FORMATION DU VELAY KT DU VIVARAIS
souvent surgir comme des îles , au milieu des laves basaltiques ; qu'ils ont recouvertes de leurs blocs. Les laves lithoïdes compactes sont les plus répandues: elles abondent autour de Montusclat, Fayt-le-Froid ; mais, si l'on approche du point central , là où les éruptions ont pénétré dans la partie la plus élevée la plus développée do la chaîne , les laves scorie fiées deviennent prédominantes, surtout depuiâ ChaudeyroUes jusqu'à Bonnefoi.
La plupart des laves scorifiées se composent de fragmens enchevêtrés les uns dans les autres : ce sont , à proprement parler, des brèches scoriacées à ciment de laves , des masses de laves boursouflées qui ne provi^n-* nent pas de déjections, mais qui se sont épan^ chées , quelquefois même ont coulé à des dis-» tances assez éloignées de leur point de départ. Beaucoup de ces laves sont actuellement décomposées et réduites, comme les déjections, à l'état de tuf argileux. Ces tufs argileux rouges , d'une décomposition plus ou m'oins avancée, souvent caractérisés par des cristaux de pyroxène, forment la roche caractéristique 00 la partie centrale. Il en est qui proviennent évidemment de déjections, et, comme d'aîU
au4 CHAPITAE VIII.
leurs on trouve des scories libres à ]a'base sud du pic du Mezenc, dans le cirque des Boutières y on est d'abord tout porté à regarder ce point comme le centre d'émission de toutes les laves basaltiques environnantes , dont la position est souvent difficile à expliquer. Il n'en est rien cependant^ et cette hypothèse, qui serait juste dans toute autre ligne d'éruptions , n'est plus applicable dans celle-ci , où les masses phonolitiques préexistantes ont eu la plus grande influence sur la position, le mode d'émission et la forme des basaltes.
Cette hypothèse s'appuie en effet sur la quantité des tufs et des matières scorifiées, sur la position souvent problématique des laves basaltiques, qui recouvrent les plateaux du centre les plus élevés; ce qui conduit à expliquer ces deux faits l'un par l'autre, et à supposer l'existence d'un grand cône volcanique central, d'où ces laves seraient parties. Le cirque des Boutières,au nord, du Mezenc, est en outre le seul point où l'on puisse placer convenablement ce volcan supposé. Or, cette supposition est complètemeiit renversée par l'examen des localités, qui démontre : i*" que la presque totalité des matières scorifiées s'est épanchée sous forme de
FORMATION DU VELAT ET DU VIVARAIS. a^àS
laves et non pas d^ déjections; a<» que la position problématique des basaltes sur les plateaux situés au nord et au sud -ouest du Mezeiic^ à une élévation de i,6oo mètres, et dominés seulement par les pics phonolitiques du centre, tient à un mode d'émission particulier ; 3" enfin que Je cirque des Boutières résulte d'un cratère de soulèvement , dû à l'émission des roches basaltiques qui s'y trouvent. Tels sont les faits importans , dont cette contrée intéressante renferme la démonstration. "
.Que l'on prenne d'abord les laves scorifiéés, les tufs argileux dans le point central de leur développement, le cirque des Boutières: des blocs épars indiquent qu'il y a eu probablement des déjections; mais le banc le plus apparent, que sa couleur rouge, les lignes de stratification nettes et la position escarpée font sur-le-champ remarquer, ji^isrà^ vis le Mezenc, à l'escarpement des Gluzels (pi. VI) , indique une toute autre origiûe. Ce banc puissant se compose entièreméntde scories rouges, assez finement poreuses et fortement agglutinées par un ciment plus foncé et basaltique. De grosses masses s'en sont détachées en plusieurs points,
aa6 CHAPITRE Ylfl.
