‹ Description du Musée des Antiques de ToulouseChapitre 52 sur 102 · DE MARSEILLE ET DE M01SS,AC · texte numérisé non relu

DE MARSEILLE ET DE M01SS,AC

S. Svlvius av’ait jeté , vers la fin du quatrième siècle , les fondemcDs d’une église qui devait être dédiée sous l’invocation de saint Saturnin , premier évêque et martyr de Toulouse. Saint Exupère acheva cet édifice. Peu de temps après, les Vandales envahirent cette partie des Gaules. C’en était fait de Trmlouse j mais cette ville fut préservée par

Exupère ' et ne tomba jjas au pouvoir <le.s barbares. Cependant, comme l’église de Saint-Saturnin était hors des murs, elle a pu souffrir des attacpics des Vandales. On savait qu’en 58 1 elle servit d’asile à la femme de Ragnoalde , duc de Périgord. En 845 , Charles-lc-Cliauve assiégeant Toulouse, logea dans le monastère de Saint-Saturnin , qui touchait à l’église. Ce monastère existait depuis long-temps et même avant Chsrlemagne , qui l’enrichit de ses dons , et il dut sur-tout atteindre à une grande célébrité , lorsque le trône des rois d’Aquitaine ou de Toulouse , ayant, pour la troisième fois, été relevé, Louis-le-Débonnaire régna dans cette ville. Peut-être même faut-il attribuer è cette époque une reconstruction , plus ou moins complète , de l'église de Saint-Saturnin , et cela expliquerait la présence de tant de sculptures et de fragmens épars , placés quelquefois avec peu de symétrie , dans les murs de l’église actuelle , qui a été bâtie durant le onzième siècle, et que le Pape Urbain II consacra en 1 096. L’un des Chanoines de cette église , saint Raymond , contribua puissamment à sa construction. Comme cette église n’a pas été rebâtie depuis’, on peut en conclure que les fragmens , les bas-reliefs en marbre que l’on retrouve dans ses murs, proviennent d’une époque antérieure j et comme ils ne sont point dans le style du cinquième siècle , on ne saurait les attribuer à l'église rpie saint Exiipére fit édiCer. ’ : ils appartiendraient donc à l'édilice qui a remplacé cellc-ci , et on pourra croire qu’elle fut bâtie sous le règne des Carlovingiens ; alors nos bas-reliefs en marbre , déjà cités â, et ceux dont nous avons réuni les archétypes, dateraient de ce temps, c’est-à-dire, du 8.' ou du 9.' siècle. Mais je n’offre cette opinion

I S. Hieronym.

3 On sait cependant que ^e grands travaux ont ch lieu pour construire Jeux cloclicrs aux deux faces latérales de la grande porte, et que rinteritnir du porche a été refait. On n’ignore point aussi qu’au i4.* siècle on a de nouveau travaillé pour bâtir le clocher actuel ; mais il n’y a pas eu de reconstruction: on n’a fait que tenter ou terminer de nouvelles appropriations, et ajouter à ce qui existait déjà.

5 Dans les fouilles qui ont eu lieu en dans l’ancien cimetière, le long des murs, on a retrouvé des fragmens de colonnes en marbre vert de Campan , des angles de chapiteaux en marbre blanc , ces débris appartenaient apparemment à l’église commeucée par saint SyU e et leriniiicc par saint Exupère.

4 Sapr^.

«jiie comme une conjecture qui pourrait être facilement réfutée.

455. Cette figure du Christ , placée dans une gloire ovale , est remarquable par le travail et par les ornemens. Sa tête est décorée d’un nymbe auquel une croix est attachée , et sur les branches de celle-ci , sont les caractères grecs alpha et oméga. Il élève la main droite pour bénir ; la gauchf tient un livre ouvert sur lequel on lit fax vobis. Le siège qui porte le Seigneur est dans le môme genre que celui des figures qui occupent deux des côtés du monument de Narbonne , où l’on a cru reconnaître Charlemagne , fondateiyr de béglise de Saint-Just et de Saint-Pasteur.

A la droite du Seigneur est un Ange , vu de profil , et placé dans une niche plate , ornée de colonilles. D’une main cet être céleste lient une croix , de l’autre , un rouleau déployé , sur lequel on lit : et clamant sanctvs, Sanctus , Sanctus. Sur l’arc cpie soutiennent les colonilles ou lit:

Addextram PatAs Ckerubini slat cuncla potenia.

456. A la gauche du Christ, et en regard du précédent, est un autre être céleste, dans une niche pareille, et tenant aussi une croix et un rouleau déployé , sur lequel on voit les mêmes paroles que sur celui de l’Ange placé à droite. Sur l’arc , audessus de la tête , est le vers :

Possidet inde sacram Serafin sine fine sinisttita.

