

(1)« É« f xoLTol TToXXà |Atpin kaI "h Oeav^pwTi rcû Kupicu iac^^t) {aitÀ XTMETIEnZ

««wWrai. » CkmsTAKTiN PoRPH. Vita BasilU Maced, cap. lxxxvi , ^^npU, post, Theophan., p. 203, édit. Paris.

fimeric David, dans son Histoire de la peinture au moyen âge (p. 78, ^' 1842), avait rapporté le fait, sans donner connaissance du texte, qo'il traduit ainsi : «On y voyait en divers endroits Fimage de Jésus- ^^^i peinte en émail sur métal. >

On peut s'apercevoir que E. David a mal traduit en rendant ixrt-nmta-

^ parpetn/c. Éxtu«o« signîGe faire une empreinte, façonner, former,

bouler; il présente donc l'idée de figurer un objet par la plastique, par la

^''^^vnre, par un arrangement quelconque à la main, mais ce mot ne peut

^ ''attadier en rien à la peinture. Et, en effet, les émaux grecs n'étaient

^ peints, mais incrustés par la fusion dans les interàticos d'un exci-

^^tki métallique. La peinture avec des couleurs d'émail sur un exci-

P*^Ol métallique n'a été mise en usage qu'à la un du xiv* siècle ou

^ commencement du xv; la peinture sur un fond d'émail avec des

^ïileurs vitrifiables ne date que de la fin du xVe, comme nous le ver-

'^ï^s plus loin.

Quanta la traduction du mot xûfA*^<'^ par émail, que E. David avait

^i^ admise, il nous semble qu'elle ne peut faire difficulté. Xupiiuatc

^^^^fie proprement mixtion^ mélange; M. Alexandre, dans son die-

^^naire grec-français, traduit ce mot par amalgame. L'émail em-

P*c>"^é dans les incrustations, qu'est-il autre chose qu'un mélange de

f^^"Te et d'oxydes métalliques colorants? D'ailleurs yûp.tuoi; doit venir

^^ ^0^';, qui rend l'idée d'un liquide glutineux ; la racine de ce mot

xi», qui signifie fondre. Le mot x^p-K'-^ot; nous représente donc un

ange de diverses matières à l'état pâteux, mises en fusion, et s'ap-

^ ^^ue parfaitement à l'émail.

Maintenant, si l'on veut consulter le réiut où Constantin Porphyre-

Les ëmaux grecë éuient

rloisoDDés.

Basile le Macédonien avait occupé le trône impérial d'Orient de 868 à 886 ; ainsi, vers la moitié du ix^ siècle, lart d'émailler brillait dans tout son éclat à Byzance, et devait par conséquent y subsister déjà depuis longtemps.

Quels étaient ces émaux qui rivalisaient avec la peinture ! Le récit de l'empereur ne nous en apprend rien ; Constantin n*est pas un artiste comme Théophile pour développer les procédés des arts : c est un historien ; il veut constater la magnificence de son aïeul ; son but est atteint par Texposé du fait ; il ne va pas plus loin.

Mais les monuments sont là pour nous apprendre de quello façon les Byzantins comprenaient la peinture en émail. Qu*on examine les émaux que nous avons signalés, et dont lauthenticité grecque ne saurait être contestée : ceux de la couverture du manuscrit de la Bibliothèque royale (suppl. latin, n^ 1 1 1 8], que notre savant antiquaire M. Champollion-Figeac estime rémonter au moins au vn® siècle ; ceux de la couronne et de Tépée de Charlemagne, qui sont de la fin du viii® siècle ; le grand émail de M. le comte de Pourtalès ; la petite croix de notre collection ; la Palla d'Oro de Saint-Marc, commandée à Constantinople au x^ siècle et exécutée dans le xf ; la couverture de Tévangéliaire de Munich, que fit faire Henri le Saint dans les premières années du xi^ siècle, et dont les émaux peuvent être antérieurs ; tous ces émaux sont faits par le procédé du cloisonnage mobile ; ils ne se bornent pas à reproduire des ornements ; ce sont des figures et des sujets que la plupart représentent ; dans tous, les carnations, les vêtements sont rendus par des couleurs d*émail ; voilà des émaux qui rivalisent avec la peinture, et ce sont certainement des émaux de ce genre qui décoraient l'oratoire de Basile le Macédonien.

génète s'est servi du mot yJ^Mavç , on verra qu'après avoir épuisé I*énamération de toutes les matières décoratives, l'or, l'argent, les pierres précieuses, les perles, dont le magnifique oratoire de son aïeul était enrichi, il arrive à dire qu'on y voyait encore la forme dtvtnohumaine du Seigneur figurée en xûp^v<'^* ^n ne sait vraiment pas ce que pourrait être cette matière, dont le nom exprime un amalgame mis en fusion, si ce n'était de Témail.

