‹ Description du Musée des Antiques de ToulouseChapitre 25 sur 102 · BUSTES ET BAS-RELIEFS, PORTRAITS INCONNUS ET INSCRIPTIONS · texte numérisé non relu

BUSTES ET BAS-RELIEFS, PORTRAITS INCONNUS ET INSCRIPTIONS

Le savant Yiseonti a recherclic, dans le beau discours qui précède son Iconographie gj'ccque , tout ce qui était relatif à l’antiquité des portraits. L'art du dessin a dû sa naissance, .selop cet archéologue , au désir naturel fie conserver les traits des personnes qui ont été un objet d’estime ou d’aireclion. Ce ne fut d’abord qu’un contour extérieur indiqué par l’ombre; telle a clé la première ébauche de la délinéation et de la plastique. La ronde-bosse, imaginée ensuite , fixa les traits d’une manière plus heureuse. Les Grecs, dit Millin •*, faisaient remonter l’art du poclrait jusqu’aux temps héroïques. Selon eux. Dédale avait exécuté la statue d’Herculc encore

I Description du. Musée royal des Antiques du Louvre , pag. i86. 3 Monumens religieux , 322 , pl. VI , n.« 26.

5 Magasin ency clopédique»

vivant. Les temples des Dieux devinrent bientôt les dépositaires des portraits des hommes illustres , et ils y étaient conservés alors même que le personnage représenté devenait un ennemi de la patrie. On a retrouvé , de nos jours , en Bigypte , les statues d'une foule de ses rois , dont l’histoire avait à peine eonservé les noms. Lorsque les Romains eurent réuni sous leur empire toutes les contrées entr^ l’Euphrate et les Colonnes d’Hercule , ceux qui ne pouvaient obtenir de faire mettre leurs images dans le Forum ou dans le Capitole , cherchaient à se faire décerner cet honneur par quelque ville de province , et souvent ils en payaient eux-mêmes les frais. Plusieurs riches Romains faisaient élever eux-mêmes leurs statues dans les cours de leurs maisons par les cliens dont ils étaient environnés. Les magistrats obtenaient ces distinctions dans les villes qu’ils administraient. La statuaire fiit souvent ainsi employée à faire des portraits ; on en trduve un grand nombre non-seulement à Rome , mais dans tontes les provinces de l’Empire. La Novempopulanie en a fourni sur-tout un grand nombre. Les portraits des particuliers décoraient leurs monumens funéraires , et on y mettaitsm>tout des bustes. Visconti ‘ a très-bien établi que ce mot dérive de bustum, qui, dans la basse latinité, signifiait un tombeau. On sait que les familles romaines distinguées conservaient des images en cire de leurs aïeux , qu’on les faisait paraître dans les cérémonies funèbres , et que cet usage devint un droit des familles qui avaient exercé les premières magistratures de la république.

Dans la suite , les statues et les bustes des Empereurs et des membres de leurs familles se multiplièrent sur toute la surface de l’Empire ; on en décorait le principal édibee , le Capitole de chaque colonie, la Basiliqm. de chaque municipe , et il a été conservé un assez grand..nombre de portraits de ces princes dans des lieux très-reculés, parce que la proscription qui frappa quelquefois leurs images à Rome ne s’étendit point, ou ne fut pas adoptée dans des villes éloignées de la capitale de l'Empire. Les palais des Gouverneurs ou des Préfets de.s provinces renfermèrent aussi les statues et les bustes des souverains , et on dut sur-tout les placer en grand nombre

■ Museo Pio-Clement. VI, Pref. X.

dans les demeures occupées par ces Empereurs, qui, dnran les derniers temps de la puissance romaine en Occident habitèrent dans les Gaules.

L’édiGce , dans les ruines duquel nous avons retrouvt une grande partie des images historiques qui vont être décrites fut peut-être ou la Basilique du municipe de Calagorrû des Convçnœ , ou plutôt l’un de ces p>alais dont nous venon.de parler. Nous savions qu’on y avait trouvé autrefois deui belles tètes représentant Didius Julianus et Caracalla ; de.< recherches ultérieures, puissanunent secondées, de 1826 i iSiJo , par l’administration de la ville de Toulouse , ont procuré la découverte de ceux qui vont être indiqués ; monumeni précieux, à l'aide desquels on a pu composer rme de ce: collections que les anciens nommaient Pinacothèques or Galeries de Portraits.

