PONTEM- ET
VIAS-VETVS
TATE- COLLAP-
RESTITVIT-
Ici ce ne sont plus seulement des routes; mais encore un pont, que Maxiininôu, plutôt son fils, le prince de la jeunesse^, aurait restaurée).
On ne sait pas ce qu'est devenue l'inscription citée par Bergier , ou pour mieux dire on pense qu'elle n'est autre que celle existant près de Saint-Paulien, et citée par Lebeuf, Arnaud, Lalande, etc. I] est probable que Savaron aura écrit par erreur le nom de Pauliaguet au lieu de celui de Saint-Paulien. En effet, l'inscription de Saint^Paulien, qui est bien connue des savants , et qui sert de support à une croix près d'un ruisseau appelé dans le pays Bourbouilloux (le bourbeux), présente presque les mêmes expressions, et est mutilée de la même manière. La voici :
CAESARPRINCEPS IV VENT VI ASET.
PONTES VETVS TATECONLAPSAS RESTITV...I.
Quoi qu'il en soit, on voit que ces inscriptions ne doivent pas être confondues avec celle d'Usson ; mais elle» peuvent servir à la compléter, car de la Mure paraît avoir oublié dans la lecture de cette dernière l'objet de la restauration. Suivant le fragment qui précède, Maximin et son fils auraient fait réparer des routes et des ponts. Au nombre de ces derniers il faut sans doute ranger celui d'une localité voisine d'Usson, Pont-Impérat, qui, ainsi que l'indique son nom latin, Pons imperatoriSy doit son érection à un empereur. Pont-Impérat, en effet, est à une lieue au midi d'Usson, sur la route qui va de ce bourg à Saint-Paulien, ou pour mieux dire de Montbrison au Puy en passant par Moind. On voyait encore naguère à Pont-Impérat, qui se trouve sur la petite rivière d'Anse, limite du Forez et du Velay, autrement dit des départements de la Loire et de la Haute- Lôire, un monument ancien fort curieux qui a été donné dans ces
derniers temps au Musée du Puy. C*est le dé d'un piédestal sur lequel est un bas-relief représentant un homme qui porte un agneau sur ses épaules (voyez ci*devant, p. 114).
$ s. Route de Forus Se«usiavorum h Aucostokehetum.
Si nous n'avions que les données fournies par la Table de Peutinger sur cette route,, nous serions fort embarrassé pour trouver sa direction. Voici, en effet, l'itinéraire indiqué par ce moaument:
DeFortis Segusiavorum à Mediolanum^ 16 lieues gauloises;
De Mediolamim à Roidamna, 22 lieues gauloises ;
De Roidomna à Ariolica^ 12 lieues gauloises;
ÙArioHca à Voroqyum, 19 lieues gauloises;
De Vorogium à Aqxiœ Caîiémy 8 lieues gauloises;
IfAquiB Calidœ à Augustonemetum, la distance n'est pas indiquée*
Dès son début, cet itinéraire présente une grande difficulté. Nous voulons parler de la station intermédiaire entre Forua et Roidomna. Comme nous l'avons dit au § !•* (p. 137), non-seulement cette station est introuvable kik lieues de Feurs, mais encore elle est inutile; car le chiffre 1& inscrit à côté du mot Mediaîanum suffit pour indiquer la distance existante entre Feurs et Roanne.
Mais ce n'est pas tout : pour aller de Feurs à Clermont, deux villes qui se trouvent sur une ligne presque horizontale de l'est à l'ouest-, l'itinéraire nous fait faire des zigzags inconcevables dans le nord ^ et nous n'arrivons à destination qu'après un parcours de 100 lieues gauloises, au lieu de &0 à peu près que demandait un chemin direct, qui existait dès le premier siècle de nc^e tre, comme nous allons le voir.
Tout bien considéré, nous sommes arrivé à cette conclusion que le rédacteur de la Table de Peutinger avait ici confondu trois routes distinctes^ suivant à leur début le même tracé et aboutissant au même point, la ville de Clermont. Pour ceux qui connaissent la forme de ce document, l'erreur que nous signalons ici paraîtra moins forte encore que celle qu'a commise l'auteur en plaçant la source de la Garonne près de Feurs, et en nous faisant traverser cette rivière pour aller de Roanne à Autun. Nous proposons donc de diviser ainsi l'itinéraire :
Première ligne, de Foras à Augustonemetum en passant par Vorogivm.
Deuxième ligne, de Forui à Augustonemetum en passant par Aquœ Calidœ.
Troisième ligne, de Forus à Auffustonemeivm en passant par Boi^ domna, ArioUca et Aquœ Calidœ.
Nous ne nous occuperons j^i que de la première ligne, les autres devant trouver leur place dans les paragraphes suivants. Voici son itinéraire d'après les traces que nous retrouvons sur le terrain.