ËMÂILLERIE SUR MÉTAUX. 141

Dans le temps que cet ennemi de Ticonoclasme restaurait Émaux italiens

STec magnificence les images du Christ dans les églises de *" *^* ''^^'®'

Constantinople, l'Italie était aussi en possession de monuments

émaillés. C'est ce que nous apprend Anastase le Bibliothécaire

dans ses Vies des Papes. Ainsi nous trouvons dans la vie de

Léon rV (f 856 ):**S, Léo fecii iabulam de smaUo opus cx^xvi

auri obrizi pensaniem libras^ ; » dans celle de Benott III, son

successeur : « /n Basilica B. Pmdi aposioU isdem antisies sanctus

Benedictus presid pulcherrimi decoris rete factum miro opère

iatum exgemmis alvaberis, et buUis aureis conclusas auripetias in

te habens smaUUas, posuit^; •* et dans celle d'Etienne V (f 89 1 j :

•* Posuit cantkaram auream unam eum pretiosis margaritis et

gemmis ac smalto^; » et plus loin : ^ Pro reverentia et amore

eorumdem sanctorum obtuUi crucem auream super altare cum

gemmis et smalto*. *•

Ces émaux étaient-ils dans le style de ceux qu'avait fait exécuter Basile le Macédonien ! étaient-ils grecs ou fabriqués en Italie! Anastase, qui avait assisté en 869 au huitième concile général deConstantinople, et qui avait vu les riches monuments devés par ce restaurateur des images, aurait pu le dire ; mais c'était là une question d'art en dehors de son sujet. Nous en sommes donc réduits aux conjectures , et cependant nous croyons pouvoir résoudre la question.

Si l'art de l'émaillerie n'avait pas encore été naturalisé en Italie au temps d' Anastase, les émaux qu'il cite étaient grecs et conséquemment obtenus par le procédé du cloisonnage mobile. S'ils avaient été fabriqués en Italie, c'était encore suivant le même procédé qu'ils étaient fiaits. Théophile, qui nous a dévoilé l'habileté des Toscans dans la fabrication des émaux, ne nous laisse aucun doute à cet égard. D'ailleurs, dans les descriptions d' Anastase, nous retrouvons, comme dans Théophile, les émaux faisant concurrence aux pierres fines : " Cantharmn auream cum margaritis et gemmis ac smalto. —

(I) Liber Pontificalis^ seu de Gestis Rom, Pont. quem,,,. emendavil fl^ftipp^eDi^ViGifOLius. Romœ, 1724, 1. 111, p. 87. (t) Idem, p. 165. (.3) Idem, p. 269. (4) Idem, p 272«

Crucem cum gemmis et smaUo. ** Ily a donc identité parfaite entre les émaux d'Anastase et ceux de Théophile. C'est aux Grecs Ceci nous amène à rechercher qui des Grecs ou des Italiens

qu'on doit .1 • . j • j. # «i

l'importation ^^^ ^^* premiers mis en œuvre ce genre de pemture en émail. en Europe Anastase, qui nous a révélé Texistence d'émaux en Italie dès

des émaux 1 •i* 1 « *i 1 j. * 1

cloisonnés. ^® miueu du IX* siécle, ne nous ayant nen appris sur la provenance de ces émaux, son récit ne peut nous aider en rien à décider la question, et la Diversarum artium schedula de Théophile reste seule pour nous faire connaître que les Toscans excellaient dans cette fabrication. Mais le livre de Théophile ne peut, suivant nous, être reporté au delà du xn* siècle, et la seule conséquence à en tirer, c'est que les Toscans fabriquaient au xn* siècle, à la fin du xi^ peut-être, des émaux cloisonnés.

Pour les Grecs, au contraire, nous avons la preuve, par le récit de Constantin Porphyrogénète, que l'art de l'émaillerie était dans toute sa splendeur à Constantinople au ix® siècle, et nous possédons des monuments byzantins enrichis d'éma\ix qui sont antérieurs.

Bien plus, c'est à Constantinople que le doge Orseolo conimandait, à la fin du x® siècle, la Palla d!Oro pour le maîtreautel de Saint-Marc, et, au commencement du xi®, l'empereur Henri le Saint se servait d'artistes grecs pour décorer d'émaux les couvertures de ses livres de prières : ces circonstances doi^ vent faire supposer que l'art de l'émaillerie n'était pas encore cultivé en Italie à la fin du x5 siècle, ou du moins qu'il n'avait pas alors atteint le degré de perfection qui mérita plus tard aux Toscans les éloges de Théophile.

Tout porte donc à croire que c'est à Constantinople et dans les villesindustrieuses de l'empire d'Orient que s'est développé l'art de l'émaillerie, et que les Toscans en avaient reçu les procédés de la Grèce.

D'où les Grecs Nous avons dit quo le récit de Philostrate, confirmé d'ailtenaient-ils leurs par les monumeuts subsistants, paraissait établir que

les procédés

de fabrication 1®» Gaulois avaient pratiqué dès avant le ni* siècle l'art d'é- .^^ mailler les métaux, tandis qu'alors cet art était inconnu des

cloisonnés "*

Grecs ; serait-ce donc des peuples de la Gaule que ceux-ci en auraient reçu les procédés? A la vue des monuments provenus