' C’est en comparant avec les médailles , et les autre: monumens antiques , les images des Ëm^rereurs trouvés dan: les champs de IVlartres, que l'on est parvenu à en reconnaitre le plus grand nombre j mais il est resté des doutes sur plusieurs , et quelques-uns de ces monumens représentent des personnages actuellement inconnus.

<88. Le premier de ces portraits est celui d’Auguste. Il suffi! de le comparer à plusieurs autres bustes conservés dans lei collections les plus célèbres, pour y reconnaitre une des nombreuses reproductions d’un original dont le travail était sans doute très-remarquable , puisque les copies qu’on en possède sont elles-mêmes d’mie grande beauté.

Gains Octavius Cæpias , si connu , plus tard , sous le nom d’Auguste, naquit à Velletri, l’an 691 de Rome (63 avant J. C. ), de Caius Octavius, préteur de Macédoine, et d’Atia, fille de Julie , soeur de Jules-César. Héritier de celui-ci et adopté par lui, il quitta Apollonic et vint à Rome , après le meurtre de son grand-oncle. Il prit alors les noms de Gains Julius Cæsar Ûctavianus. Accueilli par le Sénat qui voulait l’opposer à Antoine , il obtint la puissance consulaire. Dans la bataille de Modène, où Antoine fut vaincu, les deux consuls Hirtius et Pansa, qui commandaient l’armée, furent tués , et il demeura seul à la tète des troupes. Antoine ayant été joint par Lépide , la politique rapprocha Octave de ses deux rivaux. Ils alunirent ensemble et formèrent cette associa-

tion si connue sons le nom de Triumvirat. Il jurèrent la perte de tous leurs ennemis, et abandonnèrent mutuellement à la vengeance de chacun d’eux, les parens, lès amis qui devaient leur être les plus chers. Ainsi , les têtes de l’oncle d’Antoine et du frère de Lépidc furent données à Octave , en échange de celle de Cicéron. Trois cents sénateurs , deux mille chevaliers furent égorgés. Un citoyen qu’on menait au supplice par l’ordre d’Octave , le prie de permettre qu’on rende à son c^adavre les honneurs de la sépulture : « Ne t’en inquiète pas , lui répondit Octave, les corbeaux en prendront le soin. » Accompagné par Antoine , il vainquit , en 71a, dans les plaines de Philippe, les meurtriers de César, Brutiis et Cassius. Six ans après , U remporta une victoire navale décisive sur Sextus Pompée. Pour satisfaire à ses engagemens envers les légions , il chassa les habitans de diverses contrées pour en donner les terres aux soldats. Antoine ayant partagé avec lui l’empire du monde , eut l’Orient : Octave demeura en Italie , et , lorsijue sous des prétextes plus ou moins spécieux , ce dernier rompit avec Antoine , on put prévoir qu’avant peu le monde n’aurait plus qu’un maître, t a nataille o’Actium , livrée en 7^3, 6xa les destins des deux rivai». Octave resta seul , et la république fut , par le fait, changée en monarchie. En 736 , le sénat salua Octave du titre ATmperator, titre qui , ainsi que le dit M. Mionnet , lui servit dès-lors de prénom pour marquer sa souveraine puissance , et passa depuis à ses successeurs dans l’empire. Deux ans après , le sénat lui donna le nom AU Auguste , et la flatterie ne put faire plus pour lui dans la suite rp’en lui rendant les honneurs réservés aux Dieux. Lyon lui consacra un autel et la colonie de Narbonne l’invoqua comme une divinité. Le surnom de père de la patrie, que ses successeurs portèrent , quels que fussent leurs vices ou leurs crimes , lui fut décerné en 7^2. Il mourut à Nola, ville de la Campanie, en 767. Peu de ternes avant d’expirer, il ditàceux qui l’entouraient; pas bien

joué mon rôle .■* et sur leur réponse alRrmative , il ajouta en se servant des termes qui terminaient ordinairement les comédies : Battez donc des mains , la pièce est finie.

