AUTELS
A l’époque où les Celtes apparurent dans nos contrées, U s’opéra une de ces révolutions qui changent ou modifient l’aspect des sociétés. Une grande armée s’avança pour conquérir de nouvelles demeures. A l’avant-garde, on voyait les Volces , distingués entr’eux par les noms ÿArécomiqms et de TectosageS’ A leur droite étaient les peuples qui , se mêlant aux Ibériens, établis en petit nombre de ce côté des monts , couvrirent la troisième partie de la Gaule , l’Aquitaine primitive , qui avait pour bornes , selon César , la Garonne , l’Océan et les Pyrénées. Derrière toutes ces tribus marchaient les Belges qui s’habituèreut dans les régions situées entre la Marne et le Rhin.
Les Gaulois étaient, selon Plutarque, une nation Celtique: leur trop grande multitude les obligea d’abandonner leur patrie qui ne pouvait plus les nourrir. On comptait parmi eux
S lusieurs millions d’hommes armés. Les uns allèrent du côté e l’Océan septentrional , passèrent les monts Ripbées , et occupèrent les extrémités de l’Europe. Les autres, sctablirent entre le Rhin , les Aljies et les Pyrénées.
On peut croire que d’autres colonies avaient déjà peuplé , en partie , les côtes et les frontières de ce territoire immense. Des traditions, trop mythiques peut-être, annoncent qu’à une époque très-reculée , les Grecs avaient jeté les fondemens de quelles villes dans les Gaules. Diodore y conduit Hercule et montre ce héros élevant les reitiparts d’Alcxie. Ce lut, selon les poètes , l’amante d’Alcide , la fille de Bebrix , Pyrène , qui imposa son nom aux montagnes qui s’étendent de i’une à l’autre extrémité de l’isthme formé par les Sinus Gaulois. Suivant Ammien Marcellin, les Doriens, ayant suivi l’ancien Hercule , vinrent habiter les cantons voisins de l’Océan , et c’est encore dans ces cantons qu’existent aujourd’hui tant de noms de lieux empruntés à la Grèce. Sestos et
Abjâos , Scyros et Samos ‘ , sont des bourgades de la Novemnopulanie. Depuis long-temps on a remarqué le grand nombre de mots grecs ou dérivés du grec qui font partie des divers dialectes en usage dans les provinces situées entre l'Océan et le Rhône; et, comme je l’ai dit ailleurs, l’historien Duplcis, né à Leclonre , dans la Novempopulanie , en avait formé un lexique qui contenait, disait-il , plus de douze cents mots. On s’aperçoit facilement dans ces contrées de ce que l’on pourrait appeler Vhellénisme du langage ; et souvent les formes grammaticales offrent avec celles du grec ime ressemblance que l’on ne saurait regarder comme un effet du hasard.
D’après les témoignages des anciens auteurs, la Garonne traçait une ligne de démarcation entre les Celtes et les Aquitains ; ab Aquitanis f Cellas J Qarumna disterminat Jbimen, On retrouve cependant dans la Novempopulanie, ou Aquitaine primitive , des dénominations géographiques qui appartiennent à la langue des premiers , ce qui indique manifestement que les Celt^ aussi ont formé des établisscmeos et bâti des villes dans cette partie de l.s Gaule ; le nom de .Lugdunum , entÇ’autres , fut celui de plusieurs localités. Les dernières syllabes des noms de Montlczun , de Montiegui%., etc., sont toujours traduites par iM^duuum, dans les anciennes chartes. LugtIunumCom'enarum était comptée aussi au n«)mbre des villes de l’Aqui Laine.
