LA GIGUE VIREUSE
Latin , Cicuta vïrosa L (Cicutaria aquatica Lam.). Allemand, Wasaerschierling ^ giftiger WathericÂ. Vulgairement, Ciguë aquatique.
Nous avons dit (à l’article consacré à la grande Ciguë dans la première livraison de cet ouvrage) que la Ciguë aquatique n’avait point encore été trouvée dans notre pays. Nous l’avons découverte , cette année , sur le bord septentrional du petit lac d’Etalières , près de la Brévine , où elle fleurit à la fin de juillet.
Cette plante , de 2 à 4 pieds de haut, est glabre, à tige cannelée, dressée, rameuse et feuillée. Sa racine est épaisse, charnue et divisée intérieurement en cellules transversales plus ou moins régulières ; elle répand , quand on l’entame , un suc jaunâtre très-vénéneux comme tout le reste de la plante. Les feuilles sont grandes , deux ou trois fois découpées en divisions lancéolées ou lancéolées-linéaires, dentelées sur leurs bords , à dents terminées en pointes blanchâtres; elles sont d’un vert foncé en dessus, un peu glauque en dessous, et portées sur des pétioles fistuleux. Les ombelles , composées de dix à vingt rayons et plus, manquent ordinairement de collerette générale (involucre), ou n’ont à leur base qu’une ou deux folioles. Les ombellules sont assez denses, et portent à leur base un involucelle de dix à douze folioles très-étroites et à la fin réfléchies. Les fleurs sont petites et blanches , à pétales échancrés au sommet. Le fruit, formé de deux coques à cinq côtes ondulées, est arrondi , comprimé et couronné par les cinq dents du calice.
Cette ombellifère , qui ne croît qu’au bord des ruisseaux ou des étangs , est tout aussi vénéneuse que la grande Ciguë ; sa racine , qui a quelque ressemblance avec celle du Céleri , a quelquefois causé des empoisonnements mortels. Elle est employée , en certaines contrées , soit comme narcotique, soit en cataplasmes contre les douleurs rhumatismales et contre plusieurs maladies de la peau.
* > * ‘ - ■ li r* -
in "• M 4^ 0 obi^ift’l Ai litk'6(U>V*i«iîï^;^
jituH> JîA7a'?NwçUft'tv«!
^ F 5 ONiumjjfîîKjf qjPiî^^ àîoi^;i‘î*;ri *yiïS(k^^^^<\^
^^ÊJ«£rk^ odvA «tVM|-^2oiâlfëKi’iri>i!> t&)Kt iifi’ f«l^î^ii^<i»
bÿîlïn//) ï*iè|^ A 1?' of» , 0|i
.. V /A,, ^ f»i%jlfejf ftîM«;S^/lïlà^^^^
'.'ÉSfc * '^‘•’^'.i! .i-Av,
Taxus iDaccataL
LIF.
Latin, Taxm baccata L.
Allemand, liotheibe.
L’If, assez commun sur les pentes de noire Jura, croît épars, solitaire et jamais en forêts ; il se plaît particulièrement dans les gorges de nos montagnes et atteint jusqu’à 30 pieds de haut. C’est un arbre à rameaux étalés , à feuilles linéaires, planes et aiguës, à une seule nervure^ d’un vert luisant en dessus , rangées sur deux rangs, comme celles du sapin blanc. Les chatons mâles sont petits , plus courts que les feuilles et disposés en épis le long des rameaux ; la fleur femelle se transforme en une espèce de baie écarlate, de la grosseur d’un gros pois , ouverte au sommet et contenant un noyau osseux et luisant.
Il est peu de végétaux qui aient été aussi maltraités par les anciens botanistes , que l’If. Sa docilité à revêtir toutes les formes sous le ciseau du jardinier ne lui a point fait trouver grâce à leurs yeux , et il n’est pas de méfaits dont ils ne l’aient accusé. Son ombre seule passait pour donner la mort à l’imprudent qui s’endormait sous son feuillage ; le jardinier , occupé à le tondre , ne pouvait se livrer long-temps à cette occupation sans s’exposer à de violents maux de tête ; ses baies tuaient , sans distinction , enfants , hommes et animaux ; et il n’est pas jusqu’aux poissons qui ne fussent énivrés , étourdis et ne se laissassent prendre à la main , pour peu qu’un de ses rameaux fût tombé dans l’élément liquide qu’ils habitaient.
Les modernes ont fait justice de toutes ces exagérations. Des observations directes ont constaté que , quoique les jeunes rameaux et les feuilles aient une propriété purgative assez énergique;, ils sont mangés sans accident , du moins par les bœufs et les porcs , et que les baies , qui ont une saveur douceâtre , peuvent être avalées sans suites fâcheuses par les hommes et même par les enfants , du moins en petite quantité. Peut-être faut-il se défier davantage du principe amer contenu dans le noyau de la baie. Il serait cependant possible que sous des latitudes plus méridionales et plus chaudes , les propriétés de l’If fussent plus actives , comme cela arrive pour beaucoup de poisons animaux et végétaux , qui deviennent d’autant plus énergiques (ju’ils se développent sous l’influence d’une température atmosphérique plus élevée.
Cet arbre s’avance vers le nord jusqu’au 55^^ — 60® de latitude. C’est le plus précieux de nos bois indigènes par sa dureté, son élasticité et son incorruptibilité ; mais sa croissance est très-lente. Nos ancêtres s’en servaient pour fabriquer leurs arcs. Son bois , élégamment veiné et marbré , peut prendre le plus beau poli ; il n’est jamais attaqué par les insectes.
Püim irarasis
DU
Troüième livraison.