ÊMAILLERIE SUR MÉTAUX. U3

de Byzance, on ne peut hésiter un instant à reconnaître qu*il nexkte aucune parenté entre l'émaillerie des Occidentaux et celle des Grecs. Les procédés do fabrication sont, comme on la TU, entièrement dissemblables. Mais il est un rapprochement bien remarquable, c'est que les émaux cloisonnés des Grecs sont traités par des procédés absolument identiques à ceux qu'employaient les peuples de l'Asie, qui étaient versés dans la pratique de tous les arts depuis un temps immémorial. ^ors que le^ peuples de l'Europe étaient encore plongés dans la barbarie. Aînsiles émaux chinois, hindous, persans, incrustés dans le métal, sont tous exécutés par le procédé du cloison- ^age mobile ; jamais on n'en trouvera d'anciens qui soient olmampleyés. On peut voir dans la collection, sous les n^ 1 7 1 G ^ 1 723 , des émaux d'une grande beauté provenant de la Chine de rinde, dans lesquels tous les traits du dessin sont rendus un cloisonnage mobile. Ne peut-on pas dès lors admetavec raison que les Grecs, si souvent en rapport avec les V, soit par la guerre, soit par le commerce, ont reçu de ^ -Asie ce bel art d'émailler les métaux , qui aurait pris à -^y^i^ice un grand développement après la destruction de * *M5résie des iconoclastes!

Le goût pour les émaux cloisonnés sur or se maintint en ^*alîe, en France et en Allemagne jusqu'à la fin du xii^ siècle ^ï^Tiron. Les émaux qui décorent le calice de Saint-Remi de *^^ùii8 et ceux de la châsse offerte par Frederich Barberousse ''I42fll90)àla cathédrale d'Aix-larChapelle sont faits par ^ procédé du cloisonnage mobile. La ch&sse des rois mages ^^ Ifa ciitjiédrale de Cologne, dont la confection remonte à la ^^ du xtf siècle ou aux premières années du xuf, présente ^^ émaux dei^ deux sortes, cloisonnés et champlevés; mais ^'^ la châsse de Charlemagne, donnée au xiii^ siècle par Fre- ^^Hch II (f 1260) à la cathédrale d'Aix-laChapelle, il n'y a P'^S. que des émaux champlevés.

^-^ci nous ramène aux émaux de cette sorte. Renaissance

-, trace des émailleurs occidentaux, à peine aperçue dans <*® \*^"»*»ï|«"e

lo »«ii^ • • *^ ^ ^ en Aquitaine

'X^ siècle, disparaît complètement au x®. Les guerres et les au xi^sièdc ailleurs de toute espèce qui désolèrent à cette époque les

Sans aller jusqu'à prétendre que les émaux de la première manière n'ont pas été exécutés au delà du xn^ siècle, il est certain que le mode de colorer les carnations par un émûl approchant du ton de la chair, et d employer les couleurs dans les vêtements, était particulier aux xi^ et xii^ siècles, et qu'il signale incontestablement les émaux de cette époque. On en trouve la preuve dans le portrait de Geof&oi Plautagenet et dans les plaques du musée de Cluny, provenant de Tautel de Grandmont, dont la confection a une date incontestable.

Cette manière de traiter les carnations doit être attribuée à l'influence des artistes gréco-vénitiens, établis à Limoges au xi^ siècle, comme on le verra plus loin. Et nous en trouvons la preuve dans ce fait qu'aucun émail, dont l'origine grecque ne saurait être contestée, n'est exécuté autrement. Ainsi dans les émaux qui décorent la Palla d'Oro de Saint-Marc de Venise, dans, ceux de la couverture du manuscrit de Munich, que fit faire l'empereur Henri II, dans la plaque appartenant à M. le comte de Pourtalès, dans la petite croix de notre collection n° 661, toutes les carnations sont rendues par un émail approchant du ton de chair, tous les vêtements par des émaux diversement colorés.

Les deux plaques de notre collection, n*^663 et 664, présentent de beaux spécimens de ces émaux à carnations nuancées et à vêtements colorés.

Lorsque les figures sont très petites, les émailleurs des xi*^ et XII® siècles expriment les carnations par un trait intaillé sur le métal doré ; les vêtements alors sont colorés par des émaux, comme dans la croix de saint Bertin du musée de SaintOmer, et dans le coffret de notre collection n° 662 et la plaque n° 670. Enfin s'ils retracent ces petites figures tout entières par une gravure sur le fond du métal, les intailles sont toujours en ce cas niellées d'émail. On peut en voir des exemples dans les pièces semi-circulaires du fermail de notre collection n° 669.

La seconde manière, qui consistait à n'employer l'émail que pour colorer les fonds, a été presque exclusivement en usage

ÉMAILLKRIE SUR MÉTAUX. 115

Le premier monument émaillé par lui cité est le tombeau do saint Front, àPérigueux. Un texte de la Bibliothèque de Labbe &it connaître qu'au temps de Guillaume de Montbron, en 1077 , le moine Guinamundus, de l'abbaye de la Chaise-Dieu, sculpta admirablement le sépulcre de saint Front * ; et le livre rouge de la commune dePérigueux décrit ce tombeau comme étant enrichi de lames de cuivre dorées et émaillées^. Ces documents écrits sont appuyés d'un monument bien précieux de la collection de M. l'abbé Texier : c'est un débris de châsse, orné d'incrustations bleues et de rosaces de diverses couleurs, qui serrent de fond à une figure de saint ménagée sur le plat du enivre et niellée d'émail. A sa gauche et dans, une ligne perpendiculaire on lit ces mots : Fr. ( frater ) Guinamundus me FBcrr. Les caractères appartiennent parleur forme au xi^ siècle, etla figure, comme les ornements, au style byzantin, ou bylantmo- vénitien.