1 89 . Ce n’est que d’après des conjectures plus ou moins probables , mais Itères , que j’ai avancé autrefois que ces deux bustes étaient ceux des fils d’Agrippa et de Julie , qui furent

( loo )

adoptés par Auguste. Le premier, Caius César, déclaré Prince de la jeunesse et Consul désigné à l’âge de ans , commanda les légions roAiaines en Arménie , et donna des preuves d’une grande valeur et de talens précoces ; mais blessé en trahison , il mourut à l’âge de 1 8 ans : le buste placé sous ce numéro représente bien un jeune homme de cet âge. C’est pour ce prince, qui partait pour l’Arménie, où il allait trouver et la gloire et la mort , qu'Ovide écrivit CCS vers :

Ecce para! Casnr domito quod defuU orhi Addrre , mine oriens ultime riuster eris.

Parte dabis pir.niis , Criisxi paudete sepulti,

Signaque harbarirus non benè passa manus.

Vltor adest , primisque üueem profiteUir in annis ,

Bellaque non puero trarlut agenda puer.

Parciie natales limidi numerarc Ueorurn ,

Cœsaribus virtus contigit ante diern.

190. Lucius César, frère du précédent, et qui est peut-être représenté par ce buste , fut aussi Consul désigné et prince de la jeunesse. Envoyé pour commander en Espagne avec le titre de Proconsul , il mourut n’ayant pas encore' 1 6 ans, et l’on peut remarquer que le buste placé ici indique à peu près cet âge. Il fait pendant au précédent. Le marbre est de même qualité ; le travail indique que ce monument, est dû au même artiste.

Plusieurs savans, dont l’estime m’honore , ont paru eraindre que ces deux hustes, qui sont de même hauteur et du même marbre , où l’on remarque le même travail , et dont la disposition est telle, que l'un sert, comme je l'ai dit, de pendant à l’autre , auraient bien pu appartenir à d’autres princes qu’aux fils adoptifs d’Auguste.

Examinons ici quels sont ceux de ces princes auxquels on pourrait les attribuer.

Serait-ce Tibère et Agrippa Postume? Tous deux furent adoptés par Auguste, l’an ’j'it'], après la mort de Gains et de Lucius, Agrippa avait alors 1 5 ans, étant né en ^4^ Rome , et le buste dans lequel j’ai cru retrouver Lucius César, iudi-

1 Notice des monumens antiques et des objets de sculpture conservés dans le Musée de Joulouse, in-8,», 1828, png. 65, 60.

( lOl )

que à peu près rn't àj^e. Mnis Tibère naquit en 712; il avaiè donc 45 ans à l’époque de son adoption , et le buste qu’on pourrait lui attribuer ici , celui que j’ai désigné sous le nom de Caius César, n’annonce tout au plusr|iic l’Age de l’adolescence, environ 18 ans. Les traits n’ont d’ailleurs aucun rapport arec les traits bien connus de Tibère. * ^

Le seul examen d<? nos inoniimens me parait repousser l’idée qu’ils représentaient jNéron etDrusus, fils de Germanicus et d’Agrijipine, nommés sur les médailles nfro et navsvs cAesarbs. Le premier naquit en 7(10. Le second reçut le jour en 781 . Nos bustes indiquent évidemment entre l’âge de ceux

3 u’ils représentent, une ditrérence bien plus grande que celle ’iinc .seule année. '

Pourrait-on reconnaître ici IVcron et Britannicus ? Fils do Claude et de !VIe.s.saline , né en 790 , Britannicus mourut empoisonné, l’an 808, âgé de i 3 ans. Le buste n." 189 pourrait lui convenir, car il représente un enfant qui a h peu prés cet âge. Néron naquit en 790, et fut adopté [lar Claude en 8 o 3 . 11 monta sur le trône en 807, et l’année suivante il fit empoisonner Britannicu.s. Il avait .alors 1 8 ans, et le buste auquel j’ai donné le nom de Caius, pourrait lui conv'enir. Il y a même entre les traits des deux bustes, la différence que l’âge devait mettre entre ceux de Néron et deBritanniciis. Mais ces traits rappellent-ils bien ceux de ces princes, connus parles médailles et par d’autres monumens? C’est ce tpie l’examen de ces objets, comparés à nos marbres, pourra seul décider.

