‹ Description des œuvres d'art qui décorent les édifices publics de la ville de BordeauxChapitre 50 sur 77 · SAINT-SEURIN · texte numérisé non relu

SAINT-SEURIN

AMCIERNE ÉGLISE COLLÉGIALE ET PABOISSIALB.

Vers le milieu de la rue Judaïque, à Fendroit où prend naissance la route de Saint-Médard , Téglise' Saint-Seurin apparatt à Textrémité de quelques allées d'ormes, qui séparent le calme religieux du sanctuaire des clameurs bruyantes de la cité.

Plusieurs études historiques et descriptives ont été déjà publiées sur Téglise Saint-Seurin ; les unes exposent les divers changements survenus dans ce monument, depuis Tantique chapelle Saint-Étienne jusqu'aux réparations contemporaines; d'autres ont pour thème les privilèges de cette ancienne collégiale, la constitution de son ancien chapitre, ou d'intéressantes recherches sur l'origine d'une dévotion populaire qui se pratique encore de nos jours.

Cette nouvelle étude aura spécialement pour but Texamen de rétat actuel de TédiSce, qui, suivant les expressions de M. Ferdinand Leroy, permet de faire un cours complet d'archéologie chrétienne, et cette description sera suivie de l'analyse des œuvres artistiques qui décorent ce monument.

(Test de la place du Pradeau (*), vers l'angle méridional de cette place, que se développe l'ensemble de l'église Saintes ) m. de Lamotbe cite ce passage de Tabbé Sylvestre Barbe, qui explique^ rait l'origine de ce nom : « L'emplacement qui est à cdté de l*église, au-derant de rancienne entrée des cloîtres, est communément appelé Pretdeau, et, dans racle de la fondation de la chapelle de Gaillard Lambert, en 1S48, ViridiariiÊm, Or, ce moi, selon Du Gange, signifie cimetière de$ moines. On s'aperçoit aisé-

Seurin. La façade principale, toute moderne , regarde le couchant; puis en recul de cette façade s'élève, sur plan carré, l'ancien clocher de style roman, avec trois étages de fenêtres cintrées (deux seulement apparaissent), les unes géminées et les autres aveugles. Aux angles du clocher se groupent de petites colonnes, et le faite se termine par un comble moderne de forme aiguë et percé de lucarnes.

Le côté méridional présente une suite de constructions de divers styles : ainsi, sous un porche de la Renaissance, s'abrite un portail du xiir siècle; à la suite s'élève un petit beffroi dont la base est romane et contemporaine du chevet; enfin, viennent des chapelles en saillie, dont les pignons à crochets et les moulures des fenêtres accusent le xv* siècle.

Sur le flanc nord étaient anciennement les cloîtres , et bien antérieurement l'antique chapelle Saint-Étienne. Quelques fragments présumés de cet oratoire, des enfeux, et les restes peu apparents des anciens cloîtres, se trouvent de nos jours entourés de constructions particulières , de jardins, et des dépendances du couvent de la Réunion.

Au levant, l'église se termine par un chevet plat de style roman, contre lequel s'adosse (côté nord) l'abside polygonale de la chapelle Notre-Dame de la Rose; et au midi, mais plus éloigné du chevet, Tabsidiale de la chapelle Saint-Jean, qui porte les caractères du xiii* siècle. Le tout est isolé de la rue Tronqueyre par un simple mur de clôture.

Cet ensemble extérieur de l'église Saint-Seurin, tel qu'il vient d'être esquissé, ne date que de 1829; car antérieurement, au lieu et place de la façade moderne, il existait une construction du xiv^ siècle, ainsi composée : porche eu saillie

ment que ce n'est que'par corruption qu'on appelle cet emplacement Pradeau (préau). »

Bernadau fait dériver pradeau de pratulum, petit pré qui servait de rimetièrc aux moines de Saint-Seurin avant leur sécularisation. (Viogrtiqkhe, p. 151.)

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sur la façade romane. La porte, de forme rectangulaire, était divisée par un trumeau, où se voyait, sous un dais, la statue en pierre de saint Seurin. (H' ^.) Sur le linteau de ce portail apparaissaient les douze apôtres, assis et tenant des rouleaux déployés. Ces statuettes, de 53 centimètres de hauteur, ont été mutilées en 1793. Une seule a conservé sa tête, et cela, dit la tradition, parce qu'elle était recouverte d'une sorte de bonnet qui avait quelque ressemblance avec celui de la Liberté.

Ajoutons à cette description rétrospective, que tous les fragments de sculpture de Tancien portail sont conservés, de nos jours, dans un jardin voisin de Téglise (^).

Puisque nous rappelons Tétat ancien de Tédifice, disons encore : Au moyen âge, Féglise Saint-Seurin n'était entourée, à l'ouest, que de quelques pauvres échoppes, dont les toits ne s'élevaient guère au-dessus des buissons qui bordaient les chemins effondrés de ce faubourg. A Test et au midi s'étendait un vaste cimetière d'origine gallo-romaine, et qui, d'après une tradition du moyen âge, avait été consacré par Jésus- Christ. Ce cimetière était si célèbre, qu'on y transportait les corps Aei fidèles des endroits les plus éloignés (^). On y voyait plusieurs tombes auxquelles se rattachaient des légendes mystérieuses. En avant de ce cimetière, sur le plateau d'une colline, se trouvait le quartier juif, le mont Judaïc, dont la rue Judaïque conserve le souvenir. Enfin, au delà de l'église, vers le nord, s'étendaient des terrains vacants où s'élevaient les arènes, qui abritaient de leurs grandes murailles le quartier des ribaudes et des sorciers. Tels étaient les alentours de la collégiale Saint-Seurin, dont les annales se lient intimement avec celles de la cité, bien que cette église fût toujours en dehors des murailles du vieux Bordeaux.

(*) Propriété lie M. Dubois, nie Sé^alier.

O Spondani (Henriri), Cœmeteria sarra, Hbri I, pars Hl, raput XV, p. 395.

' Maintenant que nous avons exposé Taspect d'ensemble de réglise Saint-Seurin dans son état ancien et dans son état présent, nous allons décrire d'une manière plus détaillée les diverses parties du monument.

C'est de 1828 à 1839 qu'eut lieu la construction de la façade occidentale, d'après les plans de M. Poitevin (Alexandre), alors architecte de la ville de Bordeaux (^).

Cette façade se compose d'un portail à trois voussures, dont les archivoltes reposent sur des colonnettes. Au-dessus du soubassement et des deux côtés de la porte, dans des niches, se trouvent les statues en pierre de saint Seurin et de saint Amand.

Le bas-relief du tympan de la porte a pour sujet la réception de saint Seurin par saint Amand : € Sainct Seurin, qu'aucuns pensent auoir esté Bourdeloîs, ayant quitté son Evesché de Coloigne uient à Bourdeav^, où il est, par diuine reuelotion, reçeu honorablement par sainct Amand, lequel, en sa faueur, se desmet de son Evesché, ores toutes fois que sainct Am^ind luy ait despuis suruescu (^). »

Aux angles de la façade, deux colonnes accou(Aées supportent une corniche, au-dessous, et entre les colonnes se trouvent de petites arcatures plein cintre, qui retombent sur des corbelets ou consoles.

L'étage supérieur est occupé par cinq fenêtres cintrées, imitation du style roman, et la façade se termine par une balustrade à croisillons, sur laquelle s'élèvent les statues des évangélistes saint Jean et saint Matthieu. Les statues de saint Marc et de saint Luc, qui devaient accompagner les deux premières, n'ont pas été exécutées. Toute la statuaire de cette façade est due à M. Haggesi (Dominique), et date

(f) Voir, sur cet artiste, une Note biographique, p. 188. (*) De Lurbe, Chronique bourdeloise, p. 7, \:

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de 1S31. M. Lamarque (Pierre), de Bordeaui, fit roroemention des archivoltes.

Cette façade, il faut bien Tavouer, n'éveille pas de bien grandes sympathies, et fait vivement regretter le portail du XIV* siècle, dont nous avons signalé plus haut les curieux fragments.

