‹ Description du musée de Vienne (1sère): précédée de recherches historiquesChapitre 9 sur 102 · DEPUIS SA CONSÉCRATION AU · texte numérisé non relu

DEPUIS SA CONSÉCRATION AU

CULTE CHBÉTIEN,,

iNous croiHoas- laisser ihcompléie Thistoire de notre momisment avant 1793 si nons ne parlions pas des différents nom»qui hii ont été donne's depuis qo^l fat conrertf en église , et si nous n'en faisions pas l'objet d'iin: exameor particulier;

Nous avons dëjâ dit qu'iFa exfete à Viftime deux églisesdédiées à la Vierge ^îarie. L'une était située sur Ta rive droite de la rivière de iîère, et appelée, àtrausedecette circonstance^ Notre^Dame-Hroutre-^ère , BasUtca ÏÏeattB' MaricF idtrà Geriam (t). I/antre y qui était le temple dont il s^agîl icf , se nommait Notre-Dkrae-la-Vieaft% BasUim Featit Maria vêtus. Ces noms leur sont donnés an XIII^ siècle dans Té^ pitapfae de l'ardievéque Jean de Bbumih; Chorlèr (2) cité même un actedu XI®' sièc!e> où là seconde églfse est de'si-^ gnée par Fépitliète de- vieille. Il y alfeude woire qu'oïr la lui donnait parce que cette église élait dès-tôrs Ir plus ancienne de Vienne- qui fiït dédiée 5 la Vierge. Ainsf, au-Xl»^ siècle ^la^ consécratioi»>deeet édifice ai^culle efaKetkn :re-* montait déj^ à une époque fort reculée ;- ce qui nousr paraît appuyer notre opinion-, selon laquelle cette consécration^ date du V« sfècle^

(i) EUç fat plus tard cédée aox Jacobins ^donWle ceturent liitigiiAi'^ il en exiae eoqore des r«»t«ft dan» une éourie^ ,

^\ MmA* sur les ÂiU(q.- d9 Vienne , 1. 1 ^ii; iSSU

Quant au titre de Notre-t)ame'-de-la~Vie , dont ^ous avoii^ parle à la fin da paragraphe pre'eédent , on ignore a quelle époque il a pris son origine. Il semblerait, d'après l'inventaire des archives de la cour des comptes de Grenoble (1) , avoir de'jà existé au XIV^ siècle. On ne l'a point encore expliqué d'une manière satisfaisante. On a prétendu qu'il dérivait des mots vice veteris (du vieux cliemin) , et qu'il avait été donné à cette église à cause d'un ancien chemin qui passait auprès. Des dénomination^ analogues eussent pu appuyer cette con-* jecture , car on connaît à Rome l'église de Sle-Marie in vid , e^ celle de Ste-Marie in vid latd. Mais Chorier déclare l'explication que nous venons de rapporter sans vraisemblance ^ attendu que l'église de Notre-Damë-de-la-Vie était entourée de trois rues. La raison qui , selon nous , devrait la faire f ejeter , est que l'on ne trouve le titre distinctif de vice veteris appliqué ^ celte église dans aucun document fort ancien. Le lilre de la vie , en français , s'est-il formé par corruption de répilhète vieille? ou bien doit-il être rangé parmi le grand nombre de ceux que la dévotion à la Vierge a fait donner à ççlie-çi et à ses temples , spit à cause des secours que l'on croyait devqir. à son intercession , soit à cause de ceux que l'on en sollicitait? ,Quoi qu'il en soit, il paraît postérieur au Xm« siècle (2).

. (1) Au feg* tertius liber cc^iarum Vienn. , p. 452 , g 1*% G. B. , n** 3.

(2) Sit à notre tdar ^ nous Toulieûs hasarder âne conjecture , noui aurions peu^tre beau jeu. Nous' ditioas que le root iTÎiep ( traâtôt par de la vie) dérive du nom propre Liviœ (de Livie), nom, de Vimpératrice à laquelle le temple était anciennement consacré. Nous pourrions même alléguer en faveur de cette supposition l'exemple de quelques églises de Rome, qui, ayant remplacé d'anciens temples, sont distinguées ^'autres égitses^ ptff le nom de la divinité païenne à laquelle ils furent d'abord dédiés, tels que St-^Laarent iri Lucinà, Ste^ltfarfe goprà Hi^ nervdt etc.. Mais nous ne croyons pas que la simple identité dans l« désinence de deux mot& safiSse pour établir qaeTun dérive âe Vautre.

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Selon LeIieTre , rùh des historiens de nos antiquités , Ton donnait encore anciennement à notre temple le nom singulier de Pomeruem Pilati en latin (I). Par une autre singularité on avait peint en rouge , à la partie supérieure de l'édifice , un globe que le peuple nommait la pomme de Pilate, fomum Pilati (2). L*on avait ensuite écrit en français , audessous de cette figure : c^est ici la pomme du sceptre de Pilate (3).

