‹ Description du pays des Ségusiaves, pour servir d'introduction à l'histoire du LyonnaisChapitre 24 sur 36 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

COLONIE HUMAINE DB LUGDUNUlf. t

Quelle est Torigine de Lyon ? C'est là une question bien débattue. Les uns disent cette ville fondée par une colonie de Phéniciens neuf cents ans avant notre ère; d'autres, par des Grecs, six siècles plus tard. Ce sont de pures fables, auxquelles il est inutile de s'arAter. Si l'emplacement où fut installée la colonie de Lugdunum était occupé avant l'arrivée des Romains dans la Gaule, il ne pouvait l'être que par une bourgade sans importance, car elle n'est mentionnée nulle part. César, qui traversa plusieurs fois le pays, et qui, lors de son entrée dans Ist Celtique, campa même près du lieu où se serait élevée la prétendue ville phénicienne, n'en dit pas un mot. II y a mieux, l'installation en ce lieu d'une colonie romaine, quelques années plus tard, prouve qu'il n'y avait point encore là de ville, pas même de bourgade, car les habitants de cette dernière n'auraient pas abandonné leurs foyers sans difficulté à des Romains. 11 était bien plus rationnel d'ailleurs, de la part de ceux-ci, de s'établir dans

(1) Cette tradition étdit fort ancienne; les armes des seigneurs de Pont'Impérat étaient d'or au pont de gueules, maçonné de sable, flanqué de ses lourelleâ, et terrassé de sinople.

un endroit vacant que de venir sans motif expulser des Ségusiaves» dont ils avaient besoin. On va sans cesse répétant que .remplacement de Lyon, si admirablement disposé pour le commerce, ne pouvait avoir été négligé jusque*là : il y avait en effet un bourg gaulois au confluent du Rhône et de la Saône ; mais ce bourg, qui s'appelait Condate , ne doit pas être confondu avec la colonie àe Lugdunwn^ qui Tabsorba plus tard, il est vrai, mais qui lui fut d'abord complètement étrangère. Cette circonstance explique même pourquoi la colonie romaine fut obligée de s'installer dans Tendroit certainement le moins propice pour une ville : la place la plus favorable était prise. Si les Romains avaient cru pouvoir user de violence pour s'établir dans le pays, c'est à Condate qu'ils se seraient installés, et non pas sur la montagne de Fourvière, charmante pour la vue, mais médiocrement convenable pour l'habitation.

En résumé, le seul fait positif sur la fondation de Lyon est celui rapporté par Dion Cassius. Cet auteur nous apprend (1) qu'en l'an 711 de Rome {hh avant notre ère), Lucius Munatius Plancus, sur l'ordre du sénat, fonda une ville au confluent du Rhône et de la Saône, pour servir de refuge aux colons de Vienne, qui, chassés par les Âllobroges, s'étaient installés au bas de Fourvière.

Le récit de Dion Cassius, qui n'est contredit par aucun fait^ s'accorde parfaitement avec ce qu'on lit dans ,Pline et dans Sénèque, écrivains presque contelnporains de cette fondation. En effet, le dernier, parlant d'un incendie -considérable, qui détruisit Lyon vers le milieu du premier siècle de notre ère, dit que cette colonie n'en était pas encore à sa centième année (2). Quant aux termes de Pline, nous les avons cités précédemment : ils portent positivement que Lyon était une colonie fondée sur le territoire de Ségusiaves (3).

Plusieurs historiens prétendent tirer de la circonstance même de la fondation de cette ville l'étymologie de son nom, qu'ils décomposent ainsi : Lucii dunum^ montagne de Lucius ; mais si cette explication était fondée, on n'aurait pas écrit Lugudunum dans l'inscription placée sur le mausolée magnifique érigé à Plancus dans la ville de Gaête, et où la fondation de Lyon est rappelée. D'ailleurs, Dioq Cassius lui-même nous dit que le nom primitif de cette ville était Lugu-

{{) Livre XL VII, ch. iv.

(2) « Huiccoloniae ab origine sùa centcsimus annus est... Lugdunum, quod ostendebatUr in Gallia, quderitur. Una nox interfuit inter urbem maximain etnullam. » (Ep. 91.) «

(3) Voyez p. 33.

— lié —

dimutn^ et celte orthographe se retrouve sur plusieurs monuments, particulièrement sur une ancienne médaille qu'on croit frappée à Lyon après la ruine de l'autonomie gauloise. On peut certainement en conclure que la plus exacte appellation de Lyon était Lugvdunum^ ce qui rend fort probable Tétymologie donnée par le pseudo-Plutarque d'après Clytophon : suivant cet auteur, le nom de Lyon signifierait montagne des corbeaux^ le mot corbeau étant exprimé par lugvs dans la langue du pays (1) : nouvel argument contre Tancienneté de Lyon , les corbeaux n'ayant pas l'habitude de hanter les villes.