On ncs.aurait retrouver ici Titus et Domiticn. Il n’y a aucune re.ssemblance entre les j)ortraits des fils de Vespa.sien et nos bustes. Vespa.sien monta sur le trône en 822 ; Titus , né en 7 q 4 , avait alors 28 ans, Domitien en avait 1 8 , étant né en So.f- Il n’y a p.as entre l’âge indiqué par les bustes, la différence qui se trouvait entre celui de <h!s princes lorsque leur père fut proclamé Empereur.

Il est impossible de donner à ces bustes les noms d’j\jinius Verus et de Commode. Le jHwtrait authentique du premier, conservé dans la galerie, le prouverait suffisamment. Né en '916, il mourut en 923; or, celui de nos bustes dont les formes sont les plus juvéniles, indique un âge plus avancé. Commodus , dont nous possédons d’ailleurs l’image , était né en 914 ; il n’avait donc que 9 ans lorsqu’ Annius mourut en 923. 11 ne saurait donc être représenté par celui des bustes qui an-

( «oa )

nonce l’adolescence ou le cmnmencement de l’ige viril. Ainsi ces mcHtuinens n'appartiennent pas à ces princes.

Mais ne serait-ce point Caracalla et Geta son frère ? Je ne puis le penser. Il n'y a point de ressemblance entre les traits que retracent ces deux bustes et ceux des fils de Septime Sévère. Dailleurs Caracalla naquit l’an 94 1 , et Géta l’année suivante. Il Y. aurait donc dans ces bustes très-peu de différence entre l'indication de l’àgc s'ils représentaient ces princes ; et comme ici cette différence est grande , il faut en conclure , en outre des autres preuves , qu'ils n'ont aucim rapport à Caracalla et à Géta.

Les mêmes motifs m’empêchent de ebereber dans ces images celles d’Elagabale et d’Alexandre Sévère , d'ailleurs si différentes de nos monumeus. Elagabale était né en 9S8 ainsi qu’ Alexandre.

Peut-être suis-je trop descendu dans la série des Césars , qui auraient pu être représentés par ces marbres, dont le travail annonce évidemment le premier et le commencement du second siècle de l’empire , et non les époques où la sculpture commençait à dégénérer, où l’on marquait les prunelles, où on ne retrouvait plus ce faire aisé, noble et gracieux de la sculpture grecque, qui jusqu’alorsavaitproduittant de cbefe<rœuvres. Je croirais donc que ces deux bustes ne peuvent représenter que Caïus et Lucius, ou Néron et Britannicus ; mais pour ces derniers , il faudrait comparer, comme je l’ai dit, les monumens antiques et les médaiÛes avec nos marbres, avant de se prononcer pour l’aOirmative.

L’un de ces bustes porte une barbe légère. Aux premiers temps de l’Empire , on n’avait plus ces barbes longues et paisses des vieux Romains des siècles de la république : Barba horrida, quant in staluis antiquis et imaginibus videmus *. Ce fut vers l’an 454 j que P. Titius Mena , revenant de Sicile, conduisit à Rome les premiers barbiers qu’on y ait vus, et bientôt la mode fut de se faire raser. Les premiers Empereurs qui reprirent la barbe sont : Hadrien, Antonin, Marc-Aurèle.

Le jour où l’on se faisait couper la barbe pour la première fois, était un jour de réjouissance. Juvénal * parle des gâteaux que l’on envoyait en cette occasion :

1 Cic. pro CœL

2 Sat. 1 1 i« 186.

lUf melii hurbam , crinem lui: deponit amati :

P/ena domus libis gentalibus.