Ces particularités , qui appartiennent à des siècles d'igno^ rance , ne nous paraîtraient dignes d'aucune attention si le nom de Pilate ne se trouvait si souvent mêlé à nos traditions Viehn<^ses. D'après ces traditions , en elTêt , Pilate aurait été exilé à Vienne postérieurement à la mort de Jésus-Christ^ 11 y aurait été enfermé dans une tour qui existait encore il Y a moins de cent ans; il s*j serait donné la mori^, on ver** rait aujourd'hui même son tombeau dans notre ville ; une montagne voisine porterait son nom ; enfin , ce (faï est encore moins vraisemblable , Pilate aurait rendu la justice dâ^s notre temple d'Auguste et de Livie , que qnelqués-*uns ont même appelé , à cause de cela , le prétoire de Pilate.

Il est impossible de ne point trouver curieuse cette affec* talion de Vienne chrétienne , de Vienne la sainte^ à attacher il ses monuments et aux lieux remarquables pour elle le nOn d'un personnage odieux à toute la chrétienté , le nom de cet homme dont la figure , comme celle de Judas , apparaît dans les histoires de Jésus avec des traits si hideux et de si noires couleurs, et est resté comme le type à jamais délesté des juges faibles qui livrent l'innocence à ses persécutëurSé

(1) Ldlèvre : Antiq» de VimfM , p. 47.

(2) Joh. à Bosco. : Antiq, Vienn, , p. 9.

C3) Cherier: Btch. sut k* Antiq. de Vienne, h I , e. 13. (

Poncé Pilate , représente dans rÉvahgUe comme un homme froid et lâche quand il faut protégé la vertu, se montre ^ dans Thistoire , emporté 9 téméraire , non moins que cupide et cruel quand il veut accomplir d'ambitieux projets. Il sou<ieya plusieurs fois plir sa violence les peuples de la. Judée y dont il était le procurateur ou goiivemeUr. La première fois, sans égard pour les scmpules religieux des Juifs , qui leur ^ défendaient de souffrir des images dans leur ville , scrupules que ses prédécesseurs avaient toujours respectés , il fit entrer des légions dans Jérusalem avec leurs enseignes ornées, selon la coutimie des Romains, de Timage de l'empereur régnant. La seconde fois , au mépris encore de la religioB du même peuple , qui ne reconnaît qu'un seul dieu , et qui tepousse tout signe d'idolâtrie, il consacra des boucliers d'or à Tibère, comme à une divinité, dan» le palus d'Hérode. Cette dernière entreprise lui attira une vive rq[Hrimaiide de l'empereur.

L'an 35 il voulut faire construire un aqueduc pour amener des eaux à Jérusalem d'une distance de dix oik même de vingt lieues^ il s'empara du trésor sacré, déposé dans le temple, afin de l'employer à la dépense de cet immense travail. Le peuple s'ameuta. Des soldats déguisés, et armés de bâtons, se jetèrent, par son. ordre, sur la multitude, et frappèrent indistinctement les. innocents et les coupables. L'année précédente il avait fait massacrer des Galîléen» pendant qu'ils célébraient leurs sacrifices.

Enfin , les rigueurs et la cruauté avec lesquelles il traita des Samaritains rassemblés pour se siiiudtraire à sa violence mirent fin à son administration. Sur la plainte de la nation que nous venons de nommer , Yitellius , chargé du gouvernement de la Syrie, dont la Judée formait une division, ordonna à Pilate d'aller rendre compte de sa conduite à l'empereur. Mais: il arriva à Rome après la mort de Tibère , qui

1ÔT

eut Heu le 16 ou le ^ mars de Tan 37. La Jodëe avait éi% sotts son gouvernement pendant dix ans (1).

Il n'eut point lieu de s'applaudir du cliangement de règne ^ car, au rapport d'Ëusèbe, les nombreux sujets d'affliction qu'il reçut de l'empereur Caïus Caligula le poussèrent à se donner lui-^méme la mort. Cet événement est daté de l'an 40 de J.-C.

La plus ancienne chronique oà il soit question de retit de Pilate à Vienne est celle d'Adon , archevêque de celte ville dans ie IX« siècle. Si donc le fait est resté douteux , la tradition , du moins , en existait déjà dans la même ville à l'époque d'Adon 9 à moins que l'on ne suppose , comme on l'a déjà fait pour la série des plus anciens évéques de Vienne ^ qui se trouve dans la même chronique , que le passage oùl il est fait mention de cet exil y ait été intercalé long-temps après la mort de ce prélat.

