T . EH . PO . RE
(î) Au moment où cet article s'imprime , îe linteau dont il s'agit est cjicore en place; mais comme ce qui reste de la maison de Claude du
« Les Dieux ont arrête' que les malheureux mortels pasce seraient leur vie dans une continuelle aftliction. »
Cette sentence est suivie de la devise de du Nièvre.
302 . Autre table de marbre portant la même inscription que la précédente.
Dans celle-ci la devise de du Nièvre, tempore ^ ne s'y trouve pas.
Nous y ferons remarquer , comme une fantaisie du sculpteur ou de Fauteur , l'emploi de l'epsilon grec , au lieu de l'E , dans quelques mots , et celui de l'H , au lieu du M , dans HISERT. La même particularité s'observe sur la table du n'^pre'cèdent. L'H et l'epsilon ont aussi e'iè employés pour le M et l'E dans les légendes du linteau.
303, Trois têtes de lions en pierre., grossièrement sculptées.
Gé sont les restes de trois lions merveilleux qui se virent long-temps auprès de l'église de l'abbaye de St-Pierre de Vienne. Tous les historiens de nos antiquités en font mention. Le bon Lelièvre, dans son Histoire de Pantiq?nté et snincteté de la cité de Vienne , page 139 , dit avoir lu, dans un fragment tiré des archives de l'église de Saint-Maurice ,
Nièvre doit être incessamment démoli , et ce linteau transporté au Musée, nous avons cru devoir le décrire dès aujourd'hui. Il en esl ainsi des n"^ 301 et 302, appartenant à la même maison,
qu'ils furent miraculeusement transportes de Konie à Vienne, dans une nuit , pendant que ]e moine Augustin et les autres missionnaires envoi es en Angleterre par le pape Grëgoirele-Grand e'taient en notre ville. Le lendemain , selon le même e'crivain, Augustin voulut consacrer lui-même l'e'glise de Sfc- Pierre, en considération du grand nombre de saints martyrs et confesseurs qui reposent dans celte antique basilique , et , par le miraculeux transport des lions dont il s'agit, le ciel montra qu'il approuvait cette détermination. D'autres écrivains se sont plu h broder sur ce texte , et n'ont produit que des contes ridicules. (Voy. Chorier, Rech.sur les Ant'iq, de Vienne^ liv. III, cb. 15).
Avant 1823 ces trois figures informes e'taient encore entières, et place'es les unes à cote des autres , devant le mur septentrional de l'e'glise de St-Pierre. Elles furent renverse'es, à la même époque , sans que personne s'y opposât , et les corps , sépares des têtes, employés dans des constructions. D'après le vœu exprimé par la Commission des beauxarts de Vienne , nous avons recueilli ces vieux débris que recommandent leur antiquité et les traditions qui s'y rapportent.
La place où Ton voyait encore , en 1823 , ces lions parfaitement conservés , n'était point celle qu'ils occupèrent primitivement. Selon Chorier , ils étaient posés devant trois différentes portes de l'église de St-Pierre , dans le cimetière qui en dépendait^ ils portaient autrefois des colonnes taillées, à leur sommet , en forme de lanternes ouvertes , et l'on y plaçait , dans des temps fort anciens, des lampes pour éclairer les fidèles lorsqu'ils se rendaient , le soir , dans l'église , conformément à l'usage alors pratiqué de passer les nuits à prier dans les basiliques, la veille des fêtes solennelles. Il ajoute , à l'appui de ces assertions, que des candélabres du même genre existaient devant l'église de St-Sévère, et dans le cimetière de celle de St-Martin de Vienne (Voyez en effet
le même écrivain dans l'ouvrage déjà cite, liv. 1, cii. 6, et Joaii. a Bosco 5 J?itiq. sancL et sen, Fienn. plurlni. antiq,^ p. 9). Quoique Chorier n'ait pas vu les colonnes et les lanternes dont il parle , son opinion relative à l'ancien usage de ces lions ne nous parait point inadmissible. Les mêmes lions ne peuvent point être ranges parmi ceux que Ton voyait autrefois, au nombre de deux, devant la porte de quelques églises 5 et qui , à rimitation des lions du trône de Salomon , supportaient les sie'ges des juges ecclésiastiques. (Voy. Hist. de VAcad. des inscr. , tom. XI, p. /^05 de l'e'dition iri-12 ). En effet , il y en a trois , et les accessoires dont ils sont accompagne's rendent la chose très-peu probable. Mais n'auraient-ils point été employe's, avec d'autres, à supporter les colonnes d'un porche , comme on en voit encore aujourd'hui devant plusieurs églises de la Haute Italie?
Ouvrage barbare , ces trois lions étaient représentés couchés sur le ventre, les pattes étendues en avant. Sous ce rapport , ils offraient un point de ressemblance avec les sphinx égyptiens. Cependant nous ne savons comment l'annotateur de Chorier a pu y voir de vrais sphinx, auxquels on avait adapté des têtes de lion-, car les corps étaient aussi lourdement taillés que le reste , et rien n'indiquait qu'ils eussent été exécutés dans un autre temps. L'on voit encore, sur le cou des mêmes lions, les corps mutilés de jeunes hommes qui semblent se cramponner à la crinière. Nous ne dirons pas^ avec Chorier : a que chacun fait effort pour (c déchirer l'animal qui le porte -, » car les trois personnages ont plutôt i'air de jouer avec des lions apprivoisés que de les combattre. Ceux-ci sont, en effet, dans l'attitude du repos. L'Ecriture Sainte compare l'esprit infernal à un lion : dïaholiis tanqiihni leo rugiens circuit , cpfœrens quem devoret ( 2. Petr. epist. V., 8). L'on pourrait peut-être supposer, fl'après cela , que l'on a voulu représenter dans cette ébauche grossière ici? démoiis domptés et contenus par des anges..
Quoi qu'il en soit , ou doii juger ces lions fort anciens, et d'une e'poque où les arts étaient tombes dans une grande barbarie. Si leur miraculeux transport de Rome à Vienne , dans une nuit, pendant qu'Augustin et ses compagnons se îrouvaient dans celte ville , pouvait être considère' comme indiquant Fëpoque où ils furent faits , ils remonteraient jusqu'à la tin du VF siècle ^ car ce fut en 596 que Grëgoirele-Grand envoya des missionnaires en Angleterre. Dans tous les cas, la grossièreté du travail témoigne d'une époque fort recuîe'e.