L’EUPHORBE PETIT-CYPRÈS
Latin, Eupliorbüi Cyparissias L.
Allemand, cypressenartige f^olfsmilcli.
Vulgairement, Tiihymale (ainsi que les autres espèces).
Parmi les nombreuses espèces d’Euphorbe qui croissent dans notre pays, les unes dans les terrains cultivés ou au bord des chemins , d’autres dans les marais , d’autres encore dans les forêts , et qui , presque toutes , se font remarquer , à la première vue , par leur inflorescence singulière et par le suc laiteux qu’elles distillent, nous en choisissons une des plus communes sur nos coteaux secs et arides , parce que toutes ayant , à des degrés différens sans doute, les mêmes propriétés, celle-ci suffira pour faire distinguer ce genre de tous ceux de la famille des Euphorbiacées , à laquelle appartiennent encore parmi nos plantes indigènes le Buis et la Mercuriale. — Elle fleurit en Mai.
L’Euphorbe Cyprès a une racine vivace , rampante , assez longue et rameuse , qui pousse une ou plusieurs tiges droites , cylindriques , d’un pied de haut environ^ souvent rougeâtres à leur base, et garnies en tout sens de feuilles étroites, linéaires , glabres et très-entières. Vers le sommet delà tige et sous l’ombelle, il se développe ordinairement quelques rameaux stériles qui portent des feuilles plus étroites et plus serrées , et quelques branches florifères sortant de l’aisselle des feuilles supérieures. La tige, à son sommet, se divise en 8 à 10 rayons, formant une ombelle, munie d’une collerette composée d’un certain nombre de folioles semblables à celles de la tige. Au sommet de chaque rayon , cpii se divise encore en 2 ou 3 branches , se trouve un involucelle formé de deux bractées jaunâtres , plus larges que les autres feuilles , en formes de cœur à la base , ovales-triangulaires et légèrement acuminées. La fleur, d’une jaune verdâtre, d’une composition assez compliquée , mais dans le détail de laquelle nous ne pouvons entrer , présente en apparence 8 à 10 divisions, dont les 4 ou 5 externes ont la forme d’un croissant et renferme 10 à 12 étamines; de son centre, s’élève sur un pédicelle , une petite capsule à 3 coques soudées , légèrement verruqueuses ou chagrinées sur les angles et renfermant chacune une petite graine lisse, ovoïde et grisâtre. — Toute la plante , en vieillissant , tend souvent à prendre un teinte plus ou moins rougeâtre.
Le suc laiteux qui découle des Euphorbes est un purgatif violent et dangereux, en ce qu’il détermine des ulcérations sur les parois du canal intestinal ; appliqué sur la peau , il la rougit et y provoque des ulcères. En Pologne, quelques espèces d’Euphorbe sont employées par les paysans, comme le meilleur remède contre l’hydrophobie. On se sert communément avec succès du lait d’Eupliorbe pour faire disparaître les verrues. — Dans certains pays , les liabitans de la campagne font usage de ce suc en guise de purgatif et de vomitif, ce qui lui a fait donner le nom de Rhubarbe des paysans; mais on doit déconseiller l’emploi de ce remède , s’il n’est prescrit par un médecin éclairé et à dose convenable.
V Euphorbe Epurge (Eupliorbia lathyris L.) qui, de toutes les espèces d’Europe , paraît être la plus active , se rencontre quelquefois , comme spontanément, dans nos jardins et dans nos terrains cultivés, mais elle n’y est point réellement spontanée. Les Euphorbes des pays chauds ont des propriétés encore plus énergiques et dangereuses que les nôtres , et la plupart sont de véritables poisons , même à très-faible dose , entr’ autres l’Euphorbe officinale^ originaire d’Afrique, et l’Euphorbe des Canaries,
A cette famille appartiennent encore : le Ricin, dont l’huile, préparée à l’eau bouillante , perd une partie de son âcreté et devient un purgatif doux fréquemment employé; le Manioc, originaire d’Amérique, dont les tubercules, bouillis ou grillés, présentent un aliment généralement en usage dans les pays chauds , et dont on prépare un pain qui a l’avantage de se conserver plusieurs années, pourvu qu’on le préserve de l’humidité ; le Hevea guianensis Aubl. qui donne le suc si connu sous le nom de Caoutchouc , et le Mancenillier , l’un de végétaux connus le plus vénéneux, dont les Caraïbes se servent pour empoisonner leurs flèches, et dont l’ombrage seul, au dire des voyageurs , suffit pour donner la mort.
La Gpatiole officinale.
Gratiola officinalis .
GRATIOLE OFFICINALE.
Latin , Gratiola officinalts, L,
Allemand , Gnadenkraut, Purgirkraut , wüder Aurin. Vulgairement, Herbe au pauvre homme, Grâce à Dieu.
Il est des plantes qu’on range à regret parmi les espèces suspectes : telle est notre modeste Gratiole , qui porte extérieurement tous les caractères de l’innocence, mais dont il faut cependant se défier jusqu’à un certain point.
Elle n’est pas commune dans notre pays , et ne se rencontre guères qu’aux allées de Colombier et dans les prés humides près de la Thielle. Elle fait partie de la famille des Scrophularinées et fleurit en juillet.
Sa racine est vivace , rampante , et pousse des fibres aux articulations ; sa tige est droite, de 12 à 18 pouces de haut, cylindrique ou un peu tétragone vers le haut, glabre, ordinairement simple, avec les entre-nœuds plus courts que les feuilles. Celles-ci sont opposées, sessiles, ovales-lancéolées, dentées en scie , à 3 nervures longitudinales : de leur aisselle sortent des pédoncules, longs d’une pouce environ, portant à leur sommet une fleur blanche légèrement rosée, à tube jaunâtre, divisé à son sommet en 4 lobes, dont le supérieur est un peu échancré. Le calice est à 5 divisions, avec deux bractées à sa base. Les étamines sont au nombre de 4 , dont 2 inférieures plus courtes, stériles, et deux supérieures plus longues et fertiles. La capsule est partagée en deux loges contenant chacune un grand nombre de petites graines.
La Gratiole est sans odeur; mais,' quand on la mâche, elle laisse sur la langue une forte amertume. Son action est surtout énergique sur l’appareil de la digestion ; elle purge violemment et excite en même temps de pénibles vomissemens. Elle détermine , dit-on , un notable amaigrissement chez les animaux qui en mangent avec le foin. Elle entre d’ailleurs dans presque tous les remèdes que les charlatans débitent au peuple ; et comme on lui attribuait anciennement des vertus extraordinaires, elle jouissait d’une grande renommée ; mais elle est maintenant presque hors d’usage en pharmacie.
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