La voie antique de Glermont, au lieu de gagner directement la Loire à Touest de Feurs, comme la route actuelle, sortait de cette ville par le nord, suivait pendant quelque temps la voie conduisant à Roidomna, puis, tournant à gauche, traversait la Loire en face de Naconne, qui est sur la rive occidentale du fleuve, dans la commune de Gleppé, où on a trouvé dans les champs une colonne milliaire qui signale son passage. De là elle gagnait Goincet, dont le sol fourmille de débris antiques (1), et d'où provenait sans doute le fragment d'une autre colonne milliaire portant le chiffre 2 (L. IL), et conservée longtemps au château de Poncins (qui en est tout voisin), d'où il a élé transporté ensuite à Saint-Gyr-les-Vignes. Goincet se trouve en effet à deux lieues gauloises de Feurs, en faisant le détour que nous venons d'indiquer, et qui était encore pratiqué au dix-huitième siècle pour la route de Glermont à Lyon, comme on peut le voir sur la carte de Gassini. Ge n'est qu'en 1780 qu'on a ouvert la route qui va directement de la place de l'église de Feurs à la Loire (2), et qui, au moyen d'un pont suspendu, jeté sur le fleuve, dessert maintenant à la fois la route de Glermont et celle de Montbrison.
Les inscriptions des deux fragments de colonne milliaire que nous wnons de mentionner sont en l'honneur de l'empereur Dèce (3), et indiquent par conséquent une restauration de la route qui eut lieu ^i«rs l'an 250 de notre ère, ce que dénote au reste le mauvais style des caractères.
De Goincet, la voie antique venait à Julien {Juliactmi), qui joue un certain rôle dans, les traditions historiques du pays (4) ; à Saint- Étienne-le-Molard, mentionné au onzième siècle sous le nom de Moïains (5) ; à la Bouteressé, qui doit son nom actuel soit à la place où se tient tous les ans une foire rurale considérable, et qu'on
(i) Recherches, etc., par M. Roux, p. 78.
(2) Notice historique sur Vhôpital de FeurSy par Aug. Broutin, p. 90.
(3) Et non pas de Trajan, comme Va cru M. Roux {RechercheSy p. 77). Voyez ce que nous avons dit à ce sujet, p. 27 et suiv.
• (4) Voyez ci-devant, prf62, (5] Cart, de Savigny, ch. 884.
appelait sans doute Boaterie (Boateriaj (1), soit à une chaussée ancienne (2), peut-être romaine, car on a trouvé en ce lieu, qui n'es aujourd'hui qu'un hameau sans importance de la commune de Sainte- Agathe, mais qui a eu longtemps le titre de paroisse, de nombreuses traces du séjour des Romains.
A la Bouteresse, la route de Forus à Attguetonemetum devait croiser celle de Roïdomna à Modonium ou AqiuB Segestœ., puis elle poursuivait sa direction horizontale pour gagner Glermont au travers des montagnes de l'Auvergne, comme aujourd'hui, et atteignait Vollore, où on retrouve non-seulement les traces d'une voie romaine, mais encore une colonne milliaire au nom de l'empereur Claude (3).
De Vollore jusqu'à Glermont la route est parfaitement connue. Elle passe à Billom, où on voyait jadis une autre colonne milliaire au nom de Claude, dont l'inscription a été conservée par Bergier; et à Pérignat, où il en existe encore une en place faisant mention du même empereur (A). Évidemment ce fragment de route, dont l'exiiitence remontait au moins à la seconde moitié du premier siècle de notre ère, ne pouvait suivre une autre direction que celle que nous avons indiquée, quel que soit son parcours au travers des montagnes de l'Auvergne. Au reste, Strabon nous fournit la preuve que cette route était encore antérieure à l'empereur Claude, puisque c'est la première de celles dont il attribue la création à Agrippa (5). Quant à nous, nous pensons qu'elle suivait le tracé de la vieille route gauloise de Mediolanum à Gergovie. 11 est impossible d'admettre, en effet, qu'il n'y eût pas de chemin direct pour aller de la capitale des Ségusiaves à celle des Arvernes avant l'arrivée des Romains.
Quoi qu'il en soit, pour nous Vollore est le Vorogium de la Table de Peutinger, et voilà pourquoi nous avons cru devoir répartir la station de cet itinéraire en trois lignes distinctes. Nous venons de parler de la pr^nière ; nous allons décrire les deux autres.
S 4. Route de Forus Segdsiàvorch à Aqujb Galidji.
Le grand usage que les Romains faisaient des eaux thérapeutiques les avait engagés à construire une route pour aller de la capitale des
(1) Voyez ci-devaut, p. 56.