^Cetle brèche scoriacée y qui a la consistance «4'une lave , se décompose en tuf argileux d'un rouge très vif dans lequel les pores en^ -4sore apparens^ sont, comme dans le peu 4e - scories erratiques ^ tapissés de substances zéolitiques , analdme et chabasie. Qne Ton sup- ;po8e ce banc qui présente ici une tranche -escarpée, tout-à-&it à découvert^ au lieu d'être intercalé , et formant la sur&ce du sol , la décomposition , qui n'est qu'accidentelle, sera beaucoup plus avancée, et Ton sera très porté à le regarder comme un banc de déjections décomposées: mais ici la nature de la plps •grande partie de cette assise , qui n'est autre chose qu'une lave scorifiée , sa position intercalée au-dessous de puissantes masses phono* litiques,lui assignent unetcmte autre origine. Cette lave a soulevé les masses phonoliliques; elle a percé latéralement au-dessous d'elles. Un tel mode'd'épanchement peut paraître bizarre; mais il résulte de l'examen des localités et avec d'autant plus d'évidence , qu'il s'est ré^ pété en d'autres points, et que l'on conçoit d'ailleurs très aisément que, lorsque les parois 'latérales offraient moins de résistance .que la ;masse supéHeure pesante et cohérente, ils
S'OAMATION DU VBtfT ET DU VIVAAAIS. ^27
durent préférablement céder à la pression.
. Ce fiait s'est renouvelé^ non-^seulement dans le cirque des Boutières:, et en d'autres points du même groupe, mais aussi dans les éruptions basaltiquesde rEmblavèsdans la méoiechaîiie:
il se trouvera plus d'une occasion d'y revenir et de le confirmer. Les n^iatières scorifiées, plus ou moin& décomposées ont donc été souvent émises directement comme des layes compactes;. Il s'en, trouve un exemple frappant sur la droite diji chemin qui conduit directement de Fayt au Villard, Une énorme . masse de basaltes scorifiés a percé le sol et pris la forme d'i^n djke. Cette masse renferme du basalte compact pyros:énique; mais la majeuire partie se compose de scories anguleuses^ enchevêtrées les unes dans les autres , d'une désaggré^ gation facile, dont on a proi^té pour y creuser des cavités. Ces scories amoncelées SQnt rouges , jaunes , noires ; elles se décomposent en plusieurs points,
* L'on peu( maintenant se rendre compte de I9 po»tipn problématique de certains bass^ltes. Ceux qu'on trouve, par exemple, sur le plateau situe au nord du Mezenc , entre ce point et Chaudeyrolles ; ce plateau , doucement incliné,
fl^S CHAPITRE VIII.
n'est dominé que par les pics trachytiques des dents du Mezenc^ et les masses phonolitiqoes du Mezenc et de l'Ambre , les plus élevées du groupe (pi. V). On trouve des affleuremens basaltiques auprès des dents du Mezenc y autour de ChaudeyroUes. Près de la cascade , il y a des saillies de basalte granulaire bleuâtre, compact et scorifié^ et comme autour des saillies basaltiques , il y en a aussi de phonolitiques , Ton reste fort indécis sur la composition du plateau : or, la coupe présentée par la cascade du premier plan justifie la position de ces basaltes. La partie supérieure est une assise phonolitique ; le phonolite est noir^ compaqt, divisé en gros prismes verticaux, comme au plateau de Fayt. Toute la partie inférieure est une masse basaltique, dont la composition est variée : on y trouve le basalte lithoîde , compact ^ homogène, en prismes ébauchés, et comme d'ordinaire , d'un moindre diamètre que les prismes phonolitiques ; le basalte sco* rifié, et dans la partie inférieure, un petit banc intercalé de pozzolane rouge , libre, laquelle devient agglutinée et passe à une vacke jaunâtre , tendre , de quelques décimètres d'épaisseur.
Formation du velat et jdu vivarais. 229
L'origine de cette masse basaltique n!est point douteuse : elle a percé un peu latéralement au-dessous de l'assise phonolitiqae. On )a voit en effet, sur la droite, former une plus forte saillie, à laquelle correspond un dérangement dans, la position des prismes phonoli* • tiques, qui sont un peu. renversés : elle s'^t avancée vers Chaudéyrolles. Dès-lors ,, comme Ton aurait y. dans le cas où l'escarpement de la cascade n'existerait pas , un affleurement de basalte compact ou scorifié , en tout semblable à ceux qui abondent sur le plateau y on peut attribuer à chacun une origine analogue ; on peut même se représenter les basaltes poussés de bas en haut, éprouvant dans les cavités intérieures , qui ont pu résulter de rémission des dômes des picsphonoiitiques, l'action prolongée des gaz qui les ont scorifiés en grande partie, et crevant, perçant à la surface du sol , à des intervalles d'autant plus rapprochés, que la croûte superposée était moins épaisse. Ces épanchemens latéraux , ces boursouflures de roches basaltiques se retrouvent au sud-ouest du Mezenc, sur le plateau des Ëstables.