A partir du xii^ siècle, l'école des émailleurs de Limoges acquiert une grande réputation. Des monuments remarquables, dont la date est certaine, et des textes nombreux en établissent une preuve irrécusable. On rencontre souvent dans les inventaires de mobiliers d'églises et dans des chartes anciennes l'indication de coffirets, de châsses, de crosses et d'autres objets émaillés de Limoges, qui sont ainsi désignés en latin incorrect : de opère Limovicense ; opus de Limogia; deopei'e ImotUico, Du Cange* fournit plusieurs citations de ce genre tirées de chartes des années 1197, 1231, 1240. Il rapporte notamment un document ainsi conçu : » L'an 1317, au 1 1 juil-

• let, envoyaM. Hugues d'Angeron au roi, par Guiart de Pon-

• toise, un chanfrain doré à deux testes de liéparts de l'œuvre

• de Limoges à deux crestes, pour en voir au roi d'Arménie. » En 1218, l'évoque de Paris Pierre de Nemours donne à

l'église de la Chapelle en Brie coffros Limovicenses*.

(1) Labbe, BiblioL nov. mss. Aquit,

(2) M. Tabbé Texkb, Essaie etc., p. 63.

(3) Glossarium ad scriptores medim et infimœ kUiniUUis, V* Li-

(4) GaUiachristiana, l, 4f2.

Sans aller jusqu'à prétendre que les ém<aux de la première manière n'ont pas été exécutés au delà du xii^ siècle, il est certain que le mode de colorer les carnations par un émail approchant du ton de la chair, et d'employer les couleurs dans les vêtements, était particulier aux xf et xn® siècles, et qu'il signale incontestablement les émaux de cette époque. On en trouve la preuve dans le portrait de Geof&oi Plantagenêt et dans les plaques du musée de Quny, provenant de l'autel de Grandmont, dont la confection a une date incontestable.

Cette manière de traiter les carnations doit être attribuée à l'influence des ajrtistes gréco-vénitiens, établis à Limoges au xi^' siècle, comme on le verra plus loin. Et nous en trouvons la preuve dan^s ce fait qu'aucun émail, dont l'origine grecque ne saurait être contestée, n'est exécuté autrement. Ainsi dans les émaux qui décorent la Palla d'Oro de Saint-Marc de Venise, dans, ceux de la couverture du manuscrit de Munich, que fit faire l'empereur Henri II, dans la plaque appartenant à M. le comte de Pourtalès, dans la petite croix de notre collection n° 661, toutes les carnations sont rendues par un émail approchant du ton de chair, tous les vêtements par des émaux diversement colorés.

Les deux plaques de notre collection, n*^663 et 664, présentent de beaux spécimens de ces émaux à carnations nuancées et à vêtements colorés.

Lorsque les figures sont très petites, les émailleurs des xi^ et xn^ siècles expriment les carnations par un trait intaillé sur le métal doré ; les vêtements alors sont colorés par des émaux, comme dans la croix de saint Bertin du musée de Saint-Qmer, et dans le coffret de notre collection n'' 662 et la plaque n° 670. Enfin s'ils retracent ces petites figures tout entières par une gravure sur le fond du métal, les intailles sont toujours en ce cas niellées d'émail. On peut en voir des exemples dans les pièces semi-circulaires du fermai! de notre collectionna 669.

La seconde manière, qui consistait à n'employer l'émail que pour colorer les fonds, a été presque exclusivement on usage

ËMAILLËRiE SUH METAUX. I3:i

lox xm' et xiv^ siècles ; il est très difficile de rencontrer des émaux de ces époques où les figures soient exprimées autre^ ment que par une fine gravure sur le métal doré, ou par un fdief se détachant sur un fond d'émail qui est presque toujoond'im beau bleu. Les progrès sensibles que firent les arts du dessin au xm® siècle furent sans doute la cause principale èi changement de procédé.

L'art d'émailler par incrustation eut beaucoup à y perdre. Lonque Témailleur, se bornant à teindre les fonds, ne fut pios que le simple auxiliaire du graveur, d'artiste il devint oofrier. La fiaoilité de produire des monuments de cette sorte enft nattre des quantités considérables, qui amenèrent le dégoût et l'anéantissement de ce bel art.

La succession des couleurs employées dans les émaux cliiin{devés est ainsi indiquée par M. Tabbé Texier dans MB Estai sur les émaiBeurs de Ldmoges^ et nous ne saurions ueoz faire que de reproduire les observations d'un archéologne aussi érudit. Au xi® siècle, les émaux sont le bleu, qui se subdivise en trois nuances, le bleu noir, le bleu de <Ki, le bleu clair; le rouge purpurin semi-translucide; le ^Boge vif opaque; le vert tirant sur le bleu; le vert tendre. Oiaque émail employé entre deux filets de métal est toujours 'uie seule nuance. C'est ce qu'on remarque dans notre coffret Mlé n<» 662.

Au yaf siècle, l'émail a un grain plus fin; le violet et le gris

^fer s'ajoutent aux couleurs du siècle précédent. Pour peu

V^\% champ d'émail, entre deux filets de métal, ait de l'éten-

^ l'émailleur cherche à imiter, par des teintes juxtaposées,

^ dégradation de tons qui forme le modelé dans les autres

i'^tures. Le vert sépare toujours le bleu du jaune; les tons

^^^^ des draperies vertes sont formés par de l'émail jaune,

^ demi-teintes par le vert franc et cru ; dans les draperies

^^^Ues, la dégradation des couleurs se fait du bleu foncé au

"'®U clair et au blanc.