Quoi qu'il en soit, la colonie romaine de Lugduntmi, ou mieux Lugudunum, se développa rapidement sur la montagne qui lui avait été affectée sans doute avec l'assentiment des aborig'ènes. Mais elle dut se restreindre au territoire cédé et ne pas empiéter sur les terres voisines ; car, comme on l'apprend de Sénèque, en sa qualité de colonie, elle était étrangère au pays dans lequel elle avait été fondée : inserta eral et excepta (2). Au reste, l'emplacement qui lui avait été concédé par les S(:^gusiaves était assez vaste; il formait une espèce de triangle bordé de deux côtés par la Saône, et de l'autre par la vallée que suit à peu près le chemin de Saint-Just à Vaise : il comprenait dans son circuit Pierre-Scise, Saint-Just et Saint-lrénée.

Cet emplacement présentait, il est vrai, une grande inégalité de soj ; mais toutes les anciennes villes ont cet inconvénient, sans offrir les compensations que nous retrouvons ici. Outre sa position sur la Saône, qui lui servait de fortification sur les deux tiers de son étendue, Lyon possédait au haut de la colline un plateau assez vaste, qui fut probablement tout couvert de maisons à la fin du premier siècle de notre ère (3). C'est là queTrajan fit bâtir, vers l'an 98, le célèbre Forum auquel la montagne de Fourvière doit son nom

(il Oa ne connaît pas moins de sept ou huit étymologies différentes pour ie nom de Lugdunum , et il est difficile de choisir au milieu d'une telle abondance. La seule chose sur laquelle tous les auteurs soient d'accord, c'est sur le sens à donner à la seconde partie du mot, dunum^ qui si<ynifîait en celtique mont ou montagne. Voyez le Glossaire gaulois de M. Rogct de Belloguet, p. 103, 113 et suiv. Quant à la forme actuelle du nom de Lyon, ii paraît certain qu'elle est le résultat de la prononciation gaélique du radical Luqdun,

(2) Sénèque, Epist. 91.

(3) Des travaux de terrassement, exécutés par les ateliers nationaux en 1848, ont mis à découvert, près du ch&teau de la Sarra, une chaussée pavée, suivant l'usage, avec d'énormes dalles îrrégulières, au-dessous desquelles étaient ménages des conduits pour l'écoulement des eaux.

actuel, car ce nom vient de Fowr FiVi7, traduction de Foj^m Kieto (ancien marché). Quelques auteurs, et entre autres Clerjon (1), ont cru voir dans cette expression la preuve que Lyon était plus ancien que Feurs. C'est une grave erreur : cette dénomination s'appliquait à un monument et non à la ville, et ce monument, bâti seulement par Trajan, comme le dit la chronique de Sainte-Bénigne de Dijon (2), ne fut appelé vieux que par rapport à un autre élevé ailleurs pour le même usage lorsque la ville s'étendit plus tard sur le confluent.

On comprend bien, sans doute, que nous n'avons pas l'intention d'aborder ici l'histoire intime de Lyon ; c'est un sujet qui n'entre pas dans notre cadre. Mais il est quelques points de son histoire extérieure, s'il est permis de s'exprimer ainsi, qui sont de notre domaine, et que nous allons traiter sommairement.

On ne trouve que fort peu de traces de monuments romains à Lyon, parce que cette ville a continué à vivre largement jusqu'à nos jours, et par conséquent à approprier à son usage les édifices construits dans ses murs ; mais il n'en est pas de même à l'extérieur, où n'existaient pas les mêmes causes de destruction. On y voit encore d'importantes ruines des aqueducs qui apportaient à cette ville le tribut des eaux du pays des Ségusiaves.

Nous devons décrire ici ces monuments admirables, qui, par le fait, appartiennent bien plus au pays /que nous venons de nommer qu'à la ville de Lyon elle-même, resserrée dans ses murailles et sans autorité sur lé reste du territoire, comme nous l'avons vu.

On connaît aujourd'hui l'existence positive de trois aqueducs (3). .Le premier, auquel on donne le nom d'une montagne voisine, le Mont-d'Or, où il a son origine, est probablement le plus ancien, car il est le plus court et le plus faible. Il n'a guère que 16,000 mètres de développement. Sa tête est au fond du vallon de Poleymieux, à l'endroit où sourd le ruisseau d'Antoux, qu'il absorbait. 11 circulait ensuite sur le flanc des coteaux de Curis, enfoncé de 20 à 30 centimètres au-dessous de la surface du sol ; traversait les communes d'Albigny, de Gouzon, de Saint-Romain, de Saint-Gyr, de' Limonest, de Dardilly, d'ÉcuUy, recueillant tous les ruisseaux qui coulaient à

(i) Hist. de LyoUy l. I, p. 43, 48.

(2) Bouquet, Historiens des Gaules, t. IV, p. 242.

(3) Nous empruntons les renseignements qui suivent au curieux Mémoire que M. Alexandre Flachéron a publié en 1840 sur les aqueducs de Lyon, et à la carte du dépôt de la guerre n<> 168. Nous y joignons seulement quelques observations particulières.

son niveau. Arrivé là, il descendait, par le moyen ingénieux des siphons, dans le vallon des Massues, dont il traversait le fond sur un pont à arcades superposées de plus de 200 mètres de longueur, et venait aboutir à un château d'eau qui devait être vers la porte de Trion, ainsi nommée peut-être parce qu^elle était le point de réunion des trois aqueducs.

