‹ Description des œuvres d'art qui décorent les édifices publics de la ville de BordeauxChapitre 22 sur 77 · AN · texte numérisé non relu

AN

M. DC. Lin.

Puis, mentionnons encore le service pour M. de Saint- Cric, jurât, qui eut lieu le 14 novembre 1665, cérémonie à laquelle assista M. de Saint-Luc, lieutenant du roi de la province, accompagné de toutes les autorités civiles et militaires.

Mais, de tous les souvenirs recommandables attachés à Téglise Saint-Éloi, il en est un surtout qui est cher à tous ceux qu'intéresse Tétude des antiquités bordelaises; il suffit

de nommer le savant professeur du collège de Guienne : Élie Vinet, mort à Bordeaux, le 14 mai 1587 (*).

De nos jours , où les études historiques sont si actives, les recherches archéologiques si en honneur, Élie Yinet, auquel nous devons des écrits précieux sur les antiquités de noire ville, qui, à ses frais, fit lever en 1571 le plan de Bordeaux et en précisa les accroissements successifs, ne méritait-il pas un plus grand témoignage de reconnaissance qu'une simple pierre tumulaire, distraite du lieu où reposaient ses cendres et reléguée dans Tombre d'une chapelle obscure?

Sur cette pierre, encastrée dans le mur méridional (chapelle de Saint-Vincent-de-Paule), sont gravés trois distiques superposés. En voici la transcription :

NYN TI2 API2TAPX0Y. OYINHTOT, KYA02 OttAIOI, El KYAAINOMENOI, EIA0TE2, as TO OAAAI (').

INQVIRE IN MORES, DOCTRINAM CARPE ; FUIT-NE SANTONE VINETO DOCTIOR ET MELIOR? (')

VINET A ENTENDU LES LANGUES ET LES ARTS VINET A CONFONDU, EN MOURANT, LES BAVARDS (*).

Kéglise Saint-Éloi n'a point d'intérêt monumental. Si des documents établissent sa fondation au xii' siècle, le caractère de son architecture n'accuse pas une si haute ancienneté;

(^) < A l'âge de soixante-dix-huit ans, après avoir prudemment gouverné le

> collège de Guyenne, par Tespace de vingt-cinq ans, il décède au dict collège,

> au grand regret des gens doctes > (De Lurbe, Chron. bord., p. 49).

Bemadau, dans ses AtUiquites bordelaises, p. 347, dit avoir lu dans sa jeunesse répitaphe d'Élie Vinet, et la reproduit.

(*) Qui aurait aujourd'hui la gloire de TAristarque Yinet si les savants étaient honorés comme autrefois.

(*) Informez-vous de ses mœurs, profites de sa science : quelqu'un fut-il plus savant et meilleur que le saintongeois Vinet?

{^) Beaucoup, et nous sommes de ce nombre, sont ton fondas de ne pas bien comprendre Tesprit de ce dernier vers.

SAIMT-KLOI. 911

Tabside, los croisées de la nef, une grande partie des voûtes et le clocher, appartiennent au xiV , au xv* et même au XVI* siècle.

L'irrégularité du plan de cette église et ses déformations choquantes s'expliquent par son ancienne situation : resserrée entre les fossés de la ville au midi, les constructions du beffroi à fouest, les remparts et la rue Poudiot au nord, elle ne pouvait, dans ce cercle étroit, donner à ses accroissements des dispositions régulières (^).

L'ancienne façade n'était qu'une muraille sans décoration; seulement, au-dessus d'une porte ogivale, se voyait une niche renfermant la statuette de saint Éloi ferrant un cheval.

Les vantaux de la porte étaient entièrement recouverts de fers de chevaux, apposés comme une sorte d'hommage à leur saint patron, par les compagnons maréchaux-ferrant ; il y en avait de très anciens et fort habilement ouvragés.

En 4828, M. Poitevin, alors architecte de la ville, fit élever la façade actuelle de cette église. Le dessin original est conservé à la bibliothèque publique de Bordeaux.

L'abside, de forme pentagonale, est éclairée par cinq fenêtres. Extérieurement, les modillons de la corniche de l'abside sont décorés des armes -de la cité: des lions, des fleurs de lis, des croissants, indices du caractère municipal qu'avait autrefois cette église.

Le clocher, attenant au midi de l'abside, est terminé par un comble aigu, recouvert en ardoises.

Dans l'intérieur de l'église Saint-Éloi, ce n'est pas, comme l'observe judicieusement M. de Lamothe, à une idée symbolique qu'il faut attribuer la déviation de l'axe de l'église : « La 9 position contournée du Christ sur la croix, Yinclinato capité

(^) Les dimensions de cette église se déduisent ainsi : longueur de la nef, 35" ; largeur totale, 19'"50 ; hauteur de la nef principale, 12", et du bascôté, 5».

