GARY
Bordeaux, le 29 mai 1812.
MONSIEVB LE PbÉFET,
Les bas-reliefs que j'ai fait placer sous la tribune de l'orgue, à l'extrémité de la grande nef de l'église Saint-André, avaient été
(^) Ces leUres nous ont été communiquées par feu M. Lacour flls, conservateur du Musée, correspondant de l'Institut de France, membre de rAcadéniie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, mort dans cette ville le 17 avrU 1859.
placés autrefois au jubé, au-devant de rentrée du sanctuaire de cette église, en 1531, sous M^*^ Tarchevêque de Grammont.
Lorsqu'on démolit ce jubé, les amateurs des arts et les artistes regrettèrent la perte de ces ouvrages ; 'en les démolissant, on en conserva cependant les matériaux avec soin, dans Tespoir de pouvoir les replacer un jour dans quelque autre partie de Téglise. Ayant été chargé de la restauration qui a été ordonnée par Sa Majesté TEmpereur, j'ai profité de cette occasion pour les placer sous la tribune de Torgue, très-loin du sanctuaire. En les plaçant ainsi, je ne pensais point que la vue de ces bas-reliefs pût blesser les mœurs ni la religion, puisqu'ils avaient été placés dans Torigine dans une partie de Téglise consacrée plus particulièrement aux crérémonies religieuses, sans qu'on les ail soustraits à la vue des fidèles pendant près de trois siècles.
Pour satisfaire le désir de W l'archevêque, il faudrait faire des draperies en plâtre au-devant de quelques figures, mais ce travail n'aurait aucune solidité si l'on ne taille les parties où il devra être appliqué pour le faire prendre. Ce sera une véritable mutilation ; les artistes et les amateurs, qui s'étaient plaints sans aucun fondement que je détruisais ces objets d'art lorsque je les fis placer, seront mieux fondés en accusant ceux qui les auront fait dégrader.
Si, malgré cela, vous pensez, Monsieur le Préfet, qu'il faille donner cette satisfaction aux personnes qui le désirent, je vous prie de l'ordonner et je le ferai exécuter soudain.
J'ai l'honneur, etc.
COMBBS.
Cette lettre est écrite aa dos de la précédente.
A MoHsiettr Combes, ingénieur des bâtiments civils dn département de lo Gironde,
à BordeoMX,
Bordeaux, le 5 juin 1812.
Monsieur,
J'avais transmis à Ms** l'archevêque la lettre que vous m'aviez écrite relative au bas-relief de l'église cathédrale; d'après les observations contenues dans la lettre de ce prélat, lettre dont je joins ici une copie, je ne puis que vous inviter et vous autoriser à faire disparaître de ces bas-reliefs tout ce qui peut blesser la décence, sans rien faire perdre, autant que possible, au mérite de
SAIKT-ANDBÉ. 0/
cette scalpture, et j'espère de vos soins et de vos talents, que
W^ Parchevêque n'aura qu'à vous témoigner sa satisfaction de la
manière dont vous aurez rempli son attente.
J'ai rhonneur, Monsieur, de vous saluer avec une considération
distinguée.
Le Préfet, baron de l'Empire,