(2) Voyez le Glossaire de la basse latinité, édit. Didot, aux mots Bouieriai, Boteria i, Buteria 1.
(3) Voyez la Statistique monumentale du Puy-de-Dôme^ par M. Boùillet, 1 vol. in-8o, avec atlas.
(4) Ibid.
(6) Voyez ci-devant, p. 432.
Ségusiaves à Aqtiœ Calidœ. Cette route suivait jusqu'à la Bouteresse ou Molian (voy. p. 112) celle d'Augustonemetum, puis la vallée du Lignon et celle de TAuzon; passait probablement près de Gervières , en un'lieu appelé TEstrat, et venait rejoindre une voie antique dont il reste des traces depuis Arconsat jusqu'à Vichy {Vi(ms Calidua) (1)^ qui est, à ce que Ton croit, VAquœ Calidœ de la Table de Peutinger.
f 5. Route de Forus Secpsiavqhuii à âugustodukoi.
La foute de Feurs à Autun, sur la Table de Peutinger, est aussi embrouillée que celle de Feurs à Clermont. Elle nous conduit d'abord à Roanne par la station de Mediolanum, puis nous fait traverser la Garonne au-dessus de Hoidomna, pour gagner SitiUia, ou, pour mieux dire, Pocrinium. On trouvera sans doute étrange de rencon-* trer la Garonne entre Roanne et Autun, et pourtant le fait est positif. Sur la Table de Peutinger, la Garonne (/!. ' Garunna) prend sa source près de Feurs ; la Loire (Jl. Riger pour Liger) prend la sienne bien loin de là, à A vallon {Aballo). Et ce n'est pas ici une simple erreur d'inscription : les pays que traversent ensuite ces deux rivières jusqu'à leur embouchure dans l'Océan prouvent que le rédacteur de ce document a agi avec connaissance de cause, au moins quant aux désignations générales* On voit par là qu'il ne faut adopler ses données que sous bénéfice d'inventaire* Cela posé, abordons les détails.
Dieux directions s'offrent à nous pour aller de Forua à fioidonma^ La première et la plus courte est celle que nous avons décrite au S 1". Elle suit la rive droite de la Loire, en passant par Balbigny. Cette route nous donne Tcaplication du chiffre quatorze inscrit à la suite du mot Mediolanitm sur la Table de Peutinger : elle a^ en effet» ik lieues gauloises; mais, comme le passage de la Loire vis-à-vis de Roanne devait être parfois très-difficile, on adopta généralement une autre route, qui permettait de traverser le fleave beaucoup plus haut, avant qu'il eût reçu les eaux du Lignon, de l'Aix, etc. Cette Voie, plus longue^ empruntait une partie de son parcours à la route A'AugtisUmemetum, que nous venons de décrire, et Fautre à la route de Roidomna à Modonivm, dont nous parlerons plus loin. Par cette ligne, on trouve, en effet, entre Feurs et Roanne, les 22 lieues gauk)ises inscrites à la suite du mot Roidomna sur la Table de Peutioger^
Arrivé à Roanne, un trait de plume nous fait quitter la ligœ con-
{{) Statistique monumeniale du Puy-de-Dôme^ par M. Bouillit
duisaût à AqtuB Cûlidà (Vichy), pour prendre celle d'Aqtu» Bormonis (Bourbon-rArchambault) à Auguatodunvm, Ce trait, qui traverse la Garonne, comme nous l'avons dit, vient rejoindre l'autre route sous le mot Sitillia; mais il est un peu plus à droite que l'angle qui figure. b station de ce nom, et, comme il serait absurde d'aller nous pro mener à Moulins (Theil, qu'on croit être Sitillia, est tout près de cette ville) pour nous rendre de Roanne à Autun, nous négligerons cette station. Voici donc l'itinéraire ofûciel, aussi raisonnable que possible :
De Roidomna à Pocnniuniy la distance n'est pas indiquée ;
De Pocrinium à Tulonmtm, 12 lieues gauloises ;
De Tulonnum à Augustodunum^ 12 lieues gauloises.
La route sortait de Roanne par une chaussée dont il reste encore des traces derrière l'enclos des Casernes. De là, elle venait passer la Loire (et non pas la Garonne), près le château de Bonvert, où on a trouvé beaucoup d'objets d'antiquités romaines, et atteignait remplacement où s'éleva plus tard Charlieu, en passant sur un petit pont, aujourd'hui abandonné, mais qui subsiste encore sur le ruisseau Chandonnet, et qu'on appelle le pont du Diable, Le passage de la voie antique sur le territoire de Charlieu est signalé par un grand sarcophage gallo-romain, qui a longtemps été exposé aux injures des hommes et du temps sur une place de cette petite ville, mais auquel on a depuis donné asile dans un bâtiment restauré de l'abbayef de Charlieu. Voici tout ce qu'on peut lire maintenant de rînscription de ce monument (1) :
ETOVIETIAETERNAEMARIAESEVËRrOLAE SAC. . . L . . VERIETMARIAEMARIOLAEETFILIAE QVAEVIXITANNOSXXriïIMENSESVIDIES
Dm M
TITIVSMAGN..ET.. SEVERIANVSFILIVS PONENDVMCVRAVERVNTETSVBASCI A
DEDICAVERVNT.