La scorification générale , souvent complète , cratère de
soar
a3o CPAPITRE YlII.
b^i!S!m.^^ des laves basaltiques, annoiice en effet un travail souterrain qui aurait précéda, leur apparition ; ce qui s'accorderait avec le bombem^3t du sol dans cette partie de la chaîne, avec ces bbiursotijGkiiies saillantes et disséminées j ces bavures qu'on remarque souvent au pied des masses phonolitiques ; car ia généralité des points d'émission indique la proximité de la roche fluide: mais ces ^ênomènes se lient encore à d'autres plus importans, aux perturbations causées par tes éraptions de cette seconde période , au cratère de soulèvement des Boutières^
Un fait qui est frappant pour tous ceu^t: qui montent au Mezao^c, c'est que cette montagne , très accessible , superposée à des plateaux doucement inclinés, vers le nord (pi. V); vers l'ouest du côté de l'Ambre; vers le sud-6uest , du côté des Ëstables, présente, vers le sud, un t<Mit autre caradtère(pL Yi). Desescarpemens rapides sur une hauteur de 3 à 5oo mèt.^ des rocs aigus, des plans verticaux,€ontrastent avec les pentes adoucies des autres &ces. Le Mezencest placé sur une arête recourbée en demicercle , qui sépare ces escarpemens abruptes intérieurs des plans doucement inclinés en
FOHtf ATION DU VELAT ET DU VlVARÀlS. %Zv
sens contraire, qui sont à Pextérieur du cirque. Du MezenCy qui domine du côté du nord , aux roches Fonteix qui dodainent au sud-est , le cirque a plus de a^ooo mètres. On ne peut embrasser son ensemble qu'en se plaçakit dans Ifintérieur, parce (^e les roches phonolitiquesdé Graillouse, qui se détachent du Mezenc, s'avàlicent^ pour en fermer Feutrée* La plan* che YI n'en ofFre donc qu'une partie , qui eit la' plus intéressante : c'est sous- cet aspect quese présente- le cirque des Boutières, du pic phouolitique du Villaret; l'autre partiq est comprise entre lé Mezenc et les roches de Graillouse. L'intérieur du cirque ne reçoit absolument que les eaux qui y prennent leur source, puisque tous les plateaux, extérieurs soMt inclinés àcontrepente.Leur réunion donne naissance à IkSaillouse, qui en-deçà des roches de Graillouse, au sortir du cirque, a entamé le granité.
Les formes de ce cratère de soulèvement sont bien caractérisées; le contraste des pentes intérieures et extérieures , sa crête circulaire se rapportent parfaitement aux lois communes déjà reconnues; mais sa composition présente des faits d'une nature toute nouvelle. Toutes
a3a GHil^ITRE VIII. . ,
les sommités de la crête sont phonolitiques f ce sont : Graillouse . le Mezenc , les saillies qui avoisinent la Croix - des - Boutières , les pics des Ciuzels et de Fonteix. Sur toute la série des escarpemens intérieurs , les roches sont souvent à découvert, et l'on reconnaît que la majeure partie des affleuremens est phonoiitique , rarement trachytique. Parmi les phonolites on jen remarque qui affectent des formes de filons , et se rapprochent beaucoup des basaltes.
. Les affleuremens basaltiques sont aussi très nombreux {bbb...) : ce sont presque toujours ces basaltes scorifiés, ces brèches à ciment de lave plus ou moins décomposées, dont il a déjà été question. Ces laves sont quelquefois noires, le plus souvent rouges ; quelques massifs de la partie supérieure) sont des brèches scoriacées à ciment jaunâtre, empâtant des scories noires et brunes , et dont les couches plus ou moins dures et plus ou moins rongées par les eaux , présentent comme des lignes de stratification. On voit les roches basaltiques se dégager de dessous les masses phonolitiques, présentant des lignes d'intersection fort nettes qui, se prolongeant horizontalement,
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comme à l'escarpement des Cliizels par exemple, offrent des lignes d'intersection fort nettes au-dessous des phonolites; ce qui avait fait dire que les phonolites étaient dans la chaîne du Velay postérieurs aux basaltes. Il est facile de se convaincre du contraire par l'examen des affleuremens basaltiques: on les voit sortir au-dessous des phonolites , les bouleverser, jetant de coté leurs prismes, faisant incliner leurs tables en sens contraire. D'ailleurs les brèches scoriacées jaunâtres ont souvent empâté des fragmens et même des blocs trachytiques.