-^ux xiu* et xiv*^ siècles, les mêmes couleurs d'émail sont ^**^X>loyées ; mais comme la plupart du temps les figures sont P^Tées en intaille sur le métal ou exécutées en demi-relief, et

en est tout à fait dépourvue. Ceux qu'on voit à Vienne, dans? le cabinet impérial des médailles et des antiques, sont catalo gués comme byzantins*, ceux delo, Kunsikammer de Berlin h sont comme œuvres de Limoges* ; aucune ville de la Grande Bretagne ni de la Germanie ne réclame Thonneur d'avoir pro duit des artistes en ce genre de travail.

Notre tâche serait immense, au contraire, s'il nous fallai

énumérer tous les objets en émail champlevé qui subsisten

encore en France. Malgré les causes si graves qui, à plusieur

reprises, pendant le cours de cinq siècles, ont amené la des

truction ou le détournement d'un nombre considérable d'ol

jets émaillés que renfermaient les trésors des églises, il y

encore aujourd'hui peu de paroisses des anciennes proyince

du Poitou, du Limousin et de la Marche qui ne possèden

quelque précieux reste de cette orfèvrerie. M. l'abbé Texie

a signalé plus de deux cent cinquante reliquaires existant

encore dans différentes églises de la Vienne, de la Haute

Vienne, de la Creuse et de la Corrèze'.

Les émaux Quoi qu'il OU soit, il n'y a pas plus de quarante ans qu'o:

de Limoges ^ commencé à restituer à Limoges une industrie dans laquell

byzantins elle avait trouvé sa gloire depuis le xi® siècle jusqu'à la fin d

pendant movon âge. D'Agincourt, en parlant des émaux de Limoec

plusieurs siècles. *' rw ' 7 ry a 1 i- • 1

dans son Histone de F Art, se borne a citer une peinture d Nouallier, de l'époque de la décadence des émaux peints*; c lorsque, sous le titre de brome émaUlé^, il vient décrire deu plaques d'émail incrusté, qu'il a trouvées à Rome dans de collections particulières, il ne peut donner aucun renseigna ment sur leur provenance.

Selon toute apparence, le goût des émaux incrustés sv cuivre, par le procédé du champlevé, s'éteignit vers la fi du xrv® siècle ; la fabrication en dut cesser alors, et les émai leurs limousins adoptèrent un autre mode d'employer l'émai

(1) J. Arnett, Dos K. A'. MUnz-wid Antiken-KabineU Vien^ 184 S. 50.

(2) Leopold v. Ledebur, Leitfaden fUr die Konigliche Kunstkamm zu Berlin, Berlin, 1814. S. 41.

(3) Ouvrage cité, p. 165. (4) T. II, p. 142. (5) T. II, p. 145.

ÉMAILLERIË SUR MÉTAUX. 149

A la longue, la tradition de l'existence de fabriques d'émaux iocrastés à Limoges se perdit, et pendant les deux derniers siècles on regarda comme byzantins ces châsses, ces crosses, tous ces instruments du culte que les fabriques limousines avaient produits avec profusion pendant quatre

Ce n'était pas sans quelque apparence de raison : le style Uuntin se montrait en effet presque exclusivement dans les énuuix limousins du xi^ et du xii^ siècle , et les émailleurs résistèrent môme plus longtemps que les autres artistes à rinrasion du goût nouveau, qui à la fin de ce siècle opéra une lérolution dans les arts.

Indépendanmient des causes générales qui contribuèrent à établir le style byzantin en France, et principalement dans W provinces du midi, au xi^ siècle, des causes particulières dorent nécessairement le faire régner à Limoges . Venise ayant iocaeilli avec une grande faveur les artistes grecs poussés bon de l'empire par les persécutions des iconoclastes, le stylo bfxantin s'implanta dans cette ville; et lorsque, après l'extinction de riconomachie, l'art grec, au x® siècle, étala de QOiiTeau à Constantinople toutes ses magnificences, c'est encore de la ville impériale que Venise fit venir des artistes pour la construction de ses plus beaux monuments. L'art byzantin dominait donc à Venise lorsqu'à la fin du x** siècle nn grand nombre de ses industrieux citoyens vinrent s'établir à Limoges et y bâtirent un faubourg. B. de Saint- Amable, dans son Histoire de saint Martial^, s'exprime «nsi : - Il y avait autrefois à Limoges une rue nommée Véni-

* tienne', et cette rue et son faubourg étaient habités par

* des marchands vénitiens; ce qui commença l'an 979. Et ce - qni obligea les Vénitiens de bâtir ce faubourg et de se loger « à Limoges, fut à cause du commerce des épiceries et étoffes "dn Levant qu'ils faisaient venir sur leurs navires, par la " Toie d'Egypte, à Marseille, et conduire par voiture à Limo-

^2) 11 y a encore aujourd'hui à Limoges une rue ainsi nommée.