(l) Voyez les Recherches de M. Roux, p. 95. Ce monument provient des démolitions de l'église de l'abbaye de Charlieu (voy. notre Sist. du Forez, 1. 1, p. d3). L^état de nnscriplion ne permet pas de la restituer entièrement; on voit seulement que le monument fut érigé f aux dieux mânes et au repos
ëiôfnel de} MaHâ Severiola el de Maria tfâriola et sa fille, <jui vécut
vingt-quatre ans six mois trois jours, parles soins de Titius Magn(us) et... SeteriMus, son fil», qui le dédièrent sous Vasoia, » On ne manquera pas de remarquer que le nom de Titius, qui reparaît encore ici, figure déjà tur trois autres de nos inscriptions antiques (voy. p. 441, note 5).
De CharKeu, la route allait gagner Pocrimwn, qu'on croit être Perrigny, près et à Touest de Digoin, et situé, en effet, comme le marque la Table de Peutinger, à U lieues gauloises de Theil, qu'on croit être Sitillia, et à 12 de Toulon-sur- Arroux, où tout le monde s'accorde à placer Tidonmtm, De Toulon, la route gagnait directement Âutun, où elle entrait par la fameuse porte Romaine on der. Marbres,
5 6. Rouie de Forus Sccusuvoruk à Lugduxuv.
Il y eut sans doute une route gauloise pour aller directement de la capitale des Ségusiaves à celle des Séquanes, en passant par Condate; mais cette roule ne nous est pas connue. Il e«t probable,, toutefois, que la route romaine de Feurs à Lyon lui empruntait soa parcours en partie.
D'après la Table de Peutinger^ trois grandes voies (1) partaient de lugdunum : Tune se dirigeait sur Fo7ni8, l'autre sur Ludna, la troisième sur Vigenna, trois localités, dont la distance est indiquée à 16 lieues gauloises de Lugdunum, Ce chiffre seize ^ qu'on retrouve sur les trois seules directions indiquées pour sortir de LugSunum ou y arriver, est erroné, au moins du côté de Forus, si on l'applique à toute la -distance qu'il y a entre ces deux villes; il n'est admissible que si l'on suppose Texistence d'une station intermédiaire» omise par le scribe. En effet, la vieille route romaine de Feurs à Lyon, dont la direction est parfaitement connue, car elle est encore portée sur la carte de Gassini, a beaucoup plus de 16 Ueues gauloises. Elle a été remplacée, sur une partie de son parcours, par une route moderne, moins montueuse; mais, comme elle est plus courte que celleci, elle est encore fréquentée aujourd'hui par les voyageurs à pied et les nombreux marchands de bestiaux de Feurs, qui approvisionnent la ville de Lyon ; car c'est toujours un des privilèges du vieux Forus, dont un quartier s'appelle encore la Boaterie, comme nous avons vu, en souvenir de son marché aux bœufs, de fournir de viandes le marché de la métropole lyonnaise.
Au sortir de Feurs, cette route était décorée du monument élevé par la cité des Ségusiaves à son prince C. Julius JuUus (ci-dev. p. 18); elle allait ensuite près du château de la Varenne, où on voit encoret
(1) Nous verrons qu'elles correspondent aux quatre routes mentionnées, pur Strabon (voy. p. 132}.
un grand sarcophage de pierre qui signale son passage. Voici Hnscnption que porte ce curieux monument, qui paraît être du qua* trième ou cinquième siècle de notre ère (1} :
CENSON lAE
Z S I M E N I 6 |x CONIVGIAR ^ ^ IVLOPONTAS ^
PONENDCVRAY
ETSVBASGIADEDIC
Restitution :
Censonîœ Zosimenis (lisez Zosimenî) conjvg{i) kar{i89tmœ) Juïo^ pantas ponend^vm) curav{it) et sub ascîa dedic{avit).