Aux traits précédents , qui composent ime peinture assex peu flattée de Pilate , la piété crut pouvoir en ajoute^ d'autres afin de rendre encore plus odieuse , s*il était possible, la mémoire de ce pige inique du fils de Dieu* Lelièvjre , le. naïf historien de nos antiquités , les a fidèlement recueillis, ainsi que les traditions viennoises. Après avoir dit, d'îiprè». certains chroniqueurs , que Pilate était né à Lyon d'une liaison incestueuse , le bonhomme ajoute , dans son vieux ianr. gage : n Ce Pilate en son temps fut personnage fort caut, (c rusé , plein de toute meschanceté , maculé vilainement de et toute infamie abominable, dur, inhumain et opiniâtre ^ « lequel en sa jeunes3e tua son propre frère, et en aprè^ ce par grande trahisoiii occit dans Bonne l'ambia^^deur d'Hé- «c rimère , duc des^ Français avant vfiis rois establis , et «exerça a plusieurs autres semMabie» homicides. ».

(1) Len. de Xil. , faigt. de» emp. > 1. 1, pp. 42i , 423, 423 , 424, 4^ fl433. : . .

Il fait ensuite à sa manière le récit de Toragettse âdod* nistration de Pilate dans la Judëe , et prouve , par le témoin gnage d'Adon , qu'il fut exilé à Vienne « ce par ban perpéluel • a dit-il , suivant l*édict de Caîe , empereur , pour ses cruautés ce et forfaicts, en(r*autres pour avoir donné sentence de mort « injuste con(re Jésus-Cbrist innocent. Estant en ladite cité « de Vienne , il fut assailly et pressé de tant d*afflixions et ce langueurs imposées et ordonnées par ledit Caïe , empereur, fc que le pauvre misérable fut contrainct , pour mettre fin à ce ses misères, de se tuer de sa propre main, vivant ledit « empereur : bien que aucuns tiennent qu'il aye eu repente tance de ses fautes: mais cela est bien doubteux, attendu ic qu'il était sollicité à désespoir par le malin esprit. »

De ces naïves réflexions il passe aux fables remplies d'anachrouismes , qu'il emprunte aux vieilles légendes. Il nous apprend comme quoi PUale était encore k Jérusalem lors du siège et de la prise de cette ville par Titus, trente-sept ans après la mort de Jésus-Christ 3 comme quoi , échappé de la même ville , il arriva à Vienne, oà il fut emprisonné , et oà la faim , la soif et le chagrin le portèrent k s'étrangler avec ses propres liens. Adon dit qu'il se perça de son épéé. Selon les mêmes légendes , et selon d'anciennes chroniques , son corps, jeté dans le Rhône , fut cause ^ à l'endroit où il était arrêté, d'une agitation violente et continuelle des eaux, funeste k tous les bateaux qui y étaient pousisés.

Selon d'autres , dans le 5« siècle , les tremblements de terre, les apparitions nocturnes de bêtes sauvages au milieu de la ville , qui effrayèrent si fort les habitants de Vientie , et devinrent l'occasion de l'institution des Rogations , ne durent ee^er, d'après une révélation faite k St-Mamert, évêque de cette ville , que lorsque le corps de Pilate serait retire du Rhône. Le peuple Payant appris courut vers le rivage « vis-àvis l'endroit fameux par de nombreux naufrages. Là les eaux s'entr'ouvrirent. miraculeusement, livrèrent un passage, et

flëcouvrirent le corps d'où provenaient tant de malheurs. Celui-ci fut saisi avec des crocs de fer, enlevé, et jeté dans un puits de grande profondeur, que Ton combU ensuitç de pierres et d'immondices jusqu'au sompiet. Alors cessa la colère de Dieu 9 et le calme se rétablit dans Vienne. Mais le corps de Pilate devait toujours porter malheur aux lieux qui le recelaient ; la tour où se trouvait le puits , et qui , siluëe sur le bord du Rhdne , avait servi de prison à Pilate pendant qu'il vivait, se vit, depuis lors, fréquemment frappée de la foudre.

D'autres enfin , et Lelièvre déclare accorder plus de foi à ceux-ci , disent que le corps, après avoir été retiré du Rhdne, fut porté par les malins esprits sur la montagne appelée , de son nom , Pilate , et jeté dans un marais. De là , comme d'un gouffre communiquant avec l'enfer, s'élèvent de temps en temps de noires vapeurs 5 elles s'étendent , elles envelop^ peut le sommet du mont, le dérobent à la vue , et promènent ensuite au loin, sur tous les pays inférieurs, les tempêtes, la grêle et les ravages. On sait qu'il s'agit ici de la montagne de Pilât , qui , vue de Vienne , termine si agréablement l'horizon au sud-ouest, et qui, servant comme de baromètre à tous les lieux d'oii on l'aperçoit, présage le mauvais temps quand son sommet se couvre de nuages.

