‹ Description des ouvrages de la sculpture francaise des 16.e, 17.e et 18.e siècles, exposés dans les salles de la Galerie d'Angouleme. Par M. le Comte de ClaracChapitre 7 sur 65 · SALLE DE JEAN GOUJON · texte numérisé non relu

SALLE DE JEAN GOUJON

Les huit colonnes qui décorent cette salle , sont d’une espèce de brèche violette pâle ; elles sont surmontées de bustes antiques, ou d’après l’antique, dont la plupart offrent des tètes inconnues. Le pave' est remarquable par la beauté de ses marbres. C’était dans cette belle salle que se tenaient autrefois les séances de l’académie française, et l’on y remarquera le buste du cardinal dp Richelieu , qui en fut le fondateur.

13. DIANE DE POITIERS, sous la figure de Diane.— Groupe en marbre, par Jean Goujon. . • \ '

Haut. 1,501™ — 4 p. 7 po. G 1. ; long. 2,494™ — 7 p. 8 po. 3 !.

On doit ce be»u morceau à Jean 'Goujon, l’honneur

de l’école française, et qui en eut fait à toutes les écples ; l’un des plus habiles , des plus féconds et des plus gracieux sculpteurs des temps modernes , et qui, par son

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style plein de charme et qui lui est propre, peut soutenir la comparaison avec les chefs-d’œuvre des anciens. Sous les traits de Diane, Fartistc a représente' la belle duchesse de Valcntinois, objet des hommages et de l’amour de Henri H. Couchée sur le gazon, au bord d’une fontaine; mollement appuyée sur son cerf favori, et ayant auprès d'elle ses armes et scs chiens , la déesse se repose des fatigues de la chasse* Quittant les montagnes et les forêts , peut-être s’iest-ellc arrêtée sous les ombrages frais de la fontaine Gargaphle. Elle a déposé son carquois et sa tunique légère , et va rafraîchir ses membres divins dans le cristal des eaux de oetto source merveilleuse; èncore quelques instans peut-être; et, découverte par Actéon , elle le punira de sa téméraire curiosité. On serait étonné de voir représentée nue la chaste déesse de la chasse , si un bas-relief antique du Musée royal, n.°3i5, ne nous l’oifrait pas ainsi se baignant dans la fontaine Gargaphie et surprise par Actéon. Cette belle statue, par sa coiffure , qui est celle du temps de Henri II; par l’ensemble de son dessin, de son style et de scs accessoires , diffère cntièrementducaraCtère des productions Antiques; mais elle a une grâce particulière et qui n’appartient qu’à Jean Goujon. Tous les points de vue pour laconsidérer ne sont pas également bons , et la manière dont les jambes sont posées produit un mauvais effet lorsqu’on les regarde par derrière ou du coté droit. Le bois du cerf et l’arc, que l’on a dorés, ne sont pa^ seulement dans le goût de l’époque de cette statue; les ouvrages de l’antiquité en offrent un grand nombre d’exemples. Parmi les ornemens de Ja base , èn formé de vaisseau, qui sert de support il toute cette composition , on retrouve les enrlaceinens et les chiffres de Henri II et de Diane , que le roi faisait sculpter, en l’honneur de la personne qu’il aimait,, sur. le Louvre ; ct sur tous les mouomens qu’il élevait r

des xti.*, xviï.' et xvm.* siècles. 13 ainsique sur les meubles dont il décorait scs palais, l^a cour et la ville suivirent son exemple, et ces chiffres amoureux entrèrent dans tous les orncmens du château d’Ecouen et des églises de Magny, do Gisors , de Nogentsur-Seine. Il y avait autrefois des lévriers de bronze audessous des deux petits côtés du vaisseau. L'ouvrage sur les châteaux royaux de France, par Androuet du Cerceau , offre l'ensemble de cette composition.