Traduction :
c( Julopontas a fait élever ce monument à Censonîa Zosîmen, sa très-chère épouse, et Ta dédié sous Tascia. »
Après avoir passé la Varenne (2), la route gagnait le Sail-^le- Donzy, où nous avons vu qu'existaient jadis d'anciens thermes (3), et où^on voyait encore, au dixième siècle, de nombreux restes de constructions rompes (k) ; puis , elle passe à Saint-Barthé* lemy-FEstra et à Saint-Martin-l'Ëstra, deux localités dont le surnom la signale encore (5), mais au 4elà desquelles elle est abandonnée par le tracé de la route actuelle. De Saint-Martin, elle gagne Saint- Clément-les-Places, Saint-Laurent-de-Ghamousset et Courzieu, ou
(1] M. Roux, qui en a donné un fac-similé dans ses Recherches, pi. 24, s'exprime ainsi à son sujet : « Les mots Zosimenis et Julopontas sont évidemment grecs. Le premier se termine par un sigma ou s grec qui paraît extrêmement curieux*à signaler. Quant à la terminaison iae de la troisième ligne, c'est peut-être le commencement du mot charissima dont la première lettre (K) est incomplète. » {Recherches, p. 93.) Ce monument sert d'auge près d'un puits dans la ferme la plus rapprochée du château de la Varenne, occupée actuellement par M. Laurent, maire de Sail. •
^ (2) Ce lieu est peut-être celui où la reine Ermengarde, veuve du roi Boson, tint un plaid eo 890. (Voyez Recueil des historiens de France, t. IX, p. 663.)
(3) Ci-devant, p. 63.
(4) Voyez là même.
(5) On sait que l'ancien mot estra vient du latin strata (pavé), qui ser* vait à désigner les routes militaire» à l'époque romaine.
eOe arrive par un chemin presque à pic, et où le cârtulaii*e de Sa^ Vigny (1) noas apprend qu'il existait, au dixième siècle, des mines d'un monument romain détruit par les Sarrasins, « mura antiqaa quae a paganis fuit destnicta a diebus antiquis. » De Courzieu, la route va à Saint-Bonnet-le-Froîd, dont le surnom rappelle la situation sur une haute montagne exposée à tous lés vents ; puis à Grézieu-la-Varenne et au Pont-d'Alaïs ( â ), près duquel on voit encore l'inscription d'un monument élevé à la mémoire d'un illustre Ségusîave (3); enfin, elle entrait dans Lyon par la porte de Saint-ïrénée, suivait la rue des Forges, longeait l'Antiquaille, dont elle est séparée maintenant par la rue du Chemin-Neuf, et venait aboutir sur la place Saint-Jean, ou plutôt sur celle de Roanne, qui lui doit peut-être son nom, car cette route conduisait aussi, comme nous allons le voir, à la ville de Roanne.
L'existence de cette 'route n'est pas prouvée seulement par de muets monuments. Sidoine Apollinaire, mort évêque de Clermont, mais né à Lyon, qu'il habitait vers le milieu du cinquième siècle, nous apprend qu'étant allé un jour se promener sur cette voie, qu'il désigne sous le nom de route d'Auvergne, parce qu'elle ccHiduisait également dans ce paySt il aperçut des malfaiteurs violant la tombe d'un de ses aïeux, ancien préfet du prétoire, placée, suivant l'usage da temps, sur le bord de la route, et qu'il alla les châtier de sa propre main» Ce fait, consigné dans les (Euvres de rillostre prélat (^), éx^ plique pourquoi on voyait autrefois tant de monuments funéraires autour des églises de Saint-Irénée et de Saint-Just (5), situées jadis sût le chemin le plus fréquenté de Lyon. La tradition rapporte encore qu'au huitième siècle cette -route fut honorée du passage des religues de saint Bonnet, évêque de Clermont^ qui, de Lyon, où était mort ce prélat, furent rapportées dans sa ville é{»scopaIe» ce qui donna lieu au changement de nom de plusieurs localités. Ainsi,
(1) Charte 21 .
(2) Ce lieu doit sans doute son nom à la femme d'un des comtes d* Lyon (Adélaïde).
(3) Voyez ci-devant, p. 20.
(4) Voyez 1. 1», p« 278, de l'édition publiée par MM. Grégoire et Col-* lombet (3 vol. in-S». Lyon, 1836).
(5) L'autorité municipale de Lyon en a fait apporter beaucoup au musée de cette ville, mais il en reste encore quelques-uns, sans parler de ceux qui ont été détruits ou sont aujourd'hui perdus. (Voyez particulièrement ceux qui sont cités ptr Gochard daiks sa notice sur Saint«Just.)
Saint-Bonnet^le-Froid reçut, dit-on, ce nom en souvenir de la âtdtioli qu'y firent les reliques du saint évoque. On ignore le nom primitif de ce village ;(L^ais il paraît que sa chapelle était auparavant dédiée à Notre-Dame. C'est à la même époque, à ce que Ton croit, que SaiQt-Bonnet-le*Château abandonna son vieux nom de Casitum Vari. Quoi qu'il en sodt, il est certain que la route de Forns à Lugdunum avait beaucoup plus que 4es 16 lieues gauloises portées sur la Table* de Peutinger. En mesurant au compas, nous en trouvons 21 ; ce qui nous porte à croire qu'il faut lire XXI au lieu de J^VL
$ 7. Route de Lugdunuii à Tksontio et à ÂnGosTODonuM.