Nous venons de prononcer le mot de siphons : comme il reparaîtra d*autres fois dans notre récit, disons sommairement ce que c'était. Pour éviter des constructions trop considérables dans les vallées profondes, les anciens, qui ignoraient nos procédés hydrauliques , si simples, à l'aide desquels on peut élever l'eau à de si grandes hauteurs, mais qui connaissaient la propriété des liquides de prendre leur niveau, faisaient suivre à leurs aqueducs la pente du terrain, en ayant soin de conserver seulement au réservoir de chasse ou de départ un niveau supérieur à celui du réservoir de fuite ou d'arrivée, et de diviser dans plusieurs tuyaux de plomb le volume d*eau, qui aurait rompu par son poids les conduits en maçonnerie, si on se fût contenté de ce mode de construction pour le passage des vallées : c'est là ce qu'on appelait deâ siphons dans l'architecture ancienne.

Quant au nom resté au vallon traversé par l'aqueduc du Montd'Or, les Massues, c'est sans doute une appellation populaire empruntée à la forme des tuyaux de plomb trouvés dans ce lieu longtemps après la destruction du monument des Romains, tuyaux qui devaient avoir, comme ceux de nos fontaines, une espèce de tête destinée à recevoir le bout du tuyau précédent.

La conduite de l'aqueduc du Mont -d'Or a environ 50 centimètres de largeur et autant de hauteur, jusqu'à la naissance de la couverture. Cette dernière est composée de deux rangs de pierres plates posées en encorbellement, et d'une troisième assise recouvrant le tout. Une couche de ciment de 25 millimètres, formée de chaux et de tuileau concassé, de la grosseur d'un pois, recouverte elle-même d'une deuxième couche de ciment de peu d'épaisseur, faite avec du tuileau pulvérisé, pour que les surfaces fussent bien lisses, tapissait . toutes les parois.

Le second aqueduc, auquel on donne le nom de la Brévenne, parce qu'il suivait un des côtés du bassin de cette rivière, fut sans doute construit après celui du Mont-d'Or, car il est plus large et beaucoup plus long, et semble destiné à satisfaire de nouveaux besoins nés de l'extension de la ville. Il a un parcours de 50,000 mètres. Sa tête se trouve dans une vallée étroite et rapide, où coule rOrgeole. Après avoir pris les eaux de ce ruisseau, il traversait les

communes de Duerne, Saint-Genis-rArgentière» Gourzieu, Chevinay, SaiDl-Pierre-1a*Palud, Sourcieux^ et arrivait à Lentilly en passant sur le Çret-de-Montches, aux hameaux de.Rivoire et de Lachaux* Jusque-là il était constamment souterrain, et formait, dans quelques-* uns des nombreux ravins qu'il traversait, des anses ou sinuosités très-anguleuses. De Lentilly il* gagnait la Tour-de-Salvagny en traversant un vallon à Taide de siphons, et se rendait à Lyon en sui-^ vant à peu pr,è% le même chemin que Taqueduc du Mont-d'Or. On en a récemment (1 848) découvert un tronçon à Test du château delà Sarra, en faisant pratiquer une route dans cette direction par les ateliers nationaux de la ville de Lyon. Le canal 'de cet aqueduc a 60 centimètres de hauteur du radier à Tintrados de la clef; il est recou^ vert par une voûte à plein cintre en parpaings de 45 centimètres de lit. Les parois intérieures spnt revêtues de ciment avec bourrelets aux angles, comme au canal de l'aqueduc du Mont-d'Or. Les gens de la campagne appellent ces restes d'aqueducs les Tus (1). 11 est assez difficile d'expliquer le sens ou même l'origine de ce dernier mot. Peut-être est-ce la syHabe finale d'açîiœductus qui seule a survécu à ses sœurs aînées. On appelle aussi ces ruines les SarrasU nières, en souvenir des ravages faits par les Sarrasins.

Bientôt ces deux aqueducs ne suffirent plus à'ia ville de Lyon : des thermes, des palais, des fontaines publiques, de somptueuses habitations de particuliers avaient successivement remplacé les premiers édifices de la colonie dé Plancus et couvert toute la montagne. Il fallut chercher de nouvelles sources, car non-seulement celles qu'on possédait déjà ne donnaient pas assez d'eau, mais elles n'arrivaient pas à un niveau assez élevé pour les nouvelles constructions. Leur réservoir de distribution se trouvait, en effet, à 15 mètres au-dessous du plateau de Fourvière. »