C’était, selon Macrobe après le troisième septénaire

écoulé, ou à l’âge d'environ aa ans, que l’on se faisait raser. Jusque-là les jeunes gens coupaient, avec des ciseaux, leur barbe naissante; on l’appelait barbula , et les jeunes gens barbatuU. Auguste cependant ne se fit raser qu’à l’àge Je a 5 ans, Caligula à ao, et Néron à a i ans. Ce dernier offrit sa première barbe à Jupiter Capitolin, en la renfermant dans un cofiret d’or enrichi de perles Les jeunes gens présentaient de même leur première barbe à une Divinité, et, selon Pétrone , aux Dieux Lares Le buste que j’ai désigné so^s le nom Càius César , représente un jeune homme qui n’a pointencore offert ce signe de virilité aux Dieux. Caïus n’avait que 1 8 ans lorsqu’il mourut; il ne devait donc pas avoir fait cette cérémonie. Néron avait le même âge à l’époque de la mort de Britannicus. Il n’avait pas encore envoyé dans une riche botte , comme le dit Suétone , sa première barbe au temple de Jupiter Capitolin.

191. L'inscription dont nous allons nous occuper doit, selon tonte apparence, être rapportée au règne de Tibère , et c’est par ce motif que nous l’avons placée soüsce numéro, afin d’observer Tine sorte d’ordre chronologique.

Celte pierre a été trouvée à Rome ,an pied dn mont Cae.lius. dans la partie qui regarde le mont Palatin. La partie supérieure a été très-anciennement mutilée ; le reste était d’une belle conservation lorsqu’elle fut portée à Toulouse, et donnée à l'Académie des Sciences de celte ville par M. l’abbé Capmartin de Chanpy. Transportée dans le Musée en i yqS , elle fut brisée , et plusieurs fragmens n’ont pas été conservés; nous avons cependant pu la ' rétablir d’après deux copies exactes faites par MM. Capmartin de Chaupy, et de Montégut. Ce

■ SomA. Scip, I.-6.

3 Sueton. Ner. c. 12. Barbant primant posait , et conditam in aurtam pixidem , et preiiosissimis margaritis adonuuant Joui Capitolino conMcravit, *

3 PrcBtereà grande armarium vidi in angulo, in cujus aedicula Lareearf^ntei posiii , yenerisquesignummarmorcum, et pixtsaureanonpusilla, in qua barbant ejus conditam dicehant, c. 39.

monument contenait sept lignes. Il ne reste de la première que deux lettres entières l v et une partie de la lettre c. Il ne parait pas possible de déterminer la vraie signiGcation de ces trois lettres , placées à des distances inégales. Peut-être cette ligne oilrait-elle les noms des Consuls sous l’administration desquels le monument fut érigé.

La seconde ligne exprime le titre des magistrats sous l’inspection desquels l’ouvrage a été fait.

La troisième énonce la loi en vertu de laquelle ils avaient été nommés.

Les quatrième , cinquième et sixième lignes contiennent les noms de ces officiers.

La demièrn marque le prix que cet ouvrage a coûté. Je pense que l’on peut, en négligeant la première ligne, lire ainsi cette inscription :

CVKATORIBUS VIARVM E LEGE VISELLIA DE CONLEGIO SENATO&VM CNEIO CORNSLIO QVINTO MAaCIO PVBUO HOSTILIO CAIO ANTONIO GALERIO FVNDANIO CAIO POPILIO MARCO VALERIO CAIO ANTISTIO QVINTO CAECILIO OPVS CONSTAT N iûi. tû LX XII

Il parait par la forme de cette pierre, dont les côtés sont grossièrement taillés , et dont le derrière est brut , qu’elle était encastrée dans un mur. Ce mur faisait sans doute ti^e sur la rue que l’on avait fait réparer, et celle-ci , selon le plan de l’ancienne Rome dessiné par Ligorius , d’après les historiens , les monumens et les ruines encore existantes ' , conduisait à l’espace qui se trouve entre le mont Cæli'us et le mont Palatin , et qui aboutit du SeptiiOnium à l’arc de biomphe de Constantin.

L’inscription, à en juger par l’égalité et la forme des caractères, parait être du haut empire. M. Capmartin de Chaupy , correspondant de l’Académie de Toulouse, en fixait l’époque au règnë de Tibère. M. de Montégut, dans une note sur ce monument, adopta l’opinion de M. Capmartin.