La Table de Peutinger offre encore une incertitude sur Témbranchement qui conduisait à Besançon. Voici l'itinéraire de la route d'après ce document, à partir de lugdunum, où nous a amené la route précédente :
De Lugdunumh Ludna, 16 lîeues gauloises;
De Ludna à Matisco, 14 lieues gauloises ;
De Matisco à Tenurcio^ 12 lieues gauloises :
De Tenurdo à Cabillio, 12 lîeues gauloîsfes;
De Cabillio kPons Dubris, H lieues gauloises;
De Pons Dtibris à Crusinia, 19 lieues gauloises ;
De Crusînîa à Vesontîo^ 15 lieues gatiloises.
Ou voit que la distance totale de Lugdunum à Matisco est ici de 30 lîeues gauloises; ce chiffre, qu'on retrouve également dans Tltînéraire d'Antonin, est exact, car il y a, en effet, 30 lieues gauloises (environ 67 kilomètres) de Lyon à Mâcon ; mais Tltinéraîre d'Antonîn divise la foute en trois parties égales au lieu de deux seulement qu'on trouve sur la Table de Peutinger :
De Lugdunum à A$a Pauliniy 10 lieues gauloises;
Y^Asa Paulîni à Lunna, 10 lieues gauloises ;
De-Lunna h Matisco, 10 lieues gauloises.
Le Ludna de la Table de Peutinger est-il le même que le Lunna de ritiaéraire d'Antonin ? On l'a cru jusqu'ici (1); mais alors comment se fait-il que les deux documents historiques sdent en si complet dés* accord sur les distances? Un savant Lyonnais qui s'est beaucoup occupé de cette route romaine, M. d'Aigueperse, a proposé de résoudre cette difficulté d'une façon fort ingénieuse. Suivant lui, le Ludna de
(1) Voyez ce que nou^ «Tomi dd|jà dit sur ce sujet p. 96 et mxv.
la Table de Peutinger se serait trouvé en un lieu appelé les Tournelles de Flandre (à mi-chemin de Villefranche à Saint-Georges-de- Reneins), où les travaux du chemin de fer de Parisv^ Lyon ont mis récemment au jour(l)les ruines d'une ville gallo-romaine, s'étendantde la borne kilométrique 37 à la borne 38. Cet emplacement est précisément, en effet, à 16 lieues gauloises de Lyon et à 14 de Màcon. Mais cette ville gauloise ayant été détruite par un événement inconnu, vers Fan 250 de notre ère, comme le constate Tabsence de monnaies postérieures à cette date dans les découvertes faites sur les lieux, on aurait songé à diviser la route en trois sections au lieu de deux. Pour cela, on établit une première station à AsaPaulini, qui se trouvait au tiers du chemin, et une autre à égale distance. Cette dernière, en souvenir deLudna, dont elle n'était pas fort éloignée, fut appelée d'un nom plus romain Lunna. Gela admis, l'itinéraire de Lyon à Besançon ne présente plus de"diffif ulté.
Nous sortons de Lugdunum par Vaise, où on a trouvé un grand nombre de monuments funéraires (2), et longeons la Saône jusqu'à Anse, en passant par Saint-Rambert et Âlbigny, au lieu de prendre Limonest, à gauche, comme la route actuelle. 11 existait encore des traces de cette voie antique du temps de Menestrier, qui dit les avoir vues (( dans les vignes de Vaque, dans celles de la Sauvâgère et le long de Saint-Rambert (3). » Au surplus, de nombreux monuments funéraires signalent encore ^pn passage dans cette direction. Nous citerons particulièrement deux cippes élevés en l'honneur de deux légionnaires : Tun qui se trouve près de la fontaine de Saint- Rambert, l'autre 'Sncastré dans un mur de l'île Barbe {k^. EnOn, à Albigny» on voit dans le mur de soutènement d'une terrasse un fragment de sarcophage chrétien sur lequel on lit une inscription (5).
D'Albigny nous allons à Anse, qui est bien certainement VÀsa Paulinide l'Itinéraire d'Antonin ; d'Anse à Belleville, où passait autrefois la route, et qui paraît être le Lunna du même Itinéraire, ou du moins une villa voisine, car on y a trouvé de nombreuses anti-
(1) Voyez une notice da.cette découverte publiée par M. Peyré, de Villefranche, dans la Revue du Lyonnais de juin 1853.
(2) On peut les voir au musée de Lyon; MM. de Boissieu et Gomarmond les ont décrits.
(3) Hist. cons,, dissertât, prélimin., p. 33, col. 1.
