REMARQUES DIVERSES
On a élé long-temps sans se faire une juste idée de îa^ forme primilive de ce monument. Jusqu'à la publication de. l'ouvrage de IM. Rey, inlilulé : Momimcnfs romains et cjothiqites de tienne en France^ etc. , on n'en avait donné que des dessins barbares. M. Schneyder M) , il est vrai , dessina, avec exaclilufle les parties qu'il avait pu observer, ainsi qu'oa en peut juger en parcourant son lîorlefeuiile inédit -, mais rédifice étant alors consacré au culte , beaucoup de parties se trouvaient masquées. M. Rey , plus heureux, a trouvé le monument plus dégagé, et a pu faire les fouilles dont il avait besoin pour s'éclairer. Avec la connaissance de Tantiquité , le talent et la sagacité qui le distinguent, il a pu représenter l'édifice tel qu'il devait être , très-probablement, dans son origine, et le! que nous l'avons décrit plus haut. Ses dessins sont accompagnés de la dissertation d'un savant
(1) Voyez plus bas la Nctice biographique sur M. Scbneyder dans l'article inlilulé : Origine et établisseinent du Musée et de la Bihliothèqm publique.
et habile artiste , M. Vietti , qui y a examine le monument sous le rapport de l'art. j«|
M. Schneyder crut d'abord que l'ëdifice e'tait dëcorë de colonnes sur les quatre côtes , et qu'il en présentait six sur la face poste'rieure , comme sur le devant , et huit sur chacune des ailes ; qu'il n'avait point de cella , ni de stylobate , mais qu'il reposait , comme les temples grecs , sur un certain nombre de marches régnant tout autour. C'est ainsi qu'il l'a représenté dans une peinture qui se voit dans une salle de l'Hôtel-de-Ville. M. Rey rectifia les erreurs de M. Schneyder. Au moyen d'une fouille qui enveloppait l'angle nord-est , il constata que le monument reposait sur un stylobate, et offrait 9 sur le devant , une rampe de douze marches entre deux acrotères. Témoin de cette fouille , nous fîmes alors la même observation. Plus tard, en 1827, dans des travaux exëcute's contre la face poste'rieure de l'ëdifice , nous eûmes l'occasion d'observer la continuation du stylobate sous le mur qui forme cette face.
Sur quelques indices qu'il ne fait pas connaître dans son ouvrage , ou par une conjecture qu'autorisait sutïisamment l'usage des anciens , M. Rey jugea que notre ëdifice avait une cella , ou enceinte sacrëe. Il la figura dans le plan qui accompagne ses dessins , et en prolongea les murs latéraux jusque vis-à-vis la troisième colonne des ailes , à compter de celle des angles antërieurs.
A l'ëpoque où l'on exécuta les travaux nécessaires pour l'ëtablissement de la bibliothèque publique et du musée dans le même ëdifice , nous fîmes une observation qui vient à l'appui de sa conjecture relativement à l'existence d'une cella. Nous remarquâmes en-dedans , sur le mur occidental , des arrachements qui nous parurent ceux des murs latëraux de celle-ci. L'espace qu'ils laissaient entre eux et la portion du mur de la face postérieure qui fait retour sur les faces latérales , comme nous l'avons explique ci-dessus . était juste-
ment de la même mesure que la largeur attribuée par M. Rey au péristyle , et le mur du fond, dans cet espace , est orné de refends comme ses autres parties extérieures. En 1829 , ayant eu nous-même à faire poser une mosaïque antique dans le musée, nous en prîmes occasion d'exécuter une fouille pour reconnaître s'il existait encore quelques restes des murs de la cella. Une excavation fut pratiquée vis-à-vis de la troisième colonne des ailes; mais nous n'y découvrîmes rien. Nous poursuivîmes alors la fouille jusque vis-à-vis de la quatrième colonne , et là nous trouvâmes , à environ cinq pieds de profondeur, les angles du mur de devant de la cella que nous cherchions. Ainsi fut confirmée l'existence de celle-ci, et rectifiée la légère erreur de M. l\ey, qui faisait avancer le mur antérieur jusque vis-à-vis de la troisième colonne des ailes.
On doit distinguer dans cet édifice, abstraction faite des constructions modernes et du moyen-àge , deux parties trèsdifférentes l'une de l'autre par l'âge et le style. L'une comprend tout le frontispice et cette portion des ailes que constituent les six premières colonnes et l'entablement au-dessus. L'autre se compose du reste del'éditice, c'est-à-dire de la sixième colonne de chaque aile, du bout de mur orné de deux pilastres , qui suit , ainsi que de leur entablement , et de toute la face postérieure.
La première , la plus étendue des deux , présente à tous ceux qui ont étudié les monuments antiques un style d'architecture évidemment d'une époque de déciulence. Elle accuse également dans tous ses détails, soit dans les chapiteaux, soit dans l'entablement, la chute du goût et les malheurs du temps. La corniche n'a même jamais été terminée, car ni les modillons ni le plafond du larmier ne sont sculptés.