Après ces conter merveilleux nous citerons aussi l'opinion des écrivains modernes selon lesquels Pilate était né à Vienne, sans doute parce qu'il leur paraissait naturel qu*il eût été exilé dans son pays natal y mais elle n'a pour lui donner crédit aucune autorité ancienne.

Parmi ceux qui ont écrit les histoires particulières des villes , un grand nombre , dans leur désir d'illustrer cellesci , se sont plu à les faire le théâtre d'événements remarquables , sans s'inquiéter de la vérité des faits ou de la valeur des témoignages. C'est ainsi que l'on a agi quant à; ce

qui concerne l*b!stoire de Vienne. Joseph , dans ses Anti' qiiités Judaïques (1), avait dit qu*Arctiélaiis , prince ou etbnarque de Jude'e , fut relégué dans cette Tille ; on y a fait exiler aussi Ponce Pilate , juge du Christ , et ensuite He'rode, Aniipas , télrarque de Galilée , et sa femme , afin de pouvoir donner à Vienne le titre singulier de prison des Romams, carcer Romanorum (2), qui n'eût pas été suffisamment justifié par un seul exemple.

Quant à Topinion selon laquelle notre temple aurait va Pilate siéger dans son enceinte, et y rendre la justice, elle est tout-à-fait dénuée de vraisemblance , à moins que l'on ne suppose le fait antérieur à la disgrâce de cet homme , ce qui ne saurait s'établir *, elle nous parait avoir pris sa source dans une circonstance fortuite, peut-être dans le nom de Pomerium Ptlati^ écrit probablement , dans le moyen?-âge^ sur le monimient, comme l'on y a ensuite écrit : c'est ici la pomme du sceptre de Pilate. Ce nom appartient à la basse latinité , et désigne , comme pomarium , un verger (3). Il est donc très-vraisemblable que , avant que l'entrée de l'église de Notre-Dame-de-la-Vie eût été établie sur la face orientale , un jardin joignait le même monument de ce cdté , et l'enveloppait en partie. Peut-être le propriétaire , du nom de Pilali , eut-il la fantaisie de placer sur le frontispice l'Inscription : Pomerium Pilati, V c'est ici Iç verger de Pilati, » et d'y faire peindre un globe que l'on appela ensuite ridiculement la pomme du sceptre de Pilate. Plus tard , quand il ne resta plus de traces du jardin, et que le souvenir du propriétaire eut été effacé, l'ignorance, en voyant le nom de Pilati, écrit sur la face de l'édifice, crut qu'il désignait ht

(l)Lib. XVII, c. 15.

(2) Lelièvre : Antiq, de Vienne , p. 31.

^) Dacançe , I>lcl. , rerbo poment#m.

c^ébre Pilate, et indiquait que celui-ci y avait rempli, comme à Jérusalem , les fondions de juge. Nous sommes , au reste , conduit à cette conjecture par un exemple analogue , cîfé par Chorier (1).

On ne doit point être surpris qu'il ait existé un jardin près du temple d'Auguste et de Livie ; au moyen-âge , les environs de ce temple n'étaient pas, comme aujourd'liui , couverts de maisons. £n effet, il est constant que, dans les Xl«, Xll^ et X1II<^ siècles, et même plus tard, le même monument, et le palais royal qui était auprès, dominaient un v^ste espace oh l'on ne voyait que champs labourés , vignes, sautées , et surtout des jardins, qui lui avaient fait donner le nom de Fal des jardins (2). Cet espace était alors un lieu de plaisir et de divertissement, et s'étendait le long du Rhône, depuis l'embouchure de la Gère. 11 est occupé de nos jours en partie par le quartier de la Grande-Rue. Compris à tontes leà époques dans l'enceinte de la ville , il présentait, sous les Romains, un grand nombre d'édifices publics et privés. L'état où on le voyait dans le moyen-âge témoignait des grandes révolutions que le temps avait opérées , des ^malheurs et de la dépopulation essuyés par la ville de Vienne. Ce fut très-tard , vers l'an 1200, que les Dauphins accordèrent des permissions de bâtir près de l'ancien palais des rois bourguighcms , qui leur appartenait (3). Quant au nom dé Pllati , il a certainement été porté par une famille en Danphiné. L'un des membres de celle-ci fut secrétaire de plusieurs dauphins, et mourut en 1373 (4). 11 posséda peutr ^ire le jardin dont nous avons parlé*

(1) Meeh. sur les Aniiq, de Vienne , 1. I, c. 5.

(2) /rf. , iWd. , c. 11 et 13.

i?) Chorier : ibid, , c» 13.

(4} YalbDmiaii : Bist, du Dauphiné , t. II , pp. 362, tfl» %i tfet.

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