Au lieu de conserver ce vieux portail, que quelques dessins nous représentent, il est vrai, comme dépourvu dans son ensemble d'un caractère très monumental, les administrateurs se laissèrent entraîner à ce zèle ardent contre lequel nous nous sommes déjà prononcé (^), et voulurent, en construisant une nouvelle fagade, la raccorder avec le style du vieux porche et la tour du clocher. Mais si ces bonnes intentions ne furent pas couronnées de succès, tenons compte de Tépoque de ces travaux; car, à Taurore des premiers efforts qui se manifestèrent pour la restauration des monuments religieux dans leur style natif, M. Poitevin, élève de fécole de TEmpire, ne pouvait apporter cette correction, cette fidélité scrupuleuse, exigible de nos jours, des disciples de M. YioUetrle-Duc; et si des formes hétérogènes, des moulures et des ornements de style grec usurpent la place des profils et de Tomementation de réoole romane, n'oublions pas que cette fagade date de

Le flanc nord de l'église, où, d'après tous les historiens, se trouvaient encore il y a quelques années les traces de l'antiquité de cette fondation religieuse et les débris d'un cloître du xui* siècle, n'offre rien de nos jours qui puisse nous aider à bien comprendre les remaniements successifs de l'édifice. Des constructions privées nouvellement bâties , le tracé de nouvelles rues et le surhaussement du terrain, permettent bien difficilement aujourd'hui d'étudier les diverses transformait) p. i88 et 289.

tions de Téglise; ce n'est qu'à Taide d'anciens pbns et des écrits des abbés Nau-Dumontet, Baurein et Cirot de Là YiHe, et de MM. Lacour, Jouannet, de Lamothe et deLaborde, qu'il est quelque peu possible, non sans errer dans le champ des probabilités, de reconstituer, par la pensée, l'état primordial de la collégiale Saint-Seurin.

Si le côté nord ne présente rien de monumental à Tobservateur, le côté méridional de l'église se recommande par un ensemble de constructions de divers styles et d'un effet général très pittoresque, et surtout par son riche portail du xiii" siècle, dont voici l'analyse :

Sous un porche de la Renaissance, polygonal en plan, se trouve abrité le portail méridional de l'église Saint-Seurin, faisant face aux allées ombreuses qui s'étendent au midi de l'édifice.

Ce portail, qui est d'un fort bel aspect, se divise en trois arcatures ogivales; celle du centre, placée au-dessus de la baie de la porte, est plus développée que les deux latérales. Elles sont toutes ornées de plusieurs rangs d'archivoltes qui retombent sur des colonnettes ; et dans les voussures, sous des dais crénelés, apparaissent des statuettes d'anges et de saints évoques. Au-dessous des voussures se dressent quatorae statues, qui reposent sur un soubassement décoré de faisceaux de petites colonnes à chapiteaux à crochets, et dont les bases sont pourvues de la scotie profonde et caractéristique du xiii^ siècle. Les bases des colonnettes sont isolées du sol par un socle ou stylobate de 85 centimètres de hauteur (^).

La partie inférieure du tympan, celle qui entoure l'arc trilobé de la porte, est couverte de pampres; au milieu du feuillage se distinguent quelques oiseaux. Au-dessus règne

(1) Les bases de ces colonnettes ont été refaites entièrement lors de la restauration du portail en 1844; mais il nous a été assuré que les anciens profils avaient été scrupuleusement reproduits.

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une sorte de frise sur laquelle est figurée, en demi-relief, la Résurrection générale.

Cette composition ne reproduit pas fidèlement celle de la porte Royale de la primatiale de Bordeaux, mais rappelle avec assez d'exactitude cette même scène sculptée sur le purtail occidental de la cathédrale d'Amiens.

Au centre, Tarchange saint Michel, tenant une balance, procède au pèsement des âmes. Le démon se pend à Tim des plateaux pour déterminer en sa faveur Tinclinaison de la balance. Les âmes sortent de leur sépulcre, et aux extrémités du bas-relief des anges sonnent de la trompette.

Dans le tympan, le Christ, demi-nu, assis sur Tarc-en-ciel, les pieds sur un escabeau, préside au jugement dernier. A ses côtés, deux anges, debout, tiennent les instruments de la Passion. A la hauteur de la tète de Jésus-Christ, volent deux petits anges tenant, Tun le soleil, l'autre la lune. Aux deux extrémités de la composition s'agenouillent la sainte Tierge et l'apôtre saint Jean ; des nuées entourent cette scène. Dans la voussure interne sont disposés huit séraphins; les deux plus élevés dans l'ogive soutiennent une couronne sur la tête du Christ. Les cinq voussures qui se développent successivement sont décorées d'esprits célestes portant des encensoirs, de chérubins aux pieds nus sur des roues et aux triples paires d'ailes, ou de feuillage d'espèces diverses.

Les arcades latérales présentent chacune quatre voussures alternativement ornées de rameaux enlacés et de statuettes â*anges, de saints évêques, de vieillards ou de confesseurs.

Le tympan placé à droite du spectateur, reproduit le fait rapporté par Grégoire de Tours, et, d'après ce dernier, par M. Rabanis dans ce passage de son Histoire de Bordeaux :

c Amandus, peu satisfait de la ferveur de son troupeau, et s'accusant lui-même de ce qui manquait à sa famille spirituelle, était pris quelquefois d'un découragement profond

qui lui faisait considérer la vie et Tépiscopat comnae un intolérable fardeau. La Providence vint miraculeusement à son aide. Le saint évêque est averti en songe de l'arrivée d\m collaborateur inconnu, qui doit partager ses fatigues et ranimer ses espérances. Déjà il approche ; dans quelques instants il frappera à sa porte. Réveillé par cette vision, le vieillard se lève avec une incroyable allégresse, a Mon bâton, dit-il, allons au-devant de notre hôte; » et il se dirige vers le chemin par lequel arrivait le céleste voyageur. Ils sont bientAt en présence, et, avant d'avoir échangé une parole, ils se précipitent dans les bras Tun de Tautre, comme de vieux amis charmés et attendris de se revoir, et se nomment chacun par leur nom (^). »

Le tympan de Tarcature opposée a pour sujet la Visite des saintes Femmes au tombeau de Jésus-Christ. L'ange est assis sur la pierre tumulaire, et en regard des trois Marie se voit le groupe des soldats endormis et qui avaient été préposés à la garde du saint sépulcre. Au-dessus de ce baa-relief , dans Fogive de Tarchivolte, est un agneau nimbé, tenant une croix en pal.

Mais la statuaire la plus importante de ce portail est la série des quatorze statues en pierre, de grandeur héroïque, qui se dressent au-dessus des soubassements et dans des niches placées sous les arcatures. Ces statues représentent les douxe Apôtres, la Synagogue et TÉglise triomphante.

Ces œuvres, quoique d'un mérite bien inférieur à cdles de la porte Royale de Saint-André, sont d'un grand aspect et composent un ensemble très monumental. Mais en examinant ces statues et en les comparant entre elles, des divergences bien sensibles se reconnaissent : les unes rappellent le style du XII* siècle, surtout dans les draperies aux plis maigres et

(!) Compte rendu des travaux de la Commission dès Monwnenis historiques du département de la Gironde, 1848, p. 7.

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serrés comme au portail nord de la cathédrale de Chartres; les autres reproduisent rindépeudance des mouvements, Fampleur des draperies, et le réalisme du modelé qui fait pressentir Fécole du xiy* siècle (voir le portail nord de la primatiale). Ces nuances s'expliquent, soit par la lenteur avec laquelle la décoration de ce portail fut complétée ou remaniée, soit par remploi d'artistes imagiers de différentes écoles, où les traditions étaient plus ou moins altérées.

Toutes ces statues d'apôtres sont nimbées, et, à l'exception de trois, portent la barbe et les cheveux longs; toutes sont nu-pleds. Plusieurs de ces images peuvent être reconnues par les objets qu'elles tiennent dans leurs mains; ainsi, saint Piwre, saint André occupent les premières places à droite du Christ; les deux figures de gauche sont moins reconnaissables : l'une tient un livre fermé, et l'autre un phylactère; de même que l'apôtre placé au centre de l'arcature de droite. Des sept autres statues, quatre portent des livr^dont un seulement ouvert. Enfin, voici les trois apôtres pourvus de leurs attributs : saint Jacques le Majeur, avec son bourdon (^); saint Thomas, tenant sa lance; et saint Simon avec la scie de son martyre.