Le mont Pilât étant le seul point d'où l'on pût tirer la quantité d'eau nécessaire, on y dirigea un aqueduc, malgré la distance énorme qu'il fallait lui faire parcourir, non plus à l'intérieur du sol, mais presque partout à une grande hauteur à sa surface. Le travail était immense, mais non au-dessus de la fortune actuelle de Lyon, car ce monument dut être construit au moment où la ville fut parvenue à son apogée, c'est-à-dire environ cent ans après sa fondation. 11 n'était probable- ' ment pas encore terminé lors de l'incendie dont parie Sénèque, et qui détruisit la ville de Lyon vers l'an 59 de notre ère. Il aurait cependant été commencé sous l'empereur Claude, si l'on a bien lu

(1) Àlmanach de Lyon de 1760, au mot Chevinay»

rinscriptioD trouvée sur quelques tuyaux de conduite. (1). Il fut saas doute terminé sous Néron, le restaurateur de Lyon après son désastre. L'immensité de Toeuvre expliquerait facilement la longueur du temps qu'on y consacra.

On établit la prise d'eau de l'aqueduc du mont Pilât à une demilieue au-dessus de Saint-Ghamond, et dans la rivière du Gier. On en voit encore des traces au hameau de la Martinière, sur la commune d'Isieux, et près de Saint-Martin-Accoalieu (2), qui lire évidemment "son surnom HagtuB {aquaï) locus ou d'aqualis. L'eau, élevée par un barrage dans le lit du Gier, entrait à gauche dans un canal souterrain, qui se trouve à environ 450 mètres au-dessus du niveau de la mer; elle pn^nait son écoulement sur les coteaux jusqu'au ruisseau du Janon, qu'elle traversait sur un poiit détruit. En été, les eaux étaient recueillies en totalité ; mais après les pluies et en hiver une vanne ne laissait pénétrer dans le canal que la quantité d'eau déterminée. Après le pont du Janon, ou de la Petite-Variselle, l'aqueduc redevenait souterrain, et était creusé dans le roc en plusieurs endroits. Il traversait le vallon et le ruisseau du Langonan, au-dessus de Saint-Chamond, sur un pont de neuf arcades, puis disparaissait sous terre jusqu'à une petite gorge. Il passait cette dernière sur un pont de cinq arcades, dont on n'aperçoit plus aujourd'hui qu'une seule pile, et s'enfonçait ensuite dans le flanc de la montagne audessous de l'anden château de Saint-Ghamond, traversait un petit ruisseau sur un quatrième pont, et arrivait sur la commune de Gellieu, où on avait été obligé d'entailler le roc pour le faire passer. G'estainsiqu'iltraversaitleterritoirede Ghagnon, où on voit encore un souterrain de plus de 600 pas de longueur, qui est marqué sur la carte du dépôt de la guerre (n® 168). L'aqueduc ressortait ensuitjB près et au-dessous du village de Sainl-Genis-Terre-Noire, pour se décharger dans un réservoir de chasse, d'où huit tuyajx en plomb descendaient et remontaient dans un second réservoir, dit de fuite, après avoir traversé une vallée profonde. Dans le bas de la vallée, un pont de douze ou treize arcades et de 7",60 de largeur portait les tuyaux. Le réservoir de fuite, qui est détruit, devait être peu élevé,

(1) Ces luyiiux, aujourd'liui perdus, portaient, dit-on, l'inscription suivante : TI. CL. GAES. (Voyez Colonia, Hist. litt de Lyon, t. I, p. 44.)

(2) On écrit quelquefois Saint-Maflin-en-Coallieu. Cette orthographe a trompé M. Guérard, qui, dans son travail sur les provinces et pays de la France^ a cru devoir faire un pagus de ce prétendu Coallieu. (Voyez V Annuaire de la Société de rhist. de France pour 1837, p. 86.)

et l'aqueduc disparaissait de nouveau sous terre jusqu'à un ôndroit appelé Molet, à 1,000 mètres environ du village de Saint-Martin-la- Plaine, où l'on retrouve les culées d'un pont qui pouvait avoir dix arcades. Dn pont ruiné traversait un petit ruisseau peu éloigné du dernier, puis l'aqueduc passait près du hameau de Bérieux, sur le ruisseau du Bosançon, à l'aide d'un autre pont détruit, entrait sur la commune de Saint-Maurice-sur-Dargoire, où on le voit aux hameaux de Jurieux et des Combes, traversant deux ruisseaux qui se jettent dans le Bosançon ; trois ponts de peu d'étendue, et dont deux sont détruits, portaient les conduits entre ces deux hameaux ; puis l'aqueduc circulait à peu de distance de la grande route de Sainte-Etienne à Lyon, entre les hameaux de la Serve et de la Gondamine, passait sur un pont, se rendait au hameau de la Guiraudière, et un peu plus loin, dans deux gorges resserrées, il traversait le Mornant. A quatre cent pas au-dessus du bourg de Mornant, il atteignait un pont dont quelques arcs et pieds-droits sont très-peu dégradés, passait sur une substruction de quelques mètres de longueur, et pénétrait sous terre, en traçant au delà de ce point une courbe très-sensible à l'œil ; se dirigeait sur la commune de Saint-Laurent*d'Agny et d'Orliénas , après avoir traversé le ruisseau du Janon et deux autres cours d'eau moins considérables. Il venait ensuite sur la commune de Soucieu , où Ton voit une substruction de plus de cent pas, redevenait souterrain jusqu'à un pont de /|85 mètres de long et de 17 de hauteur. Ce pont, jqui ne comptait pas moins de 71 arcades, aboutissait au réservoir de chasse de Soucieu, d'où partaient des siphons qui traversaient la vallée du Garon, dans le fonds de laquelle était un autre pont de 208 mètres de longueur sur 7°*,35 de largeur (1). Au sortir de cette vallée, l'aqueduc arrivait sur là commune de Chaponost, qu'il traversait du midi au nord sur deux substructions et sur trois ponts. Ces ponts n'étaient pas sur des ruisseaux, mais ils étaient construits pour maintenir la pente des eaux sans qu'on fût obligé de faife de trop grands circuits. L'aqueduc parvenait ainsi à un pont qui précède le ruisseau de l'Iseron, et qui était destiné à conserver au réservoir de chasse des siphons une élévation convenable. Ce pont est un des plus beaux ouvrages de tout l'aqueduc. Il a plus de 551 mètres de longueur et 91 arcades de dimensions proportionnées à leur hauteur, c'est-à-dire qu'au commencement elles sont