•< ges, où ils avaient établi un grand magasin d'où une bonne

« partie du royaume tirait ce qui lui faisait besoin. »♦

L'importance de cet établissement est constatée, suivant M. l'abbé Texier^ par une foule de faits et de documents dont il donne connaissance. Il résulte notamment d'un acte du commencement du xi^ siècle, relaté par Nadaud dans une histoire manuscrite de l'abbaye de Saint-Martial-lez-Iimoges*, que Gérald de Tulle, abbé de cette abbaye, se serait obligé à fournir, à perpétuité, trois livres de poivre à Gérard, évéque d'Angoulême, « ce qui, ajoute Nadaud, lui était fSeusile, « le comptoir des Vénitiens touchant à son monastère. *»

Un fait important vient prêter son appui à ces documents. Le doge Orseolo, celui-là même qui avait commandé à Constantinople la célèbre Palla d'Oro^ ayant abandonné le ponVoir souverain en 978, vint s'établir en France avec quatre nobles personnages, et il y vécut sous l'habit de moine^ jusqu'en 997. M. Du Sonmnerard trouve dans ces circonstances la cause de l'établissement des Vénitiens à Limoges : le doge Orseolo, grand amateur d'objets d'art, aurait amené avec lui des artistes gréco-vénitiens fort habiles, qui durent imprimer un grand élan à l'école de Limoges *.

La présence constatée des Vénitiens à Limoges, au xf siècle, donne toute probabilité à la supposition du savant archéologue. Suivant lui, le nom d'Alpais, gravé sur la belle coupe que conserve le musée du Louvre, serait grec^, et vien-

(1) Ouvrage cité, p. 30.

(2) Bibl. du séminaire de Limoges.

(3) Saksovino , Venetia città nobilissima descritta. In Venetia , MDCIUI, p. 368.

(4) Les arts au moyen âge, t. III, p. 143, 288 et 380.

(5) M. Dussieux , dans ses Recherches sur i'histaire de VémaUy p. 49, dit, conlrairement à ropinion de M. Du Sommerard, que le nom Alpais est français. M. l'abbé Texier, qui est Limousin, répond (ouvrage cité, p. 83) que la consonnance de ce nom est inconnue dans les anciennes appellations limousines, et qu'il n'a trouvé aucune dénomination qui s'en approchât parmi les cinq ou six mille noms d'hommes mentionnés dans V Histoire d^ la province du Limousin.

ËMAILLËRIË SUR MÉTAUX. I5f

cirait établir que les artistes byzantins travaillaient encore à limoges an commencement du xni^ siècle

Les artistes gréco- vénitiens, en imprimant le style de l'éoole grecque et en ouvrant un champ très vaste aux productions de Fémaillerie limousine, n'apportèrent cependant aucun changement aux procédés de fabrication qui étaient propres aux émaiUeurs occidentaux, et dont l'usage remontait àl'époque delà domination romaine. Ce n est que par quelques rares essais de cloisonnage mobile pratiqués seulement dans depetites bordures, et pour exprimer des ornements, qu'ils font voir que les procédés propres aux émaux de leur pays ne sont pas sortis de leur mémoire. On peut en prendre un exemple dans la bordure des quatre plaques semi-circulaires dnfermail n^ 669 de notre collection, et dans celle d une petite plaque appartenant au musée du Louvre, et qui représente Abraham et Melchisédech.

Tout en reconnaissant quil fallait restituer à Limoges le ce qui disungue ph» firand nombre de ces émaux champlevés dont le style »«««"»*"* srecs

• ° .... dc« émaux

wcte un caractère byzantin, plusieurs antiquaires croient limousins. œpendant qu'à côté de ces productions, dont la provenance limouaine est démontrée, on doit rencontrer des œuvres évidemment grecques traitées par le même procédé. M. l'abbé Texier a pensé que les différences caractéristiques qui existent dans la liturgie des grecs et des latins doivent se retrouver dans les arts des deux églises, et faire reconnaître les productions d'une origme directement byzantine. Ainsi, dit-il, U bénédiction ne se donne pas dans l'église grecque comme dans l'église latine avec le pouce et les deux premiers doigts OQTerts*; la crosse des évèques grecs ne se termine pas en pfdum comme celle des évéques catholiques ^ ; sur le nimbe qw décore la tête des personnes divines, les Grecs inscrivent

(1) La bénédiction grecque se fait avec l'index, le grand et le petit doigt ouverts, tandis que le pouce se croise sur l'annulaire.

(2) La crosse des patriarches ou des évêques grecs est habituellement surmontée d'un globe ou terminée par deux serpents, formant au sommet une sorte de tau (T).

ordinairement trois lettres formant les mots 6 cov; enfin les inscriptions qui accompagnent les sujets sont en caractères grecs. Tout cela est très juste, mais M. Texier ne cite aucun monument exécuté par le procédé du champlevé où 1 on puisse rencontrer ces caractères , empreints d'une origine grecque incontestable.

Pour ce qui est des inscriptions, il excepte avec raison celle qui est placée sur la tablette au-dessus de la tête du Christ en croix : IH2.-XPI2. (Iiqaouç-XpKrroç), comme ayant été adoptée dans tous les pays et à toutes les époques. On peut en dire autant des lettres grecques alpha et oméga, le pridpium et finis des latins. On comprendra d'ailleurs que les artistes grecs établis à Limoges aient pu, dans les émaux qu'ils confectionnaient , introduire quelques lettres grecques. Mais du reste, lorsqu'on examine avec attention les monuments en émaU champleyé où se trouvent quelques signes appartenant au symbolisme grec, on ne tarde pas à reconnaître qu'ils sont exécutés sous l'influence et la direction de l'église occidentale. Ainsi M. Adrien de Longpérier, en signalant, dans une description qu'il a donnée de quelques monuments émaillée^, un petit médaillon de la collection du Louvre, qui présente le protome du Christ accosté des deux lettres A et û, a fait remarquer avec raison que la forme des deux lettres accuse une origine étrangère à la Grèce.