Si nous ne nous sommes pas abstenus, comme M. de Lamothe, de mentionner les attributs des apôtres, par la raison que ce portail a été restauré en 1 844, et que plusieurs détails importants ont été refaits, hâtons^nous de prévenir l'obser* valeur de ne pas considérer ces statues comme des types iconographiques d'une grande pureté.

Aux extrémités opposées de la série des apôtres se dressent deux autres personnages également en pierre et de la grandeur des précédents Ces statues, que M. Jouannet, dans sa Sta-

(f) Voir les réflexions de M. Tabbé Pascal sur les attributs de cet apdtre, et le pèlerinage de saint Jarques de Compostelle. Instiluiion de Vari chréUen, t. H. p. 63.

(istiqtie, 1. 1, p. 261 , et d'autres écrivains bordelais, désignent comme les images de généreux fondateurs, ne sont en réalité que deux figures symboliques : l'Église et la Synagogue personnifiées. M. Yiollet-le-Duc va nous donner les raisons de ce symbolisme, en s'appuyant sur les faits que nous avons sous les yeux :

< Vers le commencement du xiir siècle, les constructeurs de nos cathédrales, se conformant à Tesprit du temps, voulurent retracer, sur les portails de ces grands édiOces à la fois religieux et civils, non seulement Thistoire du monde, mais tout ce qui se rattache à la création et aux connaissanœs de rhomme, à ses penchants bons ou mauvais. En sculptant, sous les voussures de ces portails et les vastes ébrasements des portes, les scènes de l'Ancien Testament et celles du Nouveau, ils prétendirent cependant indiquer à la foule des fidèles la distinction qu'il faut établir entre la Loi Nouvelle et TÂncienne; c'est pourquoi, à une place apparente sur ces façades, ils posèrent deux statues de femmes : Tune tenant un étendard qui se brise dans ses mains (cathédrale de Strasbourg), ayant une couronne renversée à ses pieds, laissant échapper des tablettes, baissant la tète, les yeux voilés par un bandeau ou par un dragon qui s'enroule autour de son front: c'est TÂncienne Loi, la Synagogue, reine déchue dont la gloire est passée, aveuglée par l'esprit du mal, ou incapable au moins de connaître les vérités étemelles de la Nouvelle Loi. L'autre statue de femme porte la couronne en tète, le front levé; son expression est fière. Elle tient d'une main Tétendard de la Foi, de Tautre un calice (cathédrale de Bamberg); elle triomphe et se tourne du côté de l'assemblée des apôtres, au milieu de laquelle se dresse le Christ enseignant : c'est la Loi Nouvelle, TÉglise (*). >

(^) Dictionnaiie raisonné de V Architecture, t. V, p. 154.

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Sur Tare trilobé de la baie de ce portail se trouve cette épitaphe :

: f : ANNO : DNI : M : CC : LX : SEPTIMO : VII : KAL : JULII : OBIIT : RAMUDUS ? DE ; FONTE : CAN : ET : SACDOS : HUJ : ECCE : AU : CUJ : REQUESCAT : IN ': PAGE l AMEN : f

L'an du Seigneur 1267, le VlImecJes calendes de juillet, mourut Raymond de Fonte, chanoine et prêtre de cette église. Que son âme repose en paix. Ainsi soil-il.

Plusieurs archéologues considèrent ce portail comme ayant été primitivement un enfeu placé en regard du cimetière. Mais cette hypothèse admise ou repoussée, ce portail ne nous parait pas avoir été bâti d'un seul jet : les colonnettes qui séparent les statues ont des chapiteaux du xiv* siècle; le style de la statuaire est sans unité, et les détails du soubassement ne s'harmonisent pas avec les sculptures des tympans et des archivoltes. Toutes ces remarques, en admettant que les restaurations exécutées en 1844 n'aient nullement altéré le caractère primitif de Tornementation, ne prouvent-elles pas un remaniement général , ou bien une extrême lenteur dans Tachèvement du portail? Quoi qu'il en soit, Tapposition de Tépitaphe du chanoine Raymond est un signe probable qu'il dut participer à l'édification de cette riche* entrée de Tédifice.

11 existe encore, à Textérieur de Téglise, quelques travaux de sculpture d un intérêt secondaire, qui offrent de petits détails curieux : les gargouilles simulant des figures humaines ou des animaux fantastiques, et les corbelets qui reçoivent la retombée des archivoltes des fenêtres. — Enfin, dans l'angle sud de la sacristie, sous un dais, est une statuette, style de la fin du xv^ siècle, représentant une sainte Catherine ayant à ses pieds la roue de son martyre.

L'examen de ces divers motifs d'ornementation nous conduit à reconnaître les changements ou plutôt les altérations qu*ont subies les diverses parties de Tédifice. Cest d'abord }a reconstruction de plusieurs fenêtres, qui ont des meneaux du xiv* siècle, bien qu'elles soient enchâssées dans des murs du xiir ; puis la suppression de la double rangée d'arcatures qui décoraient le soubassement du flanc méridional. Ces arcatures, aujourd'hui bien frustes, reposaient alternativement sur des consoles et sur des coionnettes, et produisaient un effet plus heureux que les glacis placés de nos jours dans les intervalles des contre-forts. Observons encore que le soubassement des murs de l'église, la défor^ mation du couronnement du clocher et de l'étage supérieur du beffroi, la disparition des pignons, qui terminaient primitivement chaque travée, et des combles aigus qui recouvraient les voûtes, ont bien dénaturé le caractère qu'avait au moyen âge l'église Saint-Seurin.

REVUE INTERIEURE

Après avoir franchi le seuil de la porte occidentale se présente l'ancien porche ou narthex, dont Farchivolte externe repose sur des chapiteaux à section carrée : celui de gauche est orné de larges feuilles, et celui de droite représente un petit sarcophage pour rappeler qu'en cette église est le tombeau du saint patron (*).

Le porche, de 7"80 de longueur sur 3"05 de largeur, est voûté en berceau et composé de deux travées, dont les arcs doubleaux et les archivoltes à moulures toriques retombent

(^) Sur ce petit tombeau se trouvent des inscriptions qui ont été publiées par MM. Tabbé Cirot, Durand et de Lamothe. (Voir à la Bibliographie.)

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sur des chapiteaux qui présentent c ces figures bizarres et monstrueuses, » contre lesquelles s'élevait la voix de saint Bernard (^) : des serpents enlacés, des animaux s'enfa^ dévorant, et le sacrifice d'Abraham, sujet souvent reproduit à répoque romane, tel |que nous l'avons déjà vu à Tabbaye de Sainte-Croix, et comme il se voit encore à Tabbaye de La Sauve, à Saint-Quentin-de-Baron (Gironde) et à Saint-Benoîtsur-Loire. Notons encore que Tune des colonnes du porche est décorée d'un chapiteau en marbre blanc de Tépoque gallo-romaine.

A Taspect de ces colonnes enfouies dans le sol, il est facile de j concevoir combien le niveau primitif est au dessous du dallage factuel. D'après M. Jouannet, il fallait descendre dix-huit marches, avant Téboulement des voûtes, pour arriver du porche au vieux sol de Téglise; à 18 centimètres chaque marche (hauteur de celles qui conduisent aujourd'hui dans la crypte), nous avons une élévation de 3"24>. Nous reprendrons plus tard cette observation pour la rattacher au plan de Téglise romane du xi^ siècle.

Mais c'est surtout en entrant dans l'église que l'effet disgracieux des proportions générales frappe le visiteur : la largeur de la nef, la lourdeur et la forme des piliers, ne correspondent pas à la hauteur actuelle des voûtes, et, sans recourir à l'histoire du monument, il devient évident, pour des yeux exercés, que l'exhaussement du si)l produit cette inharmonie.

Le 5 septembre 1698, les voûtes des premières travées de réglise s'écroulèrent; leur reconstruction date de 1700, comme l'indique ce millésime gravé sur le second pilier du bas-côté méridional. Cependant, des travaux de même nature avaient été précédemment exécutés vers 1566, ainsi que

(1) ViuUeMe-Duc, Did. raisonné de VArchiteclure flrançaise, 1. 1, p. 527.