(4) M. de Boissieu en a publié les inscriptions dans son livre (Inseript» ant,, p. 338).
(5) Voyez-la dans le livrç de M. de Boissieu^ p. 599.
quités ; de Belleville à Màcon [MatUco) ; de Mâcon à Tournus [Tenur* cio) ; de Tournus à Chàlon [Càbillo) ; de Chàlon à Pontroux {Pwiê Jhibris) (1); de Pontroux à Orchamps, qui paraît être le Crusinia de la Table de Peutinger (2) ; et enfin d'Orchamps à Besançon.
Celte route est évidemment la seconde de œlles que Strabôn attribue à Agrippa, laquelle, dit-il , conduisait au Rhin. La troisième, conduisant à l'Océan en passant par les Bellovaques et les Âmbiens» paraît avoir suivi la même direction jusqu'à Lunna^ d'où elle gagnait Auffustodunum en prenant à gauche. Cette seconde portion de route, qui ne figure sur aucun itinéraire, existe encore sur une grande partie de son parcours, et les ingénieurs de la nouvelle carte de France l'ont tracée sur la feuille n*» 159. Elle est connue dans le pays sous le nom de Chemin ferré ou Chemin des Romains, En sortant de Belleville, elle prend la direction nord-ouest, traverse les communes de Saint-Jean-d*Ardières, de Villié et d'Avenas, où il existe encore un curieux monument, connu sous le nom A'avtel d'AvenaSy prouvant que cette route était encore fréquentée au moyen âge (f.).
S 8. Routt û€ LuGDUif UM (ou fiUeux de Gordàtk) è Matiico par la rive gauche
de la Sa(h^e.
Une autre route conduisait de Lyon à Màcon en passant par la rive gauche de la SaQne. Cette route partait de Coiîdate, où M. Martin-Daussigny a constaté son existence (A^ , passait sur les coteaux du Vernay, diÂoisde la Belle- Allemande, deRoye et dç Hochetaillée, où on en voyait encore des débris sur les bords de la rivière du temps deMénestrier (5). C'est sans doute sur cette route que se trouvait un autel votif en l'honneur de Septime Sévère et de sa maison, qu'on
(1) Dunod, Hist. des Séquanais^ préf., p. xviii.
(2) Voyez la Notice sur Crusinia , publiée récemment par M. Castan dans. les Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, et imprimé à part en uae brochure in-8<», avec planches. Besançon, 1857.
(3) Voyez Nouvelles et dernières recherches sur remplacement dé Lunna, par M. d'Aigueperse, in-8*, 1857.
(4) Voyez sa Description d*une voie romaine découverte à Lyon^ dans le quartier du Jardin des-Plantes, fin octobre 1854 (deux broch. in-8o réunies, qui ont obtenu une mention honorable de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1856). Voyez aussi Lyon antique restauré^ par Chenavard.
(5) Hist. cons.f dissert, prélimin., p. 34, col. I.
Vt>it à Fontaine (1). Le musée lapidaire de Lyon (3) possède un magnifique autel funéraire qui provient de Roye, et qui est dédié à Maria Macrina, Éduenne, à Quintus Valerius Tertius, son mari, et à leurs descendants, par Q. Valerius Quintilianus et Cassia Toutona (3), leurs fils et belle-fille. Cette route romaine adopta probablement le tracé d'une route gauloise qui paraît avoir existé entre Condate et Mâcon et que suivit César lors^'il' marcha contre les Helvètes. (Voyez p. 46.)
5 9*. RauU âê LuGBUNOM {ou mieux de Coubatk) à Gbneva et à Vesohtio.
Cette route, dont les it néraires romains ne parlent pas, partait de CondalCy^où Artaud a constaté son existence (4), longeait le Rhône, près de Néron, comme nous l'apprend Menestrier (5), passait à Miribel (Mire Bellum) et à Montluel, où elle se divisait en deux branches. L'une d'elles traversait l'Ain à la hauteur de Chazey, passait ensuite à Lagnieu, Briord, Groslée, Belley etSeyssel, où elle traversait le Rhône, pour continuer sur la rive gauche du fleuve jusqu'à Genève ; de là elle pouvait rejoindre la route d'Italie par le mont Pennin, que mentionne Strabon. Le passage de cette route à Belley est signalé par un nombre considérable de pierres tumulaires.
L'autre branche se dirigeait de Montluel sur Villars; on en a tirbuvé des restes sur une longueur de deux kilomètres, au Plantey. Elle est encore appelée dans le pays chemin des Romaine, De Villars cette route se dirigeait sur To»siat, Céseriat et Coligny (6), d'où elle gagnait Besançon. •
S 10. Route de Lugddiium à Yienna.