Les émaux champlevés du cabinet impérial des antiques de Vienne sont tous catalogués comme bjxantins. Dans Tun la tête du Christ est accompagnée de l'A et de l'û ; mais nous avons remarqué que ces lettres sont défigurées : elles dénotent un artiste tout à fait ignorant de l'alphabet grec, qui aura reproduit de souvenir, et grossièrement, ce qu'il avait vu. Il y a plus, le Christ bénit à la manière latine, le pouce et les deux premiers doigts levés, et certes on n'aurait pas ainsi figuré la bénédiction à Constantinople au xii^ siècle. Dans un autre émail de la même collection , la main de Dieu le père, qui sort d'un nuage, bénit également suivant les usages de l'église

(I) Cabinet de l'amateur cl de l'antiquaire, l. l , p. 153.

ËMAILLERIË SUR MËTÂUX. 153

catholique. Tous ces émaux d'ailleurs ne présentent aucune différence avec les productions de Limoges.

U nous semble qu'on peut conclure, des documents que nous venons d'analyser, qu'un émail fait en Grèce, d'après les procédés du champlevé, serait une exception et l'œurre indiyiduelle d'un artiste ^ qui aurait pu avoir fréquenté les écoles de Limoges; qu'enfin la distinction bien tranchée qui existe entre les productions limousines et celles de l'art grec réside dans le mode très différent de fabrication, les émaux grecs et italiens étant exécutés par le procédé du doisonnage mobile, les émaux de Limoges par le procédé du champlevé.

On ne peut pas aller jusqu'à prétendre que les émaux A-ton fabriqué duunplevés n'aient jamais été fabriqués qu'à Limoges. Des 1^*T"L émailleurs de l'école limousine ont dû être appelés dans leshorâUuLimouëio^ paysétrangerspour y exploiter leur industrie. Ainsi il y a lieu de penser qu'une école d'émaillerie se sera établie au xui^ tièele, dans quelque ville des anciens évéchés de Cologne, de Trêves ou de Mayence. On trouve en effet dans les pro- ▼inces avoisinant le Rhin , qui dépendaient autrefois de ces évèehés souverains, un assez grand nombre de châsses et d'autres instruments du culte en cuivre émaillé par le procédé du champlevé. Bien que l'exécution de ces émaux soit absolument identique avec celle des émaux limousins, ils ont cependant un certain aspect qui, pour un œil exercé, permet de les distinguer de ceux-ci.

n existe sous nos yeux un spécimen de ces émaux rhénans dans l'église royale de Saint-Denis. On a placé, il y a peu d'années, surl'autel qui s'élève au fond de l'abside, un retable en cuivre doré exécuté au repoussé, qui a été acheté dans la Prusse Rhénane. Les figures réprésentées dans ce retable

(1) Il existe dans le trésor de la cathédrale de Bamberg deux reli- ^pttires en forme de coffret, à couvercle plat, en émail champlevé ; ï'iin des deux, qu'on prétend avoir été donné par l'empereur Henri II, *e parait pas appartenir à Pécole de Limoges, et porte un cachet très prononcé de l'art grec. Les figures sont cependant gravées sur le fond <ln métal doré ; elles sont très petites, il est vrai.

154 INTRODUCTiON.

ont des nimbes en émail, enrichis de fins ornements de métal obtenus par les procédés limousins ; néanmoins il est fikcile de reconnaître, à l'inspection du monument, qu'il est dû tout entier à Tart allemand.

On a vu que l'Italie avait exécuté durant le moyen &ge des émaux cloisonnés dont les procédés de fabrication lui avaient été, suivant toute apparence, transmis par les Grecs, n est à croire qu'elle n'a pas produit d'émaux champlevés^ proprement dits, dans le style des émaux de Limoges. On y rencontre assez souvent, il est vrai, sur des monuments d'orfèvrerie, un système d'ornementation qui a tout l'aspect des émaux champlevés, mais qui en diffère essentiellement. Ce sont des figures ou des ornements gravés sur argent et niellés, qui se détachent sur un fond d'émail bleu opaque. H y en a un grand nombre, par exemple sur l'autel d'argent de Pistoia et sur celui du baptistère de SaintnJean, dont nous parlerons plus loin, en traitant de l'orfèvrerie. En faisant abstraction du métal employé et du style dos figuî^es» ces émaux présentent au premier abord une grande analogie avec les émaux limousins du xm^ et du xrv^ siècle, dans lesquels les figures sont exprimées sur le métal par une fine gravure, les fonds étant seuls émaillés. Mais en examinant de près ces émaux sur argent, dans les endroits surtout où ils ont subi quelque détérioration, on reconnaît que le métal n'a pas été fouillé profondément, comme dans les émaux champlevés limousins ; qu'il a été, au contraire, 4 peine gratté d'une épaisseur égele à celle de trois à quatre feuilles de papier» et que les émaux qui recouvrent cet emplacement, ainsi légèrement abaissé, ont dû être posés d'après les procédés adoptés pour les émaux translucides sur relief qui, suivant toute apparence, ont succédé immédiatement en Italie à l'abandon des émaux cloisonnés.