Talteste cette date inscrite sur le second pilier du collatéral nord.

C'est donc à partir de Tépoque de ces restaurations que le sol de Téglise fut considérablement surhaussé, et, par suite, la chapelle Saint-Fort, anciennement apparente au milieu de la nef, disparut sous un nouveau dallage, qui nécessita la construction des deux escaliers latéraux conduisant aujourd'hui dans la crypte.

Il existe eh France plusieurs églises qui possèdent des cryptes, lesquelles ont plus d'un point d'analogie avec l'ancien état de lajchapelle souterraine de Téglise Saint-Seurin de Bordeaux. Bornons-nous à citer celles de Saint-Philbert de Noirmoutier (Vendée), de Sainte Radégonde de Poitiers, et de Rivière, petit village sur la rive gauche de la Vienne, près Chinon. L'examen de ces cryptes fait comprendre le plan originaire 'de/celle de Saint-Fort, dont nous allons décrire les dispositions en faisant observer les changements notables au plan primitif.

La chapelle ^souterraine présente une nef de 3" 10 de largeur sur G'^SS de longueur, terminée par un petit sanctuaire où s'élève le tombeau dit de Saint-Fort. La voûte de la nef est en berceau ; elle est supportée par huit arcades {quatre de chaque côté), à lourds claveaux, qui reposent sur des colonilles de marbre de diverses couleurs et de divers modules.

L'emploi de ces fragments antiques date de la construction de la crypte, ainsi que le prouve la façon dont ils sont appareillés (^). Deux bas-côtés s'étendent sur les flancs de la

(M Notre opinion diffère complètement de celle de M. Jouaonet, qui s'exprime ainsi : c 11 parait que les arcades reposaient primitivement sur des piliers carrés On leur a substitué des colouilles de marbre ajustées contre toutes les règles de l'art, sans harmonie avec le reste de l'édifice. Cette restauration, assez moderne, fut-elle nécessitée par Tétat des piliers? La chose est possible. Le temps dégrade, et souvent l'ignorance répare. • Si juste que

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nef, el, comme elle, se terminent par deux petits réduits à fond plat, renfermant aussi des tombeaux vénérés.

Les bas-côtés mesurent la même largeur que la nef, ce qui donne une mesure totale de Q'^SO correspondant au développement de la partie centrale de Téglise supérieure, dont les fondations des piliers apparaissent le long des parois de la chapelle souterraine.

Toute la partie orientale de la crypte a subi d'évidentes altérations qui doivent remonter à Tépoque de rétablissement du cénotaphe, style Renaissance, ou ne date que de 4758, lors de rétablissement des escaliers latéraux.

En arrière du tombeau de Saint-Fort existe un passage souterrain de l^'BO à t^'SO de largeur , qui se dirige vers la chapelle Notre-Dame de la Rose, mais dont le sol est beaucoup plus élevé que celui de la crypte. D'après Tauteur de la Notice sur l'église Saint-Seunn de Bordeaux, ce passage avait été disposé, au xYiii*" siècle, dans le double but d'aérer la crypte et de faciliter le transport des châsses des corps saints dans Téglise supérieure, pour les exposer dans les grandes solennités. — Nous avons visité cette partie de Farrière-crypte, qui nous parait à demi comblée depuis réboulement des voûtes, et présente des murs de construction moderne. Nous devons ici rappeler qu'en 4851, lors des travaux exécutés dans le chœur, sous la direction de M. Duphot, les traces d'une construction polygonale qui offrait toute l'apparence d'une ancienne abside, furent mises à découvert. € Ce qu'il y a de remarquable, dit le Rapport de la Commission des Monuments historiques, c'est qu'elle est fondée (l'abside), ainsi que les deux murs latéraux du chœur actuel,

soU cette dernière réflexion, nous ne la trouvons pas heureusement appliquée, c car il se voit fréquemment dans les anciennes cryptes des modes de construction empruntés à l'antiquité, souvent même de curieux débris provenant do temples païens. » (Smitli, Manuel de l'architecte des MomuMnts religieucD.)

sur des sépultures et des tombes en pierres de la plus grande dimension, entassées sur une hauteur de plusieurs mètres. > Ajoutons que la présence de nombreux tombeaux, disposés irrégulièrement en couches superposées, se retrouvent non seulement dans toutes les parties de Tédifice où des travaux de sondage ont été entrepris, mais dans les alentours de réglise : c'est là qu'il est curieux d'étudier le vieux sol aquitain. A la profondeur de plusieurs mètres se retrouvent des fragments de marbre, des tronçons de colonnes, des cippes, des âbules et des verroteries portant des traces de fusion; enfln, de nombreux débris de poterie galloromaine. Dans les couches moins profondes, les fouilles amènent la découverte de tombeaux en plomb, d'agrafes, d'anneaux ou de menus objets de fer ou de bronze appartenant incontestablement à la période chrétienne (^). Ces observations démontrent le surhaussement considérable du sol dans tout le pourtour de l'église Saint-Seurin, et prouvent que quelques parties actuellement souterraines du monuinent ne pouvaient l'être à l'origine de leur fondation (').

Revenons à l'examen de la crypte. Dans le mur occidental , à l'extrémité du bas -côté nord, se voit une petite porte, aujourd'hui comblée, qui était primitivement Tune des entrées de la chapelle, et dont le seuil n'était alors, au dessus du dallage de la crypte, que de l'^âO environ. Six ou sept marches suffisaient pour descendre dans le martyrium. D'autres traces d'ouverture se reconnaissent, et prouvent que des jours plongeants éclairaient cette crypte.

Ces mêmes dispositions se retrouvent dans l'église de

(M Ces découvertes ont surtout été faites dans les jardins des met de l'Église SainUSeurin et Ségalier.

(*) Nous n'avons pu recueillir des indications certaines sar le terrain primitif, le sol naturel, dans le voisinage de l'église; mais, d'après M. iouanoet, il y aurait sur la place Danphine 8"*19 de sol remué, au-dessus d'un calcaire ' coquiller de 7 métrés d'épaisseur. (Société Uméenne, t. IV, p. »$.)

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Noirmoutier, qui possède une crypte renfermant le cénotaphe de saint Philbert (^), et dans la crypte de Lalibarde, près Bourg (Gironde), décrite ainsi par M. Léo Drouyn : c Le sol de Fégiise , qui parait avoir été primitivement au niveau ou presque au niveau de la crypte; de sorte que oelle-oi formait une église renfermée dans une autre église. L'autel était sur la voûte de la crypte, et pour y monter on avait pratiqué des escaliers contre les murs latéraux (^). ^

A la suite de cette description, remettons en mémoire ce passage de Grégoire de Tours pour Téglise Saint-Pierre de Bordeaux : c Son autel est placé sur une estrade très élevée; au dessous se trouve une sorte de crypte munie d'une porte, ayant également son autel avec des reliques de saints ('). »

De 'tout ce qui précède, il résulte que dans le plan de l'église romane la chapelle souterraine occupait le fond de Tabside, dont nous avons rappelé plus haut la découverte, en avant du chœur actuel; puis cette crypte, la partie la plus vénérée de Téglise et l'objet constant de la piété des populations, n'était pas ensevelie sous le sol de la nef; elle était apparente, comme la Confession de saint Pierre sous le dôme de MicheUAnge.

M. YioUet-le-Duc date la crypte de Saint-Seurin du XI* siècle; mais en examinant la vue perspective de cette chapelle dessinée par le savant architecte {Dictionnaire raisonné, t. lY, p. 455), nous sommes forcé de reconnaître

(^) Saint Philbert, ou plutM saint Filbert, abbé et confesseur, né vers 616 dans le territoire de l'ancienne ville d'Êauze. Envoyé par son père à la cour du roi Dagobort, il y connut saint Ouen. A vingt ans, saint Philbert résolut de renoncer au monde ; après avoir fait don de ses biens aux pauvres, il prit Tbabit monastique à Rebaise et devint abbé de ce monastère. Saint Philbert fonda Tabbaye de Jumièges et celle de Noirmoutier, où il mourut vers 684. Il était d^è honoré dans le vu* siècle. (Voir la nouvelle Histoire de Vabhaye royale de SahU^FiJibert et de la ville de Tournus. Dijon, A. de Fay, M.DCCXXXII.)