Dans la seconde partie , l'architecture grœco-romaine se montre, au contraire, dans toute sa pureté. C'est malheureusement la moins considérable, la plus dégradée, et celle
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qui s'offre la dernière aux regards, étant presque toute eugage'e dans des constructions modernes. fj yt>:
En rëtudiant on remarque les belles proportions de ses chapiteaux, l'elegante simplicité de son entablement. On trouve beaucoup de rapport entre ce dernier et celui du panthéon d'Agrippa. Dans l'un et dans l'autre la cimaise de la corniche et la frise sont lisses, sans ornements^ les seules parties enrichies de sculptures sont le plafond du larmier et les modiilons. La corniche de notre monument se dislingue en outre par l'absence de denticules, et même de face denticulaire -, ce qui lui donne des proportions plus légères que celles qui sont onlinaires à la corniche de l'ordre corinthien.
On a bien de la peine à comprendre comment MM. Rey et Vietti ont pu juger comme une grossière et ignoble scuplture lombarJe, exe'cutée dans le 9*^ siècle, celle des rosaces et des modiilons de cette partie de l'e'Jifîce; car elle est e'videmment fort belle et d'un bon temps. Il faut que ces artistes, quand ils ont e'tudiè et dessiné le monument, aient etéprive's des moyens de l'observer d'assez près sur ce point.
Nous déterminerons plus bas l'âge respectif des deux parties que nous venons de distinguer.
La partie postérieure est encore remarquable par sa disposition, dont nous ne connaissons aucun autre exemple; nous voulons parler de ces deux murs en retour de celui du fond , alignés avec leurs pilastres sur les colonnes des ailes , et formant des deux cotés, en-dehors de la cella, et aux extrémile's occidentales du péristyle, deux espèces de culs-Je-sac, qui e'taient peut-être des sacella destinés à recevoir les statues de deux divinités. Peut-être cette disposition singulière n'avait-elle d'aulre objet que d'harmoniser l'ordonnance du temple avec les portiques du forum , dont les arcades étaient ornées de pilastres corinthiens, ainsi que nous le montre le magnifique reste qui se voit encore près de l'hospice actueL
Entre autres particularités de la de'coration de notre mo-^ nument, nous ferons remarquer les plinthes qui existent sous les bases des deux pilastres de la face postérieure, et des deux qui suivent sur les faces latérales. Les deux premières colonnes des faces latérales , et celles du frontispice, en ont également. Les bases des quatre autres colonnes de chaque côte' posent immédiatement sur le slylobate. Ce de'faut d'unilë peut-il être explique en disant, comme M. Vielli, qu'il vient peut-être de l'idée que les façades doivent être plus ornées que les côtés? Il ajoute, dans une note , qu'à cetle raison, qui lui paraît la meilleure , est peut-êlre réunie l'intention de débarrasser le passage daiis l'espace du pronaos. Nous croyons qu'il eût élé mieux de dire : dans rétendue des deux péristyles latéraux.
L'on juge bien, sans qu'il soit nécessaire de le démontrer, que la lourde et informe cimaise qui recouvre la corniche romaine tout autour de Féditsce n'a rien d'anlique. Elle a vraisemblablement été ajoutée dans le moyen-âge.
La face principale du monument offrait anciennement des ornemenis en bronze doré, selon l'usage des anciens. C'est ce qu'indiquont les trous creusés dans le tympan du fronton et dans un espace de 1 mètre 45 centimètres au milieu de la frise. L'ornemeîît du fronton pouvait être un bas-relief. M. Scbnoyder a présumé que celui de la frise était un aigle , les ailes à-demi déployées. La disposition des six trous que Ton voit sur cette partie, des deux qui existent au-dessous, sur la face supérieure de l'architrave, et des deux autres qui sont au-dessus , sur la face des modillons , enfin le larmier de la corniche , entaillé en forme de cintre , comme pour recevoir la tête de l'oiseau , rendent cette conjecture très-probable.
L'on aperçoit aussi sur la frise et sur l'archilrave de la même façade , comme sur beaucoup d'autres édifices antiques , une suite de petits trous que l'on dirait d'abord dis-
tribuës au hasard et sans aucun ordre. On a reconnu depuis long-temps que ces sortes de cavités servaient à attacher les lettres de bronze d'une inscription. Des tenons soude's à ces lettres, ou coules avec elles, s'engageaient dans les trous dont il s'agit. Ceux-ci, qui sont seuls restes , ont dû conduire à faire retrouver la forme des lettres qui y étaient lixëes , et à restituer les inscriptions qu'elles formaient. Cette découverte avait de l'importance , étant le plus souvent le seul moyen de connaître la destination particulière des monumenîs antiques. C'était justement le cas de celui de Vienne; car la tradition qui existait à son égard n'avait aucun caractère de certilude.
Nous allons expliquer de quelle manière M. Schneyder est parvenu à remettre au jour Pinscriplion de ce monument 5 et , comme sa découverte a été mise en doute par des savants qui n'avaient pas une connaissance suQisante de son opération , nous exposerons celle-ci avec assez de détails pour que toutes les incertitudes soient levées.
DÉCOUVERTE DE L'INSCRIPTION DE • L'ÉDIFICE. î;
Peiresg paraît avoir eu , le premier , l'idée de faire revivre les inscriptions de ce genre qui avaient été détruites. Il pensa avec raison qu'il suffisait , pour cela , d'étudier la disposition des trous dont nous venons de parler , disposition qui devait être en rapport avec la forme respective des lettres qui s'y attachaient. On cite dans la vie de ce savant (1) l'application qu'il fit de cette idée à une inscription du temple d'Assise y dédié à Jupiter , et ainsi conçue : 10 VI. OPT. MAX.. On y
(1) Vie de Peiresc par Requier, p. Sï,
parle aussi de celle qu'il se proposait de faire à la Maison- Carrée de Nîmes. Le même projet , formé également par l'abbé Barthélémy (1), fut exécuté par Séguier. Ce fut à l'imitation de ce dernier que M. Schneyder essaya sur le monument de Vienne une opération semblable, qui lui réussit.