§ n. ÉMAUX TRANSLUCmES SUB RELIEF.

Les peintures en émail incrusté avaient tous les défauts des mosiuques primitives : la raideur du dessin, la nullité ou

naissance aax émaux sur relief.

EMAILLËiRlE SUR MÉTAUX. 155

laeradité des ombres, labsence des arriére-plaus, le parai- causes lélisme des figures disposées isolément ou sur une seule ]i^*i"'®°^P" **°"*

o r naissance

goe. La vivacité de leurs couleurs inaltérables ue pouvait racheter ces défauts aux yeux des grands artistes italiens qui, dans la seconde moitié du xm® siècle, secouant le joug des byzantins , ouvrirent à l'art des voies nouvelles. Sans renoncer à l'emploi de l'émail, dont l'éclat et la durée étaient éminenunent &vorables à la peinture décorative des objets d'orfèvrerie , ils durent chercher à l'employer d'une autre numière, et à l'adapter aux productions de leur génie.

D'un autre côté, les immenses richesses du clergé et les progrès toujours croissants du luxe firent adopter presque exclusivement, au xiv*^ siècle, l'or et l'argent pour les instruments du culte et pour la vaisselle des grands. Les vases sacrés, les ostensoirs, les reliquaires ne furent plus fabriqaés qu'avec ces riches matières; les autels furent revêtus de bas-reliefs finement ciselés en or et en argent. Lesdreswirs et les tables des nobles se couvrirent de vases de toutes «ortes.

L'émaillerie par incrustation, qui nécessitait des feuilles do métal assez Caisses, ne se prétait donc pas aux exigences de cette nouvelle orfèvrerie qui , en multipliant ses productions , dut en diminuer le poids.

Telles furent les différentes causes sans doute qui amenèrent, tant en ItaUe qu'en France, un changement de manière dans l'application des émaux. Les incrustations d'émail furent remplacées sur les vases d'or et d'argent par de fines ciselures^ qui rendaient les ornements ou les sujets que l'artiste voulait représenter ; des émaux translucides en teignaient ensuite la surface de leurs brillantes couleurs, et s'identifiaient tellement avec la ciselure, que le travail prenait l'aspect d'une fine peinture à lustre métallique.

Voici de quelle manière on procédait :

Sur une plaque d'or ou d'argent, souvent de très peu d'épaisseur , l'artiste déterminait , par une intaille destinée à retenir l'émail, le contour du champ que la partie à cmaillcr devait occuper; après quoi, avec des outils très

Procédés de fabrication.

délicats, il y gravait la figare ou le sujet qu'il voulait reproduire; les parties les plus saillantes des carnations et des vêtements présentaient alors un très léger relief; les traits du visage n'étaient souvent rendus que par une intaille. On peut voir dans notre collection, sur deux calices, n"906 et 907, de petites plaques d'argent ainsi préparées, dont l'émail a été en partie enlevé, ce qui laisse voir parfaitement le travail préparatoire de ciselure, qui précédait la pose de l'émail.

Au commencement du xvi* siècle, lorsque, sous la main des plus habiles artistes, ce genre d'émaillerie tendit à sa perfection, on prépara la plaque d'une autre manière. Benvenuto Cellini nous fait connaître, dans son Traité de Vorfeorerie, ce nouveau mode d'opérer.

Technique La plaquo d'or ou d'argent était fixée par la chaleur sur un ****™!"^ stuc composé de poix et de brique pilée, mélangé avec un »rèf B. ceiiiDi. peu de circ. Cela fait, après avoir tracé avec un compas lo contour du champ que devait remplir l'émail, on abaissait toute cette partie de la plaque juste sur l'épaisseur que Ion jugeait à propos de donner à l'émail. L'artiste dessinait alors, sur la partie abaissée de la plaque, le sujet qu'il voulait reproduire, et le gravait ensuite en relief, d'une épaisseur égale à celle de deux feuilles de papier, avec des outils très fins*.

Cellini donne au surplus, dans les plus grands détails, les meilleurs moyens de préparer les émaux et de les appliquer sur la ciselure ; nous allons lui emprunter ce qu'il y a de plus

(1) • Sidee fore una piastra d'oro o d'argerUo alquanto grossetta,.. e questa si appicca sopra uno siucco, che si fa dipece greca e motion pestOf sottUmenie incorporato con un poco di cera,., Appùsccui poi U detto stucco sopra una stecca;,.. indi si piglia la dettapiastra scaldandola, e dopo che sia ccdda, si appicca sopra la detta pece. Cio fatto ngnisi un profilo con un paio di seste piccole.... e poi si abbassi tutta la detta piastra, appunto, quanto ha da essere la grossezza dMo smaUo con molta diligenza. Corne si sara ridotta la piastra in tal termine, desegnivisi tutto quello, che si vuole iniagliare,,.. e tutto si intagli col 6m- Uno e colle ciappolette con diligenza grande. Debbesi {are il lavoro di basso rUievo delta grossezza di due fogli di carta ordinaria^ intagUato con ferri sottUi. • B. Cellini, Trattato delV oreficeria, Milano, ISII, p. 45.

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