Ces trois figures , si précieuses par leur style et par leur ancienneté , ont été placées comme elles l’étaient sans doute autrefois à Saint-Saturnin. Au-dessous , dans le premier socle, on a . introduit les tètes de cinq Apôtres , moulées sur les originaux , dans le cloître de Moissac.

Au-dessous encore est un archétype de cette insoription si remarquable que l’on conserve dans le chœur de l’f^lise Saint-Pierre et Saint-Paul de Moissac. Elle est gravée sur une plaque de marbre qui a environ a mètres de long. Elle est en vers léonins ou rimes :

Idi/ius orionis domus ista dieaia novembns

Gaudet Pontifies hos romienùise re/rlres.

Auxius Oslinàam , hartora dédit RaimuniLVim,

Convena , Wileinmm, direxit Agiiina Wilelhuim.

Jussit et Eraclmm non deessc Beurra Benignum, iillurcus Sfcphuiiwvi ruiiresslf , rl .hlura Brtrutti ,

Te Utiranne iinmi , nostrumque Tu/osa peitranum, liespuitur Fnko Simuuis dans jura Cadurco ; myriades lustris tippoitciis frcs diiodciiis ,

V irgiaenm partum duhut orli Unir vriierandum.

" Ilani: ti//i , Christe Deu% , rrx inslituU Clodaecui .luxil munifieus post hum: düiiis Ludueitus.

Le beau tailloir, qui sépare les tètes des Apôtres de l'inseription que je viens de rapporter, a été moulé à Saint-Saturnin.

457. Ce qui semblerait indi(pier manifestement qu’une éqlise , sous l’invocation dé Saint-Saturnin, succéda dans Toulouse à celle que saint Evupère avait terminée au commencement du cinquième siècle, ce seraient, sans aucun doute, ces nombreuses sculptures qui existaient éparses dans les murs, avant la révolution , ou que 1 on y retrouve. Ces restes n’appartiennent point à l’édifice consacré en 1096 , par Urbain II et qui subsiste en entier. On peut donc ne leur assii,mer d’autre orijpne qu’une église qui aura remplacé celle dont saint Sylve avait jeté les fondemens. Les deux grandes figures en marbre dont ces archétypes olTrent une fidèle image , proviennent sans doute de cet édifice détruit dejiuis si long-temps. Elles sont placées, l’une et l’autre , à l’entrée de l’intérieur de l’abside , reposant sur la terre , retenues seulement par des crampons. Elles représentent des Apôtres. Chacune tient un livre, et le mouvement du bras droit étant le mèmedans l’une et dans l’autre , on peut croire (ju’cllcs n’étaient pas primitivement seules, et que d’autres faisaient le même mouvement dans un sens opposé. Je suis porté à croire que, de même que sur les tombeaux des premiers chrétiens , on voit quelquefois six Apôtres d’un côté et six d’iin autre *' , étendant le bras droit vers J. C., placé au centre de la composition, ces figures étaient accompagnées de dix autres qui alTectaient la même attitude.

Au-dessous de ces images, dans la plinthe, on a encastré des fragmens d’un des petits côtés du tailloir mentionné plus haut. Cette portion contient des médaillons où paraissent J. C. , la Vierge et quelques Apôtres.

1 /loma solieranta.

458. L’abbaye Saint-Victor de Marseille a été , durant le moyen âge , l’un des plus célèbres monastères de la catholicité. Une foule d’autres abbayes et de maisons religieuses lui furent ou données ou soumises , et ses chefs jouirent souvent d’un grand pouvoir. L’un des plus connus fut Isarn ; il mourut en 10^8. Son monument sépulcral, actuellement conservé dans le Musée de Marseille , et dont nous avons place un archétype sous ce numéro, est peut-être le plus singulier que le onzième siècle ait produit. Une table chargée d’une longue inscription couvre presqu’en entier la représentation d’Isarn', seulement sa tète et scs épaulçs , la partie inférieure des jambes et des pieds quj sOnt nus , paraissent; la tonsure est très-apparente; sa crosse est en forme de tau et l’on a gravé sur la traversé le mot viacÀ. Une ' partie de ré[)ilapbe est inscrite sur le cadre on bandeau qui entoure les demi-cercles dans lesquels sont renfermés et la tète et les pieds. On lit du coté de ceux-ci ; • '

. . . R . ‘ il

Cerne , mon qutz Irx liomini noxa prûtoplusli , , ^ ^

In me defuncto, lertor, inesl misera . , , -

et autour de la tête :