(>) La Guienne Militaire, p. 81.

(*) De Gloria martyfum, liber I, cap. XXXIV, col. 758.

que ce charmant dessin n'est pas d'une rigoureuse exactitude ; il reproduit une unité de style qui n'existe pas dans le monument ; d'où nous concluons, malgré la haute autorité de M. YioUet-ie-Duc , qu'une erreur de date pourrait s'être glissée dans son Dictionnaire. A défaut de titres authentiques, examinons les particularités de cette construction, et voyons si ces particularités ne concordent pas avec la chronologie des événements conservés dans nos annales et qui se rapportent à l'église Saint-Seurin.

Le IX* siècle ne fut, surtout pour le duché de Gascogne, qu'une suite presque non interrompue d'invasions normandes. Trois fois ce peuple dévastateur campa sur les ruines fumantes de Bordeaux.

Le monastère Saint -Seurin, qui avait été Tobjet des libéralités de Louis-le-Débonnaire, subit le sort d'un grand nombre d'églises, qui plus particulièrement excitaient la fureur des Normands. Mais dès les premières années du X* siècle, la croyance si généralement répandue en la On du monde surexcita la ferveur religieuse. Quelques monuments sacrés se relevèrent de leurs ruines, et de ce nombre dut être tout d'abord le sanctuaire où reposaient les cendres des martyrs et de plusieurs saints évêques bordelais.

Alors, aux temples abattus furent enlevés ces colonnes et ces chapitaux de marbre qui s'offraient tout naturellement aux constructeurs comme des moyens économiques et prompts, et, à la même époque, furent enchâssées dans les murailles de la crypte ces plaques de marbre portant des sculptures mérovingiennes, et que M. de Caumont pense avoir décoré le pourtour d'une abside ou fait partie de la balustrade d'un sanctuaire (^).

Nous ignorons si ces derniers fragments proviennent de

(I) Congrès archéologique, t. XXVI, 1862, p. 117.

SAINT-SEUBIR. 443

Tantique chapelle Saint-Étienne (^) ou de rancienne église mérovingienne placée sous le vocable de Févèque de Cologne et de Bordeaux. Saint Seurin mourut en 436; mais les premières pratiques religieuses dont ce saint fut Tobjet s'exprimèrent-elles dans un oratoire élevé du v* au vi* siècle, ou simplement par un pieux pèlerinage à son tombeau?

Nous posons ces questions sans essayer de les résoudre; seulement, afin d'apporter quelques faibles lueurs pour aider à réclaircissement de ces recherches historiques, enregistrons le résultat des fouilles récemment exécutées dans la chapelle souterraine.

La première crypte, soit qu'elle fût une grotte maçonnée sous le sol ou tout simplement un abri pour le tombeau de saint Seurin (compris plus tard dans le monastère carlovingien dont parlent les annales bénédictines), était à 90 centimètres au dessous du dallage actuel ; on en retrouve les traces en arrière du cénotaphe de saint Fort. Un mur semi-circulaire, revêtu de grands carreaux de briques, se développe sous les fondations de la chapelle, et sur un dallage de 0'"12 d'épaisseur, également en briques, reposait le tombeau de

(A) Pour l'antique chapelle Sainl-Êtienne, qui, d'après la chronique de Guidon (Opéra GtUdonis; Labbé, A^<>t7a BibUotheca manuscript., 1. 1), fut à Bordeaux la première église élevée par saint Martial, et qui était complètement distincte de l'église Saint-^eurin. Voir la Notice sitr Véglhe SaintSeurin de Bordeaux, par M. l'abbé Cirot de La Ville, p. 17 ; le travail de M. L. de Lamothe : Note mr les changements survenus dans Vétat dt V église SaintSeurin, et pour le plan de cette chapelle : Choix des types, etc.

La chapelle Saint-Êtienne n'est plus qu'un souvenir des premiers siècèes du Christianisme à Bordeaux; elle appartenait au style latin. M. Ravenez, dans ses érudites recherches sur les origines religieuses de Bordeaux, attribue au m* siècle les quelques fragments de murs, d'appareil gallo-romain qui se voient encore mêlés aux constructions modernes du couvent de la Réunion, dans la cour de l'école gratuite ; ces fragments peuvent être acceptés comme les derniers vestiges de l'église Saint-Ëtienne. Mais pour les arcatures qui se trouvent dans le fond de la cour du grand pensionnat, nous nous rallions à l'avis de MM. de Laborde et de Lamothe qui admettent ces arcatures comme de4 restes de l'ancien cloître.

444 iGLISE

marbre aujourd'hui placé sous le bas^té méridional, près Tescalier (^). CTest donc sur des tombeaux et sur les assises d'une antique construction que s'élevèrent, dans le cours du X* siècle, les murs de la chapelle souterraine.

Après la crypte, la partie la plus ancienne est incontestablement le porche occidental, dont les basses enivres présentent des types de sculpture et des détails qui révèlent une lointaine origine.

Ce porche était Ventrée principale de Téglise romane, élevée dans les premières années du xi* siècle, et dont les fondations de Tabside ont été retrouvées en 1851 , à la première travée du chœur. Ce qui donne approximativement les mesures suivantes : longueur M mètres, sur une largeur de 9 à 10 mètres. Le niveau du sol était à 3rU. Au dessous du dallage actuel, comme nous l'avons déjà pr^ugé page 437, et au milieu de la nef, apparaissait la crypte.

C'est dans cette église, en Tan 1036, que Eudes, comte de Poitiers, fils de Guilhem-le-Grand, duc d'Aquitaine, se fit investir du comté de Bordeaux et de Gascogne, c D'après l'usage féodal, il se rendit à la basilique Saint-Seurin, suivi de la noblesse du pays, en tête de laquelle étaient Raymond, évèque de Bazas ou de Gascogne; Centule, vicomte de Béam;

(*) Ce tombeau a été découvert au mois de mai 1858 ; il était placé trai»venalement à l'axe de la crypte, et la tôte au nord. Trois autres tombes orientées se trouvent encore sous le cénotaphe de saint Fort ; ces tombes sont en pierre et d'un travail grossier.

À la même époque ont été découverts, dans le sous-sol de la erjpCa, deu vases funéraires en terre cuite, de 20 centimètres de diamètre et de 50 centimètres de hauteur, contenant des cendres, des débris de charbons et d'ossements humains. Ces vases, d'après plusieurs archéologues, seraient «a moins antérieurs au m* siècle. Ainsi, M. Jouannet, dans une dissertation lue à l'Académie de Bordeaux le 20 mai 1881, ne croit pas que Tusage des bûchers se soit étendu dans notre patrie au'delà du second siècle de notre ère. M. de Gomarmond, dans sa Description du Musée lapidttire de Lyom, p. 55, prétend même que l'usage de l'incinération tomba en désuétude à Rome vers la fin du i*^ siècle, et disparut dans toute l'étendue de l'Empire vers le milieu de la An du ii* siècle.

SAIIXT-SEVBIN. 445

Arnaud, vicomte de Dax, et Azelin Guilhem. Il déposa sur Tautel sa bannière, et son épée, que Tarchevèque lui rendit comme marque de Tinvestiture du comté de Gascogne (^). >

En 1043, le 10 juillet, Godefrid 11% archevêque de Boi^ deaux, mourut dans cette ville. € Il fut ensevely au milieu du chœur de Féglise Saint^Seurin les Bourdeaux (^). »

En 1061, d'après la Chronique bourdeloise, le cor de Rolland (son oliphant), qui était déposé sur le tombeau âevé par ordre de Charlemagne dans Téglise Saint-Romain de Blaye, fut porté à Saiut-Seurin, où il se voyait encore au dernier siècle.

Tels sont entr'autres les faits conservés dans nos annales, et qui se rapportent à Féglise du xi* siècle. Mais après la sécularisation du chapitre (^), vers la fin du xii* siècle, le monastère, enrichi par les libéralités des seigneurs bordelais (^) et par les dons nombreux des fidèles, prit une plus grande importance. L'église fut agrandie des deux travées du chœur, terminée par un chevet-plat ; deux collatéraux s'ajoutèrent à la nouvelle disposition de la nef, les galeries des cloîtres se développèrent sur le flanc nord de Féglise, et sur le côté méridional s'éleva le beffroi. Ce beffroi, comme le clocherporche, qu'ils fussent couronnés de créneaux ou de fenêtres étroites en forme de meurtrières, devait défendre rapproche de l'église, car le souvenir des anciens désastres de la cité et l'isolement du faubourg Saint-Seurin commandaient, sinon un système régulier de défense, du moins

(1) Guienne historique et monumentale, 1. 1, p 80.