^1^ ÉOMSE

> ne sont ici pour rien. C'est tout simplement le parallélisme » obligé avec le mur d'enceinte servant de face septentrio- » nale à Téglise qui a produit cette irrégularité. >

Les rares motifs de sculpture; les clefs de voûtes, les consoles, placées à la retombée des nervures, n'offrent aucun intérêt artistique; enfin, les détails de la construction, aussi disgracieux que l'ensemble, donnent à cette église, comme il a été dit tout d'abord, un aspect peu monumental.

VITRAUX

Les vitraux du sanctuaire, exécutés par M. Emile Thibaut, de Clermont-Ferrant, datent de 1851 ; mais le vitrail placé du côté méridional, a été peint en 1859 par M. J. Villiet. A cette dernière époque, par suite de l'enlèvement d'un autel grec adossé au fond de l'abside, les baies des croisées furent rétablies dans leur état primitif; dès lors, toutes les verrières de M. Thibaut durent être remaniées par M. Villiet; les sujets n'éprouvèrent aucun changement, mais l'ornementation devint plus ample et plus riche, soit à la base, soit au couronnement des panneaux.

Tous les sujets de ces verrières représentent divers épisodes de la vie de saint Éloi, né à Chatelac, près Limoges, en 588, et mort évêque de Noyon, en 659 (*).

Au centre du sanctuaire, le sacre du saint évêque; à gauche, la légende des deux fauteuils, rapportée par Jacques de Yoragine, et saint Éloi distribuant des aumônes; à droite, la mort du saint et ses funérailles. Ce dernier vitrail, peint entièrement par M. Villiet, est défavorablement placé, car le jour qui l'éclairé est insuffisant.

(^) ViedeSainL-Eloi, par saint Ouen, évêque de Rouen, traduite et annotée par M. Barthélémy.

SAI^T-ÉLOl. ^13

Dans la nef, au nord, un vitrail ayant pour sujet saint Éloi délivrant des captifs, est signé Goussard^ à Condom, 1858.

 propos de ces ouvrages d'art, rappelons que des verrières du XII* siècle qui se trouvent à Saint-Maurice, cathédrale d'Angers, reproduisent des scènes de la vie de saint Éloi.

TABLEAU

Api>arition de la Vlergre à saint Gérard» fondateur de l'abbaye

de la Grande-Sauve.

Saint Gérard s'agenouille devant Tapparition de la Vierge entourée d'anges. Dans le fond apparaît l'oratoire consacré à Marie, (ff 4»35, L' 2™60, T.; figure de grandeur naturelle.)

La composition de ce tableau reproduit l'événement qui motiva la fondation de l'abbaye de La Sauve, c Au sein de

> la forêt de La Sauve, sur les ruines du château d'Haute- » ville que les guerres avaient détruit, s'élevait un petit ora-

> toire consacré à la Vierge. Saint Gérard et ses compagnons

> s'y arrêtèrent et se mirent en prières. C'était le jour de » saint Simon et saint Jude, 29 octobre de l'an 1079. Il » serait impossible de décrire ce qui se passa alors dans

> l'âme de notre saint. Il sentit une dévotion si tendre, il » reçut tant de consolations, qu'il ne put douter que ce ne » fût là le lieu que Dieu lui avait destiné pour y fonder un

> monastère (*). ï>

Ce tableau, signé Gazard, 1770, décorait primitivement le maitre-autel de l'ancienne église de Tabbaye de La Sauve.

Plusieurs artistes ont cru reconnaître dans la couleur et l'exécution de ce tableau, un disciple de Técole de Restout; cette remarque n'est point dépourvue de vraisemblance, car

{}) Histoire de V abbaye et congrégation de Notre-Dame de la Grande-Sauve, par M. Tabbé Cirot de La Ville, t. I, p. 262.

le catalogue ^du Musée de Toulouse signale un peintre du nom de Gazard (F. V.), né dans cette ville vers 4750 et mort à Versailles en 1823, élève de Despax. J.-B. Despax, professeur de TÂcadémie royale de peinture, était élève et gendre de Rivalz, puis à la mort de «on beau-père, il entra dans Tatelier de Restent. Ces faits, en acceptant que les traditions d'atelier se conservent, n'explîqueraient-ils pas le rapport que plusieurs personnes établissent entre le tableau de saint Gérard et ceux de Restout? Mais il faudrait d'abord être certain que le peintre Gazard de Toulouse est celui qui a signé le tableau de saint Gérard. M. Cirot de La Ville pense que Gazard était un moine de Tabbaye de La Sauve.

Le tableau de Saint-Gérard disparut en 1857 de Téglise Saint-ÉIoi. En 1858, il se voyait le long de la muraille d'une chapelle de l'église Saint-Michel. Aujourd'hui (18G1), il est déposé dans l'établissement de l'administration des pompes funèbres.

La gravure de ce tableau se trouve dans l'histoire de La Grande-Sauve, par M. Cirot de La Ville. Cette même gravure a été publiée de nouveau en 1860, dans les Archives historiques de la Gironde, 1. 1, p. 235.

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