Voici rinscription qu'il découvrit sur le frontispice après un examen sévère et consciencieux.
CON. SEN. DIVO AVGVSTO ::::::: OPTIMO MAXIMO ET BWM AVGVST.4E.
« Du consentement du Sénat: au dieu Aurjuste ::::::: trhs" « bon^ très-grand ^ et à la déesse Augusta. )>
La première ligne était sur la frise , et la seconde sur l'architrave. Les lettres avaient un pied de hauteur.
Avant M. Schneyder on avait déjà lu la seconde ligne telle que nous venons de la reproduire , et , en 1769 , un savant voyageur , après avoir étudié avec soin le monument , trouva dans la première ligne les mots DIVO AVGVSTO , et crut y voir aussi le mot C^^ffiSARI. C'est ce que nous apprend J'auteur de l'histoire de l'église de Vienne , Charvet , dans son ouvrage inédit , intitulé : Fastes de la ville de Fienne , page 5 1 .
A l'aide d'une échelle , avec laquelle il s'éleva jusqu'à l'architrave et à la frise , M. Schneyder dessina , en 1772 , les trous que l'on y voyait. Mais il reconnut ce premier travail insuffisant , et, en 1775, pour procéder avec plus d'exactitude , il fit établir un échafaud à la hauteur convenable. L'expérience ne tarda pas à justifier l'avantage de ce dernier moyen-, car il remarqua beaucoup de trous jusque-là inaperçus , et remplis , les uns de mortier , les autres d'un ciment qui lui parut antique. Après les avoir soigneusement
(i) Voyage eu îlaiie, W édition, pp. 9, 10, 230 , 238.
dégarnis , il les frotta sur les bords , ainsi que tous les autres , avec de la pierre noire -, il étendit d'abord sur la frise , ensuite sur l'archilrave , une banJe de papier blanc , et se procura Tempreinte des parties frottées en appuyant le doigt sur chacune successivement. Mais comme , en relournant le papier, l'empreinte se trouvait à rebours , il obtint un dessin dans le vrai sens en suivant cette empreinte avec un crayon sur le côte' oppose du papier , qu'il plaça , pour cela , entre son œil et la lumière.
Possédant par cette opération préliminaire le relevé le plus exact qu'il soit possible de se procurer , il e'iudia à loisir la disposition des Irous. 11 commença par l'archilrave. Il n'eut pas de la peine à y trouver les mots : ET DlVi^ AVGVSTx^, qui s'y présentent d'une manière si claire que , avec une vue ordinaire et un peu d'attention , chacun peut aisément les lire d'en bas de l'èdîtice.
Il est important de s'arrêter à quelques remarques que fait M. Sciineyder. 1° Dans les deux premiers mots: ET DIV;^ , tous les trous s'aJaplent parfaitement à la forme des lettres. Dans AVGVST^ÏÏi il y a un trou de trop après le premier A 5 mais, selon M. Schneyder, il est tellement hors d'œuvre , que l'on y voit évidemment l'effet d'une méprise de l'ouvrier charge de placer l'inscription. De plus, il manque un trou au second V, qui devrait en avoir trois comme de coutume. Psi. Schneyder explique l'absence de ce trou par l'absence d'un crampon correspondant à la lettre de bronze-, et comme toutes les lettres du même mot, excepte' celle-là , se présentent de la manière ia plus claire, il est impossible de lui en substituer aucune autre.
ïl passa ensuite h la frise. Nous rappellerons qu'un certain espace , au milieu de celle-ci , est couvert de trous dont l'arrangement n'a pas le moindre rapport avec la forme d'aucune lettre , et qu'ils doivent certainement avoir servi à attacher tout autre chose.
Nous ajouterons que , à gauche de cet espace , quatre des îettres de rinscriplion ont laisse' leurs empreintes , c'est-àdire probablement que les quatre lellres de bronze correspondantes ayant , par l'inattention de celui qui les avait fabri:|ue'es , une trop forle saillie , on avait ë*ë oblige' , en les posant, de creuser la pierre au ciseau pour diminuer celle saillie. Celle heureuse circonsîance devait donner une grande ficilile' pour découvrir la partie de l'inscription où elles se trouvent. C'est vraisemblablement ce qui engagea iM. Schneyder , qui l'avait observe' , à commencer par celte partie , en allant de droite à gauche , afin d'éviter toute pre'occupation. Le mol AVGVSTO se découvrit bien vite à lui j et l'on n'en sera pas étonne' quand on saura que les quatre lellres dont il s'agit en font plus de la moitié, et sonl celles que nous inJiîjuons , ainsi qu'il suit, par des majuscules: auGVSlO (\). Ces lettres en creux ne laissent aucun doute sur celles de métal qui s'y adaptaient, et l'on ne serait pas admis à prétendre qu'aucun aulre nom ait pu occuper la place de celui à la composition duquel elles concourent. Mais l'une d'elles , le S , donne lieu à M. Schneydcr de faire une remarque qui n'est pas sans importance : c'est que celle lettre ne présente qu'un trou , au lieu de deux qu'elle aurait dû il voir. Ainsi se trouve justifie' ce qui a e'ié dit ci-dessus , rejativement au second V du mot AYGYSTx^.