(*) Lopès, L'Église métropolitaine et primaticUe Saint-André de Bordeaux, p. 182.

(S) En 1188, le pape Clément III décréta la bulle de séculariBation des chanoines de Saint-Seurin, à condition qu'ils vivraient toujours en commun. Bt si semper tenerentur ad vitam communem, (GalUa Christ.)

{*) Eu 1180, Arnaud d'Illac fit don de la forêt du Bouscat aux chanoines de Salnt-Seurin. (Chron. bord.)

quelques dispositions militaires qui missent le monastère è Tabri d'une surprise ou d'un coup de main.

Nous ne prétendons pas que les travaux que nous vencms d'énumérer furent poussés activement, mais on peut fixer leur exécution de 1190 à 1:240, comme le prouvent des détails d'architecture que des restaurations postérieures n'oot pas totalement effacés.

A partir du xiii® siècle, les fondations pieuses des chanoines et des confréries amenèrent la construction de pluâeurs chapelles qui altérèrent la régularité du plan de Péglise.

La chapelle Saint-Jean, au midi du chevet, rappelle le souvenir d'une ancienne Société religieuse établie dans la paroisse ; elle présente les caractères de la Qn du xiu* siècle. Le niveau de son dallage primitif se retrouve à plusieurs mètres en contre -bas du sol actuel. La chapelle de Notre- Dame de Bonne-Nouvelle, fondée par le chanoine Gaillard Lambert en 1!243, et celle de Notre-Dame de Mont-Garmd,

étaient placées, d'après l'auteur de la Notice sur l'égUse Saint-Seurin, sur le bas-côté nord de l'église. Dans œ même collatéral se trouve, à la première travée, un petit oratoire complètement abandonné, dont les nervures des voûtes reposent sur des consoles ornées des animaux symboliques des évangélistes. A la seconde travée est une construction toute moderne : la chapelle Saint-Fort, élevée en 1847 d'après les plans et dessins de M. Robert fils, architecte.

Cette chapelle en remplace une moins importante qui avait été construite en 1804.

La chapelle Saint- Martial, dépendant aujourd'hui du couvent de la Réunion (^), était isolée de Téglise; mais sa petite

(^) Cette l'hapelle est en grande partie moderne; le chœur, stjle de la fin du XV* siècle, est orné d'une Pièta et des statues de saint Etienne et de saint Martial.

SAINT-SBrBIR. 447

abside communiquait autrefois dans la chapelle Notre-Dame de la Rose. Sur le bas-côté méridional étaient les chapelles Sainte-Catherine et Sainte-Philomène, qui servent aujourd'hui de sacristie et de fonts baptismaux; elles portent les caractères du x\* et du XVI* siècles.

Enfin, Paddition la plus importante faite à Téglise Saintr Seurin est la chapelle Notre-Dame de la Rose (^), édifiée au nord du chevet, et dont Tautel fut consacré en 1444 par Tarchevêque Pierre Berland.

L'époque de cette première consécration est attestée par le procès-verbal de la consécration nouvelle de Fautel, cérémonie qui eut lieu le 4 septembre 4858, après rentier achèvement de la restauration de cette chapelle (').

(*) Cette chapelle est signalée dans les ouvrages d'écrivains modernes sous le titre de Notre-Dame des Roses; mais tous nos vieux chroniqueurs ne la désignent que sous le vocable de Notre-Dame de la Rose. Baurein, Sylvestre Barbe et Nau-Dumontet ne rappellent pas autrement, c On proposera chaque année un chanoine à la direction de la chapelle de Notre-Dame de la Rose... » {Anciens Statuts du chap. Samt-Seurin, p. S et 19.)

il existe dans cette chapelle une ancienne statuette en albâtre très vénérée, mais peu remarquable comme objet d'art; elle représente la Vierge tenant TEnfant^ésus. Cette statuette, actuellement placée sur une console, entre les arcatures qui décorent le mur septentrional de la ciiapelle, ornait autrefois Tautel de ce petit sanctuaire ; elle a été gravée au xvii* siècle, et sur la gravure se lit cette légende : Le vray portrait de Nostre-Dame de la Rose de Si Sévrin de Bordeaux.

(*) Extrait du procès-verbal de la consécration de Tautel de Notre-Dame des Roses à Saint-Seurin :

« Le quatre septembre mil huit cent cinquante-huit. Monseigneur Gignoux,

> êvèque de Beauvais, a consacré solennellement Tautel de la Vierge de l'église

> Saint-Seurin de Bordeaux dans la chapelle dite de Notre-Dame des Roses, et

> ce en présence de Monsieur Etienne Gaussens, chanoine honoraire, curé de » ladite paroisse; de M. Giresse, vicaire; de M. l'abbé Cirot de La Ville, cha-

> noine honoraire, professeur à la Faculté de Théologie de Bordeaux; de

> M. Roigt, prêtre; de M. Lnpez, prêtre; de M. Gœuret, élève du Grand- » Séminaire.

> Une botte en plomb a été enfermée dans un petit sépulcre ouvert sur le

> devant de l'autel. Dans cette botte se trouve enfermé un titre latin en

> écriture gothique indiquant que l'an 1444 l'archevêque Pey-Berland avait

> consacré ledit autel et avait placé dans cet autel une boite renfermant une » dent de saint Àmand, patron de Saint-Seurin. > (Archives de la paroisse.)

Ce sanctuaire, objet d'une dévotion très populaire* ainsi que l'attestent ces nombreux ex-volo appendus autour de son enceinte, date du milieu du xv* siècle. L'auteur de la Vie de Pey-Berland indique sa fondation en Tannée 14%; mais si huit ans plus tard elle était livrée au culte, les détails de son ornementation n'étaient certainement pas achevés. Les sculptures du rétable, des arcatures et des clefs pendantes, attestent la dégénérescence des traditions gothiques et l'influence de la renaissance italienne.

Sur ces clefs pendantes ont été sculptées les principales scènes de la vie de la Vierge, l'Annonciation, l'Adoration des Mages et l'Assomption.

Tous les soubassements de cette chapelle sont tapissés d'une suite d'àrcatures portées par des pilastres et reposant sur un banc de pierre continu.

L'autel se dresse en avant du fond de l'abside; il est adossé à un rétable en pierre qui forme au dessus du tombeau un encadrement feuillage, dans lequel sont enchâssés de petits bas-reliefs en albâtre, rappelant encore les événements principaux de la vie de Marie. Au dessus de Fautel s'élèvent des pinacles supportant trois statues modernes : la Vierge et deux anges adorateurs. Sur le côté gauche de l'autel est une petite porte dont le linteau décrit une accolade très accentuée.

Tout cet ensemble est d'un travail ténu et très refouillé, mais les masses ont une lourdeur qui contraste avec la finesse et la multiplicité des détails.

SCULPTURE

A l'intérieur de l'église Saint-Seurin ne se trouvent pas des chapiteaux historiés comme à l'église Sainte-Croix : les chapiteaux de la nef et du chœur, qui appartiennent aux

SAINT-SECAIIf. 449

xii* et xiit* siècles, présentent seulement une ornementation feuillagée. Mais comme travaux de sculpture, nous avons à si^aler : quelques bas-reliefs du Moyen Age, incrustés dans les murs et détournés de leur destination primitive; trois mausolées de la Renaissance , et tout d'abord une série de tombeaux très curieux.

Tombeaux.

Si Tabsence de documents écrits ou monumentaux ne permet pas de reconstituer les dispositions de Téglise Saint- Sc^urin à l'époque mérovingienne, il est toujours un fait bien acquis à Thistoire de Bordeaux, fait qui, du reste, n'est pas et ne peut être contesté : c'est l'existence d'un vaste et riche cimetière sous l'emplacement de l'égli^) actuelle, et remontant aux premiers âges du christianisme; de là proviennent les sarcophages que nous allons décrire.