Si l’on en croyait Freret et Ménard et ceux qui , de nos jours , ont adopté les opinions de ces écrivains , il paraîtrait que l’Aquitaine aurait d’abord été remjdie de colohies Ibériennes, ainsi que cette partie de la Gaule narhonnaise qui se prolongeait jusqu’aux Pyrénées et au Rhône. Ce serait sur ces colonies que les Celtes auraient concpiis le territoire qu’ils occupaient, long-temps même avant l’invasion romaine. Mais on a peut-être trop insisté sur cette conquête. Quelques tribus ibériennes ont bien pu s’aventurer sur le revers septentrional des Pyrénées; mais nous me croyons pas qu’elles y aient forme des établissemens d’une grande importance. Elles furent
1 Settos, î«r7*f , écrit quelquefois Estas, village près d’Oloron, sur la rive droite du Gav» d'Ossau; jibydos, dit aussi quelqueibis Bt'dos , sur la rite gauche du même Gare. XJne ville des Gaules portait ce nom, et l’on en a encore des médailles avec la légende abvdos. Scyms ou Siros est un village béti entre Lescar et Orthez, sur la gauche de la graude route. Sames ou Samot existe dans rarrondissement de Bayonne.
Gtïugic
bientôt refonlces aii-dclà des monts, ou forcées de perdre leur nationalité et de sc mêler avec les Celtes et les autres peuples cpü , dans la grande migration , marchaient à la droite des ÿ'olccs. Ce meknge n'eflaça pas néanmoins toutes les traces des Ibères dans l’Aquitaine , et les peuples de cette province avaient dans leurs mœurs et dans leur langage beaucoup de ressemblance avec ceux de la Péninsule.
D’autres colonies étrangères , s’étendant de proche en proche , avaient peut-être atteint les deux extrémités de la chaîne des I^rénées , et fondé des comptoirs sur les côtes des deux Sinus Gaulois. Des recherches linguistiques, encore infructueuses, il est vrai, tendaient naguères à démontrer que la langue des Esctialduiiac ou des Basques , était un dialecte du Punique * ; et encore aujourd’hui des savons croient trouver dans les dénominations géographiques de quelques points de l’ancien comté de Roussillon , clés marques de la prc^ncc d’une antique colonie Phénicienne *.
Saint Hiéronyme * dit <rue Pom{>ée , après avoir vaincu le reste des partisans de Sertorius , fit descendre du sommet des Pyrénées , où beaucoup d’entr’eux s’étaient réfugiés , des Vettons , des Arcbaci et des Ccltibéiiens , et qu’U les réunit en corps de cité \ leur ville principale fut connue sous la dénomination de Lus'Aunu.m Convenarum, et le dernier nom lui fut assigné afin d’indiquer que le nouveau peuple était composé de gens rassemblés. Il s’étendit bientôt des sources de la Garonne , jusque vers la Louge , et posséda le territoire qui porta plus tard le nom de Cornminges.
Ainsi plusieurs nations , diflerentes d’origine , de mœurs et de langage , se sont rencontrées au pied des Pyrénées. Et là aussi se sont trouvés en présence les systèmes religieux du midi de l’ancien Monde et ceux qui tiraient leur origine des contrées lointaines d’où les Celtes étaient sortis.
Ces derniers conservèrent-ils dans toute leur pureté native les préceptes du Druidisme ? On peut en douter ; on peut croire que leurs communications avec |es peuples de la Péninsule et les colonies grecrpics et piinij|aes, si elles n’altérèrent point leurs principales idées religieuses, durent ajouter
I M. Lécliue, Grammaire de la langue Basque.
a M. Puiggari , Mémoires de t Académie des Sciences de Toulautet 5 Adven, Figil.
cependant de nouveaux êtres divins i leur imposante théogonie et de nombreuses fables à leurs mythes et à leurs croyances.
Les écrivains de l’antiquité ont laissé peu de détails sur le culte rendu par les Gaulois à leur déités particulières, et ces auteurs ont même trop souvent confondu celles-ci avec les divinités tçrecques et romaines. L’entière conquête de la Celtique, deVAquilaine et de la Belgique, introduisit dans ces vastes contrées le système religieux des vainqueurs; mais les antiques cérémonies du Druidisme, modifiées peut-être dans nos contréés par les croyances des Ibères , des Hellènes et des Phéniciens , subsistèrent encore ; les peuples rendirent encore des hommages solennels aux Dieux invoqués
S ar leurs pères; les marbres sur lesquels ils leur offrirent es sacrifices prirent seulement des formes plus élégantes et devinrent semblables aux autels élevés dans l’Italie. On a trop négligé ces restes précieux où l'on retrouve l’indication des fables sacrées des Gaulois, exprimée dans la langue des Latins. La chaîne des Pyrénées, et les régions qu’elles ont recouvertes de leurs débris, possèdent, ou ont fourni, beaucoup de ces monnmens que l’on peut appeler Gallo-Romains , puisqu'ils sont consacrés à des Divinités Celtiques et Âquitaniques, et que l’idiome dont on s’est servi pour en marquer la déd icace est celui des Romains qui possédaient alors cette partie de l’Europe.
