CHAPITRE V
PRINCIPALES VOIES DE COMMUNICATION EXISTANTES STO LE TERRITOIRE DES SÉGUSIAVES A L'ÉPOQUE ROMAINE.
Devenus maîtres de la GauJe, lesi Romains y tracèrent des routes militaires destinées à faciliter la soumission du pays et à y développer le commerce. Ces routes, toutefois, ne furent pas entièrement créées par eux : ils se servirent la plupart du temps des vieux chemins gaulois, après les avoir améliorés et pavés, suivant leur usage. Il est bien évident, en effet, qu'avant l'arrivée de César il devait exister des routes pour aller du pays des Ségusiaves, par exemple, dans celui des Éduens, leurs patrons, ou pour mieux dire de Medialanttm Segtmavorum à Bibracte, Il devait sans doute y en avoir d'autres pour aller de la capitale des Ségusiaves à celle des peuples voisins: Gergovie ou Nemetum (1), chez les Arvernes; Revessio, che& les Vellaves^ Vesontio, chez les Sequanés ; Vienne et Genève, chez les AUobroges, etc. A plus forte raison devait-il en exister entre les différentes villes d'une même nation. Malheureusement nous manquons de données à cet ^gard (2) , et nous sommes forcés de descendre fort bas dans l'époque romaine pour avoir quelques détails sur les voies de communication de la Gaule, encore sont-ils fort incertains. Au reste, cela se conçoit facilement : les seuls documents que nous puissions invoquer ici sont des itinéraires tracés dans un but spécial, qui font connaître quelques routes seulement à un moment donné,
({) Strabon écrïi Nemossus. C'est la ville qu'on a appelée plus tard Augustonemetum (aujourd'hui Clermonl).
(2) C'est sans doule quelqu'une de ces roules gauloises, allant de Vienne à Condale et de Condale à Mâcon, que suivit César lorsqu'il vint attaquer les Helvètes au passage de la Saône. Voyez ce que nous avons dit précédemment à ce su^ct, p. 46. Au reste, César mentionne positivement des routes gauloises au livrç I, chapitre vi, de ses Commentaires, lorsqu'il parle de la sortie des Helvètes de leur pays, et Tune de ces routes est encore suivie sur une grande partie de son parcours entre Genève et Lyon (voyez pages 44^ 132 et i58).
saus indiquer» bien entendu, les rectifications et modifications que ces routes ont subies à différentes époques. Or, ces itinéraires sont parfois obscurs, bien souvent même inintelligibles (1), par suite. soit de l'ignorance de l'auteur, soit de l'inexactitude du copiste, soit des révolutions arrivées dans le pays depuis deux mille ans.
Avant d'aborder les détails, nous croyons devoir publier ici quatre extraits d'auteurs anciens, qui serviront de base i notre dissertation, mais que nous contrôlerons à l'aide des monuments, malheureusement peu nombreux, encore subsistants. A la suite de ces quatre documents, nous en publions im cinquième emprunté à un auteur moderne, et destiné à leur servir de point de comparaison : c'est un extrait du Mémoire écrit à la fin du dix-septième siècle par l'intendant d'Herbigny, sur la généralité de Lyon. Ce renseignement, qui n'a pas encore deux siècles, explique bien l'obscurité des itinéraires anciens, par sa comparaison avec l'état de choses actuel : il signale, en effet, des changements considérables dans la direction des foutes de notre province ; quelques-unes de ses données semblent même inexplicables. Comprend-on, par exemple, qu'on ait eu besoin de faire passer les troupes d'infanterie à Beaujeu pour aller de Lyon à Mâcon ? Le dernier document a encore un autre genre d'intérêt : il semble la traduction, à dix-sept siècles de distance, de l'extrait de Strabon par lequel nous allons commencer, et qui date, comme on sait, de la première moitié du premier siècle de noire ère. Il nous fait connaître, en eifet, comme celui-ci, quatre routes dont Lyon était le point de départ, outre celles venant de la Bresse et du Dauphiné (qu'il mentionne, mais ne décrit pas), et répondant aux routes d'Italie, de Strabon. On remarquera d'ailleurs qu'il ne cite pas même la route de Lyon à Montbrison, ni celles de Montbrison à Saint- Étienne et à Roanne : c'est que, comme les documents que nous allons publier, il est écrit à un point de vue spécial, dont il faut savoir tirer parti, sans vouloir y trouver tous les éléments de la question, comme on s'efforce parfois de le faire dans l'étude des itinéraires romains.
Il est bon de se rappeler que les distances sur les voies antiques sont indiquées tantôt en milles romains, tantôt en lieues gauloises,
(1) Ces faits se produisent même aux portes de Rome, comme on en pourra juger par un travail que vient de publier M. Ernest Desjardins sur la Topographie du Latium, extrait de la Revue des Sociétés savanteSj l«r semestre de 1858 (broch. in-S»}; ft plus forte raison doivent-ils se produire loin du centre de l'empire.
suivant les provinces, car la Celtique» autrement dit la Lyorniaise, avait conservé le privilège dé se servir de la vieille mensuration nationale,: c'est ce que nous apprennent et le rédacteur de la Table de Peutinger et Ammien Marcellin. Parlant de Lyon, le premier dit : « Lugdune, caput Galliarum^ usque hiclegas {pour leugas) (1),» et le second : « Ex indeque non millenis passibus, sed leugis itinera metiuntur (2). » Cette distinction peut dissiper bien des obscurités de la Table de Peutinger.
D'après le calcul le plus généralement suivi, le mille romain serait d'environ 1,481 mètres, et la lieue gauloise par conséquent de 2,222 mètres ; car, suivant les itinéraires, le mille était d'un tiers plus faible que la lieuè ; mais c'est là, nous croyons, un calcul approximatif qui est encore soumis à discussion. M. Pistollet de Saint-Ferjeux, dans un Mémoire aur la lieue gauloise (3), donne à cette dertiière 2,/(15 mètres, chiffre qui nous parait plus près de la vérité que celui de 2,222 mètres, si nous en jugeons par les distances mesiurées sur nos routes, et particulièrement sur celle de Vienne à Lyon, comme on le verra plus loin.
Voici les extraits annoncés. Le premier ne désigne les roules que d'une manière générale, sans entrer dans aucun détail ; le suivant, au contraire, ne donne guère que des détails : il semble bien avoir eu l'intention d'indiquer des directions générales, mais leur itinéraire offre tant de zigzags et d'incertitudes qu'il fsiut absolument le «uivre de station à station pour s'en rendre bien compte. C'est ce que nous ferons dans l'analyse qui va suivre ces extraits.