Xa manière dont les basaltes ont soulevé les phonolites ne permet guère de douter que le cratère de soulèvement ne résulte de leur émission ; on en sera tout-à-fait convaincu lorsqu'on aura reconnu les relations qui exis^ tent entre leurs divers affleuremens. La planr che ne les représente pas tous; mais seulement ceux qui résultent d'émissions sur place, et qui ont percé aux points désignés : or il est facife de remarquer que ces affleuremens se rapportent à deux lignes horizontales, très distinctes. La ligne supérieure comprend la longue fracture horizontale suivant laquelle ont percé les laves des Cluzels, laquelle se pro-
a34 CHAPiTRB vnr.
longe encore à droite par un affleurement analogue ; les laves à ciment jaune et quelques au* Ires saillies conduisent cette ligne jusque vers le Mezenc.
Au-dessous de cette ligne d^affleurement , un bourrelet saillant , formé par lé renflement du sol, règne dans toute Tétendue du cirque depuis Graillpuse jusqu'au-dessous des Glu* zels. Ce renflement est formé en grande par^ tie par les saillies phonolitiques, et Ton voit immédiatement au-dessous commencer une seconde ligne d'affleuremens basaltiques plus massifs, qui, en plusieurs points, ont visiblement fracturé et bouleversé ces assises phonolitiques. Cette disposition particulière tend à prouver l'uniformité de Faction qui a soulevé ce cratère dans toute son étendue; et la position élevée des afflenremens de ligne supérieure, Tinclinaison très plongeante de leurs lignes de^ stratification , pourraient faire supposer que le soulèvement, opéré d'abord suivant cette ligne, a été ensuite complété , suivant la ligne des affleuremens inférieurs, par un. second effort volcanique.
Outre ces affleuremens basaltiques , on rencontre dans le cirque des Boutières des sco-
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ries libres avec cfaabasie, qui se trouvent jusque vers la base' nord du Mezenc; et des lambeaux de pozzolane argileuse, qui ne peuvent guère être attribués qu'à des restes de déjeotioils. Il en résulte qu'il doit avoir existé dans le cirque un point d'éruption, auquelse rapportent ces défections. Les lois auxquelles sont as^ sujétis les cratères de saulèvenaent conduisent à rechercher vers la partie centrale , les restes de ce point d'éruption. Or, en parcourant le lit de la Saillouse creûsè vers le centre du cratère , on remarque dans quelques endroits où elles ont pu être protégées , notamment vers la petite butte û , outre des resteô de déjections ordinaires , quelques scories bleues finement poreuses. La présence de ces scories , bien qu'elles soient peu abondantes , est im fait important, car c'est la seule roche s<îorii5ée de cette nature qu'oti rencontre dans tout le groupe, et comme elle ne peut provenir d'aucune autre localité, il faut encore en supposer le point d'éruption dans le cratère.
En remontant le lit de la Saillouse, à partir de cette petite butte , on trouve un point ou tes eaux coulent sur une lave basaltique peudant dix à douze pas. Cette lave basaltique
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d'un brun noirâtre est coippacte^ un peu hul* leuse, tenace; elle forme une. saillie assez prononcée, et l'on y trouve empâtés des blocs granitiques et des blocs d'un trachyte homo«gène blanc jaunâtre. Cette roche est un point d'émission , et marque, selon toute probabilité, le point d'éruption central! L'on conçoit par^ faitement que s'il a existé là un cône, un amas de déjections qu'on ne peut toutefois supposer très considérable, il aura été évidemment détruit, entraîné par les eaux qui ont pu se creuser un ravin assez profond.
Cette dernière considération complète le cratère de soulèvement des Boutièrès, en nous présentant les restes d'un développement cen*-. tral de l'action volcanique, dont il ne reste ,. il est vrai, que des déjections éparses,. mais dont le fond de la lave oscillante^ empâtant des noyaux de roches primitives et de trachyte, désigne l'emplacement; taiidis que la composition de ce cratère , et les relations qui existent entre les roches basaltiques et trachytiques permettent de constater les circonstances qui en ont accompagné la formation^ SaîntrFront. Le terrain basaltique ne présente pas^ dans les autres parties du gçoupe des caractères