L’histoire ’ nous apprend que sous ce prince , l’an yyï de '

1 Antiquités Romaines expliquées dans les Mémoires du comte de B.» • asa. * * ' '

a TilUmoni, toni. i , q 3 et suiv. Cretfi^r^ tom» i , 56.

Rome , et le aa.* de l’ère chrétienne , Lucius yisellius Varro, cX. Sextus Cornélius Céthégus, étant consuls, -on promulgua une loi appelée yisellia , du nom de yisellius son auteur. On ne dit point quelles en étaient les dispositions. Notre inscription semble annoncer que cette loi avait pour objet l’entretien et la réparation des rues de Rome; qu’elle avait fixé à neuf le nombre des magistrats qui en étaient chargés, et qu’ils étaient pris dans l’ordre des sénateurs : Curatoribus viarum è lege yisellia de conlegio senatorum. Sous les premiers EmMreurs, le mot collcgium s’écrivait (|uelquefois conlegium. On lit sur \m monument de Néron : Sacerdos cooptatus in omne conlegium supra numerum.

Le soin des rues et des grands chemins fut confié aux censeurs ‘ : les édiles exercèrent ensuite cette partie de l’administration publique. La ville ayant successivement augmenté, il' fallut nommer des magistrats uniquement destinés à veiller à son entretien et à son embellissement *. On en créa même pour chaque grande route en particulier : ib sont désignés sous le titre de Curator viœ Appiœ , vice Flaminiæ , etc.

Le nombre des magistrats connus sous le nom de Curatores viarum ne fut pas d’abord limité. L’étendue et la durée de leur commission dépendait des circonstances. Le sénat les réduisit an nombre de 4- On lit dans. Suétone ^ et tbns Tacite' ^ qu’ Auguste en fit des officiers perpétuels , auxqueb il attribua les plus grandes marques de distineüon , notamment le droit de faire graver leurs noms sur les monumens publics. C’est aussi ce que nous apprend Petiscus Curohtor viarum vocabatur qui Jtomee sternendis reparandùque viis erat preefectus; cum enim œdiles qui ad hoc. censoribus erant creati, alüs negotiis Occupati huic muncri sufficcre non passent, ex S- C. quatuor viri fuere creati... Augustus lutnc màgistratum ordinarium Jïcit, ipsorum nomina lapidibus incisa prœfigcbantur.

Ursatns ® rapporte que les Quartumvirs, rendus perpétuels

I Roma iUustrata,-^TrM»r des Antiquités Romaine» t . i Vid. Petiscus, Rosinus , les Lois du Code j etc»

3 Jrr August. , c. ay.

4 Annal,, Hb. 5, Voyez aussi Lipse,

•S Le.tit'on Antiquitatum Romanarumf Verb. Curatores viarum, 0 De Not/s Ronianorum,

]Mir Aiip^iiste sons le nom de Curatores viarum, ne pouvant suffire à lentrelien des rues de Rome , leur nombre fut augmenté.

Rosinus ‘ raconte de la même manière l’origine de ces magistrats, dont il est fait, dit-il, très-peu mention dans les anciens historiens. Il cite le jurisconsulte Pomponiiis Flaccus Florentinus , etBamabé Brisson. Il ajoute , d’après ces auteurs , que l’on créa cinq autres commissaires pour servir d’adjoints aux Quartumvirs j il dit qu’on les distingua par le titre de Quinque viri cils et uls Tièteiim , c’est-à-dire , citrà et ultra Tiberim. Par cet ordre , le nombre des Curatores viarum intrà urbem se trouva fixé à neuf. On retrouve ce même nombre dans l’inscription qui nous occupe en cet jnstant. Les historiens n’ont point donné 1 époque de cette nouvelle création ; elle est postérieure au règne d’Auguste, qui avait' seulement rendu la magistrature des Quartumvirs perpétuelle. C’est sans doute à la loi Visellia , faite sous Tibère , son successeur, que nous devons la rapporter.