Les artistes les plus habiles du temps de François I." et de Henri II célébrèrent et retracèrent à Fcnvi la beauté de Diane de Poitiers, qui cependant, plus âgée de vingt-huit ans que Henri H, en avait quarante-sept lorsqu’il s'enflamma pour elle, et soixante lors de la mort «le ce prince. Aussi la trouve-t-on représentée avec ses emblèmes j l’arc k la flèche et le croissant, dans les sculptures de Jean Goujon , de Germain Pilon, dans les peintures du Primâticc , sur les vitraux de Jean Cousin et sur les émaux de Léonard de Limoges. Passionnée pour les arts , elle les protégeait et par son crédit et par ses richesses. On lui devait le beau château d’Anet, bâti sur les bords de l’Eure avec tout le luxe et l’élégance de l’architecture, habité depuis par le duc de Vendôme, la duchesse du Moine, et qui inspira des vers charmans à Voltaire et à Florian. Après bien des vicissitudes, et après avoir servi de forteresse, ce château , fondé en 1169, fut donné, en 1 444, par Charles VII, à Pierre de Brézé, pour avoir chassé les Anglais de la Normandie. Diane confia la construction de ce nouvel édifice à Philibert de Lorme, è Jean Goujon et à Jean Cousin, qui y déployèrent tout ce que leur talent pouvait produire de plus gracieux j il n’en reste plus que quelques ruines , et des fragmens assez considérables des façades, conservés au musée des Petits-Augustiiis.

Apres la mort de Henri II, en 1559, Diane de Poitiers

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se retira à Anet, dont les habitons furent combles de ses bienfaits, et où on lui éleva un superbe tombeau, qui exista jusqu’aux premières années de la révolution. Elle en avait consacré un très-beau , à Rouen , à la mémoire de son époux, Louis de Bre'zé, mort en 1531. Ce monument fut exécuté par Jean Cousin. -,

La fatalité qui souvent s’attache à l’origine des grands hommes et l’enveloppe de ténèbres , n’a pas épargné Jean Goujon ; on ignore le lieu, l’année de sa naissance, et les circonstances de sa vie, excepté sa liaison avec Philibert de Lorme et Germain Pilon. On ne le connaît que par ses ouvrages et par sa mort : il fut tué le jour de la Saint-Barthé- Jemi, d’un coup d’arquebuse, tandis qu’il travaillait k l’une des belles ligures des petits frontons de la cour du Louvre. Cependant ce point, qui passe pour constant , pourrait être contesté, s’il est vrai,, comme le dit Brice, que les. ligures des frontons soient de Paul Ponce : mais il y en a d’autres dans cet attique qui peuvent être de Jean Goujon. D’Argenville, dont l’article sur ce grand homme est peu satisfaisant, dit qu’il fut tué & la fontaine des Innoccns, dont il retouchait les sculptures. D’aprcs les ouvrages qu’a laissés Jean Goujon et les monumens auxquels il a travaillé , entre autres le château d’Anet, qu’il commença vers 1548, avec Philibert de Lorme, il paraît que sa vie comme artiste dut être assez longue , et il était déjà au plus haut point de son talent lorsqu'on lui confia les sculptures d'Anet. On ne s’éloignerait peut-être pas trop de la vérité en supposant qu’il naquit vers 1500, Il est fort à présumer que Jean Goujon , ainsi que plusieurs des artistes français de cette époque, voyagea en Italie, où les attirait la renommée de l’école de Michel -Ange, qui brillait alors de tout son éclat. II fut probablement un de ceux à qui François I. tt confia le soin d’acheter .cette grande quantité de superbes statues antiques dont il enrichit la France.

Le style de Jean Goujon tient beaucoup plus de celui de Técole florentine que de tout autre, et l’on voit qu’il en a plus étudié le caractère quç celui de la sculptùre antique ; on