Après le mot AVGVSTO M. Schneyder lut sans difficulté le mot DîVO -, quant au reste de la légende , à gauche de ce dernier , îa pierre se trouvant écaillée et cassée dans la
(1) 3.1. Schneyder, dans sa dissertation maniiscrite, en citant les mômes lellres dans cet ordre: OSYG , qui est l'ordre renversé selon lequel il avait procédé, annonce que ces lettres sont désignées par «ne astérique dans son dessin; or, dans celui-ci elles le sont par le signe indiqué de cette manière : VGSO. Nous le remarquons par respect pour l'exactitude , sans qu'il nojis paraisse possible d'en tirer iiu,cune conséquence importante.
partie qu'il occupait , notre antiquaire convient n'avoir pu faire un dessin parfait des trous. Il y lut cependant CONS, oîi la lettre G ne figure que par supposition -, car , par suite de la cassure de la pierre, aucun trou n'établit qu'elle ait existe. Considérant ces quatre lettres comme le sigle de la dernière moitié de Senatûs consnlto , il jugea que , pour compléter le sens , la lettre G avait du être précédée d'un S avec un point entre deux.
Sans s'arrêter davantage , pour le moment, à cette partie de l'inscription , M. Schneyder porta son examen sur celle qui est à droite du milieu de la frise. Il y remarqua d'abord un écartement plus considérable des trous sur un point , ce qui lui indiqua qu'il y avait eu deux mots. La première lettre à gauche lui parut un O , et il reconnut que les deux mots se terminaient chacun aussi par un O. Ensuite les lettres T, 1 , M s'offrirent à lui de la manière la plus évidente dans le premier mot, et les lettres M, A , I , M , dans le second. Il ne lui restait plus qu'une lettre de chacun à découvrir. C'était la seconde du premier mot, dont il avait déjà les cinq que voici : O TÏ3I0 , et la troisième du second , dont il avait déjà les cinq suivantes : MA IMO. îl ne fallait pas beaucoup d'efforts pour deviner les deux letlres qui se montraient plus rebelles; mais, une fois trouvées, elles devaient s'adapter convenablement aux trous qui s'y rapportaient. M. Schneyder , après s'être livré à un examen tel que l'exige une sévère critique demeura convaincu que les deux mots placés à la partie droite de la frise ne pouvaient être que OPTIMO, ?dAXIMO. G'est ainsi qu'il eut la joie de compléter sa découverte.
Nous ne devons pas cependant le dissimuler plus qu'il ne Ta fait lui-même : la frise présente un certain nombre de trous sans emploi , auxquels il est impossible de rapporter aucune lettre. M. Schneyder explique leur existence par la maladresse et la méprise des ouvriers chargés de mettre en
place î'iiiscripîion , et observe que celle de Nîmes , restiîuee par M. Sëguier , en offre bien davantage.
li aurait pu observer encore que l'on voit de ces trous inutiles près des lettres du nom AVGVSTO , surtout près de celles qui , étant tracées en creux sur la pierre , ne laissent dans l'esprit aucune incertitude. Par-là il aurait prévenu l'objection qui tendrait à faire considérer comme supposée l'inutilité qu'il atlribue à ces mêmes trous. Ainsi , quelle que soit la cause de ces trous sans emploi , leur existence est un fait constant, duquel on ne peut rien inférer contre la réalilé de h découverte de M. Schnevder.
Notre antiquaire, après avoir achevé son travail, voulut le communiquer à M. Séguier lui-même , et consulter ce savant , au jugement duquel il attachait , avec raison, beaucoup d'importance. Il désirait connaître son opinion sur quelques points qui faisaient naître des doutes dans son esprit, savoir : 1^ sur les trous superllus dont nous venons de parler ; 2*^ sur les titres optimo , maximo , attribués , selon ce qu'il semblait, à Auguste par l'inscription , et qu'il croyait eependaut avoir toujours été réservés à Jupiter -, 3° sur le sigle CONS qu'il avait lu au commencement. C'est pourquoi il lui envoya un dessin très-exact, accompagné d'un mémoire.
M. Séguier lui fit la réponse suivante (1) :
ce Je vous félicite , Monsieur, de ce que vous êtes parvenu à prendre avec exactitude l'emplacement relatif des trous de l'inscription du temple de Vienne, et que par ce moyen vous avez découvert la véritable destination de cet ancien édifice. Il n'y a pas de doute , à présent , que ce monument n'ait été consacré à Augusie , et à Livie , sa femme. Vous avez trèsbien remarqué que les mots OPTIMO , MAXÏMO , qui terminent la première lîgne de l'inscription , ne pouvaient se rapporter à Auguste ^ qu'ils convenaient à Jupiter , à qui les
(1) V. p. 63 du mamiscril de M. Sclmevder.