Sictfuc gemens corde die die Deus iiuic miserere. Amen. ^

Les trois premières lignes et les trois dernières, conte- ^nant chacune deux vers, sont divisées à la fin de chacun par trois points mis en triangle. L’inscription est précédée par le monogramme du Christ :

Sacra viri clari suni hie si/a patris harni ; ' •

Memhra , suis sludiis etorifiruùi piis

Quee felix vegentns anima provexil ad alla, , ■ •

Morii/us egregiis pacifisquc animis ' ' , •

Nam redimitus erat hir virtiilis specichus

yir ünmini cunrtis pro quibus est hilaris. ' ^ ’

g uizferil docuit ahbns pius atque hrnignut '' . ' •

isripulosque silos rompulit rssr pios. • *

Sic •tiarns tenait regimen ; sed dnudere timen ' •

Compulsas vite est acriter misere . o . a ■;

Rexil bis lienis septemque fidcliter annis. ■

Cammissumque sibi du/ce gregem U/tmini -, ,/

Respuit orlobris transacto ortaeo kalendas , ’ .

l'it répit ruti/i régna subire poli.

Obiit anno M.XLI'III , Indirt. I , .F.parta lll.

Digilizf:;" '

’v GoogU

459v Une tradition qui n’cst appuyée sur aucun docnmcnt rcs-

f ectable, attribue à Clovis I la fondation d'un monastère dans loissac, et ce prince y aurait attiré en peu de temps mille moines ; mais, comme le prouvent les historiens du Languedoc et un diplôme de Pépin , ce monastère rceonnaissait pour fondateur , saint Amand, évêque de Mastrick, qui l’établit pendant le siècle , sous le règne de Clotaire II , ou plutôt sous celui de Dagobert son fils , qui l'avait relégué dans la Vasconie. Saint Didier, évêque de Cabors, en augmenta les richesses, et scs quatre premiers Abbés sont comptes au nombre des Saints.

Il faut avoir vu le portail, si singulier, si pittoresque de l’église de Moissac , évidemment ajouté, au commencement du I a.™" siècle, aux vieilles constructions de cette église; il faut avoir étudié, dessiné ces sculptures, où l’artiste, inspiré

S ar lesilivres saints, par les idées morales qui avaient cours e son temps, s’est livré à la fougue de son génie , à la facilité de son ciseau, pour avoir ime idée de ce que la statuaire et la science architectonique, savaient combiner et exécuter il y a six siècles. On trouve plus de délicatesse dans d’autres portails, mais nulle part plus de fougue, plus de poésie, et cependant le nom du créateur de ce monument reste ignoré.... Mais celui del’Abbé qui conçut le projet de donner à son égbse cette magique décoration est parvenu jusqu’à nons, car je ne doute point que la même picnsée a présidé à l’érection de ce monument et à la construction du cloître, et dans celui-ci le marbre de l’un des piliers nous dit encore qu’en i loo l’abbé Ansquitillus fit entasser, fit sculpter ces pierres et former ces arcs ogives dont l’aspect peut éclaircir plus d’un doute et déterminer peut-être une des grandes époques de l’art architectural ou chrétien. Pour montrer ce que cet art était au commencement du I a.”’’ siècle, on a rassemblé ici quelqiics archétypes des ornemens et des bas-reliefs de Moissac ; ainsi , dans le soubassement du monument placé sous ce numéro, on a mi» l’imposte du grand portail ; dans la frise ou les socles des colonnes on a introduit les bustes des figures qui forment le

Ê ilier du milieu de celui-ci. Dans la partie supérieure paraît iur.ind , abbé de Moissac et évêque de Toulouse ; nommé Saint dans l’inscription qui accompagne son monument ;

Sanctus Durannus, episcopus Tolosaniis et abbas Moysiaeo.

Digitizéd ByXjOogIc

Il porte le coslumc«sacenlotul et élève l’index et le médius de la main droite, pour bénir. A sa gauche est saint Pierre et à sa droite un autre Saint; Ces deux bas-reliefs et celui de l’abbé Durand existent encore dans le cloître de Moissac. L’inscription placée à la gauche de. l’Abbé est ainsi conçue :

Anno ah incarnaUnne Æirrni Principis millcsimO centesimo, facUini est clauslrum istud tempore Domini Ansquitilü abbatis. Amen.

Les lettres initiales ou les sigles que l'on trouve à la Gn de cette inscription et qui composent quatre lignes, offrent quelques dillicultés pour leur interprétation ; doit-on y lire , f^ù'go ,, -virginum, venerunila , mater Vei Maria? etc.

C'est ce qu’on n’oserai l alGrmcr.

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