(i] Celle largeur paraîtra peut-être bien considérable, eu égard à la largeur des ponts ordinaires de passage sur les rivières ; mais elle était nécessaire pour rétablissement des tuyaux sur une ligne horizontale.

à la fois beaucoup moins hautes et moins larges que vers le réservoir de chasse. Au sortir de ce dernier, Teau était reçue dans des siphons qui suivaient une pente rapide, mais régulière, jusqu'au fond de la vallée de Bonan, où se trouvait un pont de 268 mètres de longueur sur 7"*, 33 de largeur, pour passer Tlseron. Après avoir passé ce pont, les siphons remontaient sur le versant opposé, et venaient se dégorger dans un réservoir de fuite situé sur la commune de Sainte^ Foy-lez-Lyon. De là Taqueduc se dirigeait sur un pont qui longe une des rues de Sainte-Foy, puis devenait souterrain, faisait une anse« et se dirigeait sur un autre pont qui est parallèle au chemin de Bonan. Il tournait ensuite à gauche dans les terres, et venait à un autre pont qui amenait les eaux dans le réservoir de chasse de Saint-Irénée, dont il traversait le vallon au moyen de siphons. Au sortir du réservoir de fuite de Saint-Irénée, Taqueduc était porté sur un dernier pont qui, à la troisième ou quatrième arcade, chan« geait de direction, passait de droite à gauche du chemin, en for* mant un angle droit, traversait tout le plateau de Fourvière, et ve* nait finir et verser ses eaux dans un réservoir de distribution qui est près de la place môme de Fourvière, au-dessus de la montée des Anges. On ne retrouve plus que quelques arcades du dernier pont près du réservoir de fuite ; toutes les autres, plus près de Lyon, ont été renversées; mais on en aperçoit quelques vestiges dans la rue du Juge-de-Paix et dans celle qui mène à la descente des Anges. Le réservoir de distribution sert aujourd'hui de substruction à la maison dite Angélique ; il est sur l'arête de la montagne, et a 2k^,k(^ de longueur totale et 15*", 70 de largeur. Il y avait d'autres réservoirs secondaires. Quant au canal de Taqueduc, il avait de 58 à 65 centimètres de largeur, et 1">,77 de hauteur sous clef, mesures corres*pondant à peu près à 2 pieds romains pour la largeur, et à 6 pour la hauteur.

Nous n'entrerons pas ici dans les détails de la construction : c'est un objet étranger à notre but (1). D'ailleurs, la manière de bâtir des Romains est bien connue. Il nous suffira de dire que le mode adopté pour Taqueduc du mont Pilât est celui appelé opus reticulatum^ ainsi nommé à cause du revêtement, composé de petites pierres carrées placées en losange ou en réseaux, et coupées à de certains intervalles par une ligne de briques (2). En résumé, la France possède peu de

(1) Oa les trouvera consignés dans le Mémoire de M. Flachéron.

(2) C'est sans doute pour suffire à la grande consommation de briques que faisait l'aqueduc du mont Pilat qu'on avait établi, k son origine, une