Rosinus fait mention d’une loi Visellia , qui fut publiée sous le règne de Claude , et sous le consulat de Visellius V arro et de Fonteius. Elle est énoncée dans le titre ai du livre 9 du Code , qui a pour titre ; Ad legem Viselliam. d’après cette loi , l'Empereur prononce certaines peines contre les afi’ranchis qui, cachant la vérité, se faisaient nommer aux charges publiques avant d’avoir acquis le droit de porter l’anneau d’or. La Glose observe que cette loi a été tantôt appelée Visellia , tantôt Misœlla ou Miscellia ; il est évident, d’après la date qu’on lui donne et les dispositions qu’elle renferme , qu’elle est différente de celle énoncée dans l’inscription.

Suétone nous apprend que vers la fin de la douzième année du règne de Tibère , il y eut un incendie considérable à Rome au quartier du mont Cœlius , et que ce prince avare ne donna que mille sesterces pour réparer le dommage causé par les flammes.

Tacite rapporte la même anecdote.

En rapprochant le fait historique de la circonstance prise du lieu où le monument qui nous occupe a été trouvé ,

I Antiq. Rom. , lib. 7 , cap. jo.

cV?t-à-dire au pied du mont Cœlitis , du nombre des neuf Curatorcs viarum qui, avant Tibère, était fixé à quatre , et des noms de ces magistrats, tous de familles consulaires, on peut raisonnablement présumer que ce monument a été érigé dans la douzième année du règne de Tibère , l’an 778 de la fondation de Rome , et qu’il nit destiné à eonsacrer la mémoire des réparations faites au quartier du mont Cœlius par les soins des magistrats établis eii vertu de la loi Viscllia. Cette inscription est d’autant plus intéressante , qu’elle nous apprend plusieurs choses que l’histoire nous avait' laissé ignorer 5 savoir , qu’il existait une loi F’isellia différente de celle énoncée dans le Code , et qui avait été faite pour augmenter le nombre des magistrats préposés à l’entretien des rues sous le nom de Curatorcs viarum ; que ces officiers étaient au nombre de neuf, qu’ils étaient pris dans le collègedes sénateurs , qu’ils avaient le droit de faire graver leurs noms sur les monumens qu’ils élevaient; enfin, qu’ils instruisaient le peuple de la somme qui avait été employée à l’entretien et à la réparation des rues.

On voit encore que l’inscription a été placée pour conserver la mémoire d’une réparation faite d’autorité des magistrats à une rue du mont Cœlius , puisque c’est en ce lieu qu’elle a été découverte.

' Elle offre une singularité frappante dans la forme des caractères qui expriment la somme employée à eet ouvrage , et dont plusieurs avaient jusqu’à présent échappé à nus recherches. Il parait d’abord assez difficile de les expliquer , et je n’offrirai à ce sujet qiie de simples conjectures.

Eisenschmit , dans une savante dissertation sur la valeur des monnaies romaines , rapporte ce qu’ont écrit sur ce sujet Budée , Agricola , Hotoman , Scaliger , Saumaise , Gronovius , etc. Ils s’accordent à dire que, pour les somlnes peu considérables , les nombres tracés sur les monumens publics exprimaient la quantité des sesterces d’argent. Summus minores numeraSant per sestercios, scilicet nummos , quorum singuli duos asses et semis œris gravis valcbant. ‘ Eisenschmit ajoute qu’on y trouve d’ordinaire la note du sesterce à laquelle est jointe la lettre n. qui désigne nummum.

1 Ch. i, sect. i, pag. ia 3 .

Dk

Les mots dcnnriits , quinariiu , sesterlius , ne sont que des adjectifs du mut nummunt, qui est toujours sous-entendu.

Le riummus était chez les Romains le nom d'une pièce de monnaie, nommée aussi scsiertius ; on l’appelait quelquefois nummus scstci’tius ; et deeem millia niinimorum et deceni rnillia scstevtium , était la même somme.

