PREMIERE SECTION
t)OCUMËNTS ANCIENS.
$ l•^ Géographie de Sirêbon (liv. IV, ch. vi).
H Lyon est situé au milieu du pays comme une citadelle, soit à cause de la jonction des fleuves (le Rhône et la Saône), soit parce qu'il est
(i) Segment 2, D.
(2) Ammien Marcellin, XXV, xi, 17.
(3) Cité par M. Auguste Castan dans sa Notice sur Crusinia^ extraite des Mémoires de la Société d'émulation du Doubs^ 3« série, 2« vol., 1857.
également à portée de toutes les provinces. Aussi Agrippa a-t-il fait ':de cette ville le centre des divers chemins qu'il fit tracer : l'un d'eux va vers le pays des Santons et l'Aquitaine, en passant par les monts Cemmènes (les Cévennes) ; un autre, vers le Rhin ; un troisième» vers rOcéan, en passant par le pays des Bellovaques et des Ambiens; un quatrième, vers la Narbonnaise et la côte de Marseille. »
Strabon mentioime encore deux autres routes conduisant de Lyon en Italie ; mais leur direction n'est pas indiquée d'une manière précise. « Une des routes des montagnes, dit-il, par où l'on va d'Italie dans la Gaule transalpine et septentrionale, est celle qui passe par le pays des Salasses et qui mène à Lyon. Cette route se divise en deux chemins : l'un, praticable aux voitures, mais plus long, traverse le pays des Centrons (1) ; l'autre, plus rude et plus étroit, mais plus court, traverse le mont Pennin. » Par ce dernier chemin, dit-il ailleurs, (( on peut aussi, en laissant à gauche Lyon et le pays qui est au-dessus, traverser, dans les Alpes pennines mêmes, le Rhône ou le lac Léman, et se rendre dans les plaines des Helvètes, d'où, après avoir passé le mont Jura, on descend dans le pays des Sequanes et des Lingons, chez lesquels le chemin se partage en deux routes, dirigées, l'une vers le Rhin, l'autre vers l'Océan. »
En somme, Strabon nous fait connaître six routes rayonnant de Lyon :
La première, allapt dans le pays des Santons par les monts Cemmènes, est la route de Glermont par Feurs (ci-après, 2« section, §§ 3 et 6, pages 147 et 152) ;
La deuxième, allant au Rhin, est la route de Châlon par Lunna (Belleville) (ci-après , 2« sect., § 7, p. 155) ;
La troisième, allant à l'Océan par le pays des Bellovaques et des Ambiens, avait, nous croyons, la même direction que la précédente jusqu'à Lunna, d'où elle gagnait Autun par une voie particulière qui existe encore (voyez p. 157): il se pourrait cependant qu'il y ait déjà eu une roilte directe de Lyon à Roanne et au delà par Amplepuis ^ voyez ci-après, p. 136 et 167) ;
La quatrième, allant dans la Narboimaise, longeait la rive droite du Rhône (ci-après, 2« section, §§ 10 et 11, p. 162 et suiv.);
Les deux autres, allant en Italie, passaient l'une par Vienne, l'autre par Genève. Cette dernière existait sans doute déjà avant la coa-
(i) El non pas Centrons, comme on écrit habituellement. Voyez notre Lettre à M. Léon Renier^ publiée dans la Revue archéologique de 1857 (novembre).
quête 9 car César en parle dans ses Commentaires ; c*est celle que prirent les Helvètes au sortir de leur pays (voyez ci-devant, pageW).
S t. Table de Peutinger.
On donne le nom de Table de Peidinger, autrement dit Théodosienne^ à une carte routière dressée, à ce que l'on cfoit généralement, sous le règne de l'un des Théodoses, et dont le manuscrit unique, trouvé par Conrad Celtes, au commencement du seizième siècle, dans un couvent d'Allemagne, fut légué par lui à Conrad Peutinger, dans les papiers duquel on le trouva après sa mort. Ce manuscrit est aujourd'hui à la Bibliothèque impériale de Vienne. 11 a été édité plusieurs fois; mais la meilleure édition est celle donnée par Mannerten 1824 (in-folio, Leipsick).
Dans sa dissertati(tn préliminaire, l'éditeur fait remonter l'origine de ce document précieux à Agrippa, qui le premier dressa une carte de l'univers (1). Ce qui prouve, en effet, que ce document est antérieur aux Théodoses, c'est qu'on y voit figurer les villes d'Hercu-lanurriy de Pompeî et de Stabia, ensevelies par une éruption du Vésuve l'an 79 de notre ère , et le royaume du roi Cottim, qui fut réduit en province romaine par Néron (2). Mais' il est vrai de dire qu'on y a fait des additions qui peuvent faire reporter sa rédaction à Tan 230 environ, sous le règne de l'empereur Alexandre Sévère.
Quant à la copie subsistante, elle paraît être du douzième siècle, et est entremêlée d'indications chrétiennes qui ne s'accordent guère avec l'ensemble du travail.
On verra à la page suivante les localités de nos contrées qui figurent sur cette carte, rangées dans l'ordre itinéraire, en prenant pour point de départ Lyon, qui était la métropole des Gaules, et d'où partaient les principales routes de ce pays à l'époque romaine (3). Les distances paraissent indiquées en lieues gauloises, au moins dans la Celtique, comme l'indique une note inscrite au-dessus du petit édifice qui représente Lyon : « Lugdune , caput Galliarum, usque hic legas (lisez leugas). » On remarquera que ce document, qui ne fait pas connaître toutes les routes mentionnées par Strabon, en décrit d'autres qui ne sont pas portées dans le livre de ce dernier.
(1) Pline, Hist. nat., liv. III, cli. 2.
(2) Suétone, in Néron, ^ cap. 18. - -
(3) Voyez l'extrait qui précède, p. 131, ^ i.