constructions anciennes aussi grandioses que celle de Taqueduc du mont Pilât. Ces grandes lignes d*arcades , coupées dans quelques parties par une ouverture transversale qui pouvait servir de chemin couvert aux piétons, font un effet ravissant dans la campagne des environs de Lyon , où elles rappellent sans cesse la grandeur de cette ville. On ne compte pas moins de vingt-cinq ponts ou ponceaux de toutes dimensions, et quelques-uns des premiers à arcades superposées, dans le trajet, qui est de plus de /^O, 000 mètres en ligne droite, depuis la prise d'eau jusqu*au réservoir de distribution. Nous ignorons la longueur réelle de Taqueduc; mais les difficultés incroyables du terrain qu'il eut à surmonter, la solidité et Télég^ce de sa construction , en font un des plus considérables monuments de ce genre qui reste des Romains. 11 pouvait fournir, suivant M. Plachéron, environ, 172,000 pieds cubes d*eau par jour (1), lesquels, réunis à la masse fournie par les deux autres aqueducs, formaient un total de près de 400,000 pieds, ou 13 millions de litres (2) d'eau excellente pour les usages de la vie, car on avait eu soin de choisir des ruisseaux d'une grande pureté pour alimenter les uns et -les autres.. En combinant l'espace occupé par Lugdunum et la masse d'eau qui X était apportée par les aqueducs, on pourrait peut-être fixer le chiffre de la population de cette ville dans les premiers siècles de son existence ; mais ce serait une appréciation bien vague, parce qu'on manque d*autres éléments essentiels dans un calcul de ce genre. Toutefois, nous croyons qu'on peut porter <;ette population à 50 ou 60 mille âmes, en compensant retendue des had)itations de quelques riches citoyens par l'exiguïté des réduits occupés par^la dernière classe de la société, et surtout par les esclaves, ce fondement de la civilisation antique. Strabon dit que Narbonne était plus peuplé que Lyon : mais cet auteur écrivait avant que Lyon eût atteint son apogée. Il ajoute que cette dernière ville était la capitale des Ségusiaves : c'est une erreur; malgré tout l'éclat qui entourait

fabrique de ce produit. « On a trouvé à Terre-Noire, près de Rochetaillée, dit Artaud, des débris immenses de briques romaines pendant l'espace d'un quart de lieue« » (Lyon souterrain, p. 62.)

(1) On peut conclure de là que les rivières étaient autrefois beaucoup plus fortes qu'aujourd'hui. Par suite des déboisements qui ont été opérés dans nos pays, le Gier, à l'étiage, ne fournit plus que 0°>,iO par seconde, ou S,640 mètres cubes en vingt-quatre heures.

(2) Ce chiffre peut être critiqué sous le rapport de la précision; mais ce qu'il y a de certain, c'est que l'eau amenée sur la colline de Pourvière par les trois aqueducs équivalait à une rivière.

Lyon , Feurs continua longtemps encore à être le chef-lieu officiel des Ségusiaves, comme nous Tavons vu.

Mais il arriva un moment où les choses changèrent de face : ce fut celui où toutes les distinctions de races ayant disparu dans, les Gaules, on en vint à lui appliquer un^ système unique d'administration. Les privilèges coloniaux de Lyon étant devenus le droit commun, cette ville fut assimilée au reste du pays, et reçut le titre de chef-lieu d'une circonscription territoriale particulière dans une réorganisation administrative qui eut lieu vers la fin du quatrième siècle.

Pour bien comprendre cette évolution, il est nécessaire de résumer ici^en quelques mots l'histoire générale de Lyon.

Nous avons vu que cette ville avait été fondée sur le territoire des Ségusiaves vers Fan kk avant notre ère. Quelques années après, Auguste, s'étant fait attribuer particulièrement (1) l'administration de la Gaule, vint dans ce pays et l'organisa sur de nouvelles bases. C'est dans une assemblée générale des députés de toute la Gaule, tenue par lui à Narbonne l'an 727 de Rome (24 avant notre ère), qu'eut lieu cette réorganisation. Voici en quoi elle consista : l'ancienne province romaine reçut le nom de Narbonnaise, de celui de sa capitale, Narbonne ; le reste de la Gaule fut partagé en trois provinces, qui reçurent les noms de Belgique, Aquitanique et Celtique. Ces noms rappellent bien d'une manière générale l'ancienne division ethnographique de la Gaule chevelue signalée par César au début de ses Commentaires; mais Auguste remania ces circonscriptions. Plusieurs peuples de la Celtique, par exemple, furent joints à l'ancienne Aquitaine et à la Belgique pour donner à ces provinces une étendue proportionnée à celle de la troisième. A partir de cette époque, la Celtique prit même le nom de Lyonnaise [Lugdunensis), emprunté à celui de sa capitale, Lyon. Voilà, à la rigueur, l'origine du nom de Lyonnais ; mais ce nom n'avait encore qu'une application très-vague, car la ville de Lyon était sans aucune autorité sur le pays où elle se trouvait : elle ne devait son rang qu'à ce qu'elle était le centre de l'administration romaine, lejieu de résidence des fonctionnaires généraux de la Gaule. Par suite de la nouvelle division de ce pays, Lyon touchait d'ailleurs aux quatre grandes circonscriptions qui le composait : il tenait à la Celtique par les Ségusiaves ; à l'Aquitaine, par les Vellaves et les Arvernes ; à la Belgique, par les Séquanes, et à la Narbonnaise, enfin, par les Allobroges.

(1) On sait que le sénat et l'empereur s'étaient partagé radministration de l'empire.