La Table de Peùtinger donne 16 lieues gauloises à cette route. Ce chiffre, qui semble un peu exagéré pour un trajet aussi court, se re-
fi) Voyez Iiiscrifi, ant, de Lyon^ par M. de Boissicu, p. 59, et Description dAi musée lapid, de Lyon^ par M. ComarmoncI, p. 427, n« 19.
(2) Inscript.. arU> de Lyon^ p. 317; et Descript. du musée lapid,, p, 334.
(3) Nous avons déjà vu, p. 23 , une dame ségusiave appelée Cassia Touta.
(4) Lyon souterrain, yoyez aussi Lyon ani, restauré, par M. Chenavard.
. (S) Hist. eons.j dissert, prélimin., p. 34, col. 1, et p. 36, col. 2.
(6) Recherches historiques sur le département de l'Ainf par M. de la Teyssonnière, t. I, p. 134.
trouve pourtant dans ritinéraire d'Antonin, qui lui donne 23 «à 2k milles romains; mais ce dernier document indique en outre un ctmipendium n'ayant que 16 milles, c'est-à-dire 10 lieues gauloises^ ce qui, par contre, paraît un peu trop court (il y a 30 kilomètres). Cependant Sénèque dit également que Lyon était à 16 milles de Vienne : << Ad sextum decimwn lapidem à Vienna (1), » et nous trouvons en effet à Solaiso une colonne milliaire portant le chiffre 7, qui, se rapportant à la distance existante entre ce lieu et Vienne, par la route la plus courte, vi^nt justiûer le chiffre 16 pour la dis* tance totale de Vienne à Lyon. Cette dernière ville ne s'étendait pas alors au delà de la Saône, circonstance qu'il ne faut pas perdre de vue, comme Ta fait M. de Boissieu (2), dont les calculs se trouvent par là tous entachés d'erreur.
Quoi qu'il en soit, nous connaissons, en effet, deux routes conduisant de Lyon à Vienne, l'une à la droite, l'autre à la gauche du Rhône. L'existence de cette dernière est signalée d'abord par la colonne de Solaise (3), dont nous venons de parler > et sur lacpielle on lit l'inscription suivante (k) :
TIGLAVDIVSDRVSIF CAESARAVGVST
GERMANIGVS
PONTMAX-TR'POT-III IMP-Ill-GOS-lirPP
Restitution :
Ti{berim) Clatidius, Drmi f{ilim), Cœsar Augvstiys)^ Germanicus^ pont[ifex) max{imvs), tr{ibunitia) pot{e$tate) III, imp{erator) III ^ co{n]s[ul} III, p{ater) p{atriœ). {MiUiarium) septimum,
(1) Sënèqius, Apokolok., YL. Slrabon dil aussi qu'il y a 200 ttadea d'une ville à l'autre. {Géogr., liv. IV, ch. iv.)
(2) Inscript, ant. de Lyon^ p. 365.
(3) On pen^e que ce oom vient de solatium, repos, parce qu'on avait l'habitude de s'arrêter à celte borne, qui était presque à mi-chamin de Lyon.
(4) M. de Boissieu (InscHp. ant. de Lyon, p. 367) en a donné un fac-^ simile. — Il mentionne encore une autre colonne milliaire portant le nom du même empereur, existant à Lyon au dix-septième siècle, mais provenant de Saint-Vallier (Drôme), et qu'il ne faudrait pas, par conséquente^ rattacher à notre route.
Traduction:
' K Tiberius Glaudius, fils de Drusus, César Auguste , le Gérma'^ nique, grand pontife, tribun, empereur et consul pour la troisième fois, père de la patrie — Milliaire septième. »
Ce monument'prouve Fexistence de la route dès le premier siècle de notre ère, car le troisième consulat de Tempereur Claude répond à Fan 43 de Jésus-Christ. C'est l'année pendant laquelle ce prince entreprit son expédition de Bretagne , qui dut ramener à Vienne. Sans doute, alors, il fit restaurer cette route, qui devait être beaucoup plus ancienne; car c'est évidemment Tune de celles mention^ nées par Strabon. Peut-être même existait-elle avant César, qui semble Tavoir suivie dans sa marche contre les Helvètes. (Voyez cidevant, page 46.)
Quoi qu'il en soit, cette route fut encore restaurée au quatrième siècle, car on voit à la Guillotière une autre colonne milliaire, au nom de l'empereur Constantin le Jeune. Cette colonne provient des démolitions de l'ancienne église du lieu, qui était dédiée à saint Michel, et se trouvait assez loin dans la plaipe, sur l'emplacement actuel du marché aux grains ; elle sert aujourd'hui de borne à la porte d'une hôtellerie située dans la rue des Asperges. Voici tout ce qu'on peut lire de l'inscription qu'elle portait primitivement (1) :
IMPCAES