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Romains avaient donne les titres de très-bon et de très-grand. En effet, ils lui appartiennent , puisqu'il faut suppléer dans l'espace vide (1), qui est entre les mois AYGVSTO et OPTI- MO , ceux-ci : et lOVI , et lire : DIVO AYGYSTO ET lOVÏ OPTIMO MAXIMO. Quand même on supposerait que les deux mots ET lOVI ne devaient pas remplir tout l'espace, cela ne fait pas qu'on ne doive pas les admettre , parce qu'on a pu les rapprocher de OPTIMO sans qu'il soit nécessaire de remplir tout le vide interme'diaire.
t( Il ne doit pas paraître ëtran/je que l'on ait associé le plus grand des dieux du paganisme avec un empereur déitié. On a des exemples d'un semblable usage. Lorsque les habitants de Chalcis élevèrent , sous l'empereur Tile (2) , le gymnase de cette ville , et le fameux édifice qui portait le nom de Delphinium , ils mirent à l'inscription du premier :
Tite et à Hercule^ et au second: ^ Tite et à Apollon , comme nous l'apprend Plutarque dans la vie de Flaminius. Le nom de l'empereur, qui était vivant, précédait ceux d'Her-
(1) On doil se rappeler qu'il y a , ainsi qne nous l'avons fait remarquer plus haut , un espace au milieu de la frise , où les trous que l'on y voit ne peuvent se rapporter à la forme d'aucune lettre. C'est à cause de celte dernière circonstance que M. Ség^uier le nomme un espace vide.
(2) îl y a ici une erreur échappée à la plume de M. Séguier , qui ne r-eût point laissé subsister s'il eût relu sa lettre. Ce n'est point sous la règne de Titus , ni à cet empereur , que les Chalcidieus firent la dédicace dont il s'agit ici, mais sous la République, et en l'honneur de Titus Quintius Flaminius , celui qui , après avoir vaincu PhiHppe , roi de Macédoine , fit, pendant les jeux Isihmiques , proclamer la liberté <les peuples de la Grèce. Les Chalcidieus lui rendirent l'honneur dont il est question parce que , étant lieutenant du consul Manius Acilius, il les sauva de la colère de celui-ci , qui voulait les punir d'avoir ouvert leur ville à Antiochus. — Voy. Plutarque dans la vie citée.
cule et d'Apollon j et ainsi , dans celui de Vienne ; A An^ ^fuste et à J?/pîter,
« Vous avez remarqué que , après les quatre premières lettres CONS , il y a la marque d'un trou que vous soupçonnez être celui d'un point; mais cela ne saurait être, puisqu'on ne s'en est pas servi dans tout le reste de l'inscription. Vous avez ensuite observe' qu'après ces quatre lettres , et ^ntre la dernière et le D , il y a des traces de quelques autres trous ce qui me fait soupçonner qu'ils pouvaient bien avoir servi pour un E et un N , lesquels , en les joignant à la lettre S qui pre'cède , formeraient la syllabe SEN, laquelle, en la se'parant du mot CON , désignerait une abre'viation ou un sigle , comme disent les antiquaires , qu'on expliquerait aisément par SENatus-, et alors on pourrait lire facilement : CONsensu SENatûs , conformément à la formule qu'on trouve siu' une médaille d'Auguste déifié, que j'ai , oii l'on voit la tête d'Auguste avec ces mots : DIVVS AVGVSTVS , et 5 au revers , le même empereur assis , qui est la représentation de la statue d'or que le Sénat et les chevaliers romains lui dressèrent dans sa jeunesse, avec la légende: CONSENSV SEiNATVS ET EQVESTRIS OKDINIS. Et de là je conjecture que , lorsque Auguste eut été déifié, et que Livie fut placée par le Sénat au rang des Dieux, on énonça sur le temple de Vienne que cela avait été fait du consentement du Sénat. Pour mieux confirmer celte conjecture , je vous prie d'examiner attenlivement si après la syllabe CON il y a un peu de vide pour désigner que le S sert pour le sigle qui suivait, et si, après ce S, l'espace qui est à présent fruste et écaillé pouvait recevoir les lettres EN 5 pour y lire SEN.
« A l'égard des trous superflus que vous avez remarqués dans cette inscription, je ne m'en mettrais pas beaucoup en peine. L'impéritie et la maladresse des ouvriers qui , dans les provinces , posaient aux éditices les lettres d^ métal , leur
a fait commettre plusieurs fautes grossières que le laps ûw temps nous a découvertes , et auxquels il suffisait que la. suite des lettres fut bien appareille et suivie. Tous les faux trous étaient compies pour rien, et on n'en faisait aucun cas. Il serait trop long d'entrer ici dans le détail de ce qui a pu les occasionner-, je me borne à remarquer qu'après l'O du mot DIVO , que suit la lettre A , on voit clairement que l'ouvrier avait fait trois trous trop près de cet O pour y placer son qn'il fut oblige' d'en refaire trois autres un peu plus loin , et alors un des premiers se trouva sur l'orbe de l'O , qui semble en avoir trois , tandis qu'il n'en a que deux dans toutes les autres lettres semblables. J'ai marqué par des points cette bévue. Celie de la lettre T du mot AVGVSTO est encore plus lourde. Il semble , à n'en pouvoir douter, que l'ignorant ouvrier a formé les trous pour un ï renversé , et que la personne qui l'en tif apercevoir lui marqua par deux petites traces , que j'ai aperçues dans voire dessin, sur la traverse du T, l'endroit où ils devaient être. Je ne vous parle pas des autres méprises: vous les connaissez -, elles ne viennent que du peu d'attention des ouvriers qui avaient trop rapproché les lettres.» qui devaient être un peu plus éloignées les unes des autres (1).