« Lyon, dit Strabon (1), est situé au milieu du pays comme une citadelle, soit à cause de la jonction des fleuves (la Saône et le Rhône), soit parce qu'il est également à portée de toutes les provinces. Aussi Agrippa a-t-il fait de cette ville le centre des divers chemins qu'il fit tracer. )>

Lyon devint par le fait la capitale des Gaules. Cette circonstance porta les peuples des trois provinces chevelues, qui étaient restées indépendantes, c'est-à-dire la Belgique, la Lyonnaise et TAquitaine, à tenir leurs assemblées nationales près de cette ville, mais sur un territoire gaulois, à Condate, autrement dit au confluent du Rhône et de la Saône. C'est là qu'ils firent ériger plus tard un temple magnifique, dédié à Rome et à Auguste, et où chacun des soixante peuples qui y avaient contribué avait sa statue et était représenté par un prêtre national. Nous parlerons ailleurs de ce monument fameux.

Nous avons dit que la Celtique d'Auguste avait reçu le nom de Lyonnaise, Sous Dioclétien, c'est-à-dire vers la fin du troisième siècle, ce pays fut partagé en deux provinces, qui furent appelées première et seconde Lyonnaise^ et dont les chefs-lieux respectifs furent Lyon et Rouen. Un siècle plus tard, sous Gratien, chacune de ces provinces fut elle-mêipe partagée en deux, et la Celtique moderne forma alors quatre provinces, qui prirent les noms de première^ seconde, troisième^ quatrième Lyonnaise, et dont les chefs-lieux furent Lyon, Rouen, Tours et Sens. Les autres parties de la Gaule subissant des modifications analogues, dont nous n'avons pas à nous occuper ici, ce pays se trouva alors partagé en dix-sept provinces.

Le remaniement administratif du pays ne s'arrêta pas là. A une époque qu'il est impossible de déterminer d'une manière précise, mais qui n'est pas postérieure aux dernières années du quatrième siècle, on réorganisa sur de nouvelles bases les subdivisions des provinces. La première Lyonnaise, en particulier, fut divisée en trois grandes circonscriptions, correspondant aux trois villes principales qu'elle renferipait, Lyon, Autun et Langres, et entre lesquelles on partagea tous les petits peuples qui les composaient. C'est ce que nous apprend la Notice des Gaifles, rédigée au plus tard à la fin du quatrième siècle, et par laquelle on voit que la première Lyonnuise ne renfermait plus que trois cités, dont voici les noms :

Metropoîis civttasLugdtmensivm (la cité des Lyonnais, métropole) ;

Càvita» Heduorum (la cité des Éduens) ;

Civitas Lingonum (la dté des Ungons) .

(4) Géogr., liv. IV, ch. vi.

A Ta suite de ces trois cités, la Notice meotionne comme les localités les plus importantes delà province, ou peut-être comme des chefs-lieux de subdivisions, deux châteaux ou camps (castra) , Cbâlon et MâcoD, qui eurent aussi le titre de cité un peu plus tard, mais qui faisaient encore partie de celle des Éduens au temps de la rédaction primitive de la Notice.

Comment procéda-t-on à la composition des nouvelles cités de la Gaule ? C'est là une question bien difficile à résoudre maintenant. Toutefois, il semble naturel de penser que les nationalités qui subsistaient encore lui servirent de base. Sans doute toutes ces nationa* lités ne survécurent pas : la chose n'était pas possible , car les peuples gaulois n'avaient entre eux aucun rapport d'étendue, et d'ailleurs plusieurs ne possédaient aucun centre de population dont on pût faire un chef^lieu administratif; mais il est probable qu'on conserva toutes celles qui avaient une existence politique réelle. Autour d'elles on groupa les autres petits peuples, et on créa ainsi de nouvelles cités plus régulières que les anciennes, et où plusieurs de celles-ci furent fondues, il est vrai, mais moins en conséquence d'une mesure systématique des Romains pour dénationaliser la Gaule que par suite de la marche naturelle des choses.

D'après nos données, la cité des Lyonnais se composa d'abord de tout le territoire des Ségusiaves, de celui des Ambarres, d'une petite portion de celui des AHobroges, situé sur la rive gauche du Rhône (1), près de Lyon, et d'une autre petite portioade celui des Séquanes, la vallée de la Bienne, qui formait une enclave dans cette circonscription.

Grâce à la nouvelle création, la ville de Lyon, qui se trouvait naguère sur les conflns des Ségusiaves, fut dès lors entourée de tous côtés d'un vaste territoire, emprunté à différents peuples gaulois. C'est sans doute à cette circonstance qu'on doit attribuer la substi; tution du nom particulier de cette ville à celui des Ségusiaves dans la dénomination de la nouvelle cité : il n'eut pas été naturel, en effet, de conserver le nom de ce peuple à une circonscription qui en comprenait au moins deux entièrement (2) ; malheureusement, à partir de

(1) L'archiprêtré de Meyzieux.