Dans la crypte se trouvent six tombeaux en marbre qui présentent un évasement sensible de leur base à leur ouverture, et mesurent 2"20 de longueur, 0"75 de hauteur et 0*^ de largeur. Trois de ces tombeaux sont bruts; mais les trois autres, dont un en marbre bleu et deux en marbre blanc des Pyrénées, sont ouvragi^s sur trois faces, et le couvercle, en forme de toiture à quatre eaux, est également décoré.

Le devant de ces tombeaux se divise en panneaux séparés par de petits pilastres à cannelures. Au centre apparaît le monogramme du Christ, entouré d'une couronne ; les antres parties présentent dés rainures disposées en une suite de chevrons, ou des grappes de raisins que des oiseaux becquettent. La décoration des couvercles se divise également en trois panneaux. Au milieu se voit encore le monogramine

du Christ, accompagné de Falpba et de roméga symboliques; puis, sur les côtés ^ des rameaux enlacés et des feuilles imbriquées.

Deux autres sarcophages en marbre, et provenant de fouilles faites à Saint-Seurin, se trouvent : Tun, dans la chapelle des fonts, et le deuxième, au Musée des Antiques de la ville de Bordeaux (^); ils diffèrent quelque peu dans leur décoration de ceux que nous venons de décrire, mais ils portent les mêmes caractères. Tous ces tombeaux, dits tombeaux apparents, devaient être dans Forigine exposés à découvert dans le cimetière. M. de Caumont et plusioirs antiquaires regardent ces sarcophages comme appartenant au V* siècle, bien que leur contexture, la disposition de leur forme générale et de leur ornementation, rappellent le style du III'' siècle. Pour s'en convaincre, il suffit de les comparer au dessin du tombeau de Tancien baptistaire de la cathédrale de Marseille, publié par M. de Laborde dans les Monuments de la France,

Il existe encore dans la crypte des sarcophages très anciens, objets d'une dévotion populaire : celui qui est désigné sous le nom de Tombeau de sainte Véronique occupe le fond du bas-côté méridional ; il est précédé d'un autel de forme cubique et recouvert d'un large tailloir. Cette simplicité de masse est d'un caractère imposant et rappelle les autels gallo-romains.

Dans le bas-côté nord est un autre tombeau désigné comme étant celui de sainte Bénédicte; enfin, dans le sanctuaire de la crypte est le tombeau de saint Fort.

Nous ne nous occupons ici de ces tombeaux que sous le rapport archéologique, reconnaissant notre incompétence

(') li était antérieuremorit dans le clultrc, et fut déposé au Nusce des Antiques en 1812.

SAIIHTSEIBIN. 451

pour traiter la question plus élevée que discutent les agiograpbes.

Mais si ces tombeaux ont, pour la foule des pèlerins qui les visitent le 16 mai et les couvrent de fleurs et de lumières, une de ces vertus divines dont parle Arnobe T Ancien, le célèbre apologiste de la religion chrétienne^ ils sont bien loin de présenter Tintérét monumental des sarcophages en marbre décrits précédemment.

En effet, ces tombes ne sont que cle simples cénotaphes en pierres brutes, et n'offrent aucun détail qui puisse aider à préciser leur antiquité.

Au XVI* siècle, le tombeau de saint Fort reçut une décoration nouvelle qui pourrait, comme Ta fait observer M. Durand, dans une communication faite à FAcadémie de Bordeaux en 1844, reproduire Timage d'un sépulcre préexistant, ainsi que Findique la composition du chapiteau de Fancion porche, dont Tanalogie est frappante avec la disposition générale du tombeau de saint Fort.

M. Jouannet, dans le Musée d'Aquitaine, t. I, p. 321, décrit ainsi ce dernier tombeau : c Six petites colonnes rapprochées deux à deux, et auxquelles Tancien monument sert de base, supportent une caisse ornée de filets profilés avec le plus grand soin. Le couvercle, arrondi en voûte à côtes de melon, est décoré de rinceaux fort bien traités. Aux deux extrémités, sous les cintres du couvercle, Tartiste a sculpté des sujets d'un fini précieux et d'un goût parfait. Le plus exposé aux regards re[)résente la Résurrection : Jésus sortant du tombeau. Dans Tautre, ce sont deux anges qui supportent une table d'inscription, au dessous de laquelle s'élève, du milieu des nuages, une jolie tête de chérubin, i^ Cette description est accompagnée de dessins par M. Lacour, et forment le complément d'un texte auquel nous ne pouvons rien ajouter.

ib"} ÉtiMSE

AU siècle dernier se voyaient encore , dans le cimetière, quelques tombeaux qui devaient appartenir à Tépoque carolingienne : Tun d'eux, dont parle le sacriste Barbe 0), nous est conservé par une ancienne gravure qui se trouve à la Bibliothèque impériale ; au bas de cette gravure est la légende suivante : <t Tumbeau de marbre dans le beau cimetière de réglise collégiale Saint-Seurin, que Fempereur Gharlemagne fist eslever sur deux piédestals, où Ton voit à tous les renouveaux et pleins de lunes la tumbe pleine d'eau, laquelle est souveraine pour guérir les maladies des yeux (^). i^

Cette tombe était probablement celle d'un paladin de Gharlemagne, tué à Roncevaux, et qui, par ordre de TËmpereur, avait été enseveli à Saint-Seurin, comme le rapporte ce passage de la Chronique de Saint^Denis :

« En ce tems estoient deux grands cimetières au pais : » lung estoit en Ârle, en ung lieu qui a nom Aleschans, et 3 Tautre à Bourdeaux. Les deux cimetières a voient bénis 1» sept évesques, saints hommes : saint Maxime d^Ësques » (Âix); saint Thophime, évesque d'Ârle; saint Pol, évesque » de Nesbonne; saint Saturnin, évesque de Tholouse; saint » Fortin, évesque de Pierregourt ; saint Martial, évesque de i> Limoges, et saint Eutrope, évesque de Xaintes.

]» En ces deux cimetières furent enterrés les plus grans ]» et la plus grant partie de ceulx qui furent occis en » Roncevaux, et ceulx avec qui moururent sous glaive en ]» la montaigne de Gargane , dont Thistoire a cy dessus p parlé.

(<] Noies sur les changements survenus dans l'état de l'église SaintSeurm à Bordeaux et sur son clergé; par L. L. — Millin, Voyage dans les départements du midi de la France, t. IV, p. 625 , s'exprime ainsi : c On airÎTe à la collégiale Saint-Seurin par un petit cours dont les bancs sont formés avec ries sarcophages où reposaient les restes des premiers chréUens. »

(*) Bibliothèque Impériale : Topographie de la France, vol 183. — Lopés parle de ce tombeau, V Église métropolitaine , etc., etc., p. 127.

SAIMT-SEORIN. 453

» Le corps de Rolat ôst Charlemaigne porter en la cité ]» de Blesves (Blaye) sur deux mules, en bière dorée, cou-

> verte de riches poelles de soye, en Téglise Saint-Romain 9 qu'il avait fondée et mis dedans chanoines réguliers. Là

> le fist ensevelir moult honorablement, son espée Durendal » Qst pendre à son chief et à ses pieds son oliphant, en ]» rhonneur de Nostre Seigneur et en signe de sa prouesse.

» A Bourdeaux, au cimetière Saint-Séverin , ce furent

> enterrés ces ^nobles barons : Gaifier, duc de Bourges et 9 d'Âcquitaine ; Guérin , Geliers , Régnault d'Aulbespin ;

> Gaultier de Termes, Guiclin de Buenes, et viii mille ]» dautres loyales personnes. »

Malgré le merveilleux et l'exagération de ce récit, le fait de Tinhumation des paladins de Roncevaux dans le cimetière de Saint-Seurin ne saurait être infirmé.

Mais c'est surtout dans une chanson de geste du xiii* siècle que nous retrouvons les preuves de la célébrité de ce cimetière et des tombes mémorables qui s'y voyaient.