« Je ne fais aucun cas des petits trous qui sont hors de l'alignement des lettres , et je les regarde comme des défauts de la pierre, ou comme des dégradations postérieures,
« J'oubliais de vous parler de l'S du mot AYGVSTO ^ oui vous fait quelque peine. Si l'on considère exactement
(j) NoîïS avons déjà dit que , lorsque M. Sclineyder voulut procéder mi relevé des trous , il trouva beaucoup de ceux-ci bouchés avec un mastic qui lui parut antique. Il est fâcheux que , avant de les dégarnir, il n'ait pas en îa pensée de les marquer d'un signe pour les reconnaître. Cette précaution eût peut-être servi à constater qu'il n'y avait de bouchés que ceux qui , étant mal placés ^ se trouvaieRt inutiles.
foïît ce qni paraît ^ on voit d'abord que PS qni suit le Y ne put s'y placer parce qu'elle aurait ële trop près de ce V , et qu'elle aurait enjambe. Cet ouvrier ijjnorant se brouille avec le T qui suit, il renverse celui-ci , et n'attache l'S que par un seul tenon , s'embarrassant fort peu que l'autre manquât, parce que ce défaut ne pouvait être aperçUo
« L'amour que vous avez pour les beaux restes de l'anliquitë qu'on a découverts , par voire moyen , h Vienne, ne vous a pas permis de différer davantage à rechercher les expëdienîs les plus courts pour en venir à bout. Je loue infiniment la résolution que vous avez prise de faire dresser un e'chafaud pour vous mettre à portée de voir de près ce qui restait des traces de l'inscripîion de ce beau monument. Je suis ])ien aise que vous ayez mis à exécution la méthode dont je m'étais servi pour ceile de notre temple des Césars Caïus et Lucius, petils-fds d Aagusie. Elle a un avarilage sur toute autre qu'on peut imaginer : c'est qu'elle fournit une grande facilité pour prendre avec exactitude et promptitude l'emplacement de tous les trous qui restent aux anciens édifices , où l'on s'était servi de letlres de l)ronze. J'en ai découvert depuis peu un autre à Arles , et , par ce que l'en connais déjà, j'ai vu que le nom de Constantin, qui y était né , est sur ce qui reste de la frise de cet édifice.
(c Je vous offre la continuation de mes services , si je puis TOUS être utile à quelque autre chose. Je serai charmé de vous communiquer tout ce que mes petites connaissances de Tantiquité peuvent me suggérer. Vous avez ])ien de la bonté de vouloir déférer à mes lumières. Je ne doute pas que l'Académie de Lyon, à laquelle vous appartenez, n'applaudisse à toutes vos recherches , et ne rende justice à vos connaissances.
a Je ne me suis point arrêté à parler de Livie, qui , dans cette inscription , porle le titre de DIVA AVGVSTA. Il y a Ï0îig-temps que M. ScKinidi me CDmoiuniqua la position des
trous qui ont fait connaîlre le relevé de ces deux mois , et Je lui marquai alors que cela seul indiquait que c'ëlait un temple dëdie' à Livie (1) , qui , sur plusieurs de ses me'dailles^ porte le titre de Diva Jugiista ^ et qui y est repre'sente'e arec la tête voilée pour marque de la divinité'.
« L'iiistoire nous a aussi transmis tout ce qu'Auguste fit pour elle , tous les honneurs que Tibère lui décerna , et ce qu'il fit ensuite pour abolir le décret de sa consécration, que Claude , son petit-fils , rétablit. Tous ces faits historiques méritent d'être examines pour mieux fixer l'époque du temps auquel le monument de Vienne fut élevé. Mais enfin , grâce à vos recherches , les fausses idées qu'on s'était faites sont entièrement détruites 5 et ce n'est à présent que le temple d'Auguste et de Livie. »
Après avoir reçu cette lettre , M. Schneyder , déférant à l'invitation de M. Séguier, examina de nouveau l'endroit où il avait d'abord cru reconnaître le sigle de Senaius consulta^ placé au commencement de l'inscription. Il essaya de faire cadrer ceux-ci : CON SEN, proposés par le savant de Nîmes. Ne les trouvant point en contradiction avec la disposition des trous , il les adopta. Mais il avoue dans sa dissertation que la dégradation delà pierre ne laisse point à cette partie de sa découverte la même clarté et la même évidence qui frappent dans tout le reste.
Quant aux mots ET lOVl , que M. Séguier suppose avoir existé entre AVGVSTO et OPTIMO , M. Schneyder observe qu'ils n'ont pu être placés de la même manière que les autres 5 s'ils y ont existé. Les grands trous que l'on voit en
(1) Ce que dit ici M. Sé^nier montre la yérité de la remarque que nous avons faite plus haut, savoir : que les mots DîViE AVGVSTtEt se Usent facilement d'en bas du monument , car M. Schmidt , pour i'dire le relevé des trous qui se rapportent à ces mots, n'avait poiiït fait (hc^ier d'échafaiîd.
cet etîdroit , et qui sont accompagnes de quelques autres sur les parties correspondantes de la corniche et de Tarchitrave , au-dessus et au-dessous, n'ont, comme nous l'avons déjà remarque' , nul rapport avec la forme d'aucune lettre , et paraissent avoir servi à attacher un ornement considérable en bronze , peut-être un aigle , les ailes à-demi dëploye'es. II pensait néanmoins que les mots ET lOVI avaient pu être place's de quelque façon dans cet ornement, quel qu'iî tïit.