DES XVI.', XVII. * ET XVIII. r SIÈCLES. 15

retrouve dans ses productions îes mûmes principes et le même goût de dessin que dans les peintures du Primatice , de Vasari et du Bronzino. Mais, loin d’être servile imitateur, Jean Goujon, en combinant avec génie le style antique avec celui de f école florentine , sut en créer un qui lui est propre : la grâce de ses figures de femmes est remplie de charmes , de dignité' et de grandeur ; varié dans ses poses et dans ses mouvemens , il leur donne toujours une souplesse et une élégance que ne leur font pas perdre quelques incorrections de dessin , et que peuvent lui envier les plus grands sculpteurs des écoles d’Italie. II paraît que le caractère de Jean Goujon le portait de préférence vers les compositions et les formes gracieuses : aussi ses figures de femmes sont-elles, en général, supérieures à celles d’hommes. Quoique ce soit dans les draperies que ce grand maître s’éloigne le plus du style des anciens , et que souvent elles soient disposées d’une manière plus propre à la peinture qu’à la sculpture, cependant il sait toujours les ajuster avec grâce : leur jet est heureux et ac'compagne bien les contours de ses figures. Enfin , ce grand sculpteur, que la France peut opposer avec confiance et avec orgueil à tout ce que l’Italie a produit de plus habile, fut l’un des fondateurs de l’école française; il lui sert encore de modèle : heureuse , si , en se rapprochant de l’antique et de sa sévérité , clic n'eût jamais perdu de vue les principes de Jean Goujon , sa grâce naturelle et sa brillante exécution.

Parmi les nombreux chefs-d’œuvre de Jean Goujon , on cite les sculptures de la fontaine des Innocens , dont il fit deux côtés ; les autres , lors de la restauration de ce beau monument, ont été exécutés par M. Pajou. Cette fontaine, fondée sous François I.« r , fut terminée, en 1550, par Pierre Lcscot, comme architecte , et par Jean Goujon. Lorsque, en 1781, on détruisit, pour en faire un marché, le cimetière où elle était placée à l'angle d’une rue , ce fut par le conseil de M. Quatremèrc de Quincy que cette belle fontaine fut conservée et transportée à l'endroit où on la voit aujourd'hui. Une partie des sculptures, et entre autres celles des œils de bœuf du vieux Louvre , les belles cariatides et d’autres figures de la salle de ce nom au

16 »U>séB DE LA MHJUTCRE FRANÇAISE.

Musée royal, beaucoup do bas-reliefs répandus dans Paris , sont de Jean Goujon. On volt encore des sculptures de iui à fh<kel de Carnavalet , rue Coitur<vSainte- Catherine. Il serait trop long «Fénumércr scs autres ouvrages y inais il est bien à dcslrer que quelque habile dessinateur recueille tout oc qui nous reste de oe grand maître , et en fasse un ouvrage complot ; eo serait un monument qu’il élèverait à la gloire de la France , à celle de Jean Goujon , et qui lui donnerait h iui-méme des titres à eu obtenir un four. t

14, H EMII II couronné de laurier. — Buste en albâtre de

Lagmj , par Germain Pilon.

J lu ut. 0,61 4™' — 1 p. 10 po. 9. 1.

Ce beau buste , par Germain Pilon , dont nous parferons plus bas , offre un grand caractère de vc'rite' : il es» fâcheux que , ronge par le temps , il ait perdu la vivacité de son travail ; mais on voit cependant qu’il était d’une très-bonne exécution. La tête, ainsi que plusieurs autres que nous verrons, a été encastrée dans un buste d’un albâtre différent L’oramrc est d’une grande richesse de travail ; mais die paraît d’une autre main que la tête.

Les arts fleurirent sous Henri II. François I." lui avait laissé , comme un bel héritage , tous les gruuds artistes qui avaient illustré son règne : il acheva les inonumcns que son père avait commencés, et en éleVu d’autres. Animés par sa protection et ses largesses, les Jean Cousin , les Jean Goujon , les Lescot, les Germain Pilon, les Philibert de Lorme, les Primaticc, produisirent de nouveaux chefs-d’œuvre ^ le Louvre, A net , et d’autres édifices, sortirent de leurs mains briüans de beauté et ornés de tout ce que la sculpture et l’architecture peuvent créer de merveilles ; et ces artistes, qui avaient embelli le règne de Henri II, lui érigèreut après sa mort un magnifique monument. >

1 5. AMOUR ou GÉNIE. — Bas-relief en marbre.

v , , Larg, 0,320 m — 1 1 po. 10 1. ; haut. 0,260 m — 9 po. 7 I. ■>

A demi couche, et fe bras gauche appuyé' sur un casque , cet amour tient à ia main droite une couronné et deux sceptres surmontes d’une Heur de iis ; TH qui est près de lui, et le style de ia sculpture, indiquent qüe ce petit bas-relief et les trois autres qui offrent la même idée , faisaient partie de quelque monument du temps de Henri U.

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