(2) II se produisit un peu plus tard un fait analogue dans un pays voisin, leVelay. Le chef-lieu de la Cité des Vellavi fut transféré de Revessio, la ville ganloise, à Anicium , colome romaine. (Voyez le compte rendu du Congrès scientifique de France^ 22« session, tenne au Puy, t. II, p. 498.) Mais comme Téiendue de la cité des Vellaves ne fut pas modifiée, on lui conserva son nom, qui s'est perpétué jusqu'à nos jours {Vellavorum eivitas).

ce moment, le nom des Ségusiaves comme celui des Ambarres ne reparut plu$ nulle part.

Comme on vient de le voir, la nouvelle cité embrassait toute la portion du territoire des Ségusiaves située à la droite du Rhône et de la Saône ; elle remontait ensuite cette dernière rivière jusqu'à la Seille, passait au-dessous de Louhans; gagnait de là, par une ligne allant du nord-est au sud-est, la Bienne, à Tendroit où cette rivière se jette dans l'Ain ; la remontait jusqu'à sa source dans le Jura, et descendait par la vallée de la Valserine jusqu^à Nantua ; de là elle gagnait le Rhône au midi, en suivant deux chaînes de montagnes assez saillantes, traversait ce fleuve au-dessous de Belley, et le rejoignait près de son confluent avec TAin ; le quittait de nouveau au même endroit, pour le rejoindre encore au-dessous de Lyon, près de Saint-Symphorien-4'Ozon, où elle atteignait de nouveau le territoire des Ségusiaves.

Dans cette circonstance, le territoire particulier de la ville de Lyon fut aussi considérablement agrandi. Ses limites municipales furent portées de la Saône au Rhône ; c*est-à<-dire qu'elle absorba toutes les îles du confluent et le bourg même de Condate, qui était à sa porte, et qui ne fut plus appelé que Burgus lugdunenm. Par la même occasion, Lyon devint le chef-lieu de la petite circonscription à laquelle Condate avait jusque-là donné son nom, le pagu$ Conda^ iensif, qui, agrandi d'une portion de territoire sur la rive droite de la Saône, fut désormais appelé pastua Lugdimemis. Le nom de Lyon, devenu célèbre, servit même à désigner une autre petite circonscription, dont nous ignorons l'étendue exacte et même la dénomination primitive, mais qu'un document du dixième siècle, qui l'appelle pagulua Ltigdunensis^ nous apprend avoir existé du côté de Chaveyriat, dans l'archiprêtré de Sandrans, c'est-à-dire sur le territoire uni aux Ségusiaves pour former la nouvelle cité (1).

Les Romains ne s'en tinrent pas là : ils subdivisèrent le pagus luimême en une infinité de petites circonscriptions appelées ager^ et comprenant un certain nombre de villœ. C'est ce que nous révèlent les actes des neuvième et dixième siècles. À l'aide de cette filière administrative, à laquelle répond presque identiquement la nôtre (2), les ordres de l'autorité étaient promptement connus partout.

Quelque bien entendue que fût l'organisation des cités nouvelles,

(1) Cart, de Savign^, p. 1080, col. 2.

(2) Le département répond à la cité, Tarrondissement au pagus^ le canton à Vager^ la commune à la villa.

elle dura peu dans son intégrité. D'abord elle fut un peu modifiée par là création successive de nouvelles circonscriptions, telles que la cité des Maçonnais, par exemple, qui fut érigée vers le milieu du cinquième siècle, et emprunta à celle des Lyonnais tout le pagus T^Uveonensis. Mais cette modification régulière n'était rien auprès de celle qui se produisit au neuvième siècle : il y eut alors une véritable dislocation du territoire. L'administration ecblésiastique conserva bien les anciennes circonscriptions pour son usage jusqu'au dixhuitième siècle; mais, au point de vue politique, elles furent anéanties au neuvième. Durant les troubles dynastiques qui eurent lieu alors, chaque nation reprit naturellement son assiette, sans souci de l'organisation générale. Les Ségusiaves en particulier, se détachant des Ambarres et des Allobroges, qu'on leur avait accouplés pour composer la cité des Lyonnais, et reprenant le pagus Tulv'eonensis^ qu'on leur avait enlevés pour composer celle des Maçonnais, formèrent dès lors un groupe à part, qui prit le nom de comitaivs Lugdunensis; car il est bon de noter que le retour au passé n'alla pas jusqu'à la restauration du vieux nom gaulois. 11 était impossible de ne pas tenir compte désormais de l'existence de la ville de Lyon, qu'on ne pouvait rendre à sa vie indépendante d'autrefois. D'ailleurs le nom des Ségusiaves était tout à fait oublié depuis quatre ou cinq siècles. Aussi, lorsque, dans la lutte qui eut lieu au dixième siècle entre l'archevêque et le comte, ce dernier, chassé de Lyon, crut de* voir donner un nom nouveau à son fief, c'est celui de Feurs seul qui s'offrit à son esprit : il s'intitula simplement cornes ForensiSy opposant ainsi l'ancien chef-lieu national à la ville romaine, qui était restée au pouvoir de son adversaire.

Mais ces faits trouveront leur explication dans l'histoire du Lyonnais. Revenons à l'époque gallo-romaine.

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