‹ Description des plantes vénéneuses du canton de Neuchatel à l'usage des écoles et des gens de la campagneChapitre 15 sur 17 · LIVRAIS ENIVRANTE · texte numérisé non relu

LIVRAIS ENIVRANTE

Latin, Lolium tcmulentum. L.

Allemand, Gifilolch, Taumellolch, Schwindelliafer , etc. Vulgairement , Herbe d’ivrogne.

Le genre Ivraie appartient à la famille des Graminées , comme la plupart des herbes qui composent nos pâturages , comme le blé , le seigle , l’orge , l’avoine, etc. — Ce genre se distingue par un épi formé de petits épillets sessiles, multiflores, solitaires sur chaque dent de l’axe qui est comme creusé, et rangés alternativement sur deux rangs opposés; ils sont munis extérieurement d’une bractée , tantôt de moitié plus courte , tantôt aussi longue ou même plus longue que l’épillet ; l’épillet supérieur seul a ordinairement deux bractées.

Deux espèces d’ivraie méritent surtout l’attention des agriculteurs; l’une, par l’excellence des pâturages artificiels qu’elle fournit et l’abondance de ses produits; c’est V Ivraie vivace , généralement connue sous le nom de Raygrass; l’autre par le tort qu’elle fait aux moissons et les funestes effets qu’elle peut produire quand ses graines se trouvent mêlées en certaine quantité à celles des Céréales; c’est V Ivraie enivrante, dont il est ici question.

Elle se distingue assez facilement de l’Ivraie vivace , en ce que sa racine est annuelle (et non vivace) , ses tiges droites (et non couchées à leur base) ; en ce que la bractée égale ou surpasse l’épillet (tandis qu’elle est de moitié plus courte dans V Ivraie vivace); enfin en ce que les glumes de V Ivraie enivrante sont munies de barbe ou d’arêtes plus ou moins longues. Elle fleurit en été , et les graines mûrissent en même temps que celles des Céréales, dont les champs en sont infestés en certains endroits.

Quands ses graines sont récoltées avec celles des Céréales et moulues avec elles , le pain qui résulte de ce mélange acquiert des qualités dangereuses, surtout lorsqu’il est chaud. Il agit alors avec violence sur l’estomac, (|u’il affaiblit au point que ce n’est qu’après de longs ménagemens qu’on lui rend son action digestive. Cette plante agit d’ailleurs diversement suivant les différens tempéramens : généralement elle affecte la vue qu’elle trouble, cause des étourdissemens , des vertiges (ce qui lui a valu son nom d’herhe d’ivrogne), plus tard des convulsions suivies de paralysie et (pielcpiefois

d’une mort douloureuse. On ne manque pas d’exemples de brasseurs, qui l’ont mêlée frauduleusement au malte ou moût de bière, pour rendre la bière plus forte et plus enivrante.

Cette plante nuisible portail chez les anciens le nom de Zizanie; de là le proverbe : semer la zizanie. — Dans la nomenclature moderne, ce nom a été donné à un autre genre de graminée exotique , dont les espèces n’ont aucune qualité malfaisante.

L’Ivraie enivrante est heureusement encore peu répandue dans nos champs ; il est d’autant plus important de la signaler aux cultivateurs, afin qu’ils l’extirpent soigneusement partout où elle viendrait à se montrer. On peut , au reste , avec un peu d’attention , reconnaître sa présence dans les alimens farineux, en ce qu’elle leur communique une odeur nauséabonde et une teinte noirâtre. Elle paraît d’ailleurs , comme d’autres plantes vénéneuses , avoir des propriétés plus dangereuses dans les climats chauds , que dans , les zones froides ou tempérées.

Helleboi’e fedde .

Helletorus fcetidus .

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