DAPHNÉ BOIS-GENTIL
Latin, Daphné Mezereum L.
Allemand, Seidelbasty Kellerhals.
Vulgairement, Bois-gentil, Gai ou.
Lorsque le souffle du printemps commence à réchauffer la nature et à ranimer la végétation , le promeneur solitaire rencontre souvent , au milieu des primevères et des hépatiques , un petit arbuste de deux à quatre pieds de haut, à racine rampante, à écorce grisâtre^ dépourvu de feuilles, mais dont les rameaux dressés et flexibles sont garnis de petites fleurs d’un rose purpurin , rarement blanches , disposées par petits groupes formant un épi lâche et répandant une odeur agréable. Ces fleurs sont de petits tubes divisés à leur sommet en quatre lobes ouverts et renfermant huit étamines ; à mesure qu’elles se fanent pour faire place à une baie d’un beau rouge, de la grosseur d’un pois et renfermant un seul noyau , on voit se développer au sommet des rameaux un faisceau de feuilles lancéolées , entières , d’un vert gai, qui deviennent alternes à mesure que le rameau s’alonge, et qui tombent en automne.
Cet élégant petit arbrisseau , connu vulgairement sous le nom de Bois^gentil ou Garou , croît fréquemment dans les taillis ombragés de nos montagnes ; il est souvent cultivé dans les jardins à cause de ses fleurs précoces et odorantes ; mais il n’est point aussi innocent qu’il en a l’air : toutes ses parties, depuis la racine jusqu’au fruit, ont une âcreté caustique, qui ne tarde pas à produire sur la peau l’effet d’un vésicatoire. L’écorce , lorsqu’on la mâche, excite dans la bouche et sur la langue une forte inflammation qui se prolonge jusque dans l’œsophage. L’odeur pénétrante des fleurs, qui rappelle celle de la Hyacinthe , occasionne des maux de tête ; ce qui témoigne des propriétés vénéneuses de cet arbuste. Les graines produisent une inflammation dangereuse dans l’estomac des mammifères , tandis que les oiseaux se nourrissent impunément de la pulpe du fruit.
On tire de son écorce une couleur jaune dont on se sert pour teindre les laines. Sa graine est employée par quelques personnes pour donner du montant au vinaigre , en l’associant à diverses espèces de poivre ou à d’au-
très épices. Ce moyen , qui n’ajoute rien à la bonté du vinaigre , est plutôt nuisible qu’utile , en ce que ce liquide , ainsi traité , échauffe au lieu de rafraîchir. On se serf souvent de l’écorce en guise de vésicatoire; on en prépare aussi dans le même but une pommade sous le nom de pommade végétale ou de Garou , bien préférable à celle de cantharide.
Le Daphné lauréole , qui se distingue par son écorce noirâtre , ses feuilles coriaces et persistantes et ses fleurs d’un vert jaunâtre, disposées en grappes courtes à l’aisselle des feuilles , ne paraît point encore avoir été trouvé dans notre canton, où cependant il est probable qu’on finira par le rencontrer, au Creux-du-Van, par exemple. Il fleurit aussi au commencement du printemps;, et possède les mêmes propriétés caustiques.
Lailue vireuse,
Lactuca vil" osa.
Li.tK dçNicoletàHeucUatel
LA LAITUE VIREÜSE.
Latin, Lactuca virosa L.
Allemand, Giftlatlich^ Giftsalal.
Les anciens comprenaient en général sous le nom de Laitue toutes les plantes qui distillent un suc blanc laiteux {lac , lait). Les botanistes modernes ont restreint ce nom à un genre de la famille des Composées, section des Chicoracées. L’espèce qui nous occupe est bien voisine de la Laitue commune cultivée dans les potagers, commme plante alimentaire, dès l’antiquité la plus reculée ; mais tandis que la Laitue alimentaire possède des propriétés calmantes, et que son suc laiteux est tout-à-fait innocent, celui de la laitue vireuse est amer , très-âcre et irritant , et possède des propriétés narcotiques analogues à celles de Topium.
Cette plante ne se trouve , dans notre canton , qu’aux environs de Chezle-Bart, St.-Aubin et Vauxmarcus, le long des routes, au pied des murs et dans les décombres; elle fleurit de juillet en septembre.
Sa racine est bisannuelle, rameuse et perpendiculaire; la tige, qui atteint quatre à cinq pieds, est droite, garnie inférieurement de petits aiguillons, glabre et rameuse au sommet ; les feuilles sont oblongues , ordinairement entières et rétrécies à la base , qui s’élargit ensuite en deux oreillettes em ^ brassant la tige de chaque côté; elles sont garnies dans leur contour, ainsi que sur leur côté inférieure, de petites épines raides et piquantes; les rameaux , disposés en une panicule lâche , forment des grappes latérales de fleurs Jaunes , pédonculées , dont le calice est cylindrique et formé de plusieurs petites folioles , qui se recouvrent mutuellement comme les tuiles d’un toit. Les graines sont noires , marquées de cinq stries et surmontées d’une aigrette pédicellée, composée de poils nombreux.
Lne autre espèce de laitue , aussi indigène dans notre canton , se rencontre fréquemment aux environs de Neuchâtel, sur la route de Monruz; c’est la Laitue Scariole; ellen’est point aussi vénéneuse que la précédente, quoique possédant des propriétés analogues. Elle se distingue facilement par ses feuilles découpées en lobes profonds , dont la lame , au lieu d’être horizontale, est placée dans une direction presque verticale, par ses fleurs
plus petites et par ses graines brunes (et non noires). La plante cultivée par les jardiniers sous le nom de Scariole , n’est point une laitue , mais une variété de la chicorée sauvage , par conséquent tout-à-fait innocente.
Nous observerons enfin que la Laitue vireuse et la Laitue Scariole sont les deux seules plantes indigènes appartenant à la famille des Composées^ qui aient des propriétés malfaisantes.
La Digitale poin^pre^
Digitalis purpurea L.