La chanson, ou plutôt le roman de Garin le Loherin et de Bégon de Belin (^), qui a pour action le récit des haines invétérées de deux grandes familles, nous présente, suivant les expressions des savants commentateurs de l'Académie des Inscriptions et Balles-Lettres, un tableau des mœurs féodales avant le xii* siècle , tableau qui doit avoir été fait d'après nature. Voici le passage qui dépeint l'importance monumentale du grand cimetière de Saint-Seurin, où presque tous les héros de ce roman sont ensevelis :

€ Gérin, fils de Bégon de Belin, était arrivé à Bordeaux avant de connaître la mort de Girbert. Son premier soin est de visiter, accompagné de Seguin et de Mauvoisin, le grand

(*) Le Roman de Garin le Loherin, publié pour la première fois par P. Paris. Paris, 1833-1885, 3 vol. in-S». — Voir l'analyse de ce roman dans les Annales Utéraires de la France, t. IXII, p. 604.

cimetière où déjà reposait une grande partie de sa ramillc. Sur une longue allée étaient rangés les barons bordelais tués dans les guerres précédentes; en face, les Lorrains; et d'abord : Bégon, le père de Gérin; puis, Thierri d'Alsace ou des Monts d'Aussan; Do, le veneur, père de Mauvoisin; Auberri le Bourgoing; Rigant du Plessis et ses cinq Trères. Gérin arrive enfin à la tombe de Girbert :

Dieux, dist Gerins, père qui ne menti, Gom chieus est grand ki jouste Rigaut gist; il est plus lonc ke tout chil ki sont chi, Et plus honnestes et de cor et de visi Si m'ait Dieus, cou a dit Malvoisins; Chieus hons fu riches, bien le sachie de si. Dont vont au cief, ci ont les lettres ht : Ghe disl la lettre : Li roi Oirbey gist chi. Que si nevon orent andoi ocis, Le fil Hemaut, Manessiers Loeys, Ghe fut Ludie faire, li andrecis.

Pries pour moy qui hsies c'est écrit.

Dieul dit Garin, père qui n'a jamais menti,

Gomme il est grand celui qui gît à côté de Renaud ;

11 est plus long que tous ceux qui sont ici,

Et plus beau de corps et de visage t

Que Dieu me pardonne, dit Mal voisin :

C'était un homme riche, je vous en réponds;

Mais je ne sais s'il nous appartient.

Ils s'approchent de la télé où est une inscripliou.

Que disent les lettres? Le roi Gibert gît ici,

Tué'pir ses deux neveux.

Les fils de Renaud, Manessier et Louis 1

Ludie fit faire ce monument.

Priez pour moi qui lisez cet écrit.

Ces divers extraits, où la fantaisie et Timagination ont une large part, nous font cependant entrevoir la physionomie du cimetière Saint-Seurin du xii* au xiii' siècle, avant que la collégiale prit une plus grande importance monumentale

SAIMT-SEORIN. 455

et que s'édifiât la belle porte méridionale, décorée des statues d'apôtres et du Christ présidant au Jugement dernier.

Statue provenant d'un tombeau du XIV* siècle.

Les abbés Nau-Dumontet et Cirot de La Ville, dans leurs Travaux sur l'église Saint-Seuritij nous donnent la transcription de nombreuses épitaphes apposées sur d'anciens tombeaux (^). Mais, de la décoration de toutes ces sépultures, nous ne retrouvons aujourd'hui qu'une statue en pierre représentant un chanoine dans l'attitude du sommeil étemel et les mains croisées sur la poitrine. Cette ^tatue, actuellement déposée dans la chapelle souterraine , n'a pas subi de mutilations bien graves; elle est surtout intéressante pour l'étude du costume des anciens membres du chapitre de la collégiale Saint-Seurin , qui, malgré leur sécularisation en 1188, c furent astreints de retenir quelque chose de leur premier état, comme de vivre en commun et de porter, même certein temps, l'habit monachal en l'église (^). »

Tombeaux du XVI* siècle.

Dans la chapelle de Notre-Dame de la Rose se voient, aux côtés de l'autel , deux tombeaux du xvi* siècle : celui de

(^) Ces derniers temps, M. L. Drouyn a découvert, dans le mur septentrional de la crypte, une dalle tumulaire portant une inscription du xiii* siècle; mais cette dalle est si profondément encastrée, qu'il n'est possible de lire qu'une partie de l'épitaphe.

(*) Noie sur les changements survenus dans l'état de Véglise Samt^Seurin à Bordeaux et sur son clergé; par L. de Lamothe, p. 11.

M. Cirot de La Ville pense que cette statue est celle du chanoine Foulquier- Lacombe, mort le septième jour de février 13S7, et dont il a public l'épitaphe dans su Notice historique sur Saint-Seurin, p. 103^

droite, antérieur de quelques années à celui de gauche, rappelle encore par sa composition les données du Moyen Age.

Il se compose d'une base parallélipipédique, mesurant S°^0 de longueur, 1*"20 de hauteur, et 0"80 de saillie. Le personnage est étendu sur le couvercle, ses bras sont relevés et ses mains jointes; il porte le costume de doyen du chapitre; à ses pieds est un agneau, et sa tête repose sur un coussin.

Sur la face du monument est une cariatide ( image allégorique assez peu chrétienne), entourée de rameaux et de feuillages.

L'épitaphe latine, encastrée dans le mur au dessus de cette sépulture, indique qu'elle est celle de Guillaume de Lana, doyen de Téglise Saint-Seurin et sous-doyen de celle de Bordeaux, chanoine de Dax, etc., mort le 24 septembre 1550.

Le tombeau placé vis-à-vis de celui de Guillaume de Lana est aussi composé dans le style de la Renaissance, et nous ne serions pas surpris que Farchitecte de ce monument fût également Fauteur du mausolée d'Antoine de Noailles (i5(i2), érigé à la primatiale, dans la chapelle Sainte-Marguerite. Ce sont les mêmes données : des obélisques ornées de placages de marbre, des cariatides supportant un fronton brisé, et même disposition dans le placement des armoiries.

L'inscription latine de ce tombeau a été publiée dans le Gallia Christiana, t. II, col. 865; elle se retrouve paiement dans la Notice de M. l'abbé Cirot de La Ville, et dans le Rapport de la Commission des Monuments historiques, 1855, p. 16. D'après cette inscription, ce tombeau a été élevé par Pierre Hunauld de Lanta, à son oncle Auger Hunauld de Lanta, ancien abbé de Sainte-Croix de Bordeaux, puis de Saint- Sauveur de Blaye, et doyen du chapitre de Saint-Seurio, mort à Bordeaux le U décembre 1570, âgé de soixante-treiie ans et dix mois.

SAINT-SECRIlf. • 457

Tombeau de l'évoque Du Sault.

Ce monument était placé primitivement dans la chapelle Notre-Dame de la Rose, sur le cdté nord. En 1857 eut lieu sa translation dans le transsept méridional, où nous le voyons aujourd'hui. Ce changement avait pour but de dégager la chapelle et de rétablir les arcatures qui avaient été détruites au XVII* siècle pour le placement du tombeau.

D'après le Gallia Christiana, Tévéque Du Sault, mort le 95 mai 1623, aurait été inhumé devant le grand autel de réglise de Dax. Le mausolée que nous voyons ici ne serait alors qu'un cénotaphe élevé à la mémoire de Févéque Du Sault, comme ancien doyen du chapitre de Saint* Seurin.

Ce monument, de ^"'ôO de hauteur sur 3*10 de largeur, se compose d'une |base flanquée de consoles et supportant un tombeau à couvercle, à bords arrondis; au dessus est une frise décorée de télés de chérubins, et sur l'entablement apparaît, placée sous un dais, la statue de l'évéque, à genoux et les mains jointes. La face du socle est ornée de têtes d'anges, d'insignes épiscopaux, de fleurs, de fruits, et d'un écu dont les armes sont effacées (^). Sur l'un des cdtés se remarquent quelques caractères peu lisibles et la date 1627.

Ce cénotaphe n'offre pas un grand intérêt artistique. La statuaire est d'une exécution très médiocre ; mais l'ensemble de cette composition nous fournit un exemple de transition

(*) Les armes de Tévêque Du Sault étaient de sable à trois étoiles d'arpent, pofées 1 et %. (L. Lamothe). — D'après le Gallia Christiana, t. }, col. 1958, on lisait autrefois sur ce tombeau l'épitaphe suivante :

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