D'après les détails dans lesquels nous sommes entre relativement à l'opération de M. Schneyder, et aux donne'es qui lui ont servi à résoudre le problème qu'il s'était propose , et d'après la savante lettre de M. Sèguier , juge compe'tent, s'il en fut jamais , sur cette matière , on ne conservera plus, nous le croyons , le moindre doute à l'égard de l'inscripiWn de notre monument. S'il pouvait encore rester quelque incertitude , elle porterait seulement sur les points les moins intéressants , sur la question de savoir , par exemple , si et comment les mots ET lOVI ont été placés entre AYGYSTO et OPTIMO -, si l'inscription commençait par les sigles de SENATVS CONSVLTO , ou par ceux de CONSENSY SE- NATVS , qui , au fond , expriment la même chose , c'està-dire une décision du Sénat. Tout ce qu'il importait principalement de connaître , ce qui caractérise le monument , porte les marques de la certitude, et est incontestable. Ainsi, point de doute , selon nous , sur les mots DlVx^Z AVGVS- T^^ , qui sont si faciles à lire encore moins sur les mots DIYO AYGVSTO , puisque quatre lettres , sur sept qui composent le dernier , ont laissé leurs traces creusées dans la pierre , et que , en conservant l'ordre de ces lettres , aucun autre mot latin ne pourrait être mis à sa place.
On peut juger maintenant du peu de fondement des critiques qui ont été faites de la découverte de M. Schneyder. Yoici ce qu'en dit U. mW'm (1) :
(li Miliiii. Voytujc au midi d<i la Franvc , l. IL..
a Celte explication ne me paraît qu'une conjecture absofc lument destituée de fondement. D'abord la distance de& c( clous est une indication trop incertaine pour donner autre « chose que des probabilités. Les mêmes lettres ne sont « pas toujours attachées ans mêmes points , ainsi que j'ai « eu occasion de m'en convaincre dans plusieurs inscriptions f( de Nîmes, qui , comme nous le verrons , mettent la chose c( hors de doute. Depuis la de'':0«verte de M. Sêguler, plu- « sieurs personnes ont voulu lire l'inscription du temple de « Vienne 5 mais , ainsi que j'ai pu m'en assurer par la cora respondance de M. Se'guier, que l'on conserve dans la « bibliothèque de Nîmes , les trous de cette inscription sont., « dans les copies qu'il a reçues , place's de plusieurs manièr< res diiîêrentes. Il y a un très-grand nombre de ces trous « dont on ne tient aucun compte. »
11 est aise de voir que M. Millin n'avait aucune connaissance des données sur lesquelles repose la restitution de notre inscription , et que le jugement qu'il en porte n'est que le résultat d'une observation superficielle , incomplète ^ et faite en courant. M. Millin , h son passage à Vienne , ne vit point M. Schneyder , qui , étant absent , ne put lui donner aucune explication. Il ne se mit point , d'ailleurs , en mesure d'avoir un relevé exact des trous dont il s'agit, soit au moyen d'un échafaud, soit au moyen d'une simple échelle -, il n'aperçut aticiine des lettres tracées en creux dans la pierre. Ce qu'il dit des copies des mêmes trous , envoyées à M. Séguier , et qu'il a trouvées dans la correspondance de ce savant , prouve seulement que ceux qui s'étaient occupés de noire inscription avant M. Schneyder n'avaient pas su , comme lui , en faire un dessin fidèle. On voit , d'ailleurs , qu'il ignorait complètement la lettre de M. Séguier à l'antiquaire Viennois. Peut-être , en la lisant , eùt-il changé de sentiment. Quant à son opinion sur l'incertitude du résultat que peut donner, en général , l'observation des trous laissé»
pât les îiiscrtptioîis en lettres de bronze , etîe indique , selon lions ^ qu'il ne s'était jamais livre à une étude sérieuse et approfondie de cette partie de l'arcbeologie.
C'est donc avec raison que , dans un de ses ouvrages (1), M. Artaud , ancien directeur du musée de Lyon , regrette que M. Miiiin ait forme des doutes sur notre inscription* L'opinion de ce savant antiquaire est d'un grand poi{ls dans cette matière , car il a souvent observé nos monumenls; et il n'iie'site pas à déclarer que chacun , avec un peu d'attention , peut facilement lire l'inscription dont il s'agit.
Il résulte de tout ce qui précède que l'inscription de noire monument présentait bien vérilablement les mots DIVO AYGYSTO OPTIMO MAXIMO , ET BIYM AVGVSTiE , at( dieu Aiicfusie très-bon , trèsgrand^ et à la déesse Augiista. Il ne nous paraît pas moins certain qu'on y lisait aussi , à une certaine époque , les mots ET lOVI ^ et II Jupiter^ selon l'opinion émise par M. Séguier. Nous pensons en effet , comme ce savant , que les qualitications de très-bon et de très-grand ne peuvent se rapporter à Auguste, et font supposer le nom de JnpiSer dans l'espace vide qui existe entre les mois AVGVSTO et OPTIMO. Le même savant n'est entré dans aucun développement à ce sujet dans sa lettre à M. Sclineyder. Sans prétendre suppléer à son silence , nous ferons ici quelques remarques pour prévenir les objections oiseuses. On sait que ces sortes de questions se décident par l'observation des usages suivis par les anciens dans leurs monuments. Nous ne nous écarterons point de cette règle.
Il serait, sans doute, contre la vérité de prétendre que les titres de très-bon cl très-grand n'aient jamais été donnés qu'à Jupiter, car nous les voyons , dans plusieurs inscrip-
(1) Discours sur les toédailles d'Âug-isslc et de Tibère, au revers de Vautei de Lyon. Noies , p. 13 (a).
tioiis romaines , appliqués à des empereurs. Pline-le-jeune affirme , clans son panégyrique de ïrajan (1) , que ce prince fut le premier qui reçut le titre de très-bon. Mais on doit entendre qu'il fut le premier à qui le peuple et le Sénat le décernèrent solennellement , en témoignage de reconnaissance-, car le même Pline , en rapportant dans une de ses lettres (2) un ancien décret du Sénat en faveur de Pallas , affranchi de Fempereur Claude , nous y montre la qualité de très-bon expressément attribuée à ce dernier avec celle de père commun. Une des extravagances de Caligula était de se gratitier lui-même d'un gi^and nombre de litres , tels que ceux-ci: le pieux ^ Venfant des camps ^ le père des armées ; il se donnait aussi ceux de César très-bon et très-fjrand\ On n'a pas lieu d'en être surpris , car l'on sait que cet empereur en démence aimait à se faire rendre les honneurs divins , tantôt comme à Jupiter, à Neptune, ou à Hercule ^ tantôt comme à Junon , à Diane , ou même à Vénus , prenant tour-à-tour, dans ces espèces de mascarades, où le rire pouvait être mortel , les vêtements et les attributs propres à chacune de ces divinités. L'histoire nous apprend aussi qu'il s'était fait bâtir un temple où était sa statue , et que l'on n'y sacrifiait que des oiseaux rares (3). On sait encore que le surnom de très-bon avait été donné , long-temps auparavant, à Scipion Nasica (4).
Mais il est certain que dans les recueils d'inscriptions on n'en découvre aucune où les titres de très-bon et de trèsgrand soient joints au nom d'Auguste. Le nom de [^empereur Trajan est, en effet, ]c premier que l'on y rencontre accom^ pagné de ces deux qualifications réunies (5). On les y voit
(1) Paticg-. , c. 88.
(2) Lîb. VIII, ep. 6.
(3) Suet. Trnnquii. , C. Cœs. Calig^. vita , 22 ; Dio. Cass. , L m.
(4) L. 11 , D. , de. orig. jur. , § 37, (o) Grul.; CCXLVil, 2.
eilsuite , encore ensemble , avec les noms des empereurs Adrien (I), Antonin-le-pieux (2) et DiocIeUen (3).
Le titre de très-bon , seul , ou accompagne d'un autre que ] celui de très-grand , y est donne' à Trajan , à Marc-Aurèle ^ à AFJius , à Septime Sévère , à Gordien 111. Celui de trèsgrand , seul aussi , ou accompagne d*un autre que celui de très-bon , se trouve avec les noms de Claude4e-gothique 5 de Constantin , de Valentinien, de Valens et de Gralien.
Ainsi , de ce que les titres de très-bon et très-grand n'ont jamais èle' donnés à Auguste , et de ce qu'ils ne se montrent ainsi accoles ensemble, dans les inscriptions romaines, qu'avec les noms de Trajan, d'Adrien , d'Antonin-le-pieux, et de Diocle'tien , de'coule la juste conse'quence que , dans l'inscription de notre monument , les mêmes qualifications : OPÏIMO MAXIMO , se rapportent non à Auguste , mais à Jupiter 5 à qui il était d'usage, chez les anciens, de les donner, ainsi que le te'moignent une foule de monuments. Cette induction si rationnelle devient une vérité encore plus frappante quand on réflécliit que la place destinée au nom de Jupiter est restée vide entre les mots xWGVSTO et OP- TIMO. On doit remarquer aussi que , toutes les fois que les Komains ont orné les noms des empereurs des titres de trèsbon et de très-grand , ils y ont ajouté celui de prince , en cette manière : TFxATANO GPTIMO PilAXÏMOQVE PRIN- CIPI , à Trajan^ très-bon et très-grand prince; montrant clairement par-là qu'ils ne les inscrivaient pas comme des attributs divins , mais comme les titres glorieux d'un homme. Nous expliquerons plus bas pourquoi , selon nous , la place où devait être le nom de Jupiter ne présente pas de trous qui aient pu servir à attacher des lettres.
Dans tous les cas, l'exposé qui précède nous paraît avoir
(1) Gruter. , CCXLIX , 2 et 3 ; Reiues. , XÎÎI , 3 ; Murât , 233.
(2) Gruter. , CCLVÏ , 10 ; Reiues. ; CXXVUÎ , 6.
(3) Gruter., CCLXXIX, 4.
suffisamment prouve que ïa découverte de U. Schneyder n'élait poinl illusoire, mais qu'elle repose sur des données certaines. Ainsi le monument dont il s'agit ici était consacre non-seulement à Auguste et àLivie, mais encore à Jupiter,