67. Vers la fin du seizième siècle , Joseph Scaliger découvrit dans le territoire des Convenœ trois monumens consacrés à un Dieu nommé Abelllon. Les inscriptions gravées sur ces marbres antiques furent d’abord publiées dans les notes de l’édition des poésies d’Ausonc, données, à Lyon, par A. Gry-
£ bius ’ ; Gruter les inséra ensuite dans son immense recueil *.
fautres monumens dédiés au dieu Abellion ont depuis été retrouvés par MM. de Lassalle , de Lasteyrie et par l’auteur
1 Aasonianarum lectionutn, I, g.
a XXXVII, 4,5, 6.
5 L’un des autels troiiTès par M. de Lassalle a passé , du cabinet de M. F. Lucas , dans celui de l’auteur de cette Notice. Millin en a donné , dans son Kojrage, une figure inexacte; la copie de l’inscription ne l’est pas moins. ]’ai publié une description de cet autel.
Un autre, dédié à Abellion, et troura à Saint-Béat par M. le Comte de Laatrf rie , a été donné par Millin.
de cet ouvrage *. Suivant Gniter et Reinesins, le Dieu AbeU lion est le même que Belenus , Apollon ou le Soleil. Reine* sius a même osé avancer que c’est à'Aèellio >m'Apollo a a été formé. Vossius a cru que le nom d’Apollon dérivait du Cretois kSixn. Hésychius ’ ait en effet que les Crétois appelaient le Soleil AStki»i, et que les Pamphiliens nommaient aCiAk et AStAmt tout ce qui avait rapport au Soleil. Cè témoi-
r age a porté plusieurs auteurs recommandables à dire que dieu Abellion n’était pas différent du Soleil ou d’Apollon. L'inscription gravée sur la face principale de cet autel est ainsi conçue :
DEO
^ ■ abellio
NI
MINVTIA IV8TA V. S. L. M.
Les quatre sigles ou lettres initiales qui la terminent signifient : Votum Solvit Lubens Merità.
Les autels dédiés à Abellion existent presque tons sur des points éloignés les uns des autres, et cette circonstance peut
E orter à croire em' Abellion n’était pas seulement un de ces iieux topiques dont le culte ne passait point dans d’autres régions.
L’autel élevé au Dieu Abellion en accomplissement d’un voeu, par Minutia Justa et placé sous ce n.", a été découvert dans le territoire des Convence, à Aulon, village' du 4-'“* arrondissement du département de la Haute-Garonne.
68. Ageion fut l’un des Dieux adorés autrefois par les Bigerronés et les Convence, et il parait qu’il présidait aux Montagnes; son culte fut même, comme ou va le voir, uni au culte de celles-cL Oihénard ^ avait, en i638, fait connaître deux inscriptions votives consacrées à un Dieu nommé Aghon\ mais ces inscriptions avaient été mal copiées, et, dans son édition de i656, eet écrivain substitua le mot Ageioni k ce-
1 Monument religieux dei Vblcet-Tectosages , des Garumni et des Conlenæ : if) 3 , igi, ig 5 , 196, 197, 198, eic.
2 Voce AiiAitr. ôAoliug utriusque Vatcon.
lui ^Af^honi. Quelques découvertes de monumens élevés au même Dieu , ont depuis confirmé la dernière leçon *. On retrouve ce nom sur cet autel découvert à Baudéan, village situé près de Bagnércs de Bigorre. Ce monument est consacré aux Montagnes apothéosécs, au Dieu Ageion , et peut-être aussi à Nethon. On lit en effet ce dernier nom sur l’autel. On sait
2 [ue le Pi? de Nethon , point le plus remarquable de la Maadetta, est aussi le plus élevé des Monts Pyrénéens, et qu’il a 1 787 toises, ou 3482 mètres de hauteur absolue ». D’Orbessan qui, le premier, a fait connaître ce monument, n’avait lu que le premier mot de l’inscription qui y est gravée. On a sculpté une patère et un prœféricule sur les faces latérales de cet autel.