On trouve dans Gruter un ^and nombre d’inscriptions où la lettre n. précède le signe du sesterce qui est lormé des lettres h et s réunies par un trait ; ce qui signifie nummorum scsterliorum. Dans l’inscription rapportée ici , le premier caractère est une n, le second une note composée de deux lignes perpendiculaires inégales , séjiarées par un crochet Cette note peu connue doit sans doute signifier le sesterce , puisqu’elle n’est point du nombre des notes numérales , et qu’elle suit immédiatement la lettre n qui désigne le mot nummorum ; ces deux caractères peuvent donc être interprétés nummorum scsterliorum. Le troisième caractère est composé de trois lignes réunies à leur extrémité supérieure. I.ca deux lignes latérales ont chacune une branche à leur extrémité inférieure , ce qui forme cinq lignes réunies Ce signe est dill’érent de ceux qui se trouvent dans les tables que nous avons des notes numérales des Romains. Le P. Frœlich , qui en a donné une très-exacte , rapporte un signe approchant , c’est-à-dire , de cinq lignes réunies par le haut et qui expriment le nombre dix mille. On retrouve le même caractère dans les tables d'Eisenschiuit , et ilans les inscriptions publiées par Gruter.

Le quatrième caractère a la forme d’une M gotbi(|ue fù. Ce signe SC trouve assez ressemblant à celui rap|>orté ,par le P. Frœlich pour désigner le nombre mille rri .

Les cinquième et sixième caractères sont une i. et une x , ils expriment le nomlirc soixante.

Les septième , huitième et neuvième , plus jrctits que les précédons , sont un x et deux ii exprimant le nombre douze.

Ces caractères réunis paraissent former la somme de onze mille soixante douze nummus ou sesterces.

L’intérêt qu'inspire cette inscription , depuis longtemps publiée en Allemagne, et que l’on croyait jierdue , nous a forcés de dépasser les bornes ordinaires , afin d’en présenter une explication. Nous en avons envoyé une copie à l’Académie des Belles- Lettres.

1 92. Celte petite tête , placée sur un buste en stuc , a été découverte à Y Estelle , >'illage situé sur la voie ab Aquis Tarbellicis Tolosam , entre Lugdimum et Calagorris. Ix; nom de ce lieu est aussi celui de beaucoup d’autres points placés sur nos routes antiques. Il provient de stela, rhixn, pierre sur laquelle on gravait une inscription. Ici c’était la distance itinéraire. L’arrangement des cneveux indique le baut Empire et rappelle à cet égard les médailles d’Antonia , fille de Marc-Antoine et d’Octavie , sœur d’Auguste. Le travail de cette tête est très-médiocre , et sa conservation et son antiquité peuvent seules lui donner quelque importance.

193. Appelé au suprême pouvoir après la mort de Caligula, assassiné par un tribun des gardes prétoriennes ^ Claude C Tiùcrius Claudiits DrususJ , né à Lyon , en y44 3e Rome ( I o avant J. C. ) , mourut empoisonné par sa femme Agrippine, en 8oy, après avoir régné environ i3 ans.

Cette tète colossale , qui a beaucoup soniTert , a des rapports de ressemblance avec les portraits connus de Qaude I. oiu* le sonunet , le marbre forme une protubérance aplatie , au milieu de laquelle existe encore un tenon en 1er. Je crois reconnaître à ces indices la place du limbe ou nimbe , cercle qu’Horapollon nomme tWiAir»» r« parce que

les Empereurs Romains l’avaient adopté comme une marque de leur dignité. Trajan le porte sur les médaillons de l’arc de Constantin. La tête d’Antonin Pie en est ornée sur une de ses médaiUes *. On trouve aussi le nimbe sur celles de Fausta et de Constantin. Ses successeurs et les Empcreursgrecs en firent orner leurs images Servius ® décrit le nimbe on limbe de cette manière : Propriè nimbus est qui Deorum vel Impcrantium capita quasi clara nebula amb re videtur. Claude est le premier dont on ait conservé une tête ornée du limbe 4 ■ le monument du Musée de Toulouse, qui est

1 ViseL Thés. Num. Tah, 67, i.

2 Morel» , Specim. Tahiti. 4 , n, 4 . tab. 7 , r\»o 1 . — Disquisilio de Nimhis anliquorum , imaginibus Deorum, impcraiorum oliin , et mine Christi , ^postolomm , à Joann, Nicoluî»

3 Æneid* it. 590.

4 M. Mongez, Iconographie latine.

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