‹ Description des œuvres d'art qui décorent les édifices publics de la ville de BordeauxChapitre 66 sur 77 · CROIX · texte numérisé non relu

CROIX

ces petits monuments religieux. Son recueil de Croix de processions, de cimetières ou de carrefours, en reproduisant ces œuvres d'art perdues ou dédaignées dans nos campagnes, conservera le témoignage de la richesse monumentale que possédait Tancienne Guienne.

Si toutes ces croix ne présentent pas Timportancc des calvaires de la Bretagne, elles n'en ont point la lourdeur, et leur imagerie est généralement d'une exécution plus correcte.

Les guerres religieuses du xv* siècle et les iconoclastes de 1793 ont détruit bon nombre de ces croix, qui se dessinaient si gracieusement sur le ciel, et dont le souvenir se conserve encore de nos jours par le surnom des lieux qu elles ornaient : à Troyes, la Place de la Belle-Croix; près Téglise Saint-Jean, et à Nantes, le Pont de la Belle-Croix, Mais quittons ces généralités, et revenons à des faits d'un intérêt iQcal.

De toutes les croix qui s'élevaient au Moyen Age dans les cimetières de nos vieilles paroisses, une seule existe encore. Cependant, il ne faut pas croire que cet unique spécimen se présente à nos yeux dans son état natif : l'air de noire pluvieuse Aquitaine a bien épaufré ses moulures, déchiqueté ses figurines; mais la main des hommes l'a plus mutilée que les injures du temps. '

La croix de l'ancien cimetière Saint-Projet, dont M. Drouyn

Vierge était placée dans un creux de Tarbre. Enfin, à chaque carrefour consacré par les Romains aux dieux Termes, doubles, triples et quadruples, selon le nombre des chemins qui y aboutissaient, on planta une croix, et les colons des champs, habitués à fléchir le genoux devant l'emblème paieo, ne s'y rappelèrent bientôt plus que l'idée chrétienne. >

Il est certain que plusieurs croix rurales sont encore établies sur des monuments druidiques; d'autres en conservent le souvenir, comme la Croix des Sorts, dans l'Ile do Noirmoutier. Enfin, plusieurs sont érigées sur des tronçons de colonnes miliaires. (Voir l'article de M. de Caumont dans le Bulletin monumental , 1863» p. 288, et la lettre de M. l'abbé Bouchier dans la Revue des Smiétcs savantes, 3« série, l. I, p. 160)

DE CIMETIÈRES OU DK CARREFOinS. 501

a parfaitement indiqué roriginc, porte les caractères du xi* siècle. Sur le montant principal se trouvent quatre petites statuettes reposant sur des pilastres et recouvertes d*ares feuillages; elles représentent deux évèques, et probablement deux apôtres (un seul est nimbé). Comme ces petites figures n'offrent aucun attribut qui puisse les caractériser, nous pensons qu'elles reproduisent les patrons de Téglise Saint- Projet ou des saints qui étaient Tobjet d'un culte particulier dans cette paroisse.

En 1843, la Municipalité, sur la demande de la Commission des Monuments historiques, fit restaurer la croix de Saint-Projet, alors dans un état de mutilation complète : une tige de fer était scellée dans la partie supérieure du montant et tendait à accélérer sa ruine. M. Durand, architecte de la ville, fut chargé de diriger cette restauration. Il est regrettable que les branches de la croix nouvelle ne soient pas orientées, comme Ta observé Tarchéologuc bordelais, auquel nous renvoyons pour de plus amples détails sur la croix de Saint-Projet.

Il nous reste peu de renseignements sur les anciennes croix de carrefours qui s'élevaient dans l'enceinte du vieux Bordeaux. L'abbé Baurein cite la croix de rÉpine, placée sur un chemin conduisant de la Porte-Dijeaulc au Palais-Gallien, et nous trouvons dans une pièce manuscrite du couvent des Feuillants <r qu'une grande croix de pierre s'élevait en face du prieuré Saint-Martin du Mont-Judaïque, s

La croix de Séguey et la croix Blanche, élevées au commencement du siècle (^), rappellent d'anciennes croix qui servaient très probablement de limites paroissiales.

La croix de Saint-Nicolas, en style gothique un peu fimtaisiste, placée à l'entrée de la rue des Sablières et de la roule

(•) La prpiiiicrc en 1817, la spfon.k' on 1833.

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