69 . On lit les mots Sex Aaaoaiavs sur la principale face de celui-ci. En l’élevant , QuàUus Rufus Germanus acquitta le vœu qu’il avait fait.
D’Orbessan * et Millin 4 ont publié ce monument avec peu d’exactitude ; je l’ai donné de nouveau K
Selon Millin, il paraîtrait que Germanus aurait consacré cet autel à un bouquet d’arbres qui ombrageait sa maison , et qui lui paraissait devoir être l’asile de quelque Divinité champêtre. Nous avions combattu cette opinion , et de nouvelles aécouvertes ont démontré que, sous les noms de>$ex arborihus , les Convenœ adoraient un Dieu particuber. Dans quelques inscriptions que j’ai recueillies, aussi dans le comté de Comminges, on lit en effet Sex aebohi deo Une patère et un præféricule ornent les petits c6tés de cet autel, qui est en marbre blanc des Pyrénées , comme les précédens.
70 . Un autel consacré au Dieu Baicorix , et découvert dans le 4.“' arrondissement du département de la Haute-Garonne , a fait connaître ce Dieu gaulois , adoré autrefois par les Convenœ. Je possède deux autres monumens qui lui furent éle-
I Du Mège, Monumens religieux , etc. , 3ii, 5i2.
3 Du Mège, Statistique générale des départemens pyrénéens, I,
3 Mélanges. lU.
4 F’oyage dans les départemens du midi* IV*
UTonumens religieux , 320.
G Ces iiiscripUons sont conservées chez Pauteur de cet Ouvrage*
vcs. L’inscription jçravée sur le cèté principal de celui-ci est ainsi figurée :
tiAICORI \0 DEO VERNVS SERA>'I....
Ce qui signifie, en restituant à la fin de la 4-"'* ligne la lettre F , initiale du mot Filius : u Au Dieu Baicoriz , Vernus, fils de Seraniis, a volontairement acquitté son vœu.
71. Le Dieu Bcesert était de même inconnu avant mes voyages dans les Pyrénées '. On peut le compter au nombre des Divinités topiques on locales; il a en effet donné son nom à un petit territoire, entre les villages d’Huos et de Labroquère J ce canton est encore nommé Basert. Ce Dieu y possédait un temple où l’on accourait des lieux voisins et auquel on substitua, pendant le moyen âge, une chapelle dédiée à Notre- Dame de Basert. Ce fut le Gaulois Harbelex, fils de H anus, qui éleva cet autel pour accomplir le vœu qu’il avait fait au Dieu Bœsert. Un sanglier est représente sur l’une des faces du monument; une ampbore est sculptée sur la face correspondante.
72. Bocciu , antre Dieu adoré autrefois par les Convenœ , ou plutôt par les Onobusnlc.s , doit être placé parmi les Déités topiques. Il a donné son nom au petit village de Bouccou en Nebousan, où l’on a découvert l’autel placé sons ee numéro. Son culte ne s’est pas étendu à une très-grande distance de Bouccou , puisque c’est à Aulon , qui n’en est éloigné que de 1 1 ,ooo toises , que l’on a trouvé celui qui a été publié dans le Thésaurus , d’après la copie donnée par Scaliger.
L’autel de Boccus est en marbre blanc , comme tous nas monumens de ce genre; des vases de sacrifice sont sculptés sur les petits côtés. L’inscrijition nous apprend qu’en élevant cet autel, Marcus Falcrius Fuscus acquitta le vœu qu’il avait fait.
73. Les lieux voisins du Pic de Gar, montagne de l’anciei» Comté de Comminges , dans la vallée de la' (iaronne et snr la
» Honuvicns religieux, 3i8, 5ig, 35o.
rive droite de ce fleuve , m'ont offert plusieurs autels consacrés à un Dieu nommé Car ou Gar. Le premier, placé sous ce numéro, présente l’inscription suivante i
T).... (Sans doute il faut restituer ici les cARHi lettres eo et lire deo).
• GEMIS