‹ Description des plantes vénéneuses du canton de Neuchatel à l'usage des écoles et des gens de la campagneChapitre 10 sur 17 · LA RENONCULE SCÉLÉRATE · texte numérisé non relu

LA RENONCULE SCÉLÉRATE

Latin , Ranunculus sceleratm L.

/ Allemand, Blasenzïehmder Hahnenfuss, Frosch-Pfeffer.

Si les plantes de la famille des Solanées sont remarquables par leurs propriétés narcotiques , celles de la famille des Renonculacées se distinguent plus ou moins par un principe vénéneux âcre et corrosif très - marqué , surtout dans quelques espèces du genre Renoncule, et plus particulièrement parmi nos espèces indigènes , dans celle dont il est ici question.

La Renoncule scélérate croît sur le bord des mares et des étangs depuis juin jusqu’en septembre. Elle est assez rare chez nous, et on ne l’a encore rencontrée que dans les environs du Pont-de-Thielle , du Landeron et au Val-de-Ruz , près de St. -Martin.

C’est une plante annuelle , dont la racine composée d’un grand nombre de fibres alongées , donne naissance à des tiges plus ou moins droites , fistuleuses , glabres et rameuses , souvent d’un demi-pied , quelquefois de 2 à 3 pieds de haut. Ses feuilles sont glabres , lisses , un peu succulentes; les radicales pétiolées, divisées en 3 ou 5 segments dentés, qui n’atteignent point la base de la feuille , les supérieures divisées jusqu’à la base et plus petites. Les fleurs sont jaunes , à peine plus grandes que le calice réfléchi , pédonculées et terminant les rameaux. Les fruits forment, par leur réunion, un petit épi ovale , un peu conique ; ils sont glabres , légèrement comprimés et se détachent facilement de leur axe à l’époque de la maturité.

Le nom de scélérate donné à cette espèce , est justifié par l’énergie de ses propriétés vénéneuses. Son suc frais irrite les yeux et le nez et provoque l’écoulement des larmes et l’éternuement ; appliqué sur la peau , il fait naître des ulcères douloureux et difficiles à guérir. C’est un moyen que les mendians (*) emploient dans quelques pays pour exciter la commisération

(*) Ils font aussi usage dans ce but de la Clématite des bois (Clemalis vitalba L. vuigairement Herbe aux Gueux), buisson à tiges grimpantes et à fleurs blanches, assez commun le long des chemins dans les haies. Les enfans la connaissent sous le nom de bois à fumer. Le suc de cette plante produit les mêmes effets que celui de la Renoncule scélérate.

publique. Prise intérieurement , ses effets ne sont pas moins dangereux ; mais elle perd toutes ses propriétés délétères par la dessiccation et T ébullition. Les feuilles mâchées produisent dans la bouche une chaleur brûlante , Tulcération de la langue et l’abolition passagère du goût.

Parmi [les autres espèces de Renoncules , indigènes dans notre canton , celles dont il faut le plus se défier , à cause de leur âcreté brûlante , sont 1° la Renoncule langue (R. lingua L.) qui croît au bord de quelques-uns de nos marais et qui se distingue par ses feuilles alongées , lancéolées et entières et par sa grande fleur jaune ; 2^ la Renoncule flammette (R. flammula L. \u]Qïi\vement petite Douve), assez commune dans les prés humides et sur les bords de notre lac et dont les feuilles sont aussi indivises et la fleur petite , etc. etc.

Une seule de nos espèces indigènes est dépourvue d’âcreté : c’est la Renoncule rampante (R. repens L. vulg. Rassinet ou Pied de poule) dont on ’ peut manger les jeunes feuilles comme herbe potagère. La plus vénéneuse de toutes les espèces d’Europe est la R. thoi'a , qui croît à la Dole, mais qui n’a point encore été trouvée sur notre Jura neuchatelois.

A la famille suspecte des Renonculacées appartiennent encore ces jolies Anémones, qui ornent , au printems , de leurs fleurs élégantes nos rochers ; et nos forêts^ les Clématites, les Pieds-d’ Alouette, etc etc. Toutes ces plantes ’ participent plus ou moins aux propriétés caustiques de la famille, et il faut 1 s’en défier.

Atutti maculatum L.

LE GOÜET COMMUN.

Latin , Arum mamlatum L.

Allemand, Aronswurz ^ Zehrwurz, Aromtah etc. Vulgairement, Draconie , Pied de Veau, Girou etc.

Le Gouet qui appartient à la famille des Aroïdes , croît assez communément chez nous dans les lieux couverts et ombragés , au bord des haies , aux environs de Neuchâtel , de Boudry , aux Gorges du Seyon et surtout en grande abondance aux Côtes du Doubs. Il fleurit en mai et juin , et son épi de baies d’un rouge écarlate mûrit en juillet et août.

Sa racine est un tubercule charnu , de forme ovale poussant des fibres alongées et qui donne naissance d’abord à 2 ou 3 feuilles longuement pétiolées, glabres et luisantes, souvent tachetées de brun, ayant la forme d’un fer de flèche , c’est-à-dire prolongées de chaque côté de la base en deux oreillettes et figurant grossièrement l’empreinte sur le sol d’un pied de veau , d’où lui vient son nom vulgaire. La tige est nue, d’abord courte, s’alongeant ensuite et développant à son sommet une espèce de cornet d’un blanc verdâtre un peu coloré en dehors (spathe) , ouvert d’un côté, enroulé à sa base, pointu au sommet et enveloppant un chaton ou spadice en forme de massue qui porte les fleurs ; celles-ci n’ont ni calice ni corolle et se réduisent aux étamines formées des seules anthères placées sur la partie moyenne du chaton et aux pistils placés au dessous; au dessus des anthères se trouvent des filaments qui représentent des anthères avortées , et au-dessus des pistils , deux ou trois rangées de glandes qui sont des germes avortés. Il ne reste de ce châton, après la fructification, qu’un épi de baies rouges arrondies et serrées, à une loge et à une ou deux graines-

Toutes les parties de cette plante, surtout la racine fraîche, contiennent un suc laiteux âcre et brûlant qui détermine sur les parties qu’il touche une irritation que l’huile d’olive ne tarde pas à adoucir : ce suc agit également comme purgatif et comme émétique et doit être employé avec précaution. Quand la racine est sèche , elle perd beaucoup de son âcreté , et réduite en pâte , elle offre dans plusieurs contrées un aliment très-nourrissant qui peut être converti en pain , aussi sain que la pomme-de-terre et qui pourrait devenir une ressource précieuse en temps de disette. Dans les pays chauds.

quelques grandes espèces de Gouet sont régulièrement cultivées pour leurs racines , qui , bouillies ou rôties , offrent comme le Manioc , un excellent aliment. On a fait en France des essais de culture du Gouet commun ; mais on y a bientôt renoncé , parce qu’il faut trois ans pour que les tubercules acquièrent une grosseur convenable, et que cette plante exige un sol humide et ombragé. Tous ces essais , intéressants en eux-mêmes , n’ont servi qu’à faire ressortir davantage l’excellence du don que le Créateur a fait aux hommes en leur donnant la pomme-de-terre , qui répond à tous les besoins et à toutes les exigences.

Dans quelques contrées , on fait , avec la racine du Gouet , une pâte qui remplace le savon et sert à blanchir le linge.

La Cioutaire TèiièiTe\ise

